Chapitre #3 – My friend, love is the end
« Nick ! Mon bon vieux Nick ! Bah, comment ça se fait que tu sois si crade, hein ? »
Larry s'était visiblement réveillé.
« Salut, Larry… Tu vas bien ? »
« Mieux qu'au milieu de l'eau ! C'était quoi, ce pur délire au milieu de l'océan, hein ? Le bateau qui coule ! Ca me donne des idées… Je vais devenir écrivain, ouais, c'est ça, écrivain ! Ca plaît toujours aux filles. »
« Si tu le dis, Larry… Bon, tu m'excuseras, mais il faut que je me lave. »
SCHLAK !
« Uuuune petite seconde, Phoenix Wright. Qu'as-tu l'intention de faire là-bas, hein ? »
« Me laver, dans la rivière… C'est tout, je t'assure ! »
« Bon… Si tu fais quelque chose de louche, je viens immédiatement te chercher, habillé ou pas ! Compris ? »
« C… compris. »
Il n'ajouta pas un mot de plus, et fila vers la rivière. Il ôta ses chaussures (qui avaient énormément souffert et déteint), ses chaussettes qui ne ressemblaient plus à rien, son pantalon bleu pâle à cause du sel, sa « chemise » et sa pauvre cravate rouge (enfin… plus très rouge, maintenant). Cet uniforme qui n'était porté que par lui et ses admirateurs n'était plus exactement le même qu'auparavant… D'ailleurs, on avait dû répandre la rumeur qu'il était mort noyé, ainsi qu'Edgeworth et les autres. Ca en ferait discuter plus d'un, c'était sûr.
Phoenix regarda autour de lui, puis retira à toute vitesse son caleçon. Il se jeta dans l'eau, qui était plus que glacée, et frissonna un bon coup. De quoi avait-il eu peur, en se mettant dans l'eau aussi vite ? Que Franziska vienne l'espionner pour le mater ? Evidemment que non. Mais Phoenix était peut-être un peu trop pudique, voilà tout. Heureux d'être enfin au propre, tranquille, il se prélassa sans interruption pendant au moins une heure entière. Un regard vers les morceaux de tissu qui constituaient sa chemise lui rappela qu'il devait l'accrocher en haut d'un certain arbre. Bien sûr… Il ne devait surtout pas oublier ça !
Et si Edgeworth venait au campement, mis à part le fait qu'il leur apporterait à manger, qu'est-ce que ça pourrait bien lui faire ? Hm, c'est un ami d'enfance, si on peut dire ça comme ça… Mais on ne s'est jamais vraiment reparlés, par la suite. Il prend toujours cet air froid quand il me dit trois mots, alors… Je n'en sais rien. Est-ce qu'il m'aime bien ?Est-ce qu'il va venir ici pour moi, ou pour les autres ? Il fallait absolument qu'il arrête de se poser autant de questions, surtout pour une chose pareille. Pourquoi pensait-il autant à Edgeworth ? Il voulait à ce point être ami avec lui ? C'en devenait irritant. Tant de déceptions, au fil des ans…
« Nick ! Nick, où es-tu ? »
Mince, Maya !
« Euh, je suis dans la rivière, mais… ne t'approche pas, s'il-te-plaît ! Je vais sortir, promis ! »
« Nick, qu'est-ce que tu f… oh ! Pardon, tu te laves, en fait ! Mince, je pars ! »
« Mais non, c'est bon, tu peux rester si tu ne regardes pas. »
« Bon, d'accord. »
Maya apparut dans son champ de vision, et Phoenix lui sourit (tout en ne laissant dépasser que sa tête de l'eau). Elle paraissait fatiguée au possible, mais elle avait toujours cet air joyeux qu'il lui connaissait. Mais, cependant, on voyait bien qu'elle était restée évanouie dans l'eau pendant un ou deux jours.
« Nick, tu vas bien ?
« Oui, et toi ? Tu devrais te baigner ici, c'est génial ! »
« Hm, merci, mais j'y vais deux ou trois fois par après-midi à cause de la chaleur… T'es grillé, Nick, c'est la première fois que tu te laves en trois jours ! »
Phoenix sourit.
« Objection accordée. Tu ferais une bonne avocate, Maya. »
« Mais je le suis déjà ! rétorqua-t-elle en bombant le torse. Enfin, à moitié. Si on retourne au Japon, je reprends mon job d'as des assistantes ! »
« Et moi, celui d'as des avocats. Et Edgeworth, celui d'as des procureurs. »
« Edgeworth ? s'écria-t-elle en s'approchant de lui. Il est où ? Il n'est pas mort ? »
« Recule ! » s'exclama Phoenix en se cachant dans l'eau jusqu'à la lèvre inférieure.
