55 - Elle marche en beauté

Effectivement, ils avaient un plan, bien qu'il n'y ait pas beaucoup d'actions requises de leur côté. Tout ce que Harry, le Professeur Dumbledore, le Professeur McGonagall et Remus avaient à faire était de se rendre au bal, faire ce que leur dirait Severus, parler au plus de gens possible, tester les allégeances et garder la voie libre pour que Hermione et Severus fassent le boulot.

Cependant, Harry devait l'admettre, il n'avait pas une idée claire de ce en quoi son travail consisterait exactement.

"Que prévoyez-vous de faire ?" demanda-il à Snape alors que le groupe quittait le château par la porte principale et marchait vers les limites du domaine. "Le kidnapper ou quelque chose comme ça ?"

Snape eut un rictus. "Hermione va obtenir le plus d'informations possible sur lui," répondit-il. "Et, si c'est possible, elle va un peu contrarier ses plans. Un peu de subtile persuasion devrait suffir pour ça."

"Legilimencie," rectifia Potter, se souvenant de comment il s'était senti quand Snape avait pénétré son esprit.

"Pas seulement," dit Snape. "Hermione est un maître dans la combinaison des arts de l'esprit avec… appelons ça les arts du corps. Elle trouvera un moyen d'obtenir ce qu'elle veut."

"Excusez-moi ?" redemanda Harry, incapable d'imaginer ce que Snape voulait dire.

Snape sourit juste, un sourire sinistre les lèvres serrées. "Vous verrez."

Ils transplanèrent devant les portes d'entrée de la propriété d'Aberforth Dumbledore. L'allée était éclairée avec des rangées et des rangées de torches, et des serviteurs en livrées accueillaient les invités et les guidaient. Une fois de plus, Harry fut reconnaissant d'avoir passé des années à Poudlard. N'importe quel moldu serait resté bouche bée devant la grandeur absolue de cet endroit, mais en comparaison du château qu'il considérait comme son foyer, ça n'était pas du tout impressionnant.

Au moment où ils passèrent le seuil de la porte, Severus, qui marchait toujours aux côtés de Harry, leva les mains et, murmurant une formule trop doucement pour que Harry comprenne, il tapota un anneau qu'il portait à la main gauche avec son index droit dans une succession rapide de rythmes qui n'avait pas de sens pour Harry.

Mais ça en avait apparemment pour l'anneau, puisqu'il changea de forme et de couleur, et à la place du serpent qu'il arborait préalablement sur un fond rouge, un pierre verte affichait maintenant l'image d'une grille ouverte.

"C'est le signal pour qu'Hermione sache que nous somme à l'intérieur," dit Severus à voix basse, ayant remarqué la curiosité de Harry.

Comment avons pu en arriver là, s'emerveilla Harry pendant un moment. Severus me parlant civilement, et m'expliquant les chose sans y avoir été forcé !

"Vous communiquez avec un anneau ? demanda-il à voix haute.

"Deux anneaux. Elle porte son jumeau." répondit Severus. "Nous avons développé un code de couleurs et de symboles qui nous permet de nous communiquer un large éventail de messages." Il eut un petit sourire narquois. "Pour tout le reste, nous avons le symbole d'un feu ronflant, l'équivalent d'un "il faut qu'on parle"."

"Brillant," souffla Harry, ne trouvant pas du tout difficile ces jours ci d'adresser des compliments à son professeur.

"Oh, Hermione l'a conçu, principalement," répondit Severus, amusé. "Ne voyez-vous pas les similitudes avec votre fameux gallion de l'AD?"

Harry voulut répondre mais ils avaient finalement atteint la salle de danse, et dès qu'ils eurent quitté la sécurité de l'anonymat des couloirs, l'expression de Severus se referma sur son habituel air sévère et maussade. Hâtivement, Harry ajusta sa propre expression en un mélange d'ennui, d'aversion et de haine, et ils s'éloignèrent aussi loin que possible l'un de l'autre, comme s'ils se sentaient mal en la présence de l'autre.

C'est un rôle qu'il avait maintes fois joué avec Draco en public, mais il n'aurait jamais cru que ça serait aussi amusant avec Severus.

