Drago, tel un lion en cage (ce qui est légèrement le comble pour un serpentard si fier), tournait en rond, encore et encore, dans l'appartement de Théo.

La raison ?

Ce soir, c'est Jeudi.

Et ce soir, il allait revoir cette ombre qui hantait ses pensées.

Elle les hantait même super bien, vu que Théo s'inquiétait pour lui du fait de son obnubilation pour le mystérieux streap-teaser ! Une chose était sûre : au moins, le blond ne s'amusait plus à lui briser sa jolie porcelaine. Miracle ! Comme quoi, ça peut arriver. Mais alors…

Il commençait d'ailleurs à se demander si le brun ne serait finalement pas tombé réellement amoureux ?... Seul le temps pourrait lui dire, il était seulement obligé de subir constamment la question de Dray :

- Tu penses... qu'il va me répondre ?

Dieu, que Théo devait se contenir ! Et se contenter de lui répondre : « Je ne suis pas dans sa tête et je ne veux certainement pas y être !»

En rentrant du travail ce soir, il découvrit son meilleur ami assis.

Jusqu'à là, rien de bien choquant.

Sauf que son meilleur ami avait revêtu une chemise blanche et un jean moulant noir, en mode "prédateur" comme s'amusait souvent à l'appeler Théo. Et il lui aurait bien balancer cette remarque si les yeux gris du blond n'étaient pas teintés d'appréhension.

Ne sachant quoi faire, le brun lança :

- Je vais me préparer !

Il voulait stupidement éviter ce regard, celui qui le traversait de part en part. Cela faisait bien des années qu'il ne l'avait pas revu, en y repensant...

Du côté du danseur… au même moment.

"Cette loge est vraiment glauque !" ne put s'empêcher de penser le strip-teaseur, en regardant son reflet dans le miroir de la petite cabine à l'éclairage faible.

Il venait seulement une fois par semaine, mais cela était déjà bien assez.

Habituellement, il n'était pas très emballé rien qu'à l'idée d'y aller, mais lorsqu'il était sur scène, cela ne posait pas de problème. L'idée de danser sans que l'on ne sache qui il était vraiment le rendait... heureux. Mais seulement sur scène, pour repartir la mine aussi triste qu'à l'arrivée.

Alors, à la différence des autre jours, il était venu heureux, pour une raison inconnue (ou pas). Il avait répondu à son admirateur et pendant une semaine, il avait joué et rejoué avec la petit enveloppe si bien que le danseur avait eu du mal à le donner au serveur.

Après tout, si ça se trouve, son petit inconnu ne viendrait finalement pas.

Il secoua la tête.

Il fallait qu'il l'oublie, penser boulot, c'est le meilleur moyen, sûrement...

Enfin il pensait.

Le streap-teaser n'eut pas à réfléchir bien longtemps qu'il entendit déjà crier derrière la porte.

- Ry', dans 5 minutes tu montes sur scène !

Se penchant vers sa montre, il remarqua qu'il était déjà 21h.

Et merde, il n'était toujours pas prêt. Il se mit une claque mental et monumentale -histoire de se secouer un peu- et alla se changer rapidement. Franchement, c'était définitif, il fallait qu'il arrête de se laisser submerger par ses pensées; cela ne lui réussissait jamais vraiment.

Dans la salle.

Les deux amis étaient accoudés au bar, comme au premier soir.

Même lieu, même place, même scène.

Rien n'avait changer, si ce n'est le visage du blond plus figé que d'habitude.

Seulement là depuis 5 minutes, et pourtant... Drago aurait juré que cela faisait des heures, des mois voire des années qu'il n'était pas revenu ici. Ou du moins, ne l'avait vu. Non seul son cerveau buggait. La perche aussi.

Bientôt, le whisky de Théo arriva, ainsi que son café, un si doux café... avec une jolie enveloppe blanche en dessous.

Un sourire illumina le visage de l'ex-serpentard.

Doucement, il la prit.

Lentement, il joua avec.

Délicatement, il l'ouvrit.

Fébrilement, il sortit le papier qu'elle contenait.

L'écriture, si jolie, si menue, recouvrait la feuille blanche, légèrement penchée. Théo n'avait pas détourné les yeux de son meilleur ami qui commençait à lire la lettre d'une voix intérieure imaginaire.

