Les Olympiens
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BRUXELLES, 27 AOÛT 2011
Sakura descendit de l'avion et regarda autour d'elle. De petits flocons tombaient du ciel. Les gens resserraient leurs écharpes ou leurs cols. Les mécaniciens s'agiter pour dégivrer les ailes des avions. Etaient-ils vraiment en août ? Elle soupira, laissant échapper un nuage de vapeur.
« Sakura ! »
La voix de Meilin attira son attention. La chinoise, bien emmitouflée dans des vêtements chauds, agitait les bras.
« Ma tante m'a envoyé te chercher, dit-elle avec un grand sourire. Comment vas-tu ?
- Aussi bien que possible, » répondit la magicienne.
Sa compagne s'assombrit.
« Je m'en doute. Tu crois que ça va s'arranger ?
- J'ai bien peur que tout ce que nous avons vécu jusqu'ici ne soit que le prologue Meilin. »
La chinoise frissonna, et Sakura savait que ce n'était pas à cause du froid.
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AILLEURS, QUELQUES INSTANTS PLUS TARD…
Il releva la tête brusquement. Un mauvais pressentiment. Il avait un très mauvais pressentiment. Son cœur s'emballa. Non… pas ça…
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BRUXELLES, 27 AOÛT 2011
« J'ai loué une voiture, fit Meilin. Elle est garée un peu plus loin.
- Parfait, répondit calmement Sakura. Sinon, comment ça se passe en Chine ?
- Pas trop mal dans l'absolu… Personne de notre entourage n'a encore eu de problème.
- Ce n'est qu'une question de temps. »
La chinoise ne répondit pas. Elle jeta un coup d'œil en biais vers son amie. Elle avait tellement changée. Elle ne souriait plus, elle semblait résignée et détachée. Meilin soupira. Tout aurait pu être tellement différent. Si seulement… Elle eut un sourire sardonique. Avec des si…
Si Toya n'était pas dans le coma…
Si Yué et Keroberos n'avaient pas été détruits…
Si Shaolan n'avait pas disparu…
Si…
Souvent, Meilin avait été malheureuse d'être un cas particulier dans la famille Li. De ne pas avoir de pouvoirs magiques. Mais maintenant… maintenant, en regardant Sakura, en regardant ce que ce monde avait fait d'elle, la chinoise se disait qu'elle avait peut-être de la chance.
Un grand fracas la tira de ses pensées. Elle sentit soudain le sol se mettre à trembler sous ses pieds. Elle manqua tomber à terre et ne dut qu'à ses réflexes de guerrière de rester sur ses deux jambes.
« Qu'est-ce que… ? fit-elle, hébétée.
- Un tremblement de terre, » souffla Sakura.
Ce n'était pas le premier qu'elles vivaient. Mais ici. En Belgique… Non, ce n'était pas normal ! Le sol se mit bientôt à trembler si fort que les deux asiatique se retrouvèrent sur le sol, à se tenir tant bien que mal au bitume. Certes, ce n'était pas leur premier séisme, mais celui-ci semblait d'une force qu'elles avaient rarement connue.
Puis, au bout de longues minutes, le calme revint enfin. Du moins, du point de vue du sol. Car autour des deux jeunes femmes c'était le chaos le total. Les gens courraient dans tous les sens, terrifiés. Les sols s'étaient fissurés. Des conduites d'eaux s'étaient brisées. Des fils de téléphones ou électriques pendaient mollement. Un paysage de guerre, songea tristement Sakura.
Un cri en particulier attira l'attention des deux étrangères. Pas besoin de parler la langue pour comprendre le problème. Un immense immeuble de bureau – combien faisait-il, 30 ou 35 étages ? – était sur le point de s'écrouler. Alors que tout le personnel était encore à l'intérieur.
« Sakura… »
La voix de Meilin était enrouée, nota la jeune femme. Avait-elle comprit ce qu'elle s'apprêtait à faire ? Oui, certainement. La chinoise était intelligente et elle la connaissait.
« Ils t'arrêteront… souffla-t-elle.
- Combien y a-t-il de personnes d'après toi ? Cent ? Mille ? »
Meilin déglutit alors que le bâtiment émettait un grincement sinistre. Elle entendit vaguement Sakura invoquer son sceptre. Elle ne fut d'ailleurs qu'à moitié surprise de voir que celui-ci n'avait pas la forme qu'elle lui connaissait. Ce souvenant du récit qu'on lui avait fait du combat contre Eriol, elle en déduisit que c'était le même que la Maîtresse des Cartes avait utilisé à l'époque.
Puis la cette dernière se tourna vers elle et lui offrit le premier sourire qu'elle faisait depuis plus de deux ans.
