Titre : L'existence précède l'essence/Weltschmerz (État de grâce, III)
Auteur : JohnnieDarko.
Fandom : Harry Potter.
Personnages : Harry Potter, une vague réminiscence de Tom Jedusor, une point de Dumbledore bashing, un soupçon de Severus.
Genre : Angst, OS.
Nombre de mots : 2658. C'est long, venant de moi.
Warning : Nada.
Rating : K+.
Disclaimer : J.K. Rowling
Bonsoir à vous ! J'ai un peu abandonné le site pour cause de découverte d'un site concurrent. Je posterai de temps en temps, si certains s'en inquiètent (moi, égocentrique ?)
Sur ce, je vous souhaite une agréable lecture !
La dernière phrase qu'il entend lui ôte le souffle.
« Ne vous en faites pas Dumbledore, j'ai un plan ».
Rogue ne peut avoir de plan, songe-t-il confusément avant que la Pensine ne l'expulse brutalement de l'intimité de Severus. Il est mort, je l'ai vu. Il ne peut pas vouloir me tuer ainsi. C'est impossible qu'il puisse suivre les ordres malgré toutes ses protestations, je le sais, j'ai vu la haine – sa vie – quitter ses yeux. C'est faux, c'est un mensonge, c'est impossible n'est-ce pas ?
C'était plus facile à croire lorsqu'il n'était pas encore sorti de la Pensine, de l'entre-deux où il avait encore la possibilité de se perdre, quelque part entre les souvenirs et la réalité. Peut-être même aurait-il pu ignorer l'évidence éclatante de ce qu'il aurait dû comprendre plus tôt. On a beau dire que le destin n'existe pas ou qu'un homme n'est fait que de ses choix, au final, Harry Potter n'y croit plus.
Il est écroulé sur le parquet du bureau de Dumbledore, immobile comme une phase de sommeil lourd. La possibilité même que tout ceci soit faux (qu'a-t-il connu de vrai de la part de Dumbledore ?) effleure avec volupté son esprit, et pourtant, la fraîcheur apaisante du bois lui murmure que c'est sans doute la première et unique fois qu'il verra tous les détails. Le sang coule paisiblement dans ses veines, et pourtant, Harry jurerait qu'il va se mettre à sourdre brutalement, comme pour prévenir cette fatalité qu'il ira chercher lui-même. Il le sait, il l'a toujours su, il acceptera d'être un gentil garçon. Il ne veut pas surtout pas savoir si c'est le choc ou sa propre faiblesse qui le tétanise.
La pensée est aussi crue et évidente que les reflets du soleil sur la neige. Je vais mourir. Là, maintenant.
À l'instant même où il s'est extrait de l'amertume de Rogue, tout est devenu clair. Il n'a rien à ajouter face à ces vies gaspillées en son nom, celles dont il croyait qu'elles étaient un malheur auquel il ne pouvait rien. Celles qui le hanteront toujours, en secret, et dont il ne pourra jamais racheter le souvenir. Son regard se tourne vers le tableau que devrait habiter Dumbledore. Harry réalise pleinement, à la mesure de l'admiration et de l'aveuglement qu'il lui a témoignés, qu'il n'est en fin de compte qu'une façade de la résistance. Il n'est pas mieux qu'un autre et pourtant, c'est lui que tous idolâtrent sans songer à sa mère.
Je suis vivant parce qu'elle est morte, bande d'abrutis, pas grâce à moi ! Avant de vous connaître, je n'étais que Harry du placard du 4, Privet Drive, pas cette image que vous avez fabriquée ! L'amour, le sacrifice... Qu'est-ce que vous en savez ? Pouvez-vous me certifier qu'elle n'avait pas peur quand il l'a tuée ? Comme si on pouvait ramener tout nos choix à la générosité. Elle était terrifiée, je le sais maintenant. Je suis à sa place pour encore quelques instants. Je dois mourir.