Ils entendirent leurs noms appelés par un autre serviteur en livrée, et seulement quelques secondes plus tard, Harry fut assailli par un tel chaos d'odeurs et de couleurs qu'il se demanda pendant un moment si le Professeur Trelawney ne les pas avaient suivis et n'essayait pas maintenant de le piétiner à mort.

Leur hôte de la soirée était arrivé, saluant Harry d'une voix portante et légèrement écrasante, et au moment où Harry le regarda, il sut ce que le professeur Dumbledore avait voulu dire quand il lui avait dit, il y a longtemps, qu'il aimait s'habiller sobrement. Comparé à Aberforth Dumbledore, même le pire accoutrement du Directeur paraissait pâlement insipide.

Il remarqua que le Directeur, et même le Professeur McGonagall reçurent un traitement très similaire, alors que Remus et Severus, plus ou moins ignorés par les personnes autour d'eux, s'étaient retranchés dans un coin et avaient commencé à discuter calmement.

Il ne savait plus à combien de personnes il avait été présenté ou à combien de tentatives désespérées de conversations plates il en était quand un nom clamé par le serviteur le figea.

"Miss Martha Harritt," annonça le serviteur, et Harry vit Dumbledore, McGonagall et Remus tourner la tête vers l'entrée également. Seul Severus ne pris pas la peine de regarder et garda son regard blasé sur une statue à ses côtés.

Martha Harritt. Mata Hari. L'humour d'Hermione était vraiment tordu.

Mais quand Miss Harritt entra, Harry fut certain de s'être trompé. Ca ne pouvait pas être Hermione !

Elle avait à peu près la même taille, mais ses cheveux étaient blonds et ses yeux aussi bleus que les mers Nordiques. Elle n'entra pas dans la pièce avec la démarche habituelle de Hermione, à grands pas assurés, elle semblait d'une certaine façon glisser sur le marbre poli du sol.

Sa poitrine était beaucoup plus grosse également, ou peut-être que c'était juste la façon dont sa magnifique robe rouge était taillée autour de son décolleté, ou la façon dont les coutures en perles rouges semblait diriger le regard dessus. La robe était longue, mais une fente sur son côté arrivait néanmoins à révéler une grosse part de ses jambes, sans pour autant donner l'impression qu'elle avait l'intention de les exhiber. Harry se surprit à suivre le léger mouvement de cette fente contre sa volonté, et en regardant autour de lui, il constata que Remus et Dumbledore la fixaient aussi.

De plus en plus de têtes commencèrent à se tourner alors que la femme blonde dans l'étonnante robe rouge entrait dans la salle de danse, et Harry put voir un homme âgé à sa gauche siffler d'appréciation.

"Voilà une citrouille que je ne refuserais pas de cueillir," murmura une voix près de son oreille, et avant qu'il puisse répondre, Aberforth Dumbledore se ruait sur Miss Harritt, ses bras grand ouverts comme s'il allait l'enlacer. Ce qu'il ne se refuserait pas de faire, pensa Harry avec colère.

Mais à la place d'éviter ses bras et de paraître discourtoise, la femme se baissa dans une légère révérence, ne faisant pas seulement baisser ses bras à Aberforth, mais exposant aussi une bonne part de sa poitrine aux yeux du public. Qui se constituait de presque tout le monde maintenant. Harry put voir à l'autre bout de la salle un homme se lécher les lèvres avec enthousiasme.

Aberforth la salua plus que cordialement, ne cessant de lui demander comment la plus belle femme qu'il n'ait jamais vue avait réussi à se rendre à son bal, et elle répondit à ses compliments avec une voix haut perchée et légèrement zozotante qui sonnait un peu naïve, et qui laissait entendre un petit accent américain.

Ça ne pouvait pas être Hermione !

Harry avait toujours détesté les femmes qui zozotaient comme ça. Il pensait que ça donnait l'air stupide, mais sur Martha Harritt, ça lui semblait juste intéressant. Elle avait l'air plus amicale comme ça, plus abordable, et il se demanda si Aberborth le présenterait à la demoiselle.

