Et voilà la suite ! J'espère qu'elle répondra à toutes les interrogations! Quelle sera l'attitude de nos deux associés à leurs réveils? La température a-t-elle effectivement augmenté? Mais pourquoi avoir enlevé les caleçons (questions qui a turlupiné beaucoup de monde...)?Toujours un grand merci pour ceux qui prennent le temps de lire ou de poster des commentaires. Spéciale dédicace à ma correctrice que j'ai embêté durant la soirée POI !
PS: Pour ceux qui se demanderait s'il s'agit du dernier chapitre ou non...cela dépendra... (mais il y a un indice ou plutôt l'absence d'un indice en bas de la page -_^)
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-La Lune…personne ne vient…
Constat aussi froid que la température dans l'habitacle de la voiture. John avait de plus en plus de mal à rester éveillé. Son regard était perdu, son esprit confus, mais malgré l'hypothermie qui commençait à gagner toutes les fibres de son corps, l'agent avait juste assez de lucidité pour prendre conscience qu'il était seul… Il réalisait que toute sa vie se résumait à une immense solitude. Il mourrait donc de la même manière qu'il avait vécu…Seul. Reese ressentait, en plus du froid intense, une extrême lassitude. Il était fatigué de se battre, fatigué des missions, fatigué de risquer sa vie pour les autres sans un égard pour la sienne. Posant sa tête contre la vitre brisée de sa portière, il ferma les yeux, se laissant glisser progressivement dans l'inconscience.
-Pas de bruit, personne…Rien… Tu pourrais me dire pourquoi tu l'as abandonnée ? Pas besoin d'emmener des secrets là où tu vas. Crois-moi.
John ouvrit péniblement les yeux en entendant la voix douce bien que légèrement ironique de Joss. Il avait beau savoir qu'il s'agissait d'une hallucination résultant de son hypothermie, il se sentait obligé de répondre… Ce serait sans doute la dernière conversation qu'il aurait sur cette terre…même s'il s'agissait d'un fantôme…
Tournant lentement la tête vers sa voisine, il fut saisi par le réalisme de sa vision. Carter semblait toujours la même. Même silhouette, même visage, mêmes yeux honnêtes. Le regard de l'agent fut ensuite attiré par une photographie usée que Joss tenait dans sa main. Il s'agissait d'une image vieillie et cornée de Jessica et lui, attablés à la terrasse de leur hôtel au Mexique, où ils s'étaient retrouvés entre deux permissions.
John contempla le cliché en silence. Cette époque lui paraissait tellement lointaine, comme si l'homme souriant sur l'image était une autre personne. Une ancienne époque, un autre homme, un amour et un bonheur perdus… C'est alors que, sans s'en rendre compte, l'agent commença à se livrer comme jamais il ne l'avait fait auparavant.
-Première affectation, on était à l'extérieur d'Hérat, traçant notre route à travers les montagnes, la nuit. On a entendu des tirs. Un groupe de Rangers est tombé sur des Talibans dans l'obscurité. Le temps que nous arrivions, ils étaient tous morts. Des deux côtés.
Reese fit une pause, fermant les yeux comme pour se replonger dans ses souvenirs. Puis, il reprit.
- Nous devions être sur les montagnes à l'aube, donc nous les avons cherchés, pris leurs plaques, leur eau, leurs munitions, et nous avons continué à avancer.
Il reprit alors un peu plus fort en se tournant vers son amie qui écoutait toujours en silence.
- Et j'ai remarqué quelque chose. Ils avaient tous une photographie… petite amie, femme, enfant… Après un moment j'ai réalisé que tous ceux que j'avais trouvés, de chaque côté avaient une photo…
-Ils se battaient pour quelque chose, commenta Joss d'un ton calme.
-Ils mourraient pour quelque chose, corrigea Reese, amer, insistant sur le mot mourir.
Il plongea son regard triste dans celui de sa partenaire, cherchant à lui faire comprendre son point de vue. Puis, reprenant la contemplation du magnifique paysage gelé, l'agent continua.
