Titre : Entre deux mondes
Auteur : Mokoshna
Fandom : Harry Potter
Disclaimer : Harry Potter est la propriété de J.K. ROWLING
Rating : PG-13
Avertissements : Slash, Albus-Severus/Scorpius (entre autres)
Notes : Série de chapitres courts basés sur les thèmes de la communauté Livejournal 30_slash_hp. Les chapitres respectent l'ordre chronologique même s'ils ne sont pas forcément agencés de manière « logique ». L'histoire marche par ellipses, c'est fait exprès, soit pour respecter les thèmes, soit simplement pour donner un côté décousu à l'ensemble.
3 - Écoute-moi
Le cours de Potions était ce qu'Al préférait le mardi. Il était tenu par un ancien élève de Beauxbâtons du nom de Maurice Durand ; d'après Bill, c'était un ancien camarade de Fleur. Du reste, il n'avait rien à envier à sa compatriote : blond, grand, les dents magnifiques et un physique d'Apollon sorti d'une séance de remise en forme, il était selon une bonne partie de la gent féminine de l'école le plus bel homme du coin. Même Rosie n'était pas indifférente à son charme ; le prouvait ce stupide club de potions qu'elle avait créé avec plusieurs de ses amies.
– Hachez très finement vos feuilles de sassafras et incorporez-les lentement au mélange. Leeentement. Pensez à une fraîche jouvencelle qui n'a jamais connu le toucher d'un homme. Douceur, modération... C'est très bien, Potter, vous saurez traiter votre future fiancée comme il se doit.
Al leva les yeux au ciel, discrètement. Durand adorait faire des remarques de ce genre en plein cours, pour motiver ses élèves soit-disant. Il ne voyait pas qu'au lieu de cela, il les gênait au point qu'aucun n'avait envie de se faire reconnaître de la sorte ; aucun garçon en tout cas. Avec les filles, il se montrait plus discret : il était de mauvais ton pour un professeur de flirter avec une élève.
– Vous devriez tous prendre exemple sur Potter, ajouta-t-il. Il a le doigté qu'il faut pour manipuler des ingrédients aussi fragiles et beaux. La main d'un génie du mixage ! Un œil délicat et la caresse d'un oiseau qui recueille la première gorgée de pollen baignée de soleil !
C'était une autre manie de Durand : il ne pouvait pas s'empêcher de faire des comparaisons douteuses sur tout. « C'est de la poésie », disait-il souvent ; Al ne voyait dans cet amas d'inepties que des mots collés n'importe comment pour faire joli. Pourtant, cela faisait mouche : les filles soupiraient d'admiration et buvaient chacune de ses paroles.
– Faut vraiment qu'il arrête, chuchota son voisin de table, un garçon un peu enrobé du nom de Drey. Ou qu'on nous achète un traducteur de langue branché sur « Durand ».
Al pouffa de rire pour la forme. Son attention était en réalité fixée sur Malefoy, lequel se trouvait de l'autre côté de la pièce. Le Serdaigle était concentré sur sa feuille de sassafras. Pas une seule fois, il n'avait réagi aux regards insistants que lui lançait Al ; c'était comme s'il n'existait pas pour lui. C'était un peu frustrant, mais pas franchement décourageant : cela voulait dire qu'il faisait des efforts pour l'ignorer. D'habitude, Malefoy se fâchait dès qu'on le distinguait un peu des autres, surtout si c'était de manière aussi impolie.
– Pourquoi tu fixes Malefoy comme ça ? demanda Drey. Depuis qu'on est rentrés, t'arrêtes pas de le regarder, c'est flippant.
Al sourit. C'était l'occasion rêvée.
– C'est à cause de ce que j'ai appris hier sur lui.
– Hein ? Tu veux pas dire quand sa Pensine t'a explosé à la gueule ? Tu...
– M. Drey, je peux savoir ce qu'il y a de si captivant que vous dérangiez la classe de la sorte ?
Al fit l'innocent, mais cela n'était pas nécessaire : comme il était son meilleur élève, Durand avait tendance à lui passer beaucoup plus de choses qu'aux autres. En outre, il détestait qu'on lui vole la vedette en cours ; c'est pourquoi tout élève qui se faisait un peu remarquer autrement qu'en réussissant les exercices qu'il donnait avait toutes les chances de se faire gronder.
– Désolé, M. Durand.
– Soyez plus attentif, à l'avenir. Je ne supporte pas les élèves qui n'écoutent pas en classe.
Drey se tut, mais ça se voyait qu'il le faisait à contrecœur. Plus d'une fois, il se tourna vers Al ; la question qu'il voulait poser lui brûlait les lèvres, mais il n'osait pas dire un mot car Durand l'observait du coin de l'œil. Al était ravi : c'était exactement ce qu'il avait voulu faire. Drey était consumé par la curiosité ; il devait se faire mille scénarios dans sa tête quant au contenu de sa découverte. Quels sombres secrets pouvait cacher un Malefoy ? Quels scandales, quelles ignominies !
Al attendit que Durand ait le dos tourné pour ajouter :
– Désolé, mais j'en ai trop dit. Oublie ça, s'il-te-plaît.
La technique utilisée était des plus grossières, Al était le premier à l'admettre. Pourtant, cela fit son effet : Drey ouvrit des yeux ronds et hocha vigoureusement la tête. Cette fois, Al en était sûr : dès ce soir, toute l'école saurait que Malefoy avait quelque chose d'affreux à cacher.
Le reste du cours se passa dans le silence. La sonnerie retentit enfin, leur annonçant le déjeuner. Al vit Drey se précipiter vers la sortie pour parler à ceux de sa Maison.
– Qu'est-ce qu'il a encore, ce lion obèse ? lui demanda l'un de ses camarades, un garçon aux cheveux filasse du nom de Stanley. Il a mangé trop de chocogrenouilles ou quoi ? Il doit aller à la grosse commission ?
Sur ce, il éclata d'un rire gras, vite imité par ses deux meilleurs amis, Goyle et Madisson. Al trouvait un peu fort que Stanley traite Drey d'obèse alors que Goyle devait bien atteindre les quatre-vingt kilos à lui tout seul, mais qui était-il pour critiquer ses camarades ? Les Serpentards n'étaient pas très connus pour leur partialité envers les autres Maisons, après tout.
– Il doit avoir quelque chose qui lui brûle la langue, dit Al.
– Si tu veux mon avis, c'est de la gnognotte. Tu devrais pas te compromettre avec lui, Potter. Weasley passe encore, elle est bien utile pour les devoirs, mais ce type là...
Al se força à garder son calme. Il détestait qu'on dise du mal de Rosie mais à proprement parler, ce n'était pas le cas : Stanley voyait juste son intérêt en faisant cette remarque, comme on pouvait s'y attendre.
– Tu ferais mieux de m'écouter, conclut-il avant de s'éloigner avec ses amis.
Al réfléchit à ses derniers mots. C'était là le fond du problème, n'est-ce pas ? Tout ceux de son entourage voulaient qu'on les écoute, sans prendre la peine de le faire avec les autres. Durand voulait qu'on écoute sa prose et les bêtises qu'il débitait au kilomètre. Rosie voulait que Durand l'écoute et fasse attention à elle. James voulait que l'école toute entière écoute ses louanges. En fait, le seul qui avait une opinion sans oser la faire entendre était Malefoy, car il la dissimulait bien profondément en lui.
Cette fois, c'était son tour d'écouter ce qu'Al avait à dire. Le seul vrai problème étant : comment lui faire parvenir le message sans le faire fuir ?