Bien sûr qu'il le ferait.

Après qu'il ait accaparé son attention aussi longtemps que possible sans paraître impoli, il commença à la guider à travers la pièce, commençant, naturellement, par la plus grande célébrité de la soirée.

"Oh mon Dieu, le fameux Harry Potter," s'exclama-elle aussitôt qu'elle l'eût atteint. "J'ai toujours voulu vous rencontrer !"

Harry faillit s'étouffer avec sa boisson. C'était Hermione. De plus près, il pouvait reconnaître très clairement les traits de son visage, mais il devait quand même combattre son envie de rougir ou de bégayer, ou de se ridiculiser complètement.

"Enchanté, Miss Harritt," réussi-il finalement à dire, très fier de lui de ne pas avoir écorché son nom.

"Oh, appelez moi Martha, mon cher," offra-elle avec un sourire aveuglant qui laissait voir deux rangées de dents blanches et une petite langue rose.

Harry déglutit.

"Et ce doit être le célèbre Albus Dumbledore," s'exclama-elle, se tournant vers le Directeur. Son accent américain étira son nom d'une façon très séduisante. "Le frère de notre gracieux hôte, si je ne me trompe pas ?"

"Vous êtes bien informée, Madame," répondit Dumbledore, inclinant respectueusement la tête. "C'est un plaisir de vous rencontrer. Êtes-vous américaine ?"

"En effet, oui." A travers ses cils épais, elle lui jeta un regard admirateur, comme s'il avait dit la chose la plus intelligente du monde, et Dumbledore se racla la gorge nerveusement.

"Oh, mais dans ce cas je dois vous présenter un compatriote," interjecta Aberforth, et il pris son bras, apparement pas disposé à la lâcher de sitôt. "Mr. Dougall est américain, lui aussi, et il serait ravi de vous rencontrer, j'en suis sûr."

"Comme vous être prévenant, Mr. Dumbledore," s'exclama Hermione-Martha et la façon dont elle se pencha vers son bras fut tout à fait indécente.

"Appelez-moi Aberforth, ma chère," entendit Harry et il la vit glousser délicieusement en réponse, avant que la foule ne la masque à sa vue.

Sentant ses jambes un peu incertaines, il marcha vers Severus et Remus.

"Qu'est-ce que c'était que ça," demanda-il, remarquant que Remus faisait encore ces sons étouffés qui semblaient être sa réaction instinctive à Hermione ces jours ci.

"Ça," répondit Severus, un rictus amusé à la bouche comme s'il savait exactement ce qu'il se passait dans la tête de Harry. "C'est Hermione quand elle décide de mettre du maquillage et d'éteindre son cerveau."

"Merlin," grogna Harry en se concentrant sur le mur derrière eux, essayant de surmonter son embarras. "J'ai fixé sa poitrine !"

"Comme la plupart de la salle," chuchota Remus en réponse, sans préciser que c'était son cas également, et qu'il sentait qu'il avait besoin d'une douche très froide.

"Ce n'est que le commencement," dit Severus, son rictus s'élargissant. "Vous ne l'avez pas encore vue danser."

Ils n'apperçurent que des petits bouts d'Hermione pendant les heures qui suivirent, parce qu'elle concentrait tous ses impressionnants charmes sur Dougall, avec un succès imminent, semblait-il.

Ils purent entendre son rire clair et enfantin à maintes reprises cependant, et Harry se demanda sérieusement comment un simple rire pouvait être aussi aguichant. A chaque fois, le rythme de son coeur accélérait quand il l'apercevait. C'est Hermione, se dit-il encore et encore, mais il rougit quand même quand à un moment elle lui fit un clin d'oeil.

Remus n'avait pas l'air d'en mener plus large. Il suivait Severus autour de la salle comme un zombie, alternant entre être embarrassé et être très embarrassé, mais malgré tout il se redressait quand Hermione passait près d'eux.