« Désolée. Alors, il est vivant ? Tu l'as vu ? »
« En fait, oui. Il faut que j'accroche ma chemise à cet arbre, tu vois, le grand. Et après, il viendra. Oh, et il faut aussi aller chercher Gumshoe ! Il est vers… là-bas », dit-il en tendant le doigt devant lui.
« C'est génial ! cria Maya en sautillant. Je vais prévenir Franziska pour Gumshoe, et recoudre un peu ta chemise. »
Elle attrapa les loques par terre, et partit sans un mot avec. Phoenix n'eut même pas le temps de l'en empêcher. Il soupira, puis lava ses sous-vêtements et son pantalon. Ils ne seraient pas secs avant qu'il ne les mette, mais ce n'était pas très important : ils seraient rapidement impeccables, compte tenu de la chaleur qui régnait sur l'île. Phoenix se dépêcha de se rhabiller, dégoulinant de partout mais se sentant plus propre que jamais. Evidemment, il était torse nu comme un idiot, mais il n'avait pas le courage d'aller jusqu'au campement pour récupérer sa chemise. Maya reviendrait, et serait donc la seule à le voir comme ça. Ce qui n'était pas très rassurant, mais bon… Eh, attends, imbécile ! Quand tu auras accroché ta chemise là-haut, tout le monde te verra, de toute façon ! Il plia sa cravate et la rangea dans une poche de son pantalon, ne pouvant pas la porter (il aurait eu l'air encore plus stupide), et attendit. Longtemps.
« Nick, j'ai ta chem… Mais enfin, habille-toi ! Je ferme les yeux, Nick, je ferme les yeux ! »
Maya s'approcha de lui en se couvrant le visage d'une main, et marcha trop à droite.
« Maya, stop, tu vas tomber dans la rivière ! Maya ! Maya, arrête-toi ! »
PLOUF !
Maya tourna la tête vers lui, mais trop tard. Elle était tombée dans la rivière, la tête la première, et la chemise comme neuve était restée accrochée à une plante sur le rivage. Phoenix, négligeant son pantalon qui avait bien commencé à sécher, se jeta à l'eau à son tour et nagea vers elle. Bon, d'accord, ce n'était pas son point fort, mais il réussit cependant à s'agripper à la jeune médium. Il la ramena sur la terre ferme, la serrant contre lui, et elle cracha de l'eau. Cette scène avait comme un goût de déjà-vu.
« Je passe mon temps à me noyer », grommela-t-elle.
« Mais non, ne t'inquiète pas, la rassura-t-il. Tout va bien. »
« Nick, ton torse est appuyé contre ma joue, c'est très gênant… Même si ça ne me dérange pas, mais bon… »
« Oh, pardon, excuse-moi ! »
Il recula, et rougit violemment. Il aurait pu éviter d'oublier qu'il se baladait à moitié nu, mais non.
« Nick, ne sois pas gêné, c'était de ma faute. Je suis vraiment une mauvaise médium, je suis tombée dans une… rivière. »
« Maya, ce n'est pas si grave. Regarde le bon côté des choses : on est tous là, bien vivants. »
Elle acquiesça, puis écarquilla soudain les yeux.
« Ta chemise ! Accroche-la là-haut, comme ça Edgeworth viendra ! »
« Ah oui, c'est vrai ! dit-il en se redressant. J'y vais. »
L'ascension de l'arbre ne fut pas simple. Avant, sa chemise se déchirait et se salissait. Maintenant, c'était son torse. Ponctuant sa montée de jurons, Phoenix attacha sa chemise recousue (du beau travail, d'ailleurs) à la plus haute branche de l'arbre. Quelques instants plus tard, il se rinça le torse, puis désinfecta ses petites plaies.
« Ca va, Nick ? »
« Oui, oui, toujours. On retourne au campement ? »
Maya hocha la tête positivement, et ils prirent le chemin du retour.
SCHLAK !
« Phoenix Wright ! Passe donc un vêtement, tu vas traumatiser la petite ! »
« Franziska, je n'ai rien pour m'habiller… »
« Idiot ! Reprends ta veste, allez. »
Content de pouvoir la remettre, il la décrocha de l'abri et la mit en quatrième vitesse. Sa veste bleue d'avocat ! Il était fou de joie. Phoenix s'habilla en souriant, conscient qu'il s'extasiait pour pas grand-chose, mais c'était déjà ça.
