Pour cette nouvelle année 2017, j'ai décidé de reprendre un peu la publication de cette fanfiction, même si vous êtes peu à la suivre. Petit rappel, parce que ça fait longtemps : Alaska Wenlock est une élève de septième année à Gryffondor. Elle est amie avec James Potter et déteste Paul Nott (oui, le fils de.) Rien de bien exceptionnel. Les choses vont peut-être évoluées dans ce chapitre. D'ailleurs, avant toute chose, je tiens à préciser que la vision de l'Arithmancie est la mienne, vu qu'on ne sait pas grand chose sur cette matière.


Si un jour, on vient m'chercher, j'résisterai pas, et j'sortirai les mains sur la tête, sans faire d'ennui


Nos rivalités sont des habitudes plaisantes

Paul Nott était à la Bibliothèque. Il grattait frénétiquement un devoir d'Arithmancie. Cette matière ne lui avait jamais posé de grands problèmes, et heureusement. Il n'avait pas envie de se prendre la tête sur les sortilèges de protection des calculs de nombres premiers.

Une semaine après le début des cours, il n'y avait pas grand monde dans ces lieux. Quelques Serdaigle incorrigibles, bien sûr du reste, il était tranquille. La Bibliothèque était sa solution de repli. La Salle Commune commençait déjà à lui être étouffante. Il tolérait ses camarades tout le long de l'année, mais il sous-estimait toujours la capacité de Gwen, jeune fille de son année, à parler sans arrêt et à le déconcentrer. La sorcière s'était mis dans la tête depuis la première année d'en faire son ami. Force était de constater que cela avait échoué de façon monumentale.

Paul ne cherchait pas d'amis. Il en avait d'ailleurs pas. Le seul à prétendre à ce titre était Alexandre Beaumont, son camarade de dortoir, dont il appréciait la présence silencieuse mais attentive. Et Alexandre était introuvable – sans doute en train de chercher quelconque élève à martyriser.

Toujours était-il que, une fois n'est pas coutume, ses calculs de nombres premiers avaient un problème. Il avait beau raturé son brouillon, il ne parvenait pas trouver le résultat exact qui lui permettait de corroborer l'importance de l'arithmancie dans les sortilèges de protection. Il recalcula une énième fois toutes ses additions, multiplications et soustractions. Les chiffres se mélangeaient devant ses yeux.

Depuis quand était-il sur ce devoir ? Trois heures, peut-être. Il entendait au dehors les rires des élèves qui profitaient du premier week-end à Poudlard. Il n'en ressentait aucune jalousie. Les rires, le Soleil, très peu pour lui. Mais il devait s'avouer que ce calcul commençait à sérieusement l'énerver. Il n'en montra rien – il avait une réputation d'indifférent à respecter.

Indifférence qui fut mise à mal par une douce voix par dessus son épaule.

— La retenue, Nott, la retenue.

Il eut une exclamation méprisante quand il vit Alaska Wenlock s'asseoir devant lui et sortir ses propres affaires d'arithmancie. Elle le regarda alors qu'il ne faisait pas mine de bouger. S'il avait pu lui arracher ce petit sourire, il l'aurait fait. Mais s'il n'y avait pas grand monde autour d'eux, il y en avait quand même. Et son insigne de Préfet-en-Chef brillait sur sa poitrine.

— Le produit du nombre premier par le produit de deux fois ce nombre premier additionnée par deux fois ce nombre premier, donc 19 208. Ce nombre divisé par 49, soit le produit de deux fois ce même nombre premier, donne 2744. Soit le résultat qui te permettra de lancer ton sortilège de protection.

Paul savait qu'elle avait raison. Et il la haïssait encore plus pour ça.

Comme pour enfoncer le clou, elle répéta :

— La retenue, Nott, la retenue.

Elle baissa les yeux et griffonna quelque chose sur son parchemin : sans doute ce qu'elle venait de débiter d'une voix assurée, comme si elle ne doutait pas de son calcul. Elle n'en doutait pas.

Paul savait que Wenlock n'était pas un nom inconnu pour l'arithmancie. Une de ces ancêtres avait même étudié les propriétés du chiffre 7. Alaska ne faisait que de jouir de ses connaissances acquises par l'hérédité. Mais Paul ne pouvait se résoudre à écrire ce qu'elle venait de lui dire.

La fierté, avant tout.

— Depuis quand as-tu de la retenue ?

Elle eut un léger rire, sans pour autant cesser d'écrire.

— J'en en ai jamais eue, et tu le sais.

Bien sûr qu'il le savait. Il avait eu des preuves de ses profusions, de ses effusions, de ses ardeurs. Le plus souvent, il en était la cible. Autant qu'elle était la sienne de ces excès de colère.