"Il a mordu à l'hameçon," leur dit Severus à peu près une demi heure plus tard. Il leur montra son anneau, qui affichait une canne à pêche avec un poisson au bout. Hermione avait vraiment un humour des plus tordus, pensa Harry une nouvelle fois. "Maintenant elle n'a plus qu'à le rendre assez fou pour qu'il n'attende pas la fin du bal," ajouta Severus, balayant la salle du regard pour trouver Martha Harritt et son partenaire. "Une danse devrait suffire."

"Pourquoi parlez-vous toujours de danse?" demanda Harry, et, comme il l'avait fait quelques heures plus tôt, il eut un petit sourire narquois.

"Vous verrez," répéta-il. "Quand je quitterais la salle, vous me suivrez. Nous avons besoin de votre assistance."

Là dessus, la danse commença, et en effet, Harry vit.

Hermione était une des premières sur la piste de danse, y ayant entraîné son partenaire, un Dougall en léger surpoid, assez facilement. La musique était une valse lente, et il devint évident assez rapidement que Mr. Dougall n'avait aucune idée de comment ça se dansait.

Mais ça n'était pas un problème. Hermione compensait ce manque plus que largement.

Elle semblait fondre contre son corps, glissant autour de lui et se frottant contre lui, toujours en mouvement mais jamais loin de lui. Ca n'était pas obscène, ni vulgaire, mais on ne pouvait quand même s'empêcher d'associer ses lèvres pleines, entrouvertes par une silencieuse délectation, à un lent et intense baiser, ou ses jambes, visible à travers la fente de sa robe, puis cachées, puis de nouveau visibles, à un strip-tease. Ca n'était pas juste du flirt, c'était des préliminaires, et au moins la partie mâle de la salle semblait se languir de la suite.

C'était la chose la plus enivrante que Harry n'avait jamais vue, et il se tenait à bonne distance d'elle. Dougall doit être complètement submergé, pensa-il distraitement alors qu'il écoutait les bruits étouffés que Remus faisait encore.

"Où as-elle appris ça?" murmura-il à Severus et il reçut un sourire sardonique.

"D'un ou deux livres de la bibliothèque, je crois," fut sa réponse, et Harry ne put s'empêcher de se tourner vers Severus et de le regarder avec stupéfaction. "Il se pourrait qu'il y ait un chapitre sur la danse dans "L'Histoire de Poudlard", aussi," continua-il sans expression, puis il se reconcentra sur le couple dansant qui était regardé envieusement par plus d'une paire d'yeux.

"Ils vont quitter la piste de danse dans dix secondes," dit Severus d'un ton impartial, et Harry se demanda ce qu'il ressentait, à voir la femme qu'il aimait danser comme ça avec un autre homme. Mais si ça le perturbait, il n'y avait rien qui trahissait ce sentiment sur son visage.

"Cinq, quatre, trois," compta-il calmement. "Deux, un."

Il ne se donna même pas la peine de regarder, il s'éloigna juste en direction d'une porte qui s'ouvrait sur la salle de bal, mais Harry et Remus, qui se précipitèrent derrière lui, virent que Dougall avait pris le bras d'Hermione et l'emmenait dans la direction opposée.

Elle rit encore et bascula la tête en arrière alors qu'elle marchait, faisant descendre ses lourdes boucles dans son dos et exposant la peau délicate de son cou. Dougall avait l'expression d'un homme affamé. Puis ils atteignirent la porte et Hermione et sa victime disparurent hors de vue. Après la chaleur et les couleurs de la salle de bal, les couloirs qu'ils traversaient semblait anormalement silencieux.

"Suivez-moi," leur dit Severus, tournant à gauche puis ensuite à droite. Ses mains étaient en train d'ouvrir les minuscules boutons de ses robes de soirée en une rapide succession, révélant la livrée que chaque serviteur portait ce soir.

"Prend ça," dit Severus à Remus et il laissa tomber ses robes noires dans les mains de l'homme. Ensuite, avec trois petits coups secs de sa baguette contre son propre front, Severus disparut, pour être remplacé par un serviteur quelconque aux cheveux poivre et sel.