Le bureau dictatorial se dresse sereinement devant lui, comme s'il ne comprenait pas la gravité de l'instant. Trop massif, trop habité par Dumbledore, se dit-il. Qu'est-ce que je raconte ?
Que faut-il donc qu'il fasse pour qu'ils comprennent ? Il est un symbole parce qu'une diseuse de bonne aventure a tout précipité, il n'est pas Dumbledore, ni même James ! Ses capacités sont bien plus limitées qu'ils le pensent tous. Est-ce si dur de comprendre qu'il veut simplement vivre ? Pourquoi les empêche-t-on d'être des adolescents normaux, Hermione, Ron et lui, avec leurs chamailleries et la légèreté naturelle qui leur sied si bien? Il aurait aimé parfois ne jamais connaître Ron et Hermione, ni Ginny, ni même cet incapable de Malefoy et sa lâcheté, si cela avait pu aider. Mourir pour que cette fouine réfléchisse au sens du mot agir... Est-ce qu'il doit en rire ou pleurer ?
Il sait cependant qu'il ne peut pas vivre sans ses amis. Le calcul est d'une simplicité et d'une mécanique glaçantes. S'il vit, jamais ils ne deviendront vieux. S'il meurt, il leur donne une chance d'être un jour des adultes. Il est trop jeune, trop seul. Harry doit assumer une tâche qui détruit tout ce sur quoi il pensait avoir fondé un éventuel avenir. L'habitude de la solitude est devenue d'autant plus terrible qu'il sait maintenant ce qu'est une fratrie. Sa vie s'achève ici parce qu'ainsi, il sauve ce qu'il avait toujours espéré connaître un jour. Il doit pourtant arrêter d'y penser, sans quoi il va devenir fou.
Harry ne pensait pas que sentir un parquet froid coller à sa joue serait un jour si important dans sa vie. Par désespoir, il s'accroche à chaque manifestation de la réalité. Il se demande si un tel niveau de conscience confère à la folie. Tout est trop rapide et trop clair, maintenant qu'il sait où s'achève le monde. Malgré toute sa bonne volonté, il ne peut s'empêcher de penser que plus tard, on croira qu'il avait décidé de se sacrifier sans que personne ne l'y pousse. Ils vont vivre. Ils vont avoir des enfants, une famille, des gens qui les regretteront et ne trouveront aucun bénéfices à leurs morts. J'ai peur du néant, du vrai. Ils s'habitueront à ce que je ne sois plus là, et à partir de là, je serai complètement mort. Ils... Ils vont me laisser parce qu'eux seront vivants et que l'on s'habitue même à ce qu'on croyait être le pire. Je suis fichu.
Je vais mourir. Je dois être tué.
Il va passer la baguette à gauche, il le sait et il a toujours su que ce serait lui. Ça a toujours été lui, de toute façon, d'aussi loin qu'il se souvienne. Les autres enfants qui le fuyaient, la lueur de peur dans les yeux de sa chair et de son sang. Ils ne savent pas, les autres, ils ne savent pas qu'il est là pour eux et qu'ils sont la seule lumière qu'il ait jamais entrevue. Regarder la mort en face fait croître insidieusement la terreur quelque part dans sa poitrine. Dans cet endroit où la douleur des pensées devient physique. Rien ne l'avait préparé à ressentir ce dilemme fondamental du devoir et du vouloir. Je vais mourir pour eux, pour moi aussi, je ne les verrai plus, et je ne sais même pas où je vais. J'ignore même s'ils pourront le tuer. On dira ce qu'on voudra, mourir est la plus grande défaite du monde. Je meurs, peut-être vivront-ils. Est-ce que Tom saisit l'ironie de ce que je vais faire ?
Harry va mourir pour arrêter celui qui voulait aller plus loin que la mort. C'est étrange, il lui semble que l'épitaphe de la tombe de ses parents allait dans le même sens, tiens donc. « Le dernier ennemi qui sera vaincu, c'est la mort ». C'est cela même. Il est certain qu'il mourra avant que son corps ne vieillisse convenablement. Rien ne subsistera à celui qui avait survécu. Il ne mourra pas, il crèvera. À la limite, ça lui est égal étant donné qu'il a toujours été littéralement dans l'ombre – celle du placard, celle de ses parents. Celle d'un sorcier qui devait le maintenir en vie par amour de son prochain.
