/!\ YAOI, Soit relations entre hommes. On n'aime pas on ne lit pas.

Titre : Still Loving You

Artiste : Scorpions

Pairing : Hanamiya x Teppei

PDV : Externe

Rating : T

Résumé : Hanamiya et Kiyoshi se croisent par hasard, 10 ans après le lycée et quelque chose a changé entre eux. A moins que ce ne soit eux qui aient changé.

Disclaimer : La chanson utilisée comme inspiration est au groupe Scorpions. Kuroko no Basket est à Tadatoshi Fujimaki.

Longueur : 8070 mots.

Gagnant : Personne. C'était pas facile à trouver, j'avoue. J'aurais pu commencer par quelque chose de plus simple.

Note : PAS TAPER MOI ! Je sais que beaucoup de gens n'aiment pas ce pairing mais ça n'a absolument rien à voir avec le Angst que j'ai pu trouver sur eux parce que... Hanamiya est complètement OOC et c'est assumé, voulu même je dirais. S'il n'était pas OOC, cet OS n'aurait aucun sens. Aussi, l'histoire se passe dix ans après les événements de KnB. Et j'en profite pour rappeler que le "bad boy" est le surnom de Hanamiya.

Note 2 : J'ai choisi d'interpréter les paroles de la chanson non pas dans le sens où le personnage principal essaie de récupérer l'amour de quelqu'un qu'il a perdu, mais plutôt sous l'angle de la trahison et de la blessure qui est évoqué dans les paroles. J'espère que je me suis bien débrouillée. Ensuite, pour la petite anecdote, j'ai écrit cet OS en une seule journée après avoir fait une nuit de deux heures et j'ai veillé jusqu'à 2h du matin pour le terminer. Autrement dit, j'écris plus vite quand je suis crevée ^^


Quand il entra dans la petite librairie à la recherche d'un livre de cuisine, Hanamiya ne s'attendait certainement pas à ce que toute sa vie en soit bouleversée. Sa journée avait été fondamentalement pourrie : il s'était réveillé en retard, avait failli s'empoisonner avec de vieux restes qui traînaient dans son frigo, avait oublié son parapluie puis perdu son téléphone. Il n'avait qu'une hâte, rentrer chez lui, avaler en vitesse quelque chose de comestible et se coucher afin d'oublier cette horrible journée le plus rapidement possible. Il avait néanmoins décidé de s'autoriser un détour, histoire d'acheter quelque chose qui lui éviterait de mauvaises surprises culinaires à l'avenir. Aussi, il entra dans la librairie qui était sur le chemin de son appartement avec une mine sombre et se hâta dans les rayons à la recherche d'un livre de recettes. Il finit par mettre la main dessus et se dirigea vers la caisse. Il déposa son futur achat sur le comptoir en poussant un soupir las et fatigué.

_Hanamiya ?

Hein ? Il releva la tête vers le vendeur sans comprendre. Aussitôt qu'il croisa les grands yeux bruns, son cœur s'arrêta dans sa poitrine.

_ Makoto Hanamiya ?! C'est bien toi ?

_ Euh… Je…

_ Ah oui, excuse moi. C'est moi, Tep…

_ Teppei Kiyoshi, cœur d'acier. Je sais. le coupa le noiraud.

La première pensée de Hanamiya fut que cette journée était définitivement atroce, il aurait dû rester couché.

_ Ca fait longtemps. commenta platement le vendeur.

_ Ouais je… Comment va ton genou ?

Aussitôt, le brun se referma et baissa les yeux. L'autre se mordit l'intérieur de la joue, cette question était mal placée venant de lui, mais il avait eu envie de savoir, comme pour se rassurer.

_ Ah, ça va. Tiens, ça fera 4000 yens.

Il tendit l'argent d'une main tremblante et se pressa de rentrer chez lui.

~Rock And Roll is Dead~

Maudit cœur d'acier ! Qu'il aille au diable ! Pourquoi était-il subitement réapparu dans sa vie ?! Ramenant dans son sillage tous les souvenirs de ses années lycée ?! Merde ! Crétin. Abruti ! ENFOIRÉ ! Il aurait au moins pu avoir la décence de ne pas l'obséder depuis trois jours !

Hanamiya cogna faiblement son poing contre le mur, sans conviction. Qui essayait-il de leurrer en faisant ça ? Le premier quidam venu aurait pu deviner à son visage tourmenté qu'il était en colère contre lui-même. D'abord, pour ne pas réussir à se sortir de la tête l'image de Kiyoshi avec cet air blessé et nostalgique quand il avait parlé de son genou. Ensuite, parce que les souvenirs de cette époque là lui revenaient en mémoire à tout moment du jour et qu'il avait du mal à y repenser. Aussi, parce que merde, il s'était comporté comme un salaud fini et n'avait absolument aucune envie de se rappeler. Et enfin parce que, bordel, que foutait-il devant cette libraire, trois jours après avoir revu son vieil adversaire, à scruter la porte du magasin ?! Cela faisait deux heures qu'il poireautait dans le froid et, sincèrement, il commençait à en avoir assez. Il voulait partir, rentrer chez lui, oublier cette histoire et l'existence même de l'ancien joueur, et sa culpabilité avec. Franchement, à quoi cela servait-il de s'en vouloir pour des évènements qui avaient eu lieu dix ans auparavant ? Pas à grand-chose. Soudain, alors que les lampadaires éclairaient déjà la rue depuis un bonne demi-heure, la porte s'ouvrit. Il vit le jeune homme enclencher le rideau métallique, retourner la pancarte sur la porte puis fermer celle-ci à clé. Il recula un peu pour éviter d'être repéré et observa son ancien ennemi s'en aller. Merde. Combien ce temps cela allait-il durer ?

Il eut la réponse une semaine plus tard, quand, alors qu'il épiait encore la porte de la librairie comme chacun des six derniers jours, il sentit des gouttes glacées s'écraser dans sa nuque. L'averse était subite et en quelques secondes, se transforma en véritable déluge. Il frissonna et jura à voix basse. Il suffit de deux minutes pour qu'il soit complètement trempé. Il devait aller se mettre à l'abri sans quoi il allait attraper froid. Il jura à nouveau quand une main se posa sur son épaule pour attirer son attention. Il releva le tête pour tomber nez à nez avec Teppei. Avec le bruit de la pluie qui martelait le sol, il ne l'avait pas entendu s'approcher.

_ Tu devrais venir t'abriter à l'intérieur, tu risques de tomber malade.