"Il vaudrait mieux cacher votre cicatrice et vos cheveux également," murmura Severus à Harry qui le regardait fixement sous l'effet de la surprise. Severus n'avait pas juste enchanté son visage. Tout comme Hermione quand elle s'était transformée en Martha Harritt, sa posture et son aura avaient subi un changement distinct. Là où il marchait à grandes enjambées juste avant, il était maintenant arrêté, et ses épaules se tenaient plus basses qu'avant. Ses jambes étaient un peu arquées et il avait soudainement développé un étrange tic qui le faisait lécher nerveusement ses lèvres toutes les quelques secondes. "Ils sont trop voyants. Nous ne voulons pas que quelqu'un vous remarque."

Un léger coup de baguette, et Harry vit dans un miroir proche que ses cheveux avaient pris une teinte châtain clair. Sa cicatrice avait disparu.

"Cet enchantement ne durera pas longtemps mais c'est suffisant pour ce qu'on va faire," lui dit Severus, et alors Harry remarqua que sa voix avait perdu son velour et son articulation précise. Il avait l'air ordinaire, et Harry trouva difficile de se rappeler ce qu'il avait dit.

"C'est de la magie ?" demanda-il alors que Severus marchait, pour la première fois d'après les souvenirs de Harry, sans avoir l'air intimidant du tout. Sa démarche avait changé aussi.

"Non, répondit Rémus avec un petit sourire. "C'est du théâtre, simple et brillant."

Le couloir que Severus avait choisi les faisait longer la salle de bal dans une douce et large courbe, et après moins de cinq minutes ils avaient atteint une série de balcons, s'ouvrant depuis le couloir.

Des invités du bal marchaient le long du couloir principal et Severus s'inclina devant eux, un geste gênant qui les fit rapidement faire demi-tour.

"Par ici, chers messieurs," dit-il alors d'une voix avide de servir. "Par ici, s'il vous plait ! "

Et il ouvrit la porte de verre d'un des balcons. Ils furent récompensés par le grognement distinct d'un homme provenant de pas très loin.

"Par ici," murmura Severus, et Remus et Harry le suivirent sur le balcon situé à gauche de celui qui était manifestement occupé. La lune était levée et brillait dans le ciel, et bien que les balcons soient séparés par des treillis autour desquels des roses enroulaient leurs tiges délicates, Harry pouvait clairement distinguer leurs voisins.

Hermione et Dougall, engagés dans ce qui pouvait être décrit comme un profond baiser.

"Oh, bébé, tu es fabuleux," murmurait-elle à présent, le désir voilant sa voix, traçant une traînée de baisers le long de son cou.

"Autant que toi, chérie," grogna Dougall, sa main se promenant sur ses fesses. "Autant que toi !"

Au lieu de répondre, Hermione se pressa encore plus contre son corps et écarta soudainement les bras, lui offrant un accès plus facile à sa poitrine. Sa main effleura les roses et Severus tendit soudain la main dans la même direction. Quand il ramena son bras, le carnet de Dougall et son portefeuille se trouvaient dans sa main.

"Oh, bébé," gémit Hermione sur l'autre balcon. "Regarde moi dans les yeux, chéri ! Je veux voir tes beaux yeux !"

Alors soudainement, tous les bruits cessèrent.

Severus passa le carnet et le portefeuille à Remus, qui les feuilleta rapidement et jeta un sort de duplication sur le carnet, ensuite il se tint encore plus proche du bord du balcon, jusqu'à ce que les feuilles et les roses caressent son visage imperturbable.

Un moment plus tard, la main d'Hermione apparut entre les fleurs et il la saisit rapidement, fermant les yeux et toute expression s'effaça de son visage.

"Je le crois pas," murmura admirativement Remus. "Il entre dans l'esprit de Dougall via le corps d'Hermione ! Je n'ai jamais rien vu de pareil ! Elle doit être une Legilimens exceptionnelle !"

Harry voulut faire part de son incrédulité. Comment Severus pouvait-il entrer dans l'esprit de quelqu'un qu'il ne pouvait même pas voir ? D'accord, il ne connaissait pas grand chose à la Legilimencie, mais ça lui semblait complètement impossible. On parle de Hermione et Severus là, se rappela-il ensuite. Avec ces deux là, rien n'était impossible.

