CHAPITRE 3 :
J'ai bien l'impression que tu as avoué à la belette et à la sang de bourbe, ils me fusillent du regard depuis tout à l'heure...
Ils croyaient quoi ? Qu'ils allaient réussir à m'attaquer par la simple force de leurs pensées ? J'ai déjà essayé sur eux avant et ça n'avait jamais marché !
Je suis assis à la table des serpentards, Pansy braille à mes côtés et Blaise mange tranquillement et avec classe. De notre côté, c'est comme si rien n'avait changé, alors qu'en face, un silence gêné règne chez les rouges et ors tandis que le trio d'or reçoit des regards curieux de la part de la table entière.
Une drôle d'ambiance règne entre eux : toi, aussi serein que d'habitude, te goinfres pourtant comme un miséreux (ce qui est carrément inhabituel, toi qui mange comme un moineau en général).
Ledit miséreux, d'ailleurs, n'a pas touché à son assiette, et sa main est serrée en poing autour de sa fourchette... il a le teint un peu verdâtre, ça ne va pas du tout avec ces cheveux... je crois que ça le dégoutte de savoir pour moi et Harry.
Quand à la sang de bourbe, elle lance des regards mauvais à tout ce qu'elle voit (moi en particulier, mais aussi son jus de citrouille, Weasley, le mur, les autres griffons... en fait, tout sauf toi.).
J'essaie de ne pas leur prêter attention, mangeant avec calme en écoutant (ou en essayant d'écouter plutôt) Pansy.
Mais difficile de se concentrer quand je reçois autant d'ondes meurtrières de la part de tes deux meilleurs amis... Franchement tu aurais pu mieux les choisir. En prenant quelqu'un qui n'aurait pas été contre notre relation par exemple (il y en a plein d'autres, des exemples, mais celui-là est sûrement le plus important de tous à mes yeux).
Un serpentard quoi.
En d'autres termes : moi.
Depuis ma première année, je me dis que je suis le seul à mériter ton amitié, ton regard, ton attention... En d'autres termes, tout de toi. C'était légèrement égocentrique, mais c'est ce que je suis après tout, en plus d'être amoureux.
Je finis mon assiette, le plus rapidement possible, je l'avoue, et m'apprête à sortir de la Grande Salle quand je te vois te lever...
D'une certaine manière, j'aimerais que tu ne fasses pas ce que je pense que tu vas faire, mais tu es Griffondor, et je te connais bien, et je sais que tu vas le faire. J'en ai terriblement envie, bien sûr, j'en ai toujours envie. Mais d'un point de vue totalement objectif et en rassemblant tout mon sang froid, je peux dire que ce n'est pas une bonne idée.
Mais quand tu m'attrapes par le bras, je ne te repousse pas.
Quand tu m'embrasses, je me laisse faire avec plaisir.
Je sais que tous les regards sont fixés sur nous, je sais que tu fais exprès d'approfondir le baiser, de le rendre sensuel pour que tout le monde puisse prendre conscience de l'ampleur de notre amour.
Enfin je suppose.
Tu te recules un peu, détachant nos lèvres de seulement quelques petits centimètres et tu me chuchotes quelques mots :
-maintenant tout le monde est au courant.
Ton souffle caresse mes lèvres et se mélange au mien, mes yeux sont plongés dans les deux émeraudes irréelles qui te servent d'orbes. Tu es trop beau pour être réel, trop beau pour être à moi.
Je frissonne.
Ça me fait presque peur.
J'aurais voulu dire quelque chose d'intelligent, de sarcastique, de cynique ou de sexy (que disent les hommes dans ce genre de situation ?), mais ma gorge est coincée. Je m'étrangle un peu, je suppose que je suis plus rouge qu'une tomate.
Par Merlin, j'aurais tout donné pour qu'on soit juste tous les deux, sans tout le monde autour, les yeux fixés sur nous dans un silence abasourdi qui plombe toute l'ambiance.
Je me blottis contre toi pour cacher ma rougeur, et tu m'entoures de tes bras.
Je devine que tu regardes fixement la table des griffondors, faisant comprendre à ta manière que tu ne changeras pas pour eux, ou une quelconque autre déclaration griffondorienne visible sur ton si beau visage.
J'ai l'impression que partir en courant serait une option plus qu'intelligente si tu ne me tenais pas comme ça...
.
Les jours passèrent dans un espèce de brouillard étrange.
Dans les couloirs, on me dévisageait curieusement, les élèves se demandant sûrement ce que le héros Celui-Qui-Est-Censé-Sauver-Notre-Putain-De-Monde pouvait bien me trouver.
Je me le demande souvent aussi, alors c'est pas en fixant mon visage qu'ils vont le découvrir...
En cours, un silence profond régnait à chacune de mes entrées, les profs me fixaient d'une drôle de manière, la plupart semblait se méfier de moi, comme si j'étais une espèce de maladie planant au-dessus de la tête de leur chouchou, prête à s'abattre sur lui pour lui infliger milles et une souffrances. Quand à Rogue, aucun changement dans son comportement, comme on pouvait s'attendre de lui.
Enfin, il y avait la salle commune des serpentards, et c'est sûrement ça le plus troublant.
Moi qui m'attendais à un rejet total dut à ma ''traîtrise'', je me retrouve face... et bien, face à rien, juste leur comportement habituel. Ils me respectent, m'obéissent, ne discutent pas mes ordres. Ils ne cherchent ni à me dissuader de mes choix, ni à me faire cracher la manière dont j'ai réussi à soumettre Potty.
