Réponse pour Sophie... Je n'avais pas imaginé Neal dans ce genre de situation avant la saison 5... Mais le pauvre semble quand même très touché.
Je n'ai pas encore vu le dernier épisode de la saison 5 mais dans l'avant dernier, Peter et Elisabeth faisaient leurs cartons avant leur départ pour Washington... Peut être que les événements du dernier épisode vont le faire changer d'avis...
Chapitre 3.
Peter avait décidé de passer quelques jours à Washington pour essayer de remettre la main sur Neal. Après un passage aux urgences, on lui avait diagnostiqué une légère entorse qui allait nécessiter quelques jours de repos. June lui avait gentiment proposé de venir s'installer dans l'appartement qu'occupait Neal avant sa disparition. L'agent du FBI avait d'abord pensé que se serait peut-être un bon moyen pour tenter de comprendre ce qui était passé par la tête de son ami. Mais maintenant qu'il était là, installé sur le canapé, dans ce salon où ils avaient passé tant d'heures à parler, il se sentait comme un étranger, un envahisseur...
Le visage de Neal hantait ses pensées et il avait du mal à chasser cette image de son esprit. Comment son ami avait-il pu en arriver là? Mais la véritable question était plus difficile à énoncer clairement pour lui. La réponse lui faisait bien trop peur. Pourquoi n'avait-il pas demandé de l'aide? Comment en était-il arrivé au point de penser que personne ne pourrait l'aider et que la seule solution était de trouver un moyen d'oublier, de se retirer de la réalité.
Au cours de sa carrière, Peter avait eu l'occasion de côtoyer les milieux dans lesquels Neal semblait maintenant évoluer. Il connaissait bien son ami et celui-ci n'était pas armé pour faire face aux requins qui peuplaient cet univers. Le jeune homme avait toujours évolué dans des milieux aisés, culturellement riches. Cette fois, il avait autour de lui des hommes bien plus dangereux et surtout qui étaient prêts à tout pour obtenir ce qu'ils convoitaient.
Il s'assoupit sur le canapé mais son sommeil fut perturbé par les yeux hantés et hagards de celui qu'il n'avait pas su aider. Au petit matin, il décida de retourner au squat afin de poser discrètement quelques questions. Il enfila un jeans et une vieille veste. Il n'avait pas vraiment l'intention de se fondre dans la masse mais il n'aurait pas été judicieux de se balader avec un costume dans ce genre d'endroit. Une fois sur place, il fit le tour du quartier avant de pénétrer dans l'immeuble. Le même spectacle sordide que la veille l'attendait derrière ses portes.
Un homme d'une cinquantaine d'années était assis non loin de l'entrée. Il ne semblait pas très réveillé mais il avait levé les yeux vers Peter à son arrivée ce qui n'était pas le cas des autres pensionnaires de l'endroit. Peter s'avança vers lui et s'accroupit pour se retrouver à sa hauteur.
-Bonjour, est-ce que je peux vous poser une ou deux questions?
-Flic...?
La voix était pâteuse mais Peter comprenait son inquiétude.
-Non, je suis à la recherche de mon ami. Je l'ai vu ici hier mais je n'ai pas pu lui parler.
-Peut-être veut plus vous voir...
-C'est bien possible mais j'ai quelque chose d'important à lui dire. Il faut absolument que je le retrouve.
L'homme sembla hésiter mais il finit par hocher la tête. Peter sortit une photo de sa poche. Avant de partir de chez lui, il avait récupéré la photo de Neal et lui qu'Elisabeth avait prise quelques années plus tôt. Elle adorait cette photo et elle l'avait même faite encadrer pour la placer dans leur salon. On y voyait Neal en costume très élégant, sourire radieux aux lèvres... Bien loin de l'image qu'il était restée imprimée dans son cerveau lors de leur rencontre de la veille.
-Ressemble à Nick.
Peter n'était pas étonné d'entendre que son ami n'avait pas utilisé son véritable nom.