Soudainement, Severus récupéra le carnet et le portefeuille que Remus tenait toujours. Il les transféra à Hermione, qui libéra sa main, et Severus s'éloigna du bord du balcon d'un mouvement fluide et rapide. Les gémissements et murmures sur l'autre balcon reprirent.

Mais cette fois Severus ne resta pas muet.

"Je suis désolé messieurs, si vous n'aimez pas celui là," dit-il d'une voix forte, d'un ton qui laissait entendre clairement ce qu'il pensait de ces invités pointilleux. "Laissez-moi vous montrer le suivant, peut-être qu'il vous conviendra d'avantage."

Et avec beaucoup de bruit, de pieds traînés et de marmonnement, il ouvrit la porte de verre vers le couloir.

Les bruits de gauche s'arrêtèrent une nouvelle fois.

"Oh, je ne peux pas faire ça ici, chéri," Harry entendit Hermione se lamenter. "Peux-tu nous trouver un endroit ? Quelque part avec un verrou ? Tu sais, je deviens assez bruyante quand je perds le contrôle…"

Harry quitta le balcon juste au moment où Dougall se pressait en direction de la salle de bal. Severus le suivit silencieusement, non sans récupérer les robes qu'il avait laissées à Remus et il laissa tomber un petit paquet sur le sol alors qu'il dépassait le balcon à sa droite.

Un moment plus tard, Hermione pénétra dans le couloir, ramassa le paquet comme si elle venait de le faire tomber et passa rapidement devant eux.

"Vite, suivez-moi," murmura-elle. "Severus s'occupe des autres."

Elle ouvrit le paquet pendant qu'elle marchait le long du couloir comme si elle avait tout le temps devant elle. Mais dès qu'ils eurent tourné à gauche et qu'ils se retrouvèrent seuls, elle se tourna vers Harry, tapota sa tête avec sa baguette et secoua ensuite le contenu du paquet. C'était une cape d'invisibilité, et un instant plus tard, Hermione avait disparu.

"A l'entrée principale," murmura-elle. "J'ai besoin que vous soyez près de moi quand les serviteurs annonceront votre départ."

Ainsi, ils marchèrent vers la sortie, avec des pas rapides mais plein d'assurance, seul un léger bruissement provenant des jupes d'Hermione indiquant sa présence. Dans le hall d'entrée, ils retrouvèrent le Professeur McGonagall et Dumbledore, puis un moment après Severus les rejoingnit, aussi sombre et ennuyé que s'il avait passé la soirée à éviter les gens en général, et Potter en particulier.

"C'est tellement dommage que tu partes déjà, mon cher frère," leur lança Aberforth et Dumbledore lui fit un petit signe de la main. Puis ils atteignirent le point de transplanage et, dans un nombre indistinct de plops, ils transplanèrent.

Ils apparurent devant les Trois Balais. Madame Rosmerta les arrêta sur le chemin de la cheminée pour leur demander comment avait été la soirée, mais Severus lui sourit de manière tellement méprisante que la surprise la fit reculer. Dumbledore lui fit joyeusement un résumé du bal ("C'était fantastique, ma chère, juste fantastique, mais je suis un vieil homme, j'ai vraiment besoin de me reposer, maintenant !") et ils passèrent par la cheminée pour rejoindre le bureau du Directeur, Severus étant le premier à entrer dans la cheminée, et, caché qu'il était par les autre participants de la fête, personne ne remarqua qu'il y avait une ombre grise à ses côtés là où il n'y aurait du y avoir que des flammes vertes.

L'ensemble s'était juste déroulé de manière incroyablement fluide, pensa Harry, encore un peu étourdi alors qu'il traversait la tapisserie connectant le bureau de Dumbledore au quartier général et qu'il voyait Hermione enlever sa cape d'invisibilité. Elle avait l'air aussi séduisante dans l'atmosphère sobre du quartier général qu'elle ne l'avait été dans l'étincelante salle de bal.