Il aurait voulu arrêter mais il ne peut pas, il sait qu'il n'en a pas le droit. Même s'il gît immobile sur le sol, il n'ignore pas qu'il se relèvera, quand bien même il n'en aurait pas l'obligation. Il est allé si loin qu'il a franchi une porte condamnée aussitôt refermée derrière lui. Trop dur, trop loin, trop fort, et surtout, trop faible. Dumbledore a su trouver la faille en lui, même s'il ne pensait pas à mal. Aussi manipulateur qu'il ait été, il a entendu la prophétie, et en vieil homme superstitieux, il s'est incliné et a formé Harry. Celui-ci ne peut même pas lui en vouloir de l'avoir instrumentalisé ainsi. La prophétie le désigne lui et lui seul, comme en a décidé Tom le soir de la mort des Potter, et il n'y a pas à tergiverser là-dessus. Dumbledore savait, Harry en est persuadé, que son protégé n'est pas capable pour l'heure de jouer un autre rôle. Il avait pensé à tout depuis le départ et il savait exactement comment il faudrait élever Harry pour le préparer au sacrifice. Il n'a jamais ignoré que son protégé vivait dans le mépris et la répugnance de Pétunia, qu'il n'était qu'un parasite qu'on faisait dormir dans le placard sous l'escalier. Jusqu'à ce qu'il arrive à Poudlard, Harry ne savait même pas qu'il était normal et décent d'avoir une chambre et un lit. Il avait subi toutes les vexations et humiliations possibles, et Dumbledore le savait, il l'avait même choisi.
Je vais crever comme un rat parce que Tom va m'abattre. Je serai mis à mort sans même m'être battu.
Un vent froid caresse son bras comme un filet d'eau ininterrompu. Il sent, donc il est. Il pense, donc il existe. Il a peur de l'instant où le monde s'achèvera.
Il aurait pu être élevé n'importe où avec l'affection que requiert un enfant, se dit-il sans prendre conscience des larmes qui nourrissent le plancher, mais Dumbledore avait choisi de le condamner à dix ans d'inexistence et de vexations. Il avait perdu son innocence le jour où il avait été mis dans le placard. Le bébé avait cessé de pleurer et ne menaçait plus de s'étouffer dans son sommeil. Ou alors était-ce le fait que Pétunia ne l'avait jamais touché et l'avait fait se débarbouiller à coup de lingettes depuis qu'il avait quatre ans ? Peut-être étaient-ce aussi les araignées du placard qui avaient enlevé l'insouciance et la légèreté dont il ne parle jamais. Dumbledore, sans aucun doute, savait qu'après un tel sevrage, Harry se dévouerait corps et âmes à quiconque lui adresserait un geste.
Il s'est enfin relevé et son regard embrasse une dernière fois l'imposant bureau directorial. Pour se souvenir, jusqu'à la fin. C'est fou toutes ses petites sensations dont on oublie l'importance. Cependant, son cœur se sert quand il constate qu'aucun tableau n'est occupé. Il aurait aimé sentir un semblant de présence humaine dans ses derniers instants. Mais il mourra comme il a commencé. Seul.
S'il survit... S'il survit, oh oui, et il rit à cette pensée. S'il survit, alors peut-être pourra-t-il se détacher du poids qui l'écrasait depuis toutes ces années. Mais à cet instant précis, lorsqu'il descend les escaliers et qu'il voit les visages de ses camarades, Harry est un petit garçon obéissant. Pense à tous ceux qui sont morts pour toi, lui avait-on dit, et en un sens, c'était vrai. Il ne pouvait renier ses parents et leurs sacrifices pas plus que la grâce de Sirius jusqu'à la fin. Jusqu'à la fin.
