Merci à Sweetylove30, janeandteresa et enjoy pour vos commentaires et votre soutien.

3ème volet, tout s'empile "gentiment"...

Dites-vous qu'il y d'autres chapitres...

Comme on dit, "après la pluie, vient le beau temps"... Patience et espoir...

Enjoy!


Il était 10h30 lorsque Lisbon reçut un appel téléphonique.

Un nouveau meurtre dans une propriété huppée à l'extérieur de Sacramento.

Une femme, Edith Foot, cinquante-deux ans avait été retrouvée dans sa piscine, le crâne probablement défoncé.

Elle prit des notes. Un « boum boum » martelait ses tempes.

Ils arrivaient, dit-elle au policier qui l'avait contactée.

Elle sortit dans le grand espace des bureaux. Van Pelt était face à son ordinateur, un peu rêveuse.

- Où est Rigsby ? J'ai besoin de lui… une nouvelle affaire…

La rouquine se tourna vers Lisbon en lui tendant une feuille.

- Il a posé une journée de congés à la sortie de notre entretien. Il voulait rapidement rattraper Cho… je crois…

Lisbon saisit la feuille un peu agacée.

- J'aurai vraiment dû rester au lit ce matin…

Elle cligna des yeux, la migraine lui courrait maintenant sur l'arrière de la tête jusqu'au cou.

- Je suis là, moi… fit une voix dans son dos.

Jane avait le sourire d'un enfant qui vient de se faire prendre les doigts dans le pot de confiture.

- Je sais, Patrick… Mais pour tout avouer… je pensais… Elle haussa les épaules… Mbof, qu'importe… Van Pelt, vous restez près de votre téléphone, je risque d'avoir besoin de vous pour des infos.

- Oui, patron…

Ils allaient se diriger vers l'ascenseur.

- Patron ?

Lisbon se retourna.

- Oui ?

- J'aurais dû vous parler de mon envie de transfert… Chez Madame Hightower… ce n'était pas vraiment prémédité… L'occasion s'est présentée et…

- Ce n'est pas grave, Van Pelt… Cela devait arriver… tout simplement… Allez, il nous reste encore du travail…

Elle lui sourit. Un sourire triste. Un sourire de fin de règne.

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Dans l'ascenseur, Jane tenta d'embrasser Lisbon dans le cou. Elle le repoussa.

- Arrête !

- L'odeur de téquila, c'est ton nouveau parfum ? demanda-t-il innocemment.

- Très drôle.

- Tu ne veux pas qu'on prenne cinq minutes pour parler ? Si quelqu'un est mort, il a l'éternité devant lui, tu sais…

Elle le regarda bizarrement, comme si elle voyait à travers lui. Puis elle étira ses lèvres à mi-chemin entre la grimace et le sourire forcé. Mais elle ne répondit rien.

Arrivés dans le parking, Lisbon tendit les clés de la voiture à Jane.

- Tiens conduis…

Jane prit les clés et s'installa derrière le volant. C'était trop exceptionnel pour discuter. De toute façon, c'était plus prudent après ce qu'il avait senti dans l'ascenseur.

Ils se rendirent à l'adresse indiquée sans ajouter un mot.

La radio avait passé Gone away from me de Ray Lamontagne. Lisbon avait écrasé une larme. Jane avait fait semblant de ne pas le remarquer.

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L'allée qui menait à la maison n'en finissait pas.

Elle était pavée et des pins bordaient le chemin. Elle montait une légère côte sinueuse qui débouchait sur un bâtiment de plain-pied de style simili-colonial avec un porche qui courrait tout le long de la façade et un toit en tuiles ocre. Deux voitures de police et une ambulance étaient garées devant l'entrée de la maison.

Lisbon présenta son badge et on les laissa traverser les pièces jusqu'à la piscine de taille olympique.

Un agent interrogeait un homme d'une cinquantaine d'année, trop bronzé pour que cela soit naturel, légèrement bedonnant et une tignasse probablement faite d'implants capillaires d'un blond vénitien des plus artificiels. Il portait un survêtement en éponge vert pomme dont la veste était ouverte sur sa poitrine velue.

- Il est dans l'art ou le cinéma… chuchota Jane à l'adresse de Lisbon.

Elle ne répondit pas et s'avança vers ce qui semblait le témoin principal.

- Agent Térésa Lisbon… Monsieur ?

- Foot… Daniel Foot… C'est ma femme qu'il y a dans cette piscine…

Il fit un geste las vers le bassin. Une forme recouverte d'un drap trempé flottait encore à la surface de l'eau. Lisbon se tourna vers le policier.

- Vous n'avez pas sorti le corps de l'eau ?

- On nous a dit d'attendre l'arrivée du CBI… alors…

Elle souffla et leva les yeux au ciel.

