Chapitre 3


Le 25 mars 3019 T.A.

Cavernes du royaume sylvestre


- Monseigneur, nos éclaireurs sont revenus de Dale. Erebor est toujours assiégée. La situation n'a pas changée depuis près d'une semaine.

Thranduil pencha la tête, pensif. Golwîn et Aphadon qui se trouvaient côte à côte échangèrent un regard.

- Ils vont se faire exterminer, murmura Golwîn.

- Ils devront tenir, répondit Thranduil.

- Monseigneur... si Erebor est prise, nous n'aurons plus aucune chance de victoire, déclara Aphadon. A la première occasion, les hommes viendront sur nous pour nous anéantir, et nous ne serons pas assez forts pour résister.

- Je ne prendrais pas le risque de mener une autre bataille aussi éloignée de nos frontières, répliqua Thranduil. De plus, cela laisserait les cavernes sans défense si les orques se décidaient à attaquer.

Aphadon se tut. Mais Thranduil lisait aisément sur son visage son désaccord. L'elfe était plus vieux et plus expérimenté que lui. Il avait jadis bien servi Oropher, et c'est pourquoi Thranduil l'estimait. Toutefois, il ne pouvait se permettre de l'écouter lorsqu'il savait qu'il avait tort.

Un roi devait prendre ses propres décisions.

Et ils resteraient dans les cavernes pour l'instant.

Depuis que l'incendie avait dévastée la Forêt Noire, les orques étaient retournés dans le Sud. Toutefois, Thranduil craignaient qu'ils ne réattaquent.

Il ne pouvait risquer de mettre en danger son propre peuple pour la vie de quelques mortels. Et d'ailleurs, il n'avait aucune raison valable d'apporter son aide à ces deniers.

Non, les hommes et les nains devraient se débrouiller seuls.

Thranduil se rappela de l'époque où Thorin Ecu-de-chêne s'était terré dans la montagne solitaire. Même lorsque la bataille avait éclatée, les nains avaient tenus bons, et ils n'étaient qu'une dizaine pour la défendre. Avec les hommes de Dale, Erebor tiendrait sans doute plusieurs jours...

Vous avez raison... cependant une autre bataille vous attend.

Thranduil écarquilla les yeux, surprit d'entendre une voix dans sa tête. Cependant, la surprise laissa vite place à la colère lorsqu'il reconnut à qui elle appartenait. Galadriel. Elle n'avait pas osée lui parler ainsi depuis des siècles…

Nous attaquerons Dol Guldur à l'aube.

Les doigts de Thranduil se serrèrent convulsivement sur son trône, blanchissant de rage. L'arrogance de Galadriel n'avait en rien changée. Comment osait-elle envahir ainsi son esprit ?!

Galadriel dut sentir sa réserve et sa contrariété, car sa présence se fit moins insistante, et elle se retira un instant de ses pensées.

Les elfes qui entouraient Thranduil regardèrent leur souverain avec inquiétude. Tous avaient remarqué son changement d'expression, et la raideur dans ses épaules.

- Majesté ? demanda Feren.

Thranduil ne daigna même pas répondre à l'elfe sylvain qui se trouvait devant lui.

Il est temps Thranduil... l'anneau unique a été détruit. Sauron est vaincu. Nous devons agir contre Dol Guldur.

Thranduil sentit sa fureur s'apaiser légèrement.

Les mots de Galadriel résonnèrent en boucle dans sa tête, et il eut d'abord du mal à y croire.

Lorsqu'il en comprit enfin la signification, Thranduil se détendit, et se redressa lentement sur son trône.

Serez-vous des nôtres ?


OoOoO


Lothlorien, Caras Galadhon


- Est-ce qu'il viendra ? demanda Celeborn.

- Je ne sais pas.

Celeborn s'agenouilla auprès de sa femme qui était assise sur un banc. Galadriel posa une main contre son front, éreintée.

- Je dois partir au plus vite, déclara Celeborn. Tu sais que nous avons peu de temps. Nous devons mettre à bas la forteresse dès maintenant si nous voulons l'emporter contre les orques. Notre victoire en dépend.

Galadriel acquiesça.

- Oui.

Fatiguée, elle caressait lentement sa main gauche sur laquelle se trouvait son anneau blanc, Nenya. Le dernier assaut mené par Khamûl sur la Lothlorien l'avait épuisée. Par trois fois, l'armée de Dol Guldur avait essayée de les envahir, et à chaque fois ils avaient échoués. Galadriel les avaient empêchés de pénétrer dans leur royaume, en utilisant le pouvoir de son anneau… cependant elle sentait que celui-ci déclinait.

Elle n'était plus aussi forte qu'auparavant.