Il dut détourner la tête quand elle se baissa pour enlever ses chaussures. "Mon Dieu, que je hais ces talons haut," grogna-elle en s'effondrant dans un fauteuil.

"Mais il te vont si bien, ma chère," se moqua doucement Severus et elle lui fit une grimace.

"Comment ça s'est passé ?" C'est seulement quand il entendit sa voix qu'il réalisa que Draco se tenait à côté de lui, les yeux fixés non sur Hermione mais sur Severus. Il était le seul dans la pièce. Même le professeur McGonagall fixait Hermione.

Après quelques instants, quand il devint évident que personne n'allait répondre, Remus se racla la gorge.

"Jette juste un oeil à Hermione et tu sauras," dit-il, la voix incertaine. "C'était parfait."

"Super," dit Draco comme s'il n'avait pas remarqué l'atmosphère de la pièce. Il s'assit et pour la première fois, il posa les yeux sur Hermione. "Le vert te va vraiment mieux," commenta-il calmement.

"Je sais," répondit-elle, et c'était de nouveau la voix d'Hermione. Harry remarqua que son visage avait perdu cet expression stupide quand elle parlait. "Mais le vert n'allait pas aussi bien avec les couleurs principales de la décoration."

"Dommage," dit Draco. "Bon, au moins tu étais blonde. Je détestais les cheveux roux."

"Oh, merci beaucoup," fit remarquer Severus du fond de la pièce. "C'est moi qui avait choisi les cheveux roux la dernière fois."

"C'est une bonne chose que tu l'aies laissé choisir pour ce soir, alors," dit Draco, souriant, en montrant Hermione. "Donc tu as son emploi du temps ?"

Hermione acquiesça, soupira comme si un mal de tête soudain s'était emparé d'elle, et ferma les yeux de fatigue.

"Son portefeuille, son carnet et tous ses souvenirs concernant les réunions avec Auden Strong," répondit Severus à sa place. "Nous les avons échangés contre l'envie pressante de quitter la Grande Bretagne à la première heure demain matin et de se cacher au Mexique pour à peu près six mois."

"Vous avez manipulé son esprit ?" demanda Remus, et il n'était pas clair de déterminer s'il était choqué ou admiratif.

"Non, Hermione l'a fait pendant que j'extrayais ses souvenirs." répondit aimablement Severus, et il tendit une potion à Hermione. "C'est pour ça qu'elle a mal au crâne alors que je n'ai rien."

"Bâtard égoïste," grommela Hermione, débouchant la bouteille et avalant son contenu sans ouvrir les yeux. "Et quel esprit grossier ce Dougall. Simplement dégoûtant. J'étais très tentée de le convaincre de prendre un bain mental."

"Je crois que, à en juger par la façon dont lui et les autres hommes dans cette pièce vous regardait, il aurait fait tout ce que vous lui auriez demandé, ma chère." dit faiblement Dumbledore et il choisit un fauteuil à bras près des cheminées. "Je dois vous avouer que je ne m'attendais pas aux événements ce soir."

"Moi non plus," aquiesça doucement Remus.

"Mais pourquoi ?" demanda Hermione et réouvrant les yeux. "Vous étiez là pourtant quand on a planifié tout ça."

Ses yeux croisèrent ceux de Harry et il sentit ce qui devait être le rougissement numéro cent de la soirée lui monter à la tête. Soudain, Hermione rit.

"Oh, ne me dites pas que vous vous attendiez à ce que j'y aille en tant que mon moi habituel, portant une belle petite robe rose et des chaussures bien sages ?" gloussa-elle, et Harry, qui s'était attendu exactement à ça avant qu'elle ne se présente devant lui dans cette robe somptueuse, sentit la chaleur lui monter aux joues.

"Je t'avais dit qu'elle avait été la plus belle femme lors d'un bal de Mangemorts," fit aimablement remarquer Darco. "Et crois moi, les Mangemorts savent comme s'habiller."

"En effet, ça on sait faire," approuva Hermione, et elle rit de nouveau devant le désarroi manifeste de Harry.


Voilà pour aujourd'hui !

Je vous retrouve la semaine prochaine pour la traduction du chapitre 56 !