- je me suis rendu compte que si je n'avais pas de photo à transporter avec moi, je ferai mieux mon travail. Alors quand je suis rentré, j'ai rompu avec Jessica.
Après un moment de silence, Carter conclut.
-Peut-être que tu as raison, alors. Peut-être que c'est le chemin sur lequel tu as été tout le long. Chemin qui t'as mené jusqu'ici. Ne contacter personne. Exclure tout le monde.
-Pas tout le monde…coupa l'agent d'une voix faible.
-Quoi ? S'étonna la jeune femme.
John soupira doucement tout en fermant les yeux. Puisqu'il s'agissait sans doute de ses derniers instants, il pouvait bien se livrer à une dernière confession, même si c'était à une hallucination provenant de son esprit mourant. Il devait solder les comptes pour être en paix avec lui-même.
-Il y a une personne que je n'exclue pas. Pour qui je donnerai tout ce que j'ai, y compris ma vie.
-Qui est-ce ? demanda calmement Joss en posant une main réconfortante sur le genou de John, l'encourageant à poursuivre.
-Harold…Nous avons un lien. Je peux lui parler de choses importantes, de choses qui comptent vraiment.
Il fit une pause puis avoua.
- Je l'aime.
Dès que les mots eurent franchis la barrière de ses lèvres, John sentit le poids de son secret s'envoler comme par enchantement. Depuis des mois, il nourrissait un amour inconditionnel et absolu envers son employeur. Il s'était évertué à cacher ses sentiments sous un vernis de taquineries ou de professionnalisme. Il s'était satisfaisait de quelques attentions comme lui apporter son thé et entretenir sa gourmandise. Il s'était surtout évertué à le protéger durant les missions ou lors de leur guerre contre Samaritain, au péril de sa vie…
-Mais John, tu ne l'as jamais fait. Tu ne lui as jamais dit, remarqua Joss d'un ton mélancolique.
Le soulagement d'avoir avoué son secret se dissipa instantanément, comme sous l'effet d'une douche froide. Il tourna la tête vers sa voisine et l'observa, l'air hagard, de plus en plus confus.
-Je voulais lui parler…J'aurais souhaité que nous ayons plus de temps… murmura John d'une voix faible en réalisant qu'il était passé à côté de tant de choses.
-Oui, hé bien, c'est quelque chose dont nous n'avons jamais assez.
-Tu as raison…Je ne laisse pas les gens approcher… conclut l'homme en posant la tête contre la vitre, de plus en plus faible.
Joss observa en silence le cliché qu'elle tenait toujours.
-Il y a une raison pour laquelle j'ai gardé cette photo…C'était une partie de toi que je n'avais jamais vu. Joyeuse, pleine d'espoir, Amoureuse… Tu peux ressentir ça à nouveau, John, Tu dois juste tenir bon. Il y a des gens qui tiennent à toi, qui peuvent t'aimer. Il faut que tu les laisses entrer. Tu n'es pas seul, John.
Reese esquissa un faible sourire mais il commençait à avoir de plus en plus de mal à comprendre les paroles de sa voisine. Le froid, de plus en plus mordant, envahissait l'habitacle de la voiture, anesthésiant son corps et son esprit. Resserrant les pans de son manteau blanchi par le givre, dans un geste dérisoire, John lâchait prise avec sa vie et ses espoirs. La seule certitude qu'il avait, était qu'il allait mourir, seul, dans ce trou perdu des Catskills, sans avoir avoué son amour à Finch.
Des larmes silencieuses coulèrent sur ses joues glacées tandis qu'il réalisait combien sa vie avait été une succession d'échecs et de bonheurs perdus. Si seulement il avait pu avoir cette conversation avec Joss plus tôt, il aurait peut-être trouvé le courage de dévoiler ses sentiments à son partenaire. Peut-être que ce dernier aurait répondu favorablement à sa déclaration…Peut-être qu'il aurait pu goûter à nouveau au bonheur… Peut–être…
Le désespoir et la tristesse lui nouèrent la gorge au point d'avoir des difficultés à respirer. Se sentant glisser dans un gouffre froid et infini, John demanda d'une voix suppliante.