Lorsque Khâmul avait subi une nouvelle défaite, Sauron l'avait rappelé lui et les deux autres Nazgûls en Mordor.

A présent, il était vaincu.

Mais Dol Guldur était toujours là... hantée par une armée d'orques qui attendaient toujours les ordres de leur maître.

Celeborn se pencha, et déposa un baiser sur son front.

- Prends le temps de te reposer. Une fois que j'en aurais terminé, nous partirons vers l'Ouest.

Galadriel acquiesça, et sourit faiblement. Celeborn l'embrassa une dernière fois, puis disparût à l'angle de l'escalier.

Accompagné de toute la garnison que comptait la Lothlorien, dont les elfes les plus aguerris ; tels que Rumil et Orophin, les frères d'Haldir, il partit, chevauchant à grande allure vers le Nord.

Mais tandis qu'il traversait l'Anduin, Galadriel se morfondait.

Une vision et une pensée ne parvenaient pas à quitter son esprit…

Elle descendit donc au pied de la cité de Caras Galadhon, et regarda dans le miroir. Ce qu'elle y vit alors éclaira sa vision du monde.

Et elle prit soudain conscience que détruire Dol Guldur s'avérerait une tâche plus ardue et difficile, que tout ce qu'elle et Celeborn pensaient...


OOO


27 mars 3019 T.A.

La Forêt Noire, Amon Lanc


Ce ne fût qu'à l'aube que Celeborn et son armée atteignirent la forteresse.

Juchée sur la colline la plus haute de la vallée, Dol Guldur avait été autrefois le lieu qui abritait la capitale du royaume des elves d'Oropher. Mais tout avait été rasé il y a des milliers d'années, lorsque Sauron avait envahi cette partie de la forêt.

Il n'y avait aucun signe de la présence des orques, et pourtant Celeborn n'était pas dupe. Il savait qu'ils se cachaient à l'intérieur de l'ancienne forteresse.

Celeborn se tourna vers Rumil, qui se trouvait à quelques pas de lui.

- Nous allons mener une attaque de front en deux groupes séparés. Attendons que Thranduil arrive.

L'elfe acquiesça, et se remit à discuter discrètement avec son frère, Orophin.

Celeborn soupira. Il aurait aimé qu'Haldir soit avec eux à ce moment. Son expérience du terrain aurait été un atout majeur.

Les elfes de la Lothlorien attendirent pratiquement jusqu'au petit matin. C'est alors qu'ils aperçurent un mouvement de l'autre côté de la forêt.

Une armée d'elfes sortit des sous-bois, et s'immobilisa aux pieds des remparts de la forteresse. Celeborn reconnu aussitôt l'étendard et les armures dorées des soldats, agrémentée de tons bruns et verts.

Thranduil était venu.


- Daro !

Les elfes s'arrêtèrent à l'ordre de leur roi, juste avant d'atteindre la lisière de la forêt. Thranduil regarda au Sud, et vit que les troupes de Celeborn se trouvait déjà là. Des tâches dorées et grises se démarchaient sur un pan de la colline.

Thranduil était venu avec tout ce qui restait de son armée, avec l'espoir que la destruction de Dol Guldur allait enfin mettre un terme à toutes ces décennies de nuisances...

Thranduil espérait que Galadriel et Celeborn savaient ce qu'ils faisaient. Il n'avait aucune envie de courir tout droit vers un autre massacre. Et pourtant, il sentait que cette bataille n'allait pas se remporter sans perte.

Son regard s'attarda sur la forteresse en ruine, qui était calme et silencieuse.

- Feren ! Allez dire au seigneur Celeborn que nous attaquerons le flanc Est dans une heure.

L'elfe brun que Thranduil avait appelé acquiesça, et partit aussitôt à cheval dans la direction du Sud.

Le roi elfe descendit de sa propre monture, et fut bientôt rejoint par ses gardes.

- Combien sont-ils à l'intérieur ? lui demanda Aphadon.

- Impossible de le savoir, lui répondit Thranduil. Mais peut-être que Celeborn nous en dira plus. Je pense que nous ne sommes pas au bout de nos surprises.


Celeborn était en train de parler à Orophin lorsqu'il aperçut un cavalier approcher.

- Feren ! s'exclama Rumil. Mae govannen melon.

L'elfe sylvain qui portait une armure de cuir, et de mailles dorée mit la main sur son cœur.

- Mae govannen, répondit-il avec un sourire.

Il s'inclina également devant Celeborn.

- Mon roi vous envoie ses salutations, et vous fait savoir que nous attaquerons le flanc Est dans une heure.

- J'aurais aimé m'entretenir avec Thranduil en personne avant cela, répondit Celeborn.

L'elfe parut désarmé par sa demande, mais dissimula rapidement sa gêne. