Bonjour !

La dernière fois, je vous ai laissé sur la plage avec Zoro et sa belle inconnue. Dans ce chapitre vous allez enfin pouvoir découvrir l'identité de cette veinarde. Un chapitre où les regards commencent à changer... Mais il ne faudrait pas se laisser distraire et oublier la tempête qui se profile au loin.

Bonne lecture.

Les personnages appartiennent à Oda Eiichiro, le grand, l'unique, l'honorable (non, je n'exagère pas du tout, même pas un peu).


Le souffle des démons

CHAPITRE III : DANS L'AIR FRAIS DU MATIN

La lueur nocturne reflétait sur la chevelure flamboyante de la jeune femme. Ses yeux marron s'écarquillèrent en voyant le visage de celui qu'elle surplombait. Elle s'apprêtait à réagir, Zoro la devança.

- Quoi ?! Qu'est-ce que tu fais là ? s'écria-t-il en reculant d'un bond.

Un coup de poing lui foudroya le crâne en guise de réponse.

- Qu'est-ce que tu m'as fait bougre d'imbécile ?! Lui lança-t-elle, enragée.

Elle s'était relevée en attrapant un tronc d'arbre qui traînait par là et le menaça avec. Ces yeux injectés de sang, ce crissement de dents, ce cri de rage. Aucun doute, c'était bien Nami.

- Eh ?! Ne vas pas t'imaginer n'importe quoi ! Je t'ai rien fait du tout ! Hurla le bretteur, lui-même plongé dans l'incompréhension.

La navigatrice dût se rendre à l'évidence en voyant l'air ahuri que prenait Zoro. Lui aussi, ne se souvenait pas et ne comprenait pas. Elle reposa le tronc déraciné en soufflant par dépit.

- Bon sang, qu'est-ce qu'il s'est passé ? S'interrogea-t-elle.

Etait-ce l'alcool ? Impossible, Zoro et elle pouvaient facilement tenir face aux effets de la boisson. Devant elle, le jeune homme haussa des épaules. Il se fichait pas mal de savoir ce qui les avait amenés à se retrouver l'un sur l'autre. Il se réjouissait même d'avoir oublié.

Lorsqu'elle reprit connaissance, Robin releva sa tête du bar en bois qui lui avait servi d'oreiller. Autour d'elle, plusieurs individus ronflaient grassement à même le sol. La soirée arrosée les avait complètement assommés. L'archéologue chercha du regard ces deux compagnons. Ils s'étaient volatilisés. Assaillie de migraines, elle s'engagea vers la sortie pour prendre une bouffée d'air pur. A présent calmes, les rues étaient plongées dans un profond sommeil. Robin leva le nez au ciel et contempla les quelques lanternes restées allumées. La brise nocturne souleva ses cheveux noirs de jais et s'engouffra dans ses poumons. Un soupir soulagé s'échappa de ses lèvres. Au même moment elle vit Nami et Zoro se diriger nerveusement vers elle. Robin ne s'interrogea pas, la raison de leur absence lui était évidente.

Dans un silence tendu, ils progressèrent vers la colline sur laquelle l'auberge était perchée.

Une fois rentrés, ils s'enfermèrent dans leurs chambres respectives sans prononcer un mot.

Etalée sur son lit, la navigatrice se repassait en boucle les images de la soirée. Elle détestait manquer de contrôle sur sa propre mémoire. Elle se frappa mentalement comme pour extirper ne serait-ce qu'un fragment de souvenirs. Rien n'y fit. La seule image qui lui apparut fut celle du bretteur et de son regard impénétrable. Nami bougea sa tête de droite à gauche pour effacer la vision.

- Pauvre idiot. Lança-t-elle en se levant. Elle s'installa au bureau juxtaposé à la fenêtre de sa chambre, et entreprit une série de dessins géographiques.

Dans un coin sombre du jardin, Zoro fendait l'air de ses lames finement aiguisées. Il balançait les sabres au rythme haletant de son souffle. D'un coup agacé, il voulut balayer la scène de la plage de son esprit. Ce n'était pas son genre de s'attarder sur une question sans réponse. Et ce n'était pas de sitôt qu'il changerait cette habitude. La nuit était claire et froide, tout comme son âme. Il retint sa respiration et ferma ses yeux. Dans sa méditation, il sentit une ombre se déplacer vers sa gauche. Elle papillonnait au gré du vent. Sans son troisième œil, il n'aurait pas été capable de la percevoir. Instinctivement, il fit valser sa lame jusqu'à l'individu. Une multitude de bras émergea du corps de l'épéiste et l'arrêta dans son élan. Ils lui retinrent le bras et le torse.

- Ce n'est que moi, bushido-kun.

Robin sortit de l'ombre en desserrant l'étreinte de ses bras et le fixa d'un sourire narquois.

Zoro haussa un sourcil avant de reprendre son entraînement, indifférent.

- Quelle drôle de soirée. Lui lança malicieusement l'archéologue.

Le jeune bretteur poussa un rictus face à cette remarque empli de sous-entendus. Après un long silence, il ouvrit la bouche.

- Tu ne dors pas ?

- Comme tu peux le constater, je ne dors pas, non.

A question bête, réponse bête. Zoro se tût.

- Je n'y arrive pas. Les maux de tête m'ont eu pour cette nuit.

- Ah, je vois.

Le bretteur observa Robin se tapoter le front. Le silence régna à nouveau.