Hanamiya savait qu'il devait refuser mais quelque chose tout au fond de lui, peut-être ce besoin irrépressible de s'excuser, le poussa à hocher la tête malgré lui. Il suivit le brun jusque dans le magasin et entendit un soupir de soulagement quand la porte se referma dans son dos.

_ Attend moi ici, je vais aller voir si je trouve de quoi te sécher.

_ Merci. Murmura le noiraud.

Quelques minutes plus tard, Kiyoshi réapparaissait avec un T-shirt froissé et un long morceau de tissu qui ressemblait à un drap déchiré.

_ Désolé, je n'ai rien trouvé d'autre. Tu peux aussi mettre ce T-shirt.

Hanamiya s'exécuta sans un mot pendant que le propriétaire des lieux allait fermer la boutique en expliquant, comme pour se justifier qu'il n'y aurait certainement plus de clients de toutes façons. Puis le silence revint, épais et pesant. Sans savoir pourquoi, tous deux trouvaient la situation gênante. Néanmoins, Teppei Kiyoshi n'était pas homme à se laisser submerger par l'embarras.

_ Qu'est-ce que tu viens faire ici ?

_ Je…ne faisais que passer. Mentit l'ancien de Kirisaki.

_ Tous les jours pendant des heures ? C'est un long passage…

_ Ah… Tu m'as vu… Je sais pas je…

_ T'es pas obligé de répondre si tu veux pas. C'est juste qu'on n'a jamais été particulièrement proches alors ça m'intrigue.

Hanamiya haussa les épaules sans savoir ce qu'il devait ajouter. Et alors que cœur d'acier avait finalement abandonné l'espoir d'obtenir une réponse, l'autre lâcha :

_ Je voulais m'excuser, je suppose. Pour l'autre jour, quand j'ai demandé pour ton genou. C'était… Je voulais vraiment savoir. Et puis m'excuser pour ce qu'il s'est passé il y a dix ans, aussi.

_ Parce que tu regrettes ?

Le visage du libraire était calme et dénué de toute colère mais son ton était si froid et coupant que Makoto Hanamiya put le sentir s'infiltrer jusque dans sa poitrine et lui glacer le sang. Il baissa la tête, honteux et décida qu'il ne servait à rien d'ajouter quoi que ce soit si l'autre ne le croyait pas.

_ Tu regrettes vraiment ce qui s'est passé au lycée, alors… Pour répondre à ta question, j'ai subi une opération aux Etats-Unis après ma deuxième année de lycée, puis ma rééducation a duré deux ans. Je peux marcher et vivre normalement mais je ne pourrais plus jamais jouer à un bon niveau.

L'estomac de Hanamiya se tordit et il eut envie de reformuler ses excuses. Cependant, il fut coupé par un petit rire forcé et Teppei ajouta :

_ Enfin, c'est pas si terrible, parfois les anciens de Seirin se retrouvent pour jouer ensembles et je peux jouer un quart temps.

Ce qui était censé le réconforter un peu et apaiser sa culpabilité ne fit que l'empirer. Un quart temps. Il ne pouvait plus jouer qu'un misérable quart temps lors d'un match de quartier. Par sa faute. Il avait ruiné les chances de carrière d'un si bon joueur. Hanamiya se détestait. Il regrettait un tas de choses qu'il avait faites dans son adolescence, celle là en particulier, mais son plus grand regret était égoïstement d'être venu acheter ce maudit livre de cuisine presque deux semaines auparavant. Sans ça, il aurait pu continuer de vivre en ignorant le mal qu'il avait fait et sa vie aurait été plus agréable.

_ Euh… Hanamiya, ça va ?

_ Je suis désolé… Je… Je ne sais pas ce que je faire d'autre mais… bégaya-t-il, la gorge serrée.

_ C'est… le passé.

Il le sentait pourtant. Cœur d'acier ne lui avait pas pardonné et peut-être ne le ferait-il jamais. Lui aussi avait changé. Peut-être quand il avait dû abandonner ses espoirs de travailler dans le sport, ou quand il avait dû endurer la douleur dans son genou, voir les autres jouer sans lui.

_ Je… Je voudrai que tu me pardonnes. Vraiment, alors s'il y a quoi que ce soit que je puisse faire…

_ Non. C'est bon.

_ S'il te plaît ! Insista le noiraud.

_ Je te dis que c'est bon.

_ Alors tu m'as déjà pardonné ?!

Kiyoshi sembla sincèrement réfléchir à la question avant de lâcher à contre cœur :

_ Non… Je ne dirais pas ça.

_ Alors laisse moi essayer de me racheter ! Continua l'ancien "bad boy"

_ ET QUE CROIS-TU POUVOIR FAIRE POUR EFFACER CA ?!

Le silence qui s'abattit sur eux fut d'autant plus brutal qu'il contrastait avec le hurlement de Teppei. Ce dernier semblait d'ailleurs aussi choqué que l'autre par sa propre colère.

_ Ah, Désolé… Je ne voulais pas…

_ Non, c'est moi. Tu as raison, il n'y a sans doute rien que je puisse faire mais… Je m'en veux pour ce que je t'ai fait au lycée. Tu sais, j'ai changé, depuis et… J'aimerais vraiment faire quelque chose pour toi.

_ La pluie s'est arrêtée. Tu devrais y aller.

Hanamiya hocha tristement la tête et se leva. En quittant le magasin, il ne put s'empêcher de jeter un coup d'œil à son ancien adversaire. Quelque chose dans sa poitrine l'empêchait de renoncer comme ça. Il devait se faire pardonner, et si Teppei ne voulait pas le laisser essayer, eh bien il le forcerait. Il en allait de sa santé mentale.

~ Rock & Roll is Dead ~

Teppei poussa un long soupir épuisé. Depuis ce jour fatidique où le noiraud était venu acheter ce malheureux bouquin de cuisine, il le hantait, au propre comme au figuré. Les premiers jours, d'abord, il n'avait cessé de se repassé le visage las et triste d'Hanamiya quand il l'avait reconnu, et cette impression étrange le concernant. Et puis il l'avait vu qui rôdait autour de sa boutique. Il s'était d'abord efforcé de ne pas y prêter attention puis, quand il avait compris que l'autre venait tous les jours et restait des heures immobile en face du magasin, sans rien faire d'autre que fixer la porte d'entrée d'un air pensif et déprimé, grossièrement caché dans l'angle d'un mur, il avait commencé à se poser des questions. Qu'est-ce que Makoto Hanamiya pouvait bien lui vouloir après tout ce temps ? Peut-être était-il devenu un stalker. Ou alors il avait décidé de s'acharner sur sa vieille proie. A moins que ce ne soit une raison encore plus tordue. Et ce jour là quand la pluie s'était soudainement mis à se déverser par litre sur le bitume, il n'avait pas pu s'en empêcher. C'était l'occasion où jamais de satisfaire sa curiosité.