-Vous savez où je pourrais le trouver?
-Il vient ici parfois mais c'est un novice...ça se voit...
-Que voulez-vous dire?
L'homme se redressa, regarda autour de lui. Quand il se tourna à nouveau vers Peter, il n'était plus le même homme, comme s'il avait tombé le masque. Il posait sur lui des yeux brillants d'intelligence et quand il parla sa voix était redevenue claire.
-Je dors ici depuis près d'une semaine en espérant croiser mon fils. Il s'est enfui de la maison il y a six mois...
L'homme s'arrêta brusquement en entendant des pas.
-Retrouvez moi dans une heure au Dubliner's, c'est à quelques rues d'ici. Il y a des choses que vous devez savoir.
Après avoir transmis son message, il retomba dans une léthargie feinte. Peter se leva et retourna à son véhicule.
Une heure plus tard, il s'installait à une table isolée au fond d'un bar glauque. À cette heure de la journée, il y avait très peu de clients. Peter vit entrer l'homme avec qui il avait rendez-vous. Celui-ci s'était changé et son allure n'avait plus rien à voir avec celle du junkie qu'il avait incarné pendant la nuit. Il s'assit face à Peter.
-Désolé de vous avoir fait attendre mais je ne voulais pas risquer de compromettre ma couverture.
-Je comprends.
-J'ai vu votre ami à plusieurs reprises ces derniers jours. Mais il ne ressemble plus vraiment au jeune homme souriant de la photo. Cette saleté commence par leur voler leur sourire...
Peter pouvait voir une grande tristesse et un sentiment de culpabilité dans son regard qui reflétaient probablement ses propres sentiments.
-Vous avez pu voir votre fils?
-Certains des "pensionnaires" de cet endroit ont dit qu'il y venait régulièrement jusqu'à il y a deux semaines.
-Que s'est-il passé?
-Difficile d'avoir des réponses claires. Certains m'ont dit qu'il avait disparu du jour au lendemain. En creusant un peu, j'ai eu des réponses du genre "il a suivi le recruteur du diable"...
-Qu'est-ce que ça peut vouloir dire?
L'homme passa une main lasse sur son visage.
-Apparemment plusieurs jeunes hommes ont disparu dans le quartier ces derniers temps. J'ai essayé d'alerter la police mais il s'agit de personnes majeures qui, pour la plupart, n'ont plus de famille pour s'inquiéter de leur disparition. Je n'ai pas pu leur soutirer plus de renseignements. Peut-être aurez-vous plus de poids que moi.
-Il me faudrait des renseignements sur ces personnes, leur identité si vous la connaissez.
L'homme lui sourit.
-Après quelques jours passés dans la rue, on développe un sixième sens pour reconnaître les membres des forces de l'ordre. Vous êtes bien de la police?
-FBI... Mais cet homme est bien mon ami et cette enquête n'a rien d'officiel.
-Mais vous allez quand même faire quelque chose?
L'inquiétude pouvait se lire dans son regard. Cet homme était en train de placer tous ses espoirs en lui et Peter sentit le poids de cette responsabilité. Il ne connaissait pas son histoire mais il imaginait l'angoisse qu'un père pouvait ressentir face à la disparition de son fils.
-Je vais me renseigner sur ces disparitions mais vous devez me promettre de me contacter si vous apprenez quoi que ce soit de nouveau.
-Bien sûr... Je vais vous noter les noms dont j'ai entendu parlé.
L'homme se m'unit d'un vieux calepin et d'un stylo. Après quelques minutes, il tendit une feuille sur laquelle il avait noté cinq noms. Il lui tendit une seconde feuille avec son nom et un numéro de téléphone. Peter se leva et lui serra la main.
-Merci, Paul. Je vous tiens au courant si je trouve quelque chose.