Paul posa sa plume et croisa les bras sur sa poitrine. Il fixa Alaska Wenlock qui écrivait toujours. Il n'était même pas certain que c'était réellement son devoir. Après tout, elle ne faisait jamais ses devoirs – le samedi plus que tout autre jour. C'était des lignes de calcul.

— Que fais-tu ici ?

Elle ne lui répondit pas. Elle releva les yeux vers lui : il serra les poings sous la table en réprimant la haine qu'il lui vouait. Oh, il se doutait bien qu'elle avait compris qu'elle avait réussi à l'énerver, sans rien faire, sans rien dire. Dingue le pouvoir que cette petite fille aux cheveux blonds emmêlés avait comme pouvoir sur lui. Il la vit sortir sa baguette magique. Par instinct, il sortit la sienne.

— Sois pas con, je ne viens pas te provoquer en duel dans la Bibliothèque.

Elle tapota de sa baguette le parchemin sur lequel il avait écrit son devoir. La formule magique, informulée, fit son travail. Le propre parchemin qu'elle avait écrit scintilla. Il comprit que trop tard qu'elle venait de mettre en application le sortilège de protection crée par l'arithmancie.

Son devoir était maintenant écrit en chiffres dans une logique qui lui échappait. Un sortilège de protections des écrits très efficace, et qu'il ne pourrait décrypter avant longtemps. Très longtemps.

Alaska se leva.

Paul eut une nouvelle fois envie de lui arracher son sourire avec les ongles, ou les dents.

Il se retint.

— Maintenant, Nott, pense à la retenue. Bon courage.

Et elle ramassa ses affaires et partit sans demander son reste.

Paul était vexé, haineux, et en colère. Il hésita à la suivre pour lui faire regretter trois heures de travail perdue grâce à un putain de sortilège exécuté à la perfection, grâce à un simple calcul à base de nombre premier. Des scénarios de vengeance commençaient à s'échafauder dans son esprit.

Il finit par ranger ses affaires, se désolant pour son devoir perdu. Il ne pourrait le récupérer que s'il passait trois heures de plus pour étudier l'annulation des sortilèges de protection des calculs des nombres premiers. Et il était à bout.

Il décida de rejoindre ses camarades de Serpentard.

Wenlock ne paierait rien pour attendre. La vengeance sera terrible, foi de Paul Nott.

[...]

— Tu es de bien trop bonne humeur pour que ce ne soit pas suspect.

— C'est moi, James, ou tu viens de faire une phrase de plus de trois mots ?

Le pion que James venait de gagner rencontra le front d'Alaska qui n'eut le réflexe que de cligner les yeux. Elle ramassa la pièce qui se plaignait avec virulence.

— Je ne suis pas une arme de guerre, dites à ce monsieur qu'il n'a pas à balancer les simples pions comme ça, Avery.

Alaska balança le pion à la figure de James, vengeresse.

— J'm'appelle pas Avery, maudit pion.

Le jeu avait appartenu à sa tante et à son père. Il était assez vieux pour confondre les prénoms. Même si Alaska devait avouer qu'elle ressemblait à sa tante, elle n'appréciait pas non plus qu'on les confonde.

— Du coup, t'as fait quoi ?

James n'avait pas abandonné l'idée de savoir pourquoi Alaska avait un tel sourire depuis le dîner. Il se doutait bien que ça avait un rapport avec le fait qu'elle s'était éclipsée l'après-midi même.

Du reste, le jeu d'échecs, lui, avait été abandonné.

— La routine et un devoir d'arithmancie.

— Tu fais tes devoirs, toi ? intervint Utah.

Alaska balança un cavalier sur Utah, assis sur un fauteuil en train de lire la Gazette du Sorcier, qui le renvoya à la tête de James. Cet échange signa la révolte des pièces qui en avaient marre d'être mal traitées.

— Sois pas con, je me suis occupée de celui de Nott.

— Le pauvre.

— C'est pour son bien, je lui ai appris l'utilité des sortilèges de protection sur les données écrites. Sa tête quand il a vu tous les chiffres de son devoir presque fini.

Utah soupira.

— Tu es affreuse.

— Merci.

— Échec et mat, Alaska.

Alaska reporta son attention sur le jeu où le cavalier de James venait de détruire son roi. Mauvaise perdante, elle balança le plateau de jeu sur James qui l'évita de justesse. Quelques secondes après, il s'était jeté sur elle et essayait de lui faire bouffer une reine qui protestait vivement.

L'agitation des deux Gryffondor attira les regards des autres élèves, qui avaient l'habitude de leurs gentilles batailles.

— Lâche-moi, Potter !

— C'est toi qui a commencé !

— Aïe !

Il venait de lui enfoncer un cavalier sur la joue et Alaska ne parvint pas à reprendre le dessus. Elle ne pouvait rien faire face au mètre quatre-vingt de James qui l'écrasait joyeusement tout en continuant de lui faire avaler la pièce qui criait.