_ Qu'est-ce que tu viens faire ici ?

Quand il lui avait expliqué qu'il était là pour s'excuser, la première pensée de Teppei fut "quel genre de coup tordu prépare-t-il". Mais l'autre avait l'air assez sincère. Et sans trop savoir pourquoi, le voir dans un tel état de remords, voir la culpabilité le ronger, cela avait procuré un certain plaisir à l'ancien joueur de Seirin. Il en avait même profité pour l'enfoncer un peu mais s'était senti mal en voyant à quel point apprendre qu'il ne pouvait plus jouer perturbait l'autre. Mais quand il avait tenu à se faire pardonner, sa colère était revenue au galop. Comment Hanamiya osait-il penser une seule seconde qu'il allait lui pardonner. Il avait quasiment ruiné son adolescence et ses espoirs. Alors pourquoi ?! Pourquoi devrait-il lui pardonner un jour. Et pus d'abord, comment l'autre comptait-il s'y prendre ? Il s'était lui-même surpris à s'emporter aussi violemment mais cela avait au moins eu le mérite d'arrêter le bad boy. Il était parti avec un regard déterré. Autant dire que la dernière chose à laquelle Kiyoshi s'attendait aujourd'hui, c'était de le voir débarquer dans sa boutique avec un air déterminé. Il ne dit rien, après tout, il avait peut-être simplement besoin d'un livre.

_ Bonjour. Tiens, c'est le T-shirt que tu m'as prêté hier. Je l'ai lavé et repassé. déclara-t-il en déposant un sac en plastique sur le comptoir.

_ Merci.

Teppei s'attendait au moins à ce que la discussion s'arrête là et que l'autre mette les voiles. Mais à sa plus grande surprise, il disparut dans un rayon et en revint quelques minutes plus tard avec un roman policier. Il le lui tendit et le paya sous le regard suspicieux du vendeur. Puis, contre toute attente, Hanamiya s'assit par terre et commença à lire. Il était déjà arrivé que des gamins feuillettent les mangas qu'il vendait sur place mais un homme de 27 ans assis à même le sol, un livre à la main, c'était assez inédit. Il prit sur lui de l'ignorer un moment, dans l'espoir que le silence le décourage, mais non. Hanamiya resta presque jusqu'à la fermeture et le salua au moment de partir, plantant là un Kiyoshi complètement perdu.

A partir de ce jour là, sa présence devint régulière. Il passait au moins deux fois par semaine, achetait presque toujours un livre qu'il lisait sur place. Kiyoshi se fit la réflexion qu'il devait être riche pour se permettre ça. Il était curieux. Curieux de voir jusqu'à quand ce petit manège allait durer et jusqu'où son ancien adversaire était prêt à aller. Et puis un jour, après trois mois de ces visites silencieuses, où Hanamiya s'asseyait à même le sol, il ne tint plus. La tentation était trop forte :

_ Tu veux une chaise, ce serait plus confortable ?

_ Je veux bien.

Teppei se gifla mentalement. C'était risible, il s'était pourtant promis de laisser l'autre tranquille, de ne pas craquer le premier. D'attendre que son client lui parle ou cesse de venir (ce qui signerait l'arrêt de ses meilleures ventes, soit dit en passant). Agacé contre lui-même, cœur d'acier fit claquer les pieds de la chaise contre le sol en lino et s'empêcha d'ajouter quoi que ce soit.

Ce qu'il ignorait, c'est que le plan d'Hanamiya se déroulait à la perfection. Certes, le libraire avait tenu plus longtemps qu'il l'avait imaginé. Il aurait cru qu'il perdrait patience après quelques semaines mais après tout, on parlait de cœur d'acier. L'attente avait été longue et son budget en avait pris un coup mais, finalement, il trouvait ça plutôt agréable. Même silencieux et indifférent, Kiyoshi était de bonne compagnie et de toute façon il avait toujours aimé la lecture. Parfois, quand le propriétaire des lieux feignait de l'oublier pour vaquer à ses occupations, le noiraud s'autorisait un coup d'œil discret par-dessus son bouquin pour le regarder travailler. Et après trois mois de ce régime, la routine s'était installée, plutôt plaisante et reposante.

Il se leva et s'assit sur la chaise en plastique qui lui était offerte, sans ajouter un mot de plus. Cela faisait partie de son plan. S'il voulait avoir une chance de se faire pardonner, il fallait déjà que l'autre accepte de lui parler. Alors il resterait là jusqu'à ce que l'autre entame la conversation de lui-même. Quand il partit ce soir là, Hanamiya ne put cependant pas s'empêcher de lâcher un :

_ Le livre d'aujourd'hui était super. Et merci pour la chaise. Bonne soirée.

Il n'obtint pas de réponse mais le haussement de sourcil perplexe du vendeur lui suffit.

~Rock & Roll is Dead~

_ Tu ne devrais pas venir demain, ni jeudi. Lui dit un jour Teppei alors qu'il partait.

Hanamiya sursauta. C'était bien la première fois que le brun lui demandait ça. En cinq mois, ce n'était pourtant pas les occasions qui avaient manqué. Déjà deux mois auparavant, ils avaient commencé à échanger quelques mots polis, la plupart concernant les lectures de l'ancien bad boy.

_ Je…

_ Tu devrais attendre la semaine prochaine pour revenir.

Alors là, il était vraiment perdu.

_ Hyuuga doit passer. Tu sais, le capitaine de l'équipe de basket. Je ne sais pas s'il réagira bien avec toi. Alors s'il te plaît, ne viens pas jusqu'à la semaine prochaine.

Hanamiya hocha la tête. Il se rappelait du capitaine, un nerveux à lunettes qui le détestait profondément pour ce qu'il avait fait à son ami. Il ne pouvait pas lui en vouloir, après tout. Mais il voulait bien concevoir que c'était une mauvaise idée de tomber sur lui dans ces circonstances.

_ D'accord. Je repasserais la semaine prochaine.