Pourtant, ce serait simple. « Pardon, mais non vraiment, je ne veux pas mourir. J'accepte de vous aider mais ça n'ira pas plus loin. » Quoi, pourquoi me regardez-vous comme ça ? Vous le saviez depuis le début, n'est-ce pas, que je n'aurai pas d'autre choix que de me sacrifier ? L'histoire se répète, les amis, et les martyrs sont toujours utiles... J'ai peur, je voudrais que vous le sachiez, je voudrais que jamais vous ne viviez une telle souffrance. Je ne sais pas ce que c'est de mourir, ni vous ni moi ne le saurons jamais vraiment. Pensez-vous à l'agonie ? Avez-vous réfléchi une seule seconde à ce que serait la rupture du lien entre le corps et l'âme ? Tom le soupçonne tout juste. Mais ni vous ni moi ne nous attardons là-dessus, et nous avons raison. Nous n'avons pas la réponse et peut-être un jour la trouveront-ils au Département des Mystères près d'un arcane inoffensif. Mais pour l'heure, tout ce que nous pouvons faire, c'est spéculer sans fond. J'aurais aimé ne pas voir ma propre mort arriver.
Tout cela est subjectif. Pourquoi se bat-il, si ce n'est pour répondre à l'instinct de survie pressant qui lui dicte qu'il faut vivre plutôt que mourir ? Il déteste sincèrement tout ce que Tom prêche, mais il doute que celui-ci ne soit qu'un pantin de sa propre haine. C'est ridicule parce qu'ils s'entretuent pour rien, pour combler le vide fondamental de Tom, pour lui fournir des justificatifs de sa puissance. Et moi, je vais devoir mourir à dix-sept ans. Même Rogue s'en est indigné, tout aveuglé qu'il soit par sa haine de mon père. C'est peut-être encore pire que son mépris. Il reprend la cape du coin où il l'avait abandonnée. Elle court entre ses doigts comme un murmure sur l'onde. Depuis quand est-ce que je pense des trucs pareils ?
Harry est revenu à lui dans le bureau de Dumbledore, là-bas où commençaient les desseins de Dumbledore et où ils s'y s'achevaient. Harry avait enfilé la cape d'invisibilité aux miroitements légers, il en aurait presque ri de voir une Relique de la Mort mener son dernier propriétaire à l'exécution. Il a descendu les étages sans trouver l'élan qui pourrait le détourner de son chemin, mais maintenant qu'il a senti l'odeur de Ginny, toute ce qu'il croyait noble et généreux s'effrite tel de l'argile au soleil.
La vue de celle-ci lui ferait tout abandonner mais il doit continuer pour elle, pour les autres. Il sait qu'elle aura un mari, des enfants, une cheminée autour de laquelle on se rassemblera les soirs de bonne humeur. Je vais mourir pour qu'elle vive avec un autre que moi. Le pire, c'est qu'ils m'oublieront et que ce ne sera même pas de leur faute. Sans stimuli, les souvenirs deviennent des rêves. Je ne sais plus comment Sirius sentait, ni s'il avait des fossettes quand il souriait. Les détails de ma cicatrice se délaieront forcément.
Tout ça pour quoi ?
Merlin, il faut que j'arrête de penser ! Si ça continue comme ça, je vais vraiment me défiler !
L'ombre majestueuse de la Forêt Interdite n'est plus menaçante. En ce qu'il ne craint plus le danger, elle est vide de sens. Le vent sur sa nuque bruisse d'avertissement et lui murmure qu'il n'est pas trop tard pour ne pas sombrer dans l'absurdité immense du néant.
C'est ça, le monde ? Ne jamais savoir, aller jusqu'au bout par peur d'agir ? Hésiter entre la chaleur des bras de Ginny et le devoir d'aller gentiment à l'abattoir, parce que c'est le plan de Dumbledore depuis le départ ? Est-ce pour ça que je dois mourir ?
Merci aux rares reviews, et n'hésitez pas à me dire ce que vous pensez.