« Cher celui-qui-aimerait-découvrir-mon-visage,

Je dois tout d'abord t'avouer que ta lettre m'a surprise. Après tout, je ne suis pas habitué à trouver des lettres de fans partout. Tu dis vouloir me connaître, en es-tu réellement sûr ? Surtout, de ne pas être déçu, rien qu'à travers ces lignes ? Je ne suis même pas sûr que tu seras là ce soir, pour lire cette lettre. Saches que tu as tout de même piqué ma curiosité. Découvrir ton caractère, même tout savoir de toi... Oui, moi aussi, j'aimerais bien, même si je me trouve parfois moi-même difficile à vivre. A mes yeux, tu n'as rien de psychopathe, je dirais même plutôt… Un brin sympathique. Peut-être que je me trompe ?

En tout cas, si tu veux me connaître, je te propose un jeu.

Bien sûr, seulement si tu es d'accord. Je te pose une question à laquelle je répond et bien évidement tu feras de même de ton côté.

Commençons par une question simple : quelle est ta couleur préférée ? Je t'avoue que pour moi, c'est le vert…

En espèrent que tu tiennes cette lettre entre tes mains !

Cordialement, Celui-que-tu-as-réussi-à-surprendre. »

Le cœur de Drago ne fit qu'un tour dans sa poitrine : il lui avait répondu ! Et en plus, il voulait jouer.

Quoi de mieux qu'un jeu pour commencer à se connaître ?

Pour se remettre de la foultitude d'émotion occup(hant)ant son esprit, il but une gorgée de son café, sous le regard attendri du serveur. Le messager est toujours le plus sollicité, oui, il voit tout, entend tout, mais ne dit rien.

Théo, grand curieux, ne put s'empêcher de demander :

- Alors ,alors sa raconte quoi ?

L'intéressé se retourna vers lui répondit :

- Ah ha ! Tu aimerais savoir ?

Quelle question ? Bien sûr que le brun voulait savoir ! Il hocha vigoureusement la tête. Puis, à sa plus grande surprise, son meilleur ami répondit d'une voix joyeuse :

- Et bah tu sauras pas nos secrets !

...

Levant les yeux au ciel, il termina son whisky d'un trait.

Ça y est, le blond avait régressé au point de ressembler à un enfant amoureux. Ou un sale gosse plutôt dans ce cas-là.

Etait-ce vraiment lui qu'il se le coltinait H24 ?...

Donc.

Si le strip-teaser pouvait se calmer sur ses lettres...

Il disait cela, mais au fond, il le remerciait de l'avoir fait sourire, de remplir ses jolis yeux acier de vie.

La musique se changea soudainement, et le rideau s'ouvrit comme la première fois.

Drago bloqua, la lettre collée contre son cœur.

L'auteur était juste derrière le rideau, il ne pouvait ni le toucher, ni lui parler.

Quelle torture !

L'ombre se mouvait doucement, si hypnotisante au rythme de la musique envoutante en arrière fond. Couche de vêtement par couche de vêtement, l'ombre se dénudait. Neurone par neurone, le cerveau de Drago se déconnectait. Se souvenant des mots sur la lettre, il se demandait comment il pouvait le décevoir.

Non, il en était sûr.

Peu importe ce que le strip-teaser pouvait mettre dans ses lettres, cela l'emplirait de joie.

Peu importe le temps qu'il devait patienter jusqu'à sa prochaine lettre, il attendrait avec l'envie irrésistible de décortiquer chacun de ses mots avec passion.

De relire ses lettres, encore et encore, jusqu'à les connaître sur le bout des lèvres.

Le rideau de velours rouge retomba brutalement, brisant un autre rêve et emportant son destin derrière une protection aussi fine que le vent, et pourtant aussi impénétrable qu'un fort à douves.

Et masquant la vision du rêve qui habitait à présent les nuit du brun, les doux songes de la nuit redessinant doucement chaque contour du corps de cette ombre.

Bientôt il reverrait les mots se fixer à jamais sur ce papier blanc.

Se retournant vers le serveur, il remarqua le papier et le stylo. Silencieusement il remercia le serveur et écrivit sa réponse.

Oh non, il n'abandonnerait pas .

Dans la nuit, le messager guette, il surveille les douces liaisons entre tourtereaux.

Il subit les moments de joie, les larmes aussi.

Oui.

Le messager soutient silencieusement le secret d'un amour naissant.