Et il s'exécuta. Il s'autorisa même à lancer la conversation et fut ravi de voir que l'indifférence de l'autre commençait à s'effriter :

_ Alors, la visite de ton capitaine ?

_ Hum ? Ah, Hyuuga ? Il est venu Vendredi avec sa fille et on a bu un verre tous les trois. Riko ne pouvait pas être là, elle avait un rendez-vous.

_ La manager ? Ils se sont mariés ?

_ Oui. Elle attend leur second enfant.

_ C'est…surprenant. J'ai toujours cru qu'il en pinçait pour toi. Les deux d'ailleurs.

Makoto eut le plaisir de voir l'autre rosir légèrement, lui donnant un air enfantin plutôt mignon quoiqu'il repoussa cette idée au fond de son esprit.

_ N-N'importe quoi !

_ Hum, hum. Et si ça avait été le cas, tu aurais choisi lequel des deux ?

_ Serais-ce une façon détournée de me demander si je préfère les garçons ou les filles ? s'assura le brun en retenant un sourire, amusé par le culot de l'autre qui n'avait au moins pas perdu sa répartie.

_ Peut-être.

_ Alors tu n'as qu'à deviner tout seul.

C'était le signal pour dire que la discussion était finie. L'ancien joueur de Kirisaki Daiichi le comprit et alla se perdre dans les rayons, abandonnant pour aujourd'hui.

Quand il revint la fois suivante, il fut rassuré de voir que Kiyoshi s'était détendu et entamait la discussion de lui-même :

_ J'ai eu une livraison de nouveautés. Je t'ai mis ce livre de côté. Je sais que tu aimes les romans policiers et… Enfin celui-là est vraiment bien.

_ Merci, c'est sympa.

Il s'empara du volume que lui tendait l'autre et s'avança pour le payer.

_ T'es sûr que c'est le bon prix ? C'est pas ce qui est marqué sur le bouquin.

_ Ah, oui. Je te fais une réduction pour celui là. Tu sais que tu es mon meilleur client et… Il faut motiver ce genre d'acheteurs à acheter encore plus.

Hanamiya sourit en coin et se contenta d'accepter la réduction. Il s'assit et commença à lire. Le brun ne s'était pas trompé, il était vraiment bon. Cela faisait longtemps qu'il n'avait pas autant apprécier une intrigue policière.

~ Rock & Roll is Dead ~

Deux mois de plus s'étaient écoulés. Les deux hommes avaient pris l'habitude d'échanger leurs avis sur les livres que lisait Hanamiya et ce dernier était sidéré de voir que Teppei les connaissait tous. Lisait-il tous les livres qui se trouvaient dans sa librairie ?

En vérité, et il ne l'avouerait jamais, à personne, même sous la torture, cœur d'acier notait chaque achat du noiraud et lisait avec application chaque volume. Il ne savait pas bien pourquoi il faisait ça. Peut-être pour mieux comprendre l'ancien bad boy, ou alors par simple esprit de compétition. Il devait cependant reconnaître qu'il avait aimé la plupart des livres achetés par son meilleur client. Et même si cela le faisait quelque peu enrager, il devait aussi admettre qu'Hanamiya n'était pas d'une si mauvaise compagnie. Il était plutôt cultivé et savait se montrer drôle quand il le voulait (rarement, certes, mais cela arrivait). De plus, ils partageaient nombre de points communs comme l'amour de la lecture, du cinéma muet ou de la musique rock. Cela l'agaçait profondément de savoir qu'ils auraient pu s'entendre si bien si l'autre avait été un tant soit peu différent dix ans plus tôt.

Hanamiya pour sa part n'aurait jamais cru s'entendre aussi bien avec lui. Il comptait simplement forcer l'autre à le pardonner pour ce qu'il avait fait dix ans auparavant et passer à autre chose, oublier toute cette histoire. Mais plus le temps passait, plus il se prenait à trouver l'ancien joueur de basket et le temps passé en sa compagnie agréables. Il n'avait plus vraiment envie de le forcer à accepter ses excuses par pur égoïsme mais parce qu'il l'appréciait. Cette pensée l'amusait énormément. Il se souvenait encore des mots de cœur d'acier après leur match du temps du lycée. A l'époque, l'idée seule d'être son ami le répugnait. Alors si on lui avait dit qu'une décennie plus tard, il ferait des pieds et des mains pour se rapprocher de lui, il aurait probablement rit au nez du crétin qui aurait eu cette idée saugrenue.

Ce jour là, quand il arriva dans la boutique, il eut la surprise de ne trouver personne au comptoir. Il appela son homologue et entendit une réponse étouffée qui venait du fond du magasin :

_ Hanamiya, c'est toi ? Je suis en train de mettre des livres en rayon au fond.

Le noiraud se laissa guider par la voix et tomba sur un Teppei monté sur un escabeau, arrangeant une pile de tomes reliés sur une étagère en hauteur.

_ Tu tombes bien.

Makoto ne put s'empêcher d'apprécier la phrase.

_ Tu peux me passer ce carton, s'il te plaît ? Non, celui sur ta droite.

L'ancien bad boy s'exécuta et souleva un carton qu'il s'efforça de faire passer au brun. Ce dernier s'en saisit mais quand il voulut se retourner pour le poser sur l'étagère, il sentit sa jambe trembler et perdit l'équilibre. Tout se passa très vite : Teppei tenta de se raccrocher au meuble, laissant échapper son carton qui heurta le pied de l'escabeau avant d'aller cogner dans l'épaule d'Hanamiya, l'escabeau vacilla et se renversa. Le libraire ferma les yeux, attendant la chute… qui fut bien moins douloureuse qu'il l'aurait cru.

_ Aïe…

Le gémissement de douleur de son meilleur client le fit sursauter et il ouvrit les yeux. Makoto Hanamiya s'était précipité pour le rattraper et était tombé à la renverse en le réceptionnant. Il écarquilla les yeux, prenant conscience point après point de leur position : ils étaient allongés l'un sur l'autre, leurs nez se frôlaient, le bras gauche d'Hanamiya était fermement enroulé autour de sa taille dans un geste qu'il aurait presque pu qualifier de protecteur s'il avait été question de quelqu'un d'autre, il sentait le cœur de son sauveur battre la chamade à l'unisson du sien et ses propres bras étaient appuyés de chaque côté de la tête de son vis-à-vis. Il s'empourpra sans bien savoir pourquoi il était gêné, et s'empressa se relever, se confondant en excuses.