Enfin, soumettre, façon de parler vu que c'est moi qui suis en dessous... la plupart du temps...
Non, ne pas penser à ça ! L'expérience est assez traumatisante sans que je n'ai besoin de m'en rappeler en plus !
Bref, pas de changements notables.
Même Pansy n'a pas réagi à la nouvelle, elle est toujours aussi collée à moi, braillant des histoires sans intérêt, rougissant quand je l'engueule, me défendant quand on m'emmerde, essayant de m'escroquer des informations sur ma vie personnelle...
Et puis il y a le silence, toujours ce grand silence qui m'accueille quand je suis dans mon lit, quand le brouillard quitte enfin mon esprit pour laisser un grand vide dans mon corps, avec cette peur qui me tord les entrailles, ce pressentiment inacceptable.
Parfois, je pleure un peu.
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Et puis il y eu ce jour, ce jour terriblement angoissant où tu m'avais demandé de t'attendre à la Salle sur Demande, et que tu n'es pas venu.
Je t'ai attendu, des heures durant, tremblant un peu de froid car je refusais de me mettre sous les draps tant que tu n'étais pas là...
J'ai attendu, attendu, attendu, et puis je me suis endormi, roulé en boule sur le lit que j'avais demandé, comme un enfant malheureux, et j'ai encore pleuré, comme presque chaque nuit que je passais sans toi.
Au réveil, tu étais là, et tu saignais au visage.
Tu m'as dit de me lever, qu'il faisait encore nuit mais que ce serait peut-être notre dernière fois. Tu ne m'as pas fait l'amour mais tu m'as embrassé, longuement et avec un désespoir qui a augmenté cette peur qui me tordait l'estomac depuis si longtemps.
Tu as ensuite murmuré ces quelques mots à mon oreille alors que tu embrassais mon cou.
-tu m'aimes n'est-ce pas, tu n'aimes que moi ?
J'ai hoché la tête en silence.
-toujours que moi ? As-tu encore demandé avant de te mettre à suçoter le haut de ma gorge avec passion.
Ma voix fut rauque, mais je répondis quand même, oralement, cette fois.
-oui...
Comme si cette réponse allait te retenir. Comme si le dire à voix haute allait éteindre cette horrible peur, et te laisser à mes côtés, t'empêcher de partir, de mourir...
Ça n'a pas marché.
Tu es parti faire la guerre et, comme une demoiselle attendant son fiancé, j'ai laissé mon cœur pleurer ta perte, sachant que tu ne reviendrais jamais dans ce château magique qui t'avais accueilli dès tes onze ans.
Et comme je le présentais, tu n'es pas revenu.
.
Ce n'est pas de ma faute.
Pourtant ta voix hurle dans ma tête.
-pourquoi m'avoir menti ?
Je me recroqueville sur moi-même, l'air est si froid...
-pourquoi m'avoir abandonné ?
J'aimerais me bercer d'avant en arrière pour retrouver le calme, mais ton hurlement est trop fort, je n'ose pas bouger. Je réponds donc d'une toute petite voix, effrayée :
-tu m'avais dit que tu m'aimais.
Tu me l'as chuchoté, tu te rappelles ?
Après une énième nuit, tous les deux, une nuit pourtant spéciale, presque une nuit d'amour.
Presque.
-ce n'est pas de ma faute.
Je suis seul, trop seul bordel, je vais crever si tu ne reviens pas !
-j'ai jamais voulu que tu partes...
Je lève les yeux et fixe devant moi. À l'endroit où tu devrais être, mais où il n'y a personne.
-reviens-moi... s'il te plaît reviens.
J'attendrais ton retour, Harry Potter.
Je t'attendrais toujours.
« tu n'aimes que moi, n'est-ce pas ? »
Je n'aime que toi.
« tu m'aimeras toujours, Draco ? »
J'ai jamais pu répondre, avant.
Je pensais que non.
-je t'aimerais toujours, mais j'ai besoin de t'oublier, je t'aime, je t'aime trop, pardonne-moi, ce n'est pas de ma faute, viens m'aimer, viens pour que j'aime ton corps à nouveau.
Toujours à toi mon amour...
Je t'appartiendrais toujours.
.
Mais Harry ne revint pas et Draco reconstruit alors sa vie, il finit ses études et en aima d'autres, beaucoup d'autres, un différent à chaque nuit, à chaque souvenir de Harry. Il oublia le monde, le passé.
Je ne voulais pas me rappeler de la douleur ressentit au départ de celui que j'ai aimé si fort...
Il oublia qu'il avait été sang-pur, ça ne voulait plus rien dire de toute manière.
J'avais trop mal, trop peur. Je ne voulais plus entendre ta voix qui me hurlait de t'attendre, chaque nuit dans mes cauchemars.
Il oublia qu'il avait eu un rapport avec le monde magique qui s'était autodétruit, avec les serpentards arrogants et disciplinés, avec ses griffondors vulgaires et énervants.
Je voulais te revoir, je voulais t'oublier. Je voulais mourir aussi, souvent.
Il oublia qu'il avait été la petite fouine, qu'il avait connu le héros du monde sorcier, qu'il avait eu un caractère de merde et une vie facile mais effrayante, car il risquait à tout instant d'être offert à un mage noir pour lui servir de chair à canon.
Il oublia tout, presque tout...
Et puis un jour, son démon personnel revint le hanter, tenta de le faire redevenir fou, fou d'amour... et il réussit...