- Bon, sortez Madame Foot que le légiste fasse son premier examen… et emportez-la…

Elle revint vers le témoin.

- Je suis désolée, M. Foot… C'est vous qui avez découvert le corps de votre épouse ?

- Oui, je suis entré plus tôt cet après-midi…

- Que faites-vous dans la vie ?

- Avec ma femme nous tenons une agence promouvant de nouveaux talents

Tout en prenant ses notes, Lisbon jeta un coup d'œil à Jane qui lui sourit, un petit air de triomphe sur le visage. Il prit la parole.

- Cela faisait longtemps que vous faisiez chambre à part ?

Il y eut un léger silence gêné. Foot se racla la gorge. Jane continua.

- Enfin, je veux dire… Une maison comme celle-là… Je vois bien que la mort de votre épouse vous peine mais, je ne peux aussi que remarquer la distance avec laquelle vous prenez la nouvelle… enfin… si ma femme flottait là depuiiis… deux heures ? Deux heures… je peux vous dire que…

Foot coupa net le mentaliste.

- Effectivement, Nous étions sur la voie du divorce… Vous êtes content ? Nous allions entreprendre les formalités… Nous voulions finir la saison des recrutements et des placements d'artistes, mettre en ordre nos dossiers et liquider l'entreprise… Elle… nous… nous étions d'accord pour finaliser le divorce rapidement auprès de Schiller & Jones, les avocats…

Jane leva les mains, l'air de dire « vous m'en dites trop », avant de reprendre.

- Avez-vous une maîtresse, M. Foot ?

Foot fronça les sourcils en faisant un pas vers Jane.

- Non mais dites-donc, petit con…

Lisbon eut la tentation de laisser faire pour une fois. Juste cette fois-ci mais elle s'interposa. L'habitude peut-être…

- Monsieur Foot… Veuillez l'excuser… Il peut parfois être assez brusque… Patrick ? Dehors… dans la voiture…

- Mais… protesta Jane.

- DEHORS ! J'ai dit…

Il fit un pas en arrière puis demi-tour vers l'intérieur de la maison. Avant de quitter le patio, il demanda.

- M. Foot ?

- Quoi encore ? Fit le quinquagénaire.

- Avez-vous tué votre femme ?

Lisbon et un policier furent nécessaires pour retenir Daniel Foot. Lisbon cria quelque chose à Jane mais il était déjà loin.

Dans le salon, il croisa un nouvel agent de police qui accompagnait une grande blonde aussi artificielle que les cheveux de Foot. Sa jupe était aussi courte qu'une journée hivernale en Scandinavie. Elle pleurait à grosses larmes. Arrivée sur le seuil du patio, elle lâcha un grand cri de désespoir.

- Ooh monsieur Foot ! C'est T'horrible !

Du haut de ses talons aiguilles, elle fit quelques petits pas jusqu'à Foot qui la prit dans ses bras en lui chuchotant des « ça va aller ».

Jane regarda le spectacle un rien amusé. Lorsque le policier repassa à côté de lui, il lui demanda.

- Qui est-ce ?

- La bimbo ?

- Oui.

Le policier sortit un carnet sur lequel il lut.

- Maddie Buttermuffin… je l'invente pas celui-là… je vous assure… l'assistante de « Madââme ».

- Hum… fit Jane. Intéressant…

Il regardait de loin Foot tapoter le dos de l'assistante, en continuant probablement à lui susurrer quelques mots de réconfort. Jane décrocha son téléphone.

- Van Pelt ? Jane… Vous pouvez vérifier auprès de Schiller & Jones, les avocats, l'état d'avancement du divorce de M. et Mme Daniel Foot… oui, oui… F-o-o-t… Ils ont une agence artistique… hum hum… oui, ceux-là mêmes… vous connaissez ? C'est bien, c'est bien… Vous pouvez voir alors ?... oui… top priorité…Quoi ?... Bien sûr que Térésa est au courant…

Il raccrocha avant de devoir mentir encore un peu plus et alla s'asseoir sagement dans la voiture.

Devant la maison, un roadster BMW Z4 rouge était garé.

Jane se tourna vers le planton.

- Dites-moi ? C'est bien la voiture de Mademoiselle Buttermuffin ?

- Oui, monsieur.

- Intéressant, intéressant… souffla Jane pour lui-même.

.

Au bout de 45 minutes, Jane avait vu l'ambulance partir avec le corps de Madame Foot puis Lisbon était revenue à la voiture un peu plus tard.

Elle s'installa côté passager et sortit de la boîte à gants un tube avec des pilules blanches à l'intérieur.

- J'ai un de ces maux de crâne, aujourd'hui… dit-elle, plus pour elle-même qu'en direction de Jane.