_ T-Tu t'es p-pas fait m-mal ? Balbutia Hanamiya, interrompant le flot d'excuses.

_ Hein ? Non, tu as amorti la chute. Mais toi, ça va ? Tu t'es pas cogné en tombant ?

_ Non. Je… Ça va.

Le noiraud se fit violence et se força à repousser les pensées qui montaient à son cerveau afin de garder l'esprit clair. En désespoir de cause, il décida de s'énerver :

_ Putain mais qu'est-ce que t'as foutu, bordel ?!

_ Ah, je sais pas. C'est juste que j'ai joué hier et j'ai des courbatures plein les jambes alors j'ai perdu l'équilibre et le carton m'a échappé.

Le visage de Hanamiya se décomposa sous l'œil encore un peu choqué de Kiyoshi qui mit une minute à comprendre :

_ Ah, non, c'est pas mon genou, t'en fais pas. Je veux dire, c'est juste mon endurance et… ça n'a rien à voir.

_ Si tu le dis. lâcha l'autre sans conviction, forçant un sourire.

_ En tout cas, merci. Sans toi, j'aurais vraiment pu me faire mal. T'as de sacré réflexes.

Makoto faillit lui répondre que non, pas tant que ça, mais le voir tomber l'avait fait paniquer. Cependant, il s'abstint au dernier moment. Décidant qu'il était temps de changer de sujet, il demanda, la voix toujours un peu tremblante :

_ Pourquoi tu mets des livres aussi haut, en plus ?

Il vit l'autre s'empourprer et eut hâte d'entendre la réponse :

_ C'est… Ce sont des livres érotiques. Je les mets en hauteur pour que les enfants n'y aient pas accès.

Oh…

_ Tu sais quoi, pour te remercier de ton sauvetage, je t'offre un bouquin, celui que tu veux.

Hanamiya aurait pu profiter de l'offre pour prendre l'édition collector de son roman historique préféré, un peu trop chère pour son budget. Ou alors la biographie en trois volumes, compilés en un seul, de Napoléon 1er. Mais à la place, il se pencha, ramassa l'un des livres licencieux qui traînaient par terre et lança avec un sourire énigmatique et provocateur :

_ Je prend celui là alors.

Teppei rougit de plus belle et il s'en félicita. Il l'aida à ramasser les ouvrages répandus au sol et insista pour les ranger à sa place, arguant que la prochaine fois, il le laissait tomber.

Finalement, il quitta la boutique avec le livre érotique sous le bras. Dès qu'il fut arrivé chez lui, il l'ouvrit et le commença avec curiosité. C'était plutôt pas mal, pour quelque chose de ce genre. Il tournait les pages quand soudain, une image de lui, nu avec Kiyoshi, traversa son esprit aussi vite et brièvement qu'un éclair. Aussitôt, il referma le livre et le jeta un peu plus loin comme s'il l'avait brûlé. C'est ce moment que choisirent ses souvenirs pour remonter à la surface. Les souvenirs de ses sensations quand il avait retenu Teppei. La surprise d'abord, puis la peur de le voir tomber, le douleur du sol heurtant ses omoplates, puis... L'excitation quand il avait réalisé qu'il le tenait dans ses bras, ce mouvement presque involontaire quand il avait raffermi sa prise sur ses hanches, les battements effrénés de son coeur quand il avait senti le souffle sur son visage et pu détailler les yeux bruns, et cette excitation qui avait grandi en lui et qui à présent grondait, quelque part au creux de son estomac. Bordel, Kiyoshi lui plaisait. A en juger par son état, tant mental que physique, il lui plaisait même beaucoup. Hanamiya se mordit la lèvre presque machinalement. Ce type était détestable. D'abord, il lavait battu au lycée, même si à vrai dire, il n'avait pas grand chose à redire à ce propos. Ensuite, il faisait remonter en lui des années de culpabilité oubliée. Et maintenant, maintenant cet abruti de coeur d'acier… Il se laissa choir sur son canapé en soupirant. Dans quelle merde s'était-il foutu ?

~ Rock & Roll is Dead ~

Deux mois. Deux mois qu'Hanamiya avait commencé à éprouver cette attirance étrange pour Kiyoshi. Rapidement, cela avait été l'escalade. Son attirance avait grandi, peu à peu, et il lui était maintenant difficile de rester dans la même pièce que lui sans se dire que le libraire était foutrement sexy, ou bien que ses lèvres avaient l'air vraiment douce, ou encore qu'il aurait bien voulu savoir ce qu'il dissimulait sous son T-shirt. Cet enfoiré avait commencé à s'infiltrer dans chaque partie de sa vie. Il le voyait régulièrement en rêve, parfois ils faisaient l'amour, d'autres fois ils discutaient ou sortaient ensembles. Et à chaque réveil, il lui fallait se souvenir, péniblement, que rien de tout ça ne se produirait parce qu'il, lui-même, avait gâché sa vie. Au-delà de ses nuits, l'ancien joueur de Seirin se rappelait régulièrement à son souvenir par des moyens détournés : "tiens, Teppei aime bien cette chanson", "oh, c'est le film préféré de Teppei", "je me demande si Teppei a déjà lu ce livre", "peut-être que Teppei aimerait ce restaurant", "oh, mais c'est un ancien coéquipier de Teppei que je vois à l'autre bout de la rue ?", "Ah, tiens, mais c'est Teppei là bas, dans le café d'en face… ah non, en fait c'est juste quelqu'un qui a la même couleur de cheveux". Petit à petit, il avait commencé à espacer ses visites à la librairie pour éviter le regard du brun qui, non content de le déconcentrer la plupart du temps, le ramenait de plus en plus souvent à ce qu'il lui avait fait subir. Ce qu'il ignorait, c'est que l'autre en était un peu attristé. Un tout petit peu, tout au fond, ou du moins c'est ce dont cœur d'acier tentait de se convaincre. Il avait du mal à s'imaginer qu'un connard fini comme Hanamiya pouvait lui…manquer ? Après tout ce qui s'était passé entre eux dix ans plus tôt, c'était inconcevable et ce, même en comptant sur son naturel peu rancunier. Il avait fini par se persuader que le noiraud avait vraiment changé depuis le lycée et était devenu quelqu'un de bien, il avait oublié toutes ses hypothèses du début, quand il pensait encore que l'autre ne venait le voir que pour lui jouer un sale tour et avait même appris à l'apprécier pour ce qu'il était, pour tout ce qu'ils avaient en commun. Merde, après tout, tout le monde avait droit à une seconde chance, non ? Ne pouvait-il pas essayer, juste essayer, de faire confiance à Makoto ? Et quand il était enfin parvenu à ces conclusions, l'autre s'était fait plus distant. Et Kiyoshi avait commencé à regretter à son tour. De ne pas avoir essayé plus tôt, de ne pas lui avoir fait comprendre qu'il était prêt à lui pardonner ou au moins à essayer, comprendre qu'il le considérait presque comme un ami. Après tout, pour quelle autre raison l'ancien bad boy avait-il commencé à s'éloigner si ce n'était pas par lassitude de faire des efforts en vain ? Il devait lui faire comprendre ce qu'il pensait, le lui dire en face. Il avait prit sa décision : il lui parlerait la prochaine fois qu'il viendrait au magasin. Mais ce jour commençait à se faire attendre. Cela faisait presque deux semaines qu'il n'était plus venu et Kiyoshi se demandait s'il repasserait un jour. S'il avait décidé de ne plus le voir, il aurait au moins pu le lui dire en face. Ou même par téléphone. Par mail. Ou par lettre. N'importe comment, même par pigeon voyageur !

