Remerciements : Bon, on n'a plus le droit de le faire individuellement, donc je remercie chacun de mes reviewers, en espérant que vous apprécierez ce chapitre.

Disclaimer : Rien à moi à part l'intrigue et Rose. On est vraiment obligé de le répéter à chaque chapitre ?

Note de l'auteur : Voilà enfin pour vous et pour vous seulement, amis lecteur le troisième chapitre de cette modeste fanfic. Je sais que vous l'attendez depuis un long moment, mais je tiens à vous préciser avant que vous ne décidiez d'accompagner mon foie de fèves et de chianti, que si vous me tuez, je ne pourrais plus publier, ce qui serait dommage, étant donné que l'histoire est terminée. Pour me faire pardonner, donc, j'adopte dès maintenant un rythme de publication hebdomadaire. Rendez-vous donc vendredi prochain pour la suite. Bonne lecture.

__________________________________________________________________________________________________________

Deuxième séance :

-Etes-vous sûr que tout va bien, Docteur Sullivan ? Vous avez l'air malade.

Rose jeta un regard inexpressif à Chilton par-dessus le gobelet tiède de café bourbeux que venait d'éructer péniblement la vieille machine de l'hôpital. Aussi déplaisant que puisse être le ton sur lequel le directeur avait formulé sa question, sur le fond, il n'avait pas tort. Rose savait parfaitement que malgré ses efforts cosmétiques pour avoir un peu de couleur sur le visage, elle ressemblait à un zombie fraîchement déterré. Au bout d'une semaine, le peu d'équipement de maquillage qu'elle possédait ne suffisait plus à cacher ses nuits agitées.

-Ce n'est qu'un peu de fatigue, Docteur Chilton. Mais je vous remercie de vous inquiéter de ma santé.

Cette phrase sonnait faux même à ses propres oreilles.

-Ce n'est pas pour vous que je m'inquiète, répliqua celui-ci d'un ton pincé, mais pour vos patients. Je ne voudrais pas que vous commettiez d'erreur.

"Ce serait bien la première fois que tu te soucies d'autre chose que de ton petit confort !" pensa-t-elle.

Etrangement, elle se sentait presque irritée par la présence de son directeur. Leurs relations ne s'amélioraient pas, en partie à cause de son anti-émotivité qui mettait l'homme mal à l'aise. Avec un soupir, elle jeta un coup d'œil à sa montre qui indiquait quatre heure moins le quart. Si elle voulait être à l'heure avec Lecter, elle devait se débarrasser au plus vite de son interlocuteur. Lecter n'était pas quelqu'un que l'on pouvait faire attendre sans risques, aussi elle expédia son café et prit un air courroucé pour répondre à Chilton.

-Ne vous inquiétez pas pour mes patients, Docteur. Je vous le répète, ce n'est qu'un peu de fatigue, rien d'alarmant. Maintenant, si vous voulez bien m'excuser, j'ai à faire.

* * *

-Plus je vois vos dessins et plus vous m'intriguez, Rose.

-Vraiment ? Puis-je savoir pour quelle raison, Docteur Lecter ?

-Nous avons déjà établi que vos dessins expriment ce que vous pensez ne pas ressentir. Cela dit, ils sont un peu surprenants par rapport à ce que l'on pourrait en attendre. Il est clair que vous souffrez d'une dissociation psychique très particulière.

-Pourquoi me le dire ?

-Parce que j'informe toujours mes patients de leurs pathologies. Les dessins de ce carnet sont plus sombres que les autres. Quel âge aviez-vous ?

-Vingt ans. Mes parents adoptifs sont morts dans un accident de voiture cette année-là. Je vous ai amené le carnet que j'ai utilisé dans la période après leur enterrement. J'ai hérité d'une somme assez importante et de leur maison. Mon frère adoptif était déjà mort d'une overdose.

-Qu'avez-vous ressenti, Rose ?

-Je pensais n'avoir rien ressenti. Mais puisque mes dessins sont tristes et sombres, je suppose que j'étais triste et sombre moi aussi.

-Vous parlez parfois de votre famille adoptive. Qu'en est-il de vos parents biologiques ? Vous souvenez-vous d'eux ?

Rose secoua la tête.

-Non. La police m'a fait placer dans un orphelinat quand j'avais 7 ans. J'ai été adoptée un an plus tard par un couple qui rêvait d'une famille nombreuse. Personne n'a consenti à me dire ce qui était arrivé… avant. Je suppose que c'était trop violent pour être mentionné par des gens comme il faut.

Lecter était à présent debout à 50 cm de la vitre, parfaitement immobile, ses yeux froids fixés sur elle sans ciller.

-Vous le supposez ? Non, vous le savez, n'est-ce pas ?

-En effet.

-Rêvez-vous, Rose ?

-Depuis environ une semaine, je fais des cauchemars qui me réveillent. Mais je suis incapable de me les rappeler.

-Vous ne vous les rappelez pas car ils concernent une partie de votre mémoire qui vous est fermée. Là où sont enterrées les sept premières années de votre vie.

-Et vous voudriez que j'y aie accès, n'est-ce pas ? Etes-vous en train de dire que mon insensibilité est due à mon amnésie ?

-Vos rêves ne vous laissent-ils réellement aucun souvenir où sont-ils simplement trop flous pour que vous compreniez ce qui arrive ?

Rose laissa échapper un soupir (cela lui arrivait de plus en plus souvent depuis que sa "thérapie" avec Lecter avait commencé, cinq mois plus tôt). Il était devenu évident au cours des séances qu'il ne répondait que rarement aux questions directes, et ce n'était pas vrai dans son cas uniquement. Ses intentions demeuraient mystérieuses pour Rose et quelque chose lui disait que c'était ce que cherchait Lecter. Une autre chose évidente, cependant, était qu'il se fichait totalement d'établir ou non une relation de confiance ou de faire oublier ce qu'il était. Mais elle ne le craignait pas et elle soupçonnait que cela irritait beaucoup plus le monstre que ce qu'il laissait paraître. C'était peut-être pour cette seule raison qu'il tentait de faire disparaître son insensibilité, mais c'était peu probable. Hannibal Lecter aimait avant tout le contrôle et la manipulation. Il ne recherchait que son amusement, et son amusement consistait surtout en la destruction ou la corruption de ce qui voulait bien l'approcher. Cependant, Rose ne ressentait pas plus d'appréhension face au piège tendu que si elle ne le voyait pas, ce qui ne l'empêchait pas de se poser des questions.

-Eh bien, il est incorrect de dire que je n'ai aucun souvenir. Mais ils sont tellement flous qu'ils ne peuvent pas être considérés comme tels. Ce sont plutôt des impressions. Il y a du sang, des cris, des pleurs… C'est tout ce que je sais.

Ce fut ce moment-là que choisit la montre de Rose, réglée sur 5h, pour sonner. La jeune femme se leva lentement et adressa un signe de tête à Lecter qui le lui retourna.

-Nous reprendrons la semaine prochaine. Au revoir, Rose.

-Au revoir, Docteur Lecter.

Rose tourna les talons et quitta le sous-sol en oubliant son carnet et sans avoir conscience que son pas était trop rapide pour ne pas avoir l'air d'une fuite.