Une fois dans sa voiture, Peter relut la liste. Il y avait le nom du fils de Paul, Timothy Digert. Deux n'étaient que des prénoms qu'il serait difficile de compléter. Les deux autres Gareth Mitchell et Matt Sibard lui serviraient de base de travail. Il commencerait ses recherches au commissariat du quartier. Il n'avait pas beaucoup d'espoir de ce côté là mais il pourrait peut-être parler à un des officiers qui patrouillait dans le quartier.
Après quelques minutes d'attente, un des inspecteur le reçut dans son bureau. Peter sentit sa méfiance quand il lui dit qu'il appartenait au FBI mais l'homme sembla se détendre un peu quand il lui expliqua la raison de sa présence en lui précisant qu'il n'était pas là pour mettre le bazars dans une de ses enquête.
-Digert...? Ça me dit quelque chose... Il me semble qu'un membre de la famille est venu nous signaler sa disparition.
-En effet, son père est venu vous voir. Avez-vous enquêté?
-On a envoyé une patrouille faire le tour des squats mais le plus souvent ils nous voient arriver et se planque. Le gamin est majeur... On ne peut pas faire grand chose.
-Je comprends. Pourriez-vous regarder si vous avez quelque chose sur les autres...?
L'homme se leva et lui fit signe de le suivre. Ils s'installèrent derrière un ordinateur dans la salle commune. En entrant les deux autres noms complets en leur possession, la machine leur délivra deux fiches d'identité. Les deux hommes avaient été arrêtés pour possession de drogue... Ils avaient été interrogés puis relâchés. Les photos présentaient des ressemblances: le même regard vide et perdu mais ce qui frappa Peter fut la beauté et la régularité de leurs traits.
Il sentit un frisson remonter le long de sa colonne vertébrale quand une pensée effleura son esprit. Ses deux hommes ressemblaient étrangement à Neal: à peu près la même taille, la même finesse dans les traits du visage. Malgré les abus et les épreuves de la vie, Peter pouvait encore deviner une certaine malice et une vive intelligence. Il consulta ensuite le dossier du fils de son informateur... Une fois encore, il vit un jeune homme d'une de beauté. Ce n'était qu'un début de piste mais il avait le pressentiment que s'il pouvait retrouver une photo des deux autres disparus, il pourrait y voir des ressemblances.
-Est-ce que je pourrais avoir une copie de ces dossiers?
L'inspecteur grimaça mais il finit par accepter. Une soudaine intuition lui serra le cœur. Cette idée l'avait déjà effleuré mais il l'avait mise de côté, ne voulant pas envisager les conséquences qu'une telle découverte pourrait impliquer.
-Avez-vous retrouvé des corps non identifiés dernièrement?
L'inspecteur Nicolls pianota sur son clavier et une liste de numéro de dossiers apparut.
-Ce sont les corps non identifiés des six derniers mois.
-Avez-vous essayé de rapprocher ces dossiers aux individus disparus?
-Agent Burke, il n'y a pas d'enquête en cours sur ces disparitions. Il n'y avait aucune raison de rapprocher leur disparition et ces dossiers...
Peter commençait à sentir la colère former une boule au creux de son estomac. Il comprenait que cet inspecteur avait beaucoup de dossiers à gérer et, dans un quartier difficile, il n'avait probablement pas les moyens de faire son travail correctement. Mais plusieurs disparitions mystérieuses lui sont signalées, les jeunes hommes présentent des points communs évidents et il ne met même pas un enquêteur sur le dossier...
-Je sais qu'il ne s'agit que de drogués qui disparaissent mais vous auriez, au moins pu creuser un peu...
-Agent Burke...
Peter leva une main sachant qu'il ne valait mieux pas contrarier cet homme s'il voulait obtenir des informations sans devoir diligenter une enquête officielle de son côté.
-Désolé, je sais que vous faites ce que vous pouvez avec les moyens qu'on vous donne... Je suis un peu sur les nerfs... Mon ami est dans la rue depuis des mois et ces disparitions me paraissent louches.