Hanamiya de son côté avait essayé, vraiment, de résister à la tentation. Mais après deux semaines sans le voir, sa vie entière s'en trouvait affectée. Il ne pouvait plus ouvrir ou même voir un livre sans penser à l'autre homme et n'arrivait plus à se concentrer sur rien, spécialement son travail. Son boss lui avait même passé un savon pour la première fois de sa vie. Et bordel, s'il y avait bien quelque chose qu'il détestait plus que de se faire enguirlander, c'était bien de se faire enguirlander par Imayoshi. Alors il avait décidé de repasser à la librairie, ne serais-ce que pour le voir et atténuer un peu la sensation de solitude qui l'envahissait petit à petit.

Ce soir là, il se présenta au magasin. Et s'il s'était attendu à une réaction, ce n'était certainement pas celle là :

_ Bordel, Hanamiya, t'étais passé où tout ce temps ? T'aurais au moins pu répondre à mes mails, merde.

A bien y réfléchir, c'étain la première fois qu'il l'entendait jurer.

_ Ah… Désolé, j'avais pas mal de boulot. éluda le noiraud.

Ce n'était même pas un mensonge, il était réellement submergé de travail, la raison principale à ce fait étant sa tendance à procrastiner depuis quelques jours.

_ Tu aurais au moins pu me prévenir. Bon, j'espère que tu vas bien. J'ai reçu pas mal de bouquins, si quelques uns t'intéressent, je t'en ai mis de côté.

Il lui tendit une pile de livres et le laissa lire les quatrièmes de couverture. C'était le moment ou jamais.

_ Au fait, Hanamiya, il y a quelque chose que je dois te dire en fait… Tu vois c'est à propos de…

Il allait enfin lui déballer toute la vérité quand la porte s'ouvrit, faisant sonner le carillon de l'entrée. Il dévisagea son ami, frustré. Pourquoi juste maintenant ?

_ Salut Kiyoshi ! Je te dérange pas ? Je passais dans le quartier alors je me suis dit que…

Le propriétaire des lieux releva un visage horrifié vers son ancien capitaine. Il avait un mauvais pressentiment qui se confirma quand Hyuuga avisa la troisième personne et se stoppa en plein milieu de sa phrase.

_ Est-ce que c'est… Makoto Hanamiya ?!

Ce dernier se retint de justesse de lui faire remarquer qu'il était très impoli d'agir comme s'il n'était pas là. A la place il se dit qu'il devait à tout prix essayer de minimiser les dégâts.

_ Je… suis passé par hasard. Je savais pas que c'était à lui. D'ailleurs j'allais m'en aller.

_ Non, attend Hanamiya, faut vraiment qu'on parle. Reste. C'est important.

La tête effarée et complètement perdue de l'ancien shooter aurait pu être très drôle dans d'autres circonstances.

_ Qu'est-ce que tu as de si important à dire à cette ordure ?

Aussi étrange que cela puisse paraître, l'ancien joueur de Kirisaki Daiichi ne broncha pas et ne parut même pas offensé, ce qui ne fut pas le cas du vendeur :

_ Arrête, Hyuuga.

_ Pourquoi, ce salaud a tout démoli ? Tout ce que tu as dû endurer, c'était à cause de lui.

_ Pas uniquement, et tu le sais très bien. Si j'avais voulu, j'aurais pu me faire opérer. Et même avant ça, je savais que mon genou allait mal lors de ce match en première année.

Voir Teppei défendre Hanamiya eut au moins le mérite de surprendre les deux autres. Comprenant qu'il ne tirerait rien de son ancien coéquipier, le shooter se retourna face à celui qu'il avait toujours considéré comme son pire ennemi :

_ Tu n'as rien à faire ici. Dégage et ne remet plus les pieds ici, tu entends ?! Tu n'as pas fait assez de mal comme ça, tu crois ?

_ Kiyoshi, je vais y aller. Je repasserai un autre jour si ce que tu as à me dire est si important.

_ NON ! Laisse le tranquille, arrête de le harceler !

L'ancien général sans couronne ne répondit rien et sortit à la hâte. Il devait s'éloigner d'ici le plus vite possible, avant de laisser ce sentiment de culpabilité l'atteindre plus profondément. L'autre avait raison, il n'aurait jamais dû insister tous ces mois, imposer sa présence au brun et encore moins tomber amoureux de lui après tout ce qu'il avait fait. Il était vraiment le pire des cons. Et puis d'abord, quel adulte sain d'esprit se comporte comme ça, et tombe amoureux comme un adolescent. C'était vraiment ridicule. Mais ça faisait mal aussi. Et Hanamiya n'avait jamais été très doué pour gérer la douleur.

Dans la librairie, l'ambiance était devenue polaire. Les deux amis se regardaient en chien de faïence, attendant que l'autre parle le premier et donne une bonne explication à son comportement. Finalement, Hyuuga parla le premier :

_ Pourquoi tu ne m'as pas dit qu'il était revenu te harceler ? Merde, t'as plus dix-sept ans, tu aurais dû te débarrasser de lui.

_ ARRÊTE ! Qu'est-ce que tu en sais ?! Il est venu un jour par hasard pour acheter un livre de cuisine et… Et il est revenu plusieurs jours après pour s'excuser.

