Il existe une entité du nom de Eve. Eve à d'effrayantes capacités. C'est un être capable de vous plonger dans un sommeil cauchemardesque et sans fin. Jusqu'à ce que mort s'ensuive. Mort qui survient généralement après quelques heures.
Voici l'histoire de l'une de ses victimes.


Un soir d'hiver, alors que les rues silencieuses étaient baignées dans la pénombre, seulement faiblement éclairées par des lampadaires, un jeune étudiant, qui vivait seul dans ce petit village d'Angleterre, rentrait chez lui. Il progressait hâtivement sur le trottoir pavé, pressé par le froid et la fatigue. Mais quelque chose lui bloquait la route. Il ralentit sa course et plissa les yeux. Face à lui se trouvait une jeune femme de taille moyenne, entourée d'une espèce de brume glacée. Mais elle paraissait malade. Son visage semblait inanimé, des cernes s'étaient formées sous une paire d'yeux d'un vert pâle, ses joues étaient creusées et ses cheveux charbonneux semblaient emmêlés et peu soignés. Elle portait une nuisette blanche abîmée par le temps et avait les pieds nus. Le jeune homme prit peur, se demandant ce que pouvait bien faire une jeune femme aussi mal en point en plein milieu d'un trottoir. Mais aussi parce que celle-ci le fixait sans jamais cligner des yeux. Elle était comme un corps sans âme. Elle leva lentement le bras et pointa son index droit sur l'étudiant, qui s'immobilisa. Pensant qu'elle montrait quelque chose se trouvant derrière lui, il se retourna. Évidemment, il ne vit rien. Et lorsqu'il redéposa son regard face à lui, la femme avait disparu. Il eut à ce moment-là un sursaut de frayeur. C'était bien la première fois qu'il était sujet à des hallucinations. C'est donc inquiet qu'il passa son chemin.

Ce qu'il ne savait pas à ce moment-là, c'est que Eve avait décidé de le chasser. Il était sa prochaine proie.

Il était à présent trois heures moins deux du matin. Le silence régnait dans l'appartement. Seule la respiration du garçon épuisé résonnait dans la petite pièce qui lui servait de chambre. C'est à trois heures pile qu'il se passa quelque chose d'étrange. Le jeune homme avait ressenti une peur inconnue grandir en lui, l'obligeant à ouvrir les yeux. Son corps se tétanisa à la vue de cette chose.
Elle était là, juste au-dessus de lui. Cette présence froide et légèrement vaporeuse qui se tenait au milieu du trottoir quelques heures plus tôt. Elle immobilisait totalement le garçon, qui se sentait oppressé et paralysé. Il ne pouvait rien faire. Ni crier, ni bouger, ni cligner des yeux. Juste observer ce visage inerte, ces yeux anormalement caverneux et creusés par la fatigue, éclairés par le clair de lune. Eve avait provoqué une paralysie du sommeil, rendant sa victime totalement impuissante.

Il perdit connaissance quelques secondes plus tard. Et le cauchemar débuta.


Tout était noir et silencieux. Aucune source de lumière, aucun bruit. Il essaya de hurler, mais aucun son ne sortit de sa bouche. Il avait froid, il avait peur. Une odeur de putréfaction parvint jusqu'à lui, lui provoquant des haut-le-cœur insoutenables. Puis un cri strident retentit, le cri le plus effrayant qu'il ait entendu de sa vie. Il fut rapidement suivi par d'autres hurlements, tous plus inhumains les uns que les autres, mélangés à des pleurs, des gémissements, des appels à l'aide. Et cette odeur... cette odeur de mort qui imprégnait l'obscurité. Il sentait des présences le frôler à toute vitesse dans des grognements monstrueux. Mais il ne voyait absolument rien, l'obligeant à imaginer les choses les plus horribles. Il ressentait. Il subissait. Il se boucha les oreilles, mais en vain. Il ne pouvait échapper à ce purgatoire, cet enfer sonore. Il réfléchit quelques instants et tendit son bras avant de se mettre à marcher à tâtons, se concentrant avec difficulté, toutes ces plaintes le déstabilisant. Il n'y avait absolument rien, aucun obstacle. Au fil des minutes, il augmenta la cadence, la panique commençant à le gagner. Il semblait circuler dans le vide le plus total. Alors il se mit à courir durant un certain moment. Et plus il progressait, moins l'obscurité se faisait dense, malgré les hurlements continus. Des flammes faisaient peu à peu leur apparition et flamboyaient un peu partout autour de lui. Il put enfin se repérer. Il prit des escaliers de pierre et les escalada. Le jeune homme monta plusieurs étages ainsi, son souffle devenant de plus en plus laborieux. Mais plus il progressait, plus la lumière s'estompait. Il était de nouveau plongé dans les ténèbres. Il reprit sa respiration durant quelques instants, au bord des larmes, avant de reprendre sa course. Il crut devenir fou alors qu'il se retrouvait une nouvelle fois en bas des escaliers. Il avait tourné en rond sans aucun résultat. Cependant, il remarqua de nouvelles marches qui descendaient en colimaçon. Il les emprunta et les dévala à toute vitesse, sa gorge brûlant tant il était essoufflé. Après avoir parcouru une bonne vingtaine d'étages, il se stoppa, à bout de forces. Le cadre avait totalement changé. Il était entouré de murs de pierre rongés par les braises. Des cadavres avaient fusionné avec le sol et les parois rocheuses. Cadavres qui n'étaient autres que les précédentes proies de Eve. Il pouvait clairement discerner les restes d'une petite fille serrant son ours en peluche dans ses bras rigides. Des dizaines de cages étaient suspendues à des chaînes, des membres décomposés passant au travers des barreaux consumés par la rouille. Des ombres effleuraient parfois son corps tremblant en poussant un cri sinistre.

Tout ce qu'il voulait, c'était se réveiller, oublier tout ça. Malheureusement, ses heures étaient déjà comptées. Eve allait le tuer à petit feu, puisant son énergie vitale petit à petit. Elle n'avait aucune limite. Peu importe l'âge de ses victimes, qu'elles étaient de bonnes personnes ou non, quand l'entité se mettait en chasse, elle ne lâchait pas sa proie. Elle aimait voir ces pauvres choses se débattre en recherchant la sortie. Et en attendant, elle se nourrissait de leur détresse pour survivre. Personne n'échappait au Cauchemar.