-Resteras-tu avec moi un petit moment ?
-Oui, bien sûr, tiens bon, John, répondit Carter en lui prenant la main.
Rassuré, l'agent déposa les armes et se laissa sombrer dans l'inconscience, souhaitant mettre un terme au plus vite à sa douleur non pas physique, il avait déjà été blessé par balle mais à sa douleur morale qui était au-delà du supportable. Lâchant totalement prise, l'agent se sentit envahir par des ténèbres sombres et glacées.
Je suis fatigué, tellement fatigué…Je veux juste dormir…Mettre un terme à tout ceci…
A bout de force, Reese laissa l'obscurité l'engloutir, comme une conclusion à sa vie, marquée par les meurtres, les tortures, les trahisons… Il aurait donc une mort à l'image de sa vie, froide, sombre et solitaire.
Toutefois, malgré son inconscience, John perçut des mouvements autour de lui. D'abord, Il entendit une voiture arriver, le moteur se couper, une portière claquer. Mais il était trop faible pour réagir. Si son esprit avait conscience de son environnement, son corps refusait obstinément de bouger. Soudain, il sentit sa portière s'ouvrir brutalement. La bise polaire s'engouffra dans l'habitacle. John cessa de respirer, saisi par le froid insupportable qui lui fouettait le visage. Puis l'agent perçut, tout près de son oreille, une voix suppliante et désespérée.
-Non, ce n'est pas possible…
John sentit son cœur bondir dans sa poitrine en reconnaissant la voix de son patron. Une douce chaleur lui réchauffa les joues et le cœur…
Finch… Harold…Vous êtes venu ! Je ne suis plus seul !
Il aurait voulu bouger, réagir, mais il en était incapable. Alors John fit comme à son habitude, il remit sa vie et son âme entre les mains de son patron, en qui il avait une totale confiance.
Malheureusement pour l'agent, la suite des événements fut moins douce que leurs retrouvailles. Il fut d'abord sorti sans ménagement de la voiture. Le choc, lorsque son corps s'effondra sans ménagement par terre, réveilla sa blessure. Il ne put retenir un gémissement de douleur. Puis, il sentit le froid pénétrer son dos et ses jambes alors qu'il était traîné dans la neige pendant une distance beaucoup trop longue à son goût. Outre les irrégularités du sol qui lui écorchaient la peau, la neige trempait ses vêtements et refroidissait douloureusement son corps.
Après ce supplice qui ressemblait à un chemin de croix, John perçut un changement. Il n'était plus traîné comme un vulgaire sac mais semblait reposer sur un sol souple et doux. Ensuite, une faible chaleur l'enveloppa.
Malheureusement, sa quiétude fut de courte durée. Il sentit qu'on lui retirait délicatement ses vêtements. Il ne put réprimer un frisson lorsque l'air glacé l'enveloppa. Soudain, une douleur intense lui vrilla le ventre. Il gémit et grimaça tout en essayant d'échapper à son bourreau en crispant les muscles de son abdomen.
Après ces instants forts désagréables, John put enfin souffler et se laisser aller au repos. Après quelques minutes durant lesquelles l'agent sombra dans un stade intermédiaire, quelque part entre le sommeil et le coma, il eut la sensation très apaisante d'être enveloppé dans un écrin de douceur et d'amour. Il avait l'impression d'être étreint tellement fort qu'il pouvait sentir une chaleur intense se répandre et s'insinuer dans tout son corps. Il percevait de tendres caresses dans ses cheveux. Un parfum familier lui chatouillait le nez. Des mots doux murmurés à son oreille l'apaisaient.
-John… Accrochez-vous…
- S'il vous plait, John, réveillez-vous…
-Ne me laissez pas…Si vous saviez combien je vous aime…Je ne pourrais pas vivre sans vous…
Dans son état de semi-inconscience, John enfouit son visage dans le creux de cette épaule chaleureuse et se laissa bercer par ces bras tendres, apaisé par ces derniers mots si chers à son cœur, prononcés par une voix tant aimée, sans savoir s'il s'agissait d'un délire ou de la réalité.