_ Et toi, tu l'as cru ? Abruti ! Ça recommence comme au lycée, je peux pas croire que tu te sois fait avoir. ENCORE ! S'énerva le lunetteux, du mépris dans la voix.

_ Tu me prends pour un con ? Bien sûr que je ne l'ai pas cru. Mais il a continué de venir et on a discuté et… Il est sincère, il a vraiment changé. Il s'en veut, Hyuuga.

_ NON ! Les enflures comme lui ne changent jamais !

_ Comment pourrais-tu le savoir, tu ne le connais même pas ?! Tout le monde fait des erreurs et a droit à une deuxième chance. Et puis tu l'as dit, je ne suis plus un gosse, je peux très bien me protéger.

_ C'est pas vrai. Alors tu es tombé dans le panneau… Me dis pas que t'es retombé amoureux de lui ?!

La question claqua dans l'air, sèchement. Et rien ne serait plus comme avant ni pour Hyuuga, ni pour Kiyoshi parce qu'il avait refusé de se l'avouer jusqu'alors mais que confronté à cette question, il ne se sentait pas la force de mentir.

_ …

_ C'est une blague ?! Après tout ça, tu n'as rien appris de tes erreurs ?! Je savais déjà pas ce que tu trouvais à ce salaud au lycée, mais là, ça me dépasse ! Comment peux tu te faire avoir, encore, par cet enfoir…

_ ARRÊTE ! Hurla Teppei, et ce seul haussement de ton était en soi assez inhabituel pour faire taire son ami.

_ Arrête de parler de lui comme ça. Tu ne connais que l'ancien Hanamiya. Il n'est plus comme ça.

_ Bordel mais ouvre les yeux, il se fout de…

_ Ca suffit. Sors d'ici. Tout de suite. ordonna le brun froidement.

_ Quoi ?! Demanda l'ancien capitaine, abasourdi.

_ Dehors. Je ne veux pas continuer cette conversation avec toi.

Hyuuga resta tétanisé et regarda vaguement son ancien coéquipier attraper ses clefs et sa veste.

_ Tu vas le rejoindre ?

_ Ça ne te regarde pas.

_ Mais… Je suis ton ami. plaida le plus petit.

_ Alors fais moi confiance.

Sans lui laisser le temps d'ajouter quoi que ce soit, il ouvrit le battant vitré du magasin et ordonna d'un geste à l'autre de sortir. Il enclencha le rideau métallique, ferma la porte et s'éloigna à grands pas.

Après une demi heure de recherches infructueuses, Kiyoshi dut bien se rendre à l'évidence : il ne trouverait pas Makoto en cherchant au hasard dans Tokyo. Il s'empara de son téléphone et s'apprêta à l'appeler. Puis il laissa tomber sa main le long de son corps : qu'allait-il lui dire, de toute façon ? Qu'il l'aimait ? C'était un peu plus compliqué que ça. Qu'il lui avait pardonné ? Ce n'était toujours pas aussi simple. Qu'il voulait l'avoir en tant qu'ami ? Ca n'était même pas la vérité. Il se remit à avancer et déambula dans les rues animées de la capitale japonaises plusieurs dizaines de minutes avant de récupérer son téléphone qu'il serrait toujours dans sa main.

~ Rock & Roll is Dead ~

Hanamiya était presque ivre. Il avait bu, beaucoup, dans l'espoir de sortir cet horrible après midi de sa tête et avait obtenu l'effet inverse. Chaque mot prononcé par l'homme à lunettes tournait dans sa tête et semblait se répercuter à l'infini contre les parois de son crâne, comme si elles avaient essayé d'en sortir. Elles insistaient, d'ailleurs, maintenant elles tambourinaient. Et… Attendez, non… Ça, ça ne venait pas de l'intérieur de sa tête mais plutôt de l'extérieur de son appartement. Quelqu'un semblait décidé à défoncer sa porte. Il pensa un instant au capitaine enragé mais comment aurait-il eu son adresse ? Peut-être le livreur de sushis. Il se traîna jusqu'à la porte et, au moment de l'ouvrir, pensa à voix haute :

_ J'ai pas commandé de sushis…

Le battant était à présent grand ouvert et, malgré sa tête baissée et ses yeux rivés au carrelage, il sut qui se tenait devant lui, le souffle court.

_ Il faut qu'on parle, tout de suite.

_ Comment t'as eu mon adresse ? put seulement dire Hanamiya, les yeux toujours ancrés au sol.

_ J'ai appelé Kuroko qui m'a donné le numéro de Momoi qui m'a donné celui d'Imayoshi, ton patron. C'est lui qui m'a dit que tu vivais ici.

_ Et le code ?

_ Ah… Quelqu'un sortait les poubelles, j'en ai profité.

L'ancien bad boy hocha la tête plusieurs fois, le temps d'assimiler les infos.

_ Et qu'est-ce que tu me veux ?

_ Tu me laisses entrer ?

Le propriétaire des lieux se poussa de devant la porte pour laisser l'autre entrer. Quand il pénétra le salon, la première chose que remarqua Teppei fut la bouteille de vodka bien entamée qui trônait au milieu de deux canettes de bière sur la table basse. Cela expliquait l'état déplorable du noiraud.

_ Ecoute, à propos de ce qui s'est passé tout à l'heure… Je suis désolé de tout ce qu'a dit Hyuuga. Il ne le… en fait, si, il le pensait. Mais il se trompe.

_ …

_ Hanamiya, je sais que tu as changé… Et je serais vraiment très heureux que tu continues de passer à la librairie de temps en temps. Juste pour discuter…entre amis.

_ Je ne veux plus être ton ami.

Le cœur de Teppei, bien que supposé être en acier, manqua de s'arrêter. Non… Non, pas ça. Pas encore une fois. Hyuuga ne pouvait pas avoir raison.

_ Il a raison, je suis un salaud. J'ai démoli ta vie et… Et j'avais pas le droit de revenir en exigeant ton pardon. J'avais pas le droit de venir te voir et de m'imposer à ton travail. J'avais pas le droit de te demander ça. J'avais pas le droit de tomber amoureux de toi. Tu vois, je suis vraiment un connard, je suis répugnant.

Peut-être étais-ce le ton rendu vacillant par l'alcool ou bien les paroles en elles même ou alors le contraste entre le Hanamiya qu'il avait en face de lui et celui que lui avait décrit son meilleur ami quelques heures plus tôt. Mais il eut très envie de le prendre dans ses bras et de le rassurer. Alors il fit un pas dans sa direction et esquissa un mouvement pour l'étreindre.