Et elle avala deux gélules.

- La journée a plutôt mal démarrée… il faut avouer… fit Jane.

- Mouai, souffla Lisbon.

Elle repoussa son siège pour étendre les jambes et fit pivoter son dossier vers l'arrière puis elle ferma les yeux. Jane en profita pour prendre le chemin le plus long pour rentrer au CBI, celui qui passait par l'Interstate 80. Avec un peu de chance, ils attraperaient les embouteillages. Ils ne seraient pas au bureau avant au moins une bonne heure.

- Alors ? Une piste ? Demanda-t-il après une dizaine de minutes.

Lisbon ne bougeait presque pas. Seul son pied droit semblait être pris d'une bougeotte nerveuse.

- Mbof… Toujours le même topo avec ce genre de mec : hautain, sûr de son bon droit, phallocrate... C'est clair qu'il ne dit pas tout… Il faudra le convoquer… au poste, il parlera plus…

Lisbon avait une voix lasse, à peine audible. Elle se massait le petit espace entre ses deux yeux qu'elle gardait fermés.

- Tu veux mon avis ?

- Franchement ? De toute façon, si je te dis non, tu me le donneras quand même…

- Pourquoi tu es si agressive ces derniers temps ? J'ai dit un truc qu'il ne fallait pas ?

La voiture zigzaguait sur la petite route qui n'allait pas tarder à déboucher sur la West Side Freeway.

Lisbon ouvrit les yeux, fixant le plafond.

- Patrick ? Est-ce que tu m'aimes encore ? Est-ce que tu m'as jamais aimée ?

Jane ralentit et s'arrêta sur le bord de la route, à un endroit où elle s'élargissait légèrement. Il était abasourdit pas la question.

Il gardait les mains sur le volant, le regard au loin. Peut-être ses jointures étaient-elles trop blanches pour ne pas trahir sa tension.

- Mais bien sûr, voyons… tu es la meilleure chose qui me soit arrivée depuis…

Il laissa sa phrase en suspend.

- Tu vois… c'est ça dont je parle… Reprit Lisbon. Je sais qu'on ne peut pas faire abstraction du passé, faire comme si rien ne s'était passé et que Red John n'avait été qu'un mauvais rêve… mais… C'est comme un mur entre toi et moi… Quelque chose que j'ai, volontairement ou involontairement va savoir, refusé de voir dès l'instant où tu m'as prise dans tes bras…

- Tu ne m'aimes plus… C'est çà ?

Jane avait parlé avec une voix d'outre-tombe, comme s'il s'était rendu compte tout à coup que le coffre précieux qu'il portait depuis des siècles avait toujours été vide. Lisbon porta ses yeux sur Jane.

- Franchement, Patrick ? Je ne sais pas… Je t'ai aimé… Et je pense que je t'aime encore… quelque part… Mais on s'est éloigné… c'est tout… Depuis la mort de Rita…

- J'ai essayé d'aider Cho… coupa-t-il. Qu'il ne fasse pas les erreurs que j'ai pu faire… Cela ne veut pas dire que je t'ai abandonnée… Angela et Charlotte…

Lisbon referma les yeux. Des larmes commençaient à couler lentement sur ses joues.

- Je suis désolé, Térésa… - fit Jane - Angela et Charlotte font partie de notre histoire… la mienne et la tienne… la nôtre… Si elles avaient été en vie, je ne t'aurais jamais rencontrée… Mortes, je t'ai trouvée…

« Est-ce qu'elles prennent, ou ont pris, ta place ? Bien sûr que non… Je t'aime… tout simplement…

« Je ne peux rien contre tes doutes… C'est un combat que tu livres seule… Si je n'arrive pas à te persuader que tu as tort… alors… Je ne sais pas…

L'agitation du pied droit de Lisbon avait redoublé.

- C'est pour ça que tu as une bouteille dans ton bureau ? Demanda-t-il.

Lisbon bougea légèrement, tournant le dos à Jane comme une fin de non-recevoir.

- Je vois, fit-il.

Le téléphone de Jane sonna, il décrocha.

- Allo ? Ah Grace !

Il essayait de mettre un peu de chaleur dans sa voix.

- Hum hum… oui… d'accord… Oh… Au fait, Grace… Je dépose Térésa chez elle… Elle ne se sent pas très bien… Oui… Non… rien de grave… Je repasse au bureau rapidement tout à l'heure pour discuter de cela… Je crois que la journée à été difficile pour tout le monde… oui…

Il raccrocha.

Lisbon n'avait pas protesté un seul instant.

- Je vois... Je crois que je dormirai chez moi, ce soir… fit-il doucement en passant la vitesse et en appuyant sur l'accélérateur de la voiture automatique soulevant un léger nuage de poussière.