Si vous saviez combien je vous aime…Je vous aime…Je vous …Je …
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John émergea quelques heures plus tard de son sommeil. Eprouvant les pires difficultés à ouvrir les yeux, il resta un moment immobile, tous ses sens en alerte, afin de se familiariser avec son environnement. Une migraine lui vrillait les tempes, une douleur aigue le lançait au niveau du ventre et son corps lui paraissait anormalement lourd. Mais le froid intense qui l'avait paralysé quelques heures plus tôt avait cédé la place à une douce chaleur.
Ouvrant péniblement les yeux, la première image qu'il identifia fut de courtes mèches de cheveux châtains. Fronçant les sourcils, John prit alors conscience que ce poids anormal qu'il avait sur la poitrine venait d'un corps allongé sur lui. Il saisit précautionneusement par les épaules le corps inerte qui reposait de tout son poids puis le repoussa délicatement, le faisant basculer sur le côté alors que lui même se redressait.
Une fois assis, il se retourna pour contempler l'autre homme allongé à ses côtés. Il se figea lorsqu'il reconnut Finch. Ce n'était pas tant l'identité de son partenaire qui le troubla mais sa tenue, leurs tenues…ou plutôt l'absence de tenue. Ils étaient tous les deux nus comme le jour de leurs naissances. John se fit violence pour détourner son regard du corps alangui de son partenaire et se concentra sur le sien. Il repéra un pansement sur son ventre. Il réprima une grimace en effleurant du bout des doigts la gaze, testant la gravité de la plaie par de légères pressions. Rassuré, il laissa à nouveau ses pensées dériver sur leurs anatomies exposées.
Reese n'avait jamais eu aucun problème avec la nudité. Au contraire, il était plutôt à l'aise avec son corps, jouant de ses charmes à l'occasion. Ce qui troublait l'agent plus que de raison était la vue de son compagnon, étendu sur ventre, son postérieur partiellement caché par une couverture polaire. John retint son souffle en suivant du regard la ligne de sa colonne vertébrale, partant de la naissance de ses cheveux puis descendant lentement pour finir aux creux de ses reins. Une aussi soudaine que violente bouffée de désir l'embrasa au point de lui faire retenir sa respiration. Il mourrait d'envie de suivre du bout des doigts ou de ses lèvres le chemin parcouru par ses yeux.
D'expérience et de part sa formation, Reese savait très précisément ce qu'Harold avait fait pour le sauver. Au regard des coussins qui les entouraient, des trois couvertures polaires sur eux et des braises dans la cheminée, l'ex-opérateur devinait que son partenaire avait tout fait pour faire remonter sa température corporelle, y compris se servir de son propre corps pour lui transmettre un peu de sa chaleur. En plus de l'amour infini qu'il ressentait pour l'homme étendu, John lui était d'une reconnaissance éternelle pour lui avoir sauvé la vie…encore une fois.
Mais cette fois-ci, les choses étaient différentes… John avait gardé en mémoire sa conversation avec Joss alors qu'il délirait. Même s'il savait que ce dialogue n'avait jamais réellement existé, ses confessions étaient réelles et la promesse qu'il avait faite à la lieutenant de police lui avait permis, inconsciemment de rester en vie suffisamment longtemps pour être sauvé par son patron.
John prit, d'une main tremblante, la couverture polaire qui reposait au creux des reins de son partenaire, effleurant par mégarde la peau exposée, puis la remonta doucement sur ses épaules afin de le protéger à la fois du froid mais aussi de son regard affamé.
Une fois son patron recouvert, John se redressa péniblement pour se mettre debout, se tenant au linteau de la cheminée. Il repéra ses vêtements dans le tas informe de tissus à côté d'eux. Soulagé de constater qu'ils étaient secs à présent, il passa son caleçon, son pantalon puis enfila simplement sa chemise sans la boutonner afin de se rendre à la cuisine.