_ NON ! T'as pas compris, cœur d'acier, je veux pas être ton ami. J'y arriverai jamais. Tu devrais le savoir, avec moi c'est tout ou rien. Je ne veux pas qu'on soit amis, je veux plus ou alors rien du tout. Tu piges, on pourra jamais…

Hanamiya ne s'était certainement pas attendu à être interrompu, encore moins de cette manière. Une paire de lèvres recouvrit les siennes et deux bras puissants se nouèrent dans son dos. Il répondit au baiser presque par réflexe, parce que cela lui semblait faire une éternité qu'il attendait de pouvoir faire ça.

Il avait un goût d'alcool. Ses lèvres, sa bouche, sa langue. Tout sentait la bière et la vodka qu'il avait ingurgité plus tôt dans la soirée. Et même s'il trouvait ça plutôt déplaisant, le baiser en lui-même était tellement bon que Kiyoshi envisagea un instant de rester comme ça, sans bouger. Mais les lois de la physique en ayant décidé autrement, il dut s'écarter pour reprendre son souffle, sans lâcher le corps tremblant dans ses bras.

_ On en parlera demain, d'accord ?

Hanamiya était trop faible et déboussolé pour protester ou résister à la pression qui le guida vers le couloir. Il avait sommeil tout à coup. Il se laissa aller contre l'épaule solide à sa droite et sentit à peine qu'on l'emmenait.

Quand il se réveilla le lendemain, il était dans son lit, entièrement dévêtu et devait gérer une migraine carabinée. Il se fit la réflexion que c'était bien fait pour lui. Il avait tellement bu qu'il ne se souvenait même pas s'être couché. Sans prendre la peine de s'habiller, il se traîna jusqu'à la cuisine pour se préparer un café taille maxi et avaler une aspirine. Heureusement qu'il ne travaillait pas, il osait à peine imaginer la tête d'Imayoshi en le voyant débarquer dans cet état. Il ouvrit la porte, mit la machine à café en route et farfouilla dans un tiroir. Au moment où il se retourna pour attraper un verre, il se figea. Assis à table avec une tasse à la main, Kiyoshi Teppei le regardait d'un air qui hésitait entre l'embarras et l'amusement. Son regard s'attarda sur son corps et il se souvint qu'il était nu. Merde ! Il se rua hors de la pièce et s'enferma dans la chambre. Il enfila précipitamment un boxer et un jean, les évènements de la veille lui revenant en mémoire.

Quand il reparut devant Teppei, celui-ci arborait un sourire prévenant et avait terminé de lui préparer son remède anti gueule de bois. Il avala le tout en silence, se demandant par où commencer. Finalement il n'eut pas besoin de prendre de décision :

_ Si tu ne veux pas reparler de ce qui s'est passé hier, je comprends. Et je comprendrais aussi si tu m'avais dit…tout ça… uniquement à cause de l'alcool… Mais j'espère que tu le pensais parce que moi… J'avais vraiment envie de t'embrasser hier et j'en ai toujours envie.

Cela ne lui ressemblait pas mais Hanamiya rougit un peu.

_ Hum… Je pensais tout ce que j'ai dit…même à propos de notre…amitié.

_ Oh. Alors d'abord, sache que ma vie me va très bien comme elle est et que j'ai beaucoup apprécié les moments passés ensembles à la librairie, même si au début ça a été difficile. Et je suis très content que tu sois tombé amoureux de moi et d'ailleurs je ne te trouve pas du tout répugnant.

_ Argh… Pourquoi tu dis tout ça de façon tellement…gênante…

Kiyoshi rit doucement, d'une façon si légère qu'il sembla effacer un peu de la tension dans la pièce.

_ Alors, ça veut dire que tu m'as pardonné ?

_ Si on veut… Disons plutôt que je ne t'en veux plus ce qui revient un peu au même.

_ Oh… Et… tu…

Lui épargnant la fin de la phrase, Teppei répondit, l'air toujours détendu :

_ Oui… En quelques sortes… Mais… Ça va prendre encore un peu de temps pour… la confiance, et le reste. Les sentiments, ça ne suffit pas toujours.

Hanamiya hocha la tête. Oui, il comprenait.

_ Alors c'est un nouveau départ ? On efface tout et on recommence ? demanda-t-il, pour être sûr.

_ Pas tout. J'ai envie de garder les derniers mois. Et notre baiser de hier.

_ A propos de hier… J'espère que tu as aimé me déshabiller.

Le noiraud eut le plaisir de voir l'autre rougir à son tour, jusqu'à la racine. Il prenait ça pour un oui.


Mot D'Auteure : Voilà. J'espère que ça vous a plu. Quand j'ai lu les paroles de la chanson (en fait, j'ai fait toute une liste de chansons potentiellement utilisables pour Rock & Roll is Dead et une liste de scénarios basés sur lesdites chansons et du coup, je vérifie les paroles même quand je les connais déjà), j'ai imaginé ça direct (oui, j'ai un esprit tordu). Comme pour l'OS précédent, c'est tellement long que je trouve presque ça dommage de le poster dans un recueil d'OS mais bon, je l'ai écrit dans l'idée de le poster ici, alors...

Je ne sais pas si la relation entre les deux a jamais été évoquée de cette façon, avec un Hanamiya qui regrette ses actes. Mais personnellement, j'aime bien Hanamiya (comme 80% des méchants de manga) et je me disais qu'en grandissant, il avait peut-être éprouvé des regrets, notamment pour Kiyoshi.

L'idée de la librairie m'est venue complètement au hasard et en fait, je trouve que ça va plutôt bien à Kiyoshi, non ?

Il y a pas mal de scènes que j'avais imaginé que je n'ai pas pu mettre dans l'OS (comme une discussion sur les talents culinaires d'Hanamiya, ou une discussion entre Riko et Hyuuga ou une sortie entre Teppei et Hanamiya par exemple) alors je suis un peu déçue mais globalement, je suis assez fière de cet OS. J'espère qu'il vous a plu.

La prochaine chanson est "New York Avec Toi" de Téléphone . C'est peut-être un peu plus facile à trouver. Le gagnant décide du couple suivant.

EDIT : Puisque plusieurs personnes m'ont demandé, il est possible que je réutilise les mêmes couples plusieurs fois, d'autant que j'ai plus de facilités avec certains personnages qu'avec d'autres (ce qui ne veut pas dire que je ferais toujours les mêmes hein).