« Wood ! »
La carte de l'arbre s'élança, entourant le monstre de métal. La stupeur frappa toutes les personnes présentes. Certaines s'écartèrent vivement, s'éloignant autant que possible de la magicienne. D'autres ne bougèrent pas, fixant la jeune femme avec incompréhension ou admiration. Pendant ce temps, des personnes continuaient à sortir du bâtiment.
La police arriva plus vite que ce que l'aurait cru Meilin. Avec colère, elle vit les forces de l'ordre mettre son amie dans leur ligne de tir. Mais Sakura n'y porta aucune attention, se concentrant sur le bâtiment que Wood avait de plus en plus de mal à soutenir.
« Earthy ! »
A son tour, la carte de la terre entra en jeu. Elle stabilisa tant bien que mal le bâtiment. Un policier hurla quelque chose, mais Sakura ne lui porta aucune attention, concentrée sur l'immeuble. Elle eut furtivement la conscience de Meilin. La chinoise venait de s'interposer entre les force de l'ordre et la magicienne.
« Vous ne voyez pas qu'elle cherche à vous aider ! » cria-t-elle en anglais.
Mais cela n'eut aucun effet. Peut-être ne parlaient-ils pas anglais, pensa avec sarcasmes la jeune fille, hors d'elle. Pendant quelques interminables minutes elle resta là, entre son amie et ces policiers armés jusqu'aux dents avant qu'un grand bruit la fasse sursauter. Wood et Earthy venait de se retirer pour retourner dans la main de leur maîtresse. L'immeuble s'était effondré. Tout le monde était sauf. Meilin se tourna vers Sakura.
« Je peux te faire partir d'ici, dit doucement la magicienne.
- Tu ne comptes pas t'enfuir ?
- A quoi bon ?
- Alors je reste avec toi. »
La japonaise approuva de la tête. Puis elle regarda son sceptre et le livre qu'elle tenait dans ses mains. Elle murmura quelque chose que Meilin ne comprit pas. Et telles deux étoiles filantes, les deux symboles de la puissance de la Maîtresse des Cartes s'envolèrent.
Et les policiers s'élancèrent…
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PARIS, 28 AOÛT 2011
La tension était à son comble.
« On ne peut pas les laisser continuer à agir comme cela !! Ils ont arrêté la Maîtresse des Cartes !!!
- Elle aurait pu s'échapper.
- Pour vivre comme une fugitive ? Elle n'a que 20 ans, elle doit sans doute aspirer à autre chose !
- De toute façon, ce n'est qu'une question de temps avant que nous nous fassions tous prendre.
- Je ne me laisserais pas arrêter sans combattre !
- C'est ça, mettons-nous à attaquer des policiers pour rehausser notre image !
- Silence ! »
La voix de Yelan Li s'éleva, cassante. Tous les visages se tournèrent vers elle. Ces visages vieux ou jeunes, masculins ou féminins, tous habitaient d'une même peur, d'une même inquiétude, d'une même colère. A ses cotés Yûko, Sorcière des Dimensions de son état, avait perdu son air détaché. Elle semblait aussi anxieuse que ses camarades.
« Nous sommes tous en danger, commença Yelan, mages, sorciers, magiciens, guérisseurs ou même simple voyant. La magie est devenue hors-la-loi. Même lorsqu'elle sert à sauver des vies. C'est pour cela que Sakura s'est laissé attrapé. Si nous ne pouvons plus vivre avec notre magie, que nous reste-t-il ? La Maîtresse des Cartes a agit en suivant sa conscience et ma nièce qui l'accompagnait en a fait de même. Et qu'elles soient toutes deux aujourd'hui en détention préventive ne montre qu'une chose : la peur des personnes dénuées de pouvoirs magiques est trop importante pour pouvoir être combattu par un seul…
- Cela ne nous dit pas ce que nous pouvons faire ! protesta-t-on.
- Peut-être ne peut-on rien faire, » soupira Yelan.
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AILLEURS, UN AUTRE JOUR…
Il regardait le Sceau avec une certaine colère. Il avait accepté de lui sacrifier sa vie. De sacrifier son bonheur pour ce Sceau. Mais il refusait qu'elle doive en faire de même.
« Tu entends Gaïa ! cria-t-il. Je refuse ! »
Mais sa colère ne rencontra comme réponse que son propre écho. Il se laissa tomber contre une des colonnes massives de l'endroit. Avait-il bien fait ? Il se le demandait à présent. Il se demandait si, plusieurs années plus tôt, il avait fait le bon choix.
Le fait était qu'il avait fait un choix. Il avait fait ce choix. Qu'il soit bon ou mauvais n'était certainement plus le problème. Pour le moment. Il fallait qu'il cesse de penser au passé. Il fallait qu'il protège le futur.
Pour qu'il y ait un futur.
On entra dans la salle. Il regarda sa meilleure amie s'approcher de lui.