-Nous n'avons, en effet, pas beaucoup d'agents disponibles. Nous sommes sur tous les fronts pour essayer de contenir le trafic d'armes et le trafic de drogues.
-Pouvez-vous me laisser creuser un peu cette histoire? Si je ne trouve rien de concret, on laisse tomber mais si je trouve des indices reliant ces disparitions, j'aurais besoin de votre aide. Votre connaissance du quartier et des trafiquants me seront précieuses.
L'inspecteur Nicolls approuva et Peter le suivit jusqu'à la morgue où le médecin légiste les reçut. Peter était toujours mal à l'aise quand il devait côtoyer ce genre d'expert mais l'homme face à lui, lui plut immédiatement.
-Nicolls... Quel plaisir de vous voir dans mon antre...
-Bill, je te présente l'Agent Burke du FBI...
L'homme en blouse blanche s'avança vers Peter, une main tendu, un sourire sincère éclairant son visage. Nicolls recula et tourna les talons, laissant Peter et le scientifique seul. L'inspecteur prétexta un dossier urgent à relire mais Peter avait senti le malaise qui existait visiblement entre les deux hommes.
-Ne faites pas attention à Nicolls, il déteste venir me voir. J'ai le don de lui hérisser le poil en lui rappelant que mes pensionnaire attendent qu'on leur rende justice...
-Je vois... Je crois que je vais être classé dans la même case que vous...
-En quoi puis-je vous aider, Agent Burke?
-Des disparitions... J'aimerais être sûr que ce ne sont que des disparitions et, pour ça, je dois comparer mes photos et celles de certains de vos pensionnaires.
Peter sortit les copies des dossiers que Nicolls lui avait fourni. Le légiste regarda attentivement les photos de Digert, Sibard et Mitchell avant de se diriger vers une armoire à dossiers. Il en sortit deux chemises cartonnées et les tendit à Peter.
-Je crois que vous venez de mettre la main sur quelque chose, Agent Burke.
Les mains de 'Peter tremblaient un peu quand il ouvrit le premier dossier. Il aurait tellement aimé que son intuition soit fausse.
La première photo sur laquelle il posa les yeux était celle de Matt Sibard, la seconde celle de Gareth Mitchell.
-Que leur est-il arrivé?
-Officiellement... Overdose.
Le ton du médecin fit immédiatement penser à Peter qu'il doutait de cette hypothèse.
-Et votre conviction personnelle?
-Je pense que ces jeunes hommes sont bien morts d'une overdose mais c'est ce qui s'est passé avant leur mort qui me paraît étrange.
Le médecin fit signe à Peter de le suivre. Ils s'installèrent dans un petit bureau où le docteur Bill Tiran lui servit un café.
-J'ai alerté Nicolls sur les découvertes incohérentes que j'ai trouvé en procédant à leur autopsie mais il m'a répondu qu'il n'y avait pas de quoi ouvrir une enquête. Ces jeunes gens ont passé leurs derniers jours dans un milieu luxueux, privilégié.
-Qu'est-ce qui vous fait penser ça?
-Le contenu de leur estomac. Pour les deux, leur dernier repas était constitué de mets raffinés arrosés de champagne. Tous les deux avaient un poids normal ce qui n'est pas courant pour des personnes prenant de la drogue depuis aussi longtemps.
-Ils ont peut-être rencontré un bienfaiteur...?
Peter vit la grimace du médecin.
-S'ils ont rencontré quelqu'un cet homme est loin d'être une âme charitable. Ils présentaient tous les deux des traces de ce que je pourrais appeler de la torture. Les blessures avaient été soignées consciencieusement et la cicatrisation se serait faite sans peine.
Peter eut du mal à avaler sa salive en entendant la description des blessures infligées. Comment Nicolls avait-il pu considérer ces faits comme sans importance? La phrase suivante finit de lui glacer le sang.
-Ils présentent aussi tous les deux des traces de violences sexuelles. Je pense que ces deux hommes ont été tué après avoir servi de jouet à un pervers dangereux.