Zoro rengaina ses sabres et s'approcha de la brune. Ses yeux imperturbables soutinrent celui du jeune homme. Ils se faisaient étroitement face. D'un geste qui étonna sa nakama, le bretteur posa ses mains glacées sur les joues de cette dernière. Robin se tût.

Les doigts habituellement puissants de Zoro se faisaient plus délicats. Ils se déplacèrent lentement sur le visage qui s'offrait à eux. Deux doigts vinrent fermer ses paupières pour ensuite se glisser sur les tempes. Deux pressions y furent exercées. Les deux amis restèrent un moment dans la même position, jusqu'à que le bretteur retire ses mains. Il s'éloigna pour reprendre sa place initiale.

Robin avait rouvert ses yeux. Elle tâtonna le haut de sa tête, la douleur avait disparu. La belle lança à son guérisseur l'un de ces sourires qui auraient fait chavirer le love-cook. Mais qui le laissa évidemment de marbre. Elle tourna ensuite les talons et se dirigea vers l'entrée de la cuisine qui donnait sur le jardin.

Du coin de l'œil, Zoro la regardait filer entre les feuilles d'érables virevoltant dans l'air. D'un rapide coup de sabre, il les coupa en lamelles.

Il s'adossa au pied d'un arbre et finit par s'endormir.

Nami, toujours éveillée, observait la scène depuis sa fenêtre. Sa gorge se noua. La plume qu'elle avait en main s'écrasa sur le bois de son bureau. Etait-ce son esprit qui lui jouait des tours ? Elle frotta machinalement les yeux et regarda le bretteur endormi. Se surprenant à dévisager ce dernier, elle se leva brusquement de sa chaise et tira les rideaux. Des gouttes de sueur perlèrent sur son front. Elle les essuya d'une main et se persuada qu'une nuit de sommeil désembuerait son esprit de tous ses songes. Installée sous sa couette, Nami tomba tant bien que mal dans les bras de Morphée.

Robin se tenait face à la cafetière de la cuisine. Elle regardait le liquide noir s'écouler dans le réceptacle en verre de l'appareil. Maintenant débarrassée de son mal de crâne, elle pouvait se consacrer au livre qu'elle avait « déniché » au restaurant. Le calme nocturne était d'un confort délectable pour une lectrice aussi avide d'histoires. Et Robin ne comptait pas manquer un tel moment. Depuis le malheureux incident, ces instants de quiétude et de tranquillité d'âme s'étaient faits rares.

Dehors, le vent repointait le bout de son nez. Le feuillage des arbres frémit dans un bruissement fantomatique. Une lourde rafale s'empara de la ville endormie. Rapidement, les lumières laissèrent place à l'obscurité. La pluie accompagna le vent dans sa danse tumultueuse.

Une tempête approchait.

Les rues désertes voyaient ses lanternes être emportées au-dessus des toits. L'une d'entre-elles retomba aux pieds de deux inconnus qui marchaient sous ce vent nonchalant. Les deux silhouettes se dirigeaient vers la colline qui surplombait la ville.

Zoro dormait toujours dans le jardin. Une bulle s'échappait par intermittence de ses narines ronflantes. C'est à peine si le vent le dérangeait. Soudain, un malencontreux débris vint s'écraser sur sa tête. S'en suivit d'un réveil en fracas. Zoro balança l'objet d'un coup agacé. Il frotta la zone d'impact où s'était formée une énorme bosse. D'un pas ronchonnant, il rentra à l'intérieur. Le bretteur profita de l'occasion pour s'emparer d'une bouteille de saké qui traînait dans un coin de la cuisine, puis, s'affala sur l'une des chaises de la table à manger. Il savourait goulument le breuvage lorsque ses yeux s'arrêtèrent sur le bouquin et la tasse de café posés devant lui. L'ustensile encore tiède laissait penser que son utilisatrice s'était assise là quelques minutes plus tôt. Zoro observa le pavé de pages sur lequel reposaient des lunettes de lecture.

Le bretteur n'avait jamais compris cette passion qu'avait Robin pour les livres et l'histoire. Les actes lui paraissaient plus concrets et moins compliqués que les mots. Il s'avoua toutefois l'efficacité de ce savoir que l'archéologue avait su prouvé à plusieurs reprises. Il songeait aux anciennes batailles lorsqu'il entendit une porte s'ouvrir. C'était celle de la salle de bain. La pièce se situait au fond du couloir qui donnait sur la cuisine. Robin en sortit.

Des gouttelettes d'eau s'échappèrent des cheveux humides de l'historienne et s'étalèrent sur le bois sombre du parquet. La longue serviette qu'elle portait, dessinaient les formes subtiles de son corps. Bien que surpris par cette apparition, l'épéiste ne laissa rien transparaître. Il détourna simplement son regard, faisant mine de l'ignorer.

A pas de loup, l'historienne longea le couloir jusqu'à atteindre l'entrée de sa chambre qui se trouvait au bout. Avant de disparaître, elle poussa un léger ricanement.

Le bretteur dormait déjà.

Quelques rayons de soleil perçaient la brume matinale. Les deux individus aperçus la veille se trouvaient face à la porte de l'auberge. Ils frappèrent et attendirent quelques minutes jusqu'à ce qu'elle s'ouvre. L'un d'eux sorti un objet de sa poche. Une odeur de cigarette vint envahir l'air frais du matin.


A suivre. Ce n'est plus vraiment un secret, on devine parfaitement qui se cache derrière cette fameuse fumée. Faudra s'attendre à de la baston entre deux zigotos qu'on connaît très bien.