Après quelques minutes de bagarre, Alaska abandonna. Elle cessa de se débattre et se contenta de regarder James qui, au dessus d'elle, avait un sourire victorieux.

— J'ai gagné.

— Je sais, Potter.

— Tu as perdu.

— Je sais, Potter.

Ils restèrent dans cette position quelques instants, sans se préoccuper de leurs camarades qui attendaient la suite de leur dispute. Alaska soupira.

— Tu m'écrases.

— Je sais, Wenlock.

James consentit à libérer Alaska qui commençait à avoir du mal à respirer, comprimée par le corps de James. Ils s'installèrent sur le canapé, pas rancuniers pour une noise. Tête sur les genoux de James, jambes par dessus l'accoudoir, Alaska ferma les yeux. Elle écouta vaguement James qui parlait à Zack.

— Faut que je mette un mot pour les sélections de Quidditch.

— Il te manque quels postes ?

— Gardien.

Alaska n'eut même la force de le frapper mais James repéra un sourire mauvais sur son visage aux yeux fermés.

— Sinon, il me faut un batteur, deux Poursuiveurs et un attrapeur.

— Tu comptes gagner la coupe pour une fois ?

James, lui, eut la force de frapper Zack qui geignit pour la forme. Zack savait très bien que Gryffondor gagnait la Coupe de Quidditch depuis quatre ans, grâce à Alaska qui arrêtait tous les buts. James jouait au poste de batteur, et s'occupait de fracasser quelques crânes pour empêcher les autres de gagner. L'attrapeur qu'ils avaient et qui était très doué avait fini les études. James doutait qu'il ne puisse en trouver un du même niveau. Mais il se voulait optimiste.

— Il faudra s'entraîner dur, mais on va y arriver, comme tous les ans.

Ils échangèrent quelques mots méchants sur l'équipe de Serpentard : Paul Nott en prit pour son grade. Attrapeur à Serpentard, James se souvenait du Cognard envoyé par ses soins sur Paul Nott lors de la finale de l'an dernier alors que son équipe n'avait pas réussi à marquer un traître point. Ils en rigolaient encore, car cette défaite les avait fait gagner – et haut la main.

Zack proposa une partie d'échecs que James accepta. Les pièces se révoltèrent, maugréant qu'ils ne se déplaceraient pas au vue du traitement donné. Heureusement Zack parvint à leur faire entendre raison et ils purent débuter une nouvelle partie.

James fit attention à ne pas déranger Alaska qui était toujours allongée sur ses jambes. Nullement consciente de sa position, Alaska ne fit que bouger pour se positionner sur les cuisses de James. Main posée sur le genou de James, elle dormait profondément.

Utah ferma le journal qu'il lisait pour se rapprocher du duo qui jouait aux Échecs version Sorcier. Il aurait aisément pu parier sur la défaite de James. James pouvait s'en sortir contre une Alaska qui ne comprenait pas les règles du jeu. Mais contre un Zack qui savait ce qu'il faisait… Il n'avait aucune chance. Tant pis.

Ce qui inquiétait Utah Wenlock, c'était plutôt sa cousine.

Elle s'était endormie beaucoup trop vite, beaucoup trop tôt. Il la connaissait par cœur : il savait que le samedi soir elle était souvent la dernière coucher et pas avant d'avoir essayé de mettre la raclée à James trois fois. Il n'avait pas vu qu'elle était à ce point fatiguée.

S'il avait fait attention, il aurait remarqué les cernes d'Alaska qui soulignaient son regard gris clair. Il aurait remarqué ses mains qui tremblaient pendant qu'elle jouait aux échecs avec James. Il aurait même remarqué qu'elle avait du mal à respirer. Il aurait remarqué, finalement, que sa trop bonne humeur cachait de ces choses qu'on ne disait plus, qu'on s'étouffait avec – de ces choses crades, des secrets qu'on ne veut pas connaître.

En plus, si elle commençait sa nuit maintenant, il ne fallait même pas espérer la réveiller pour l'emmener dans son dortoir. Heureusement ils avaient l'habitude.

James ne semblait pas s'apercevoir que c'était lui qui allait devoir porter Alaska jusqu'à son propre lit. Quand ils décidèrent d'aller se coucher, deux heures après (et trois parties d'échecs perdues par James), James regarda Alaska, qui dormait toujours sur lui, et Utah, qui cachait avec peine son sourire moqueur.

— Ne me dis pas que je vais devoir dormir avec Alaska.

— Et si, mon pote. Vu comme elle est partie, elle ne te lâchera pas. Mais tu peux essayer.

Quand James voulut se lever, Alaska, yeux clos, crispa sa main sur le T-shirt de son ami. Elle fronça les sourcils comme si elle avait compris l'agitation de son oreiller. Elle marmonna quelque chose dans son sommeil.

James ne comprit que le principal : Alaska ne le lâcherait pas. Pas cette nuit.