Sa bouche était desséchée à cause de son semi-coma et sa migraine ne disparaissait pas. Il lui fallait trouver des analgésiques et de l'eau. Après quelques recherches infructueuses, il trouva la salle de bain. Il sourit à la vue du capharnaüm. Finch avait dû fouiller pour trouver de quoi le soigner et avait renversé par terre tous les médicaments jugés inutiles. S'agenouillant, il repéra une boite d'efferalgan qu'il ramassa. Il rempli un verre d'eau et y déposa la pastille effervescente.
Une fois le médicament avalé, l'agent se dirigea vers la cuisine, à la recherche de boissons chaudes ou de quelque chose à manger. A peine le seuil franchi, il remarqua le corps de Chase Patterson. Les événements de la veille lui revinrent en mémoire. L'empoisonnement maquillé en overdose par le demi-frère du jeune homme… La victime avait dû se trainer jusqu'ici dans un geste désespéré de survie. Reese se positionna devant le corps, le saisit par les pieds puis le tira vers l'extérieur. Même s'il se doutait que Finch avait déjà vu le cadavre, il voulait lui épargner à nouveau sa vision, connaissant la sensibilité de son patron.
De retour dans la cuisine, John ouvrit les placards à la recherche d'ingrédients pour faire des boissons ou un plat chaud pour reprendre des forces, après l'énergie qu'ils avaient perdu à lutter contre le froid. Il trouva son bonheur dans une boite de capsules de chocolat instantané. Même si les deux hommes n'étaient pas friands de ce genre de boissons industrielles, cela ferait l'affaire. Il remplit le réservoir d'eau de la machine, plaça deux tasses sous les becs verseurs puis appuya sur le bouton. Les mains posées sur le plan de travail, John contemplait le paysage enneigé à travers la fenêtre devant lui. La tempête avait cessé et un calme troublant régnait désormais.
Perdu dans ses pensées, attendant que l'appareil chauffe, John réfléchissait aux événements de la soirée. Sa conversation virtuelle avec Carter avait eu le mérite, non pas de lui faire prendre conscience de ses sentiments car il les avait acceptés depuis bien longtemps, mais de lui faire réaliser la vacuité de son existence. Alors qu'il agonisait dans l'habitacle, il avait regretté d'avoir tenu à l'écart son partenaire de sa mission et de sa vie, au prétexte de le protéger. Il s'était fustigé de ne pas avoir avoué son amour à Finch avant. Heureusement, la vie semblait lui donner une deuxième chance. Il devait la saisir.
- Si vous saviez combien je vous aime…
-Je ne pourrais pas vivre sans vous…
D'où venaient ces mots qui hantaient son esprit depuis son réveil? De ses pensées brouillées par l'hypothermie ou de la bouche de son patron. Peu importait, sa décision était prise. Un signal sonore le ramena brutalement à la réalité. Il saisit les deux tasses remplies de chocolat fumant puis retourna dans le salon.
Il se dirigea sans bruit vers Harold, toujours endormi, devant la cheminée. Il posa les mugs sur la table basse et plaça de nouvelles buches dans le foyer afin de réactiver le feu. Il reporta ensuite son attention sur son patron emmitouflé sous les couvertures. Il s'agenouilla sur le tapis, à côté de lui. Il le contempla quelques instants, attendri par l'image que lui renvoyait son compagnon, totalement détendu, le visage à moitié dissimulé, le nez enfoui dans l'oreiller. Il n'avait plus ses lunettes et ses cheveux ébouriffés lui donnaient l'air d'un adolescent.
Reese ne put s'empêcher de tendre la main pour caresser sa joue d'un geste tendre, s'attardant sur sa peau chaude puis glissant ses doigts dans ses cheveux châtains. L'informaticien soupira de contentement tout en recherchant inconsciemment le contact de sa main. Un frisson de plaisir parcourut le corps de l'endormi tandis qu'il marmonnait des paroles indistinctes.
Interloqué, Reese se pencha vers son patron afin de capter les mots prononcés d'une voix endormie et étouffés par la couverture.
-John…
L'agent s'inclina un peu plus, prenant appui sur ses mains posées sur l'oreiller pour rapprocher son visage de celui de l'autre homme.