« La Maîtresse des Cartes est accusée d'avoir provoqué le tremblement de terre de Bruxelles. » dit-elle doucement.
Il ferma les yeux.
« Il y en aura d'autres, soupira-t-il. Les magiciens doivent être hors d'eux. La colère qu'ils doivent ressentir maintenant alliée à leur peur va amplifier le problème. Il n'y aura bientôt plus aucune régulation…
- Et après ? »
Il croisa le regard améthyste de la jeune femme. C'était une bonne question. Et après ?
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HONG-KONG, 01 SEPTEMBRE 2011
Yelan serra les dents. Passer entre les mailles des filets lançaient pas les forces de polices et d'espionnages devenait de plus en plus ardu. Depuis l'arrestation de Meilin pour « complicité de crime avec un magicien », les choses étaient ardues pour la famille Li. Il s'en était fallu de peu pour que la Li Company en fasse les frais. Mais un de ses cadres, un canadien du nom de Josh Foley, qui travaillait là depuis quelques années déjà, les avait in extremis sortit de la panade. Autant dire qu'il s'était vu promut au rang de vice-président.
Mais le problème de la matriarche de la famille des descendants de Clow n'avait aucun rapport avec l'entreprise. Toutes ses pensées étaient tournées vers les deux jeunes femmes toujours enfermées dans un endroit inconnu où elles devaient être cuisinée dans les règles.
Quelques jours auparavant la cour de justice internationale avait déclaré que Sakura Kinomoto était la suspecte principale dans l'affaire du tremblement de terre de Bruxelles. Ce qui signifiait clairement l'avis des autorités : pour eux, la Maîtresse des Cartes était responsable de ce séisme. De plus les cartes demeuraient introuvables.
Et comme si tout cela ne suffisait pas, la réunion de l'ordre de Myrddin s'était soldée par un échec cuisant. Aucun magicien ne savait que faire fasse à la situation. Tous avaient conscience qu'ils ne pourraient pas se cacher indéfiniment. Alors que faire ?
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LOS ANGELES, 01 SEPTEMBRE 2011
Le lieutenant marchait dans les souterrains de cette ville fantôme, symbole du début d'une guerre fratricide entre magiciens et non-magiciens. Qui aurait pu croire que le gouvernement américain avait fait construire une immense prison à magicien sous la ville même que l'un d'eux avait détruite ?
Il salua un garde qui lui redit son salut avant de continuer sa route. Ici, c'était l'armée qui régnait en seule maîtresse. Il le savait. Il y avait des GIs partout. Principalement des soldats et des sous-officiers. Très peu d'officiers se trouvaient là. Trop dangereux. Ils commandaient à distance. Le jeune lieutenant renifla dédaigneusement. Quels idiots ! Aucuns d'eux ne savaient ce qu'ils étaient en train de faire.
« Lieutenant Igawa ! » appela-t-on.
Il se retourna en entendant son nom. Il vit un sergent arriver, essoufflé.
« Il y a un problème avec la prisonnière de la 17. »
L'officier sursauta. La 17. Sakura Kinomoto. Il s'élança le plus vite possible à travers le dédale de couloir dont était constitué la base pour arriver rapidement à la cellule 17. Là, se trouvait le sous-lieutenant Parker. Un soldat dont Igawa ignorait l'identité était affalé sur le sol, visiblement assommé. A travers la porte ouverte de la cellule, le lieutenant pu voir une infirmière militaire était penchée sur la prisonnière. Celle-ci avait la lèvre fendue, et un bleu à la mâchoire, preuve d'un coup de poing bien placé.
Le lieutenant fronça les sourcils, mécontent. Etant le seul officier japonais sur place, il s'était vu confié la garde de la magicienne. Jusqu'alors, il avait pu empêcher les mauvais traitements… jusqu'alors.
« Qui a fait ça ? » demanda-t-il d'une voix sourde.
Parker eut un sourire amusé.
« Lui, dit-il en montrant le soldat gisant sur le sol du menton.
- C'est elle qui… » commença Igawa.
Le sergent américain eut un nouveau sourire.
« Pas vraiment. A vrai dire, c'est moi qui l'aie mit dans cet état. Avec ses menottes, elle aurait eu du mal à se défendre. Quel abruti ce type. Tapez une femme entravée ! »
Le japonais sourit à son tour. Il avait toujours bien aimé le sous-officier. Cette mésaventure lui prouvait qu'il n'avait pas tort. Puis, le militaire se tourna vers la Maîtresse des Cartes.
« Ça va vous ?
- Oui, » répondit-elle simplement.
Mais Igawa ne s'en formalisa pas. Depuis qu'elle était ici elle avait prit l'habitude de répondre par monosyllabe. Elle n'avait rien, c'était l'essentiel. Vivement que le procès commence, ainsi ce genre d'incident ne serait plus à craindre…
… à suivre …