-Ne me laissez pas…
John se figea, reconnaissant les mots entendus durant son inconscience. Le cœur battant, il retint sa respiration dans l'attente fébrile de la suite. C'est alors qu'après quelques secondes d'un silence insoutenable, les trois petits mots tant rêvés furent prononcés d'une voix faible, presque suppliante.
-Je vous aime…
L'agent écarquilla les yeux sous le choc de la révélation. Il se recula légèrement pour contempler le visage tant aimé. Son cœur rata un battement quand il remarqua une larme rouler sur la joue de son partenaire. D'un geste spontané, Reese se pencha et posa ses lèvres sur la gouttelette, voulant, par ce geste dérisoire, effacer toute la tristesse de Finch.
Ce dernier frissonna à nouveau et ouvrit lentement les yeux. Après un moment durant lequel le génie parut ne pas comprendre où il se trouvait, il écarquilla les yeux, semblant se rappeler les événements de la veille. Il voulut se relever mais l'agent, toujours penché à quelques centimètres de son visage, lui murmura à l'oreille d'une voix rassurante.
-Tout va bien, Harold… Je suis là…
Il ponctua ses paroles d'un baiser sur sa tempe puis dans ses cheveux.
Sentant son compagnon se calmer, Reese se redressa. Finch en profita pour se mettre sur le dos, grimaçant à chacun de ses gestes. L'agent se demanda ce qu'avait son partenaire pour souffrir autant. Il s'inquiéta aussitôt. Pourquoi ces douleurs ? Etait-il blessé ? Avait-il, lui aussi, souffert du froid ? Mais il n'eut pas l'occasion de pousser plus loin ses interrogations, car l'informaticien, submergé par l'émotion, posa une main tremblante sur sa joue.
-John… Vous êtes vivant… murmura Finch d'une voix incertaine, les yeux embués de larmes.
-Oui… répondit simplement Reese en fermant les yeux, inclinant la tête vers la paume de l'informaticien, savourant la caresse.
-J'avais tellement peur de vous perdre…
-Il faut croire que la mort n'a pas encore voulu de moi…, répondit l'agent souhaitant, par un trait d'humour, balayer la tristesse dans les yeux bleus pâles de son compagnon.
Mais Harold posa sa main sur les lèvres de Reese pour lui signifier de se taire.
-Ne dites pas cela, je vous en prie.
John se remémora alors les paroles de Joss. Il devait abaisser ses défenses et se laisser approcher, surtout par celui qu'il aimait. Il saisit tendrement la main de son partenaire pour y déposer un baiser.
-Désolé, répondit-il simplement.
-Je ne pourrais pas vivre sans vous, poursuivit Finch tout en caressant le beau visage de l'agent, comme pour s'assurer qu'il était bien réel, bien vivant.
Il laissa ses mains caresser ses pommettes, suivre la courbure de ses lèvres, remonter sur ses tempes et se perdre dans ses cheveux. D'une légère pression, Finch rapprocha lentement le visage de l'agent, tout en murmurant d'une voix suppliante.
-Ne me laissez plus, John.
L'agent posa ses mains sur l'oreiller, de part et d'autre du visage de son compagnon tout en se rapprochant lentement. Mais à quelques centimètres seulement de l'autre homme, John suspendit son geste. Il plongea son regard bleu dans celui de l'autre homme et lui répondit d'un ton déterminé qui ne souffrait aucune contestation.
-Plus jamais, Harold.
La détermination que Finch lisait dans les yeux acier de l'agent ne lui laissait aucun doute sur la nature de ses sentiments. Etouffant un sanglot, Harold combla l'espace entre eux d'un geste précipité, presque désespéré. Ce premier baiser, emprunt d'émotion et de passion, donna l'impression de sceller une promesse, celle de ne plus jamais se séparer. Isolés dans ce coin perdu du pays, les deux hommes avaient le sentiment d'être seuls au monde, loin des préoccupations du monde extérieur. Il n'y avait plus qu'eux, enfin réunis pour ne former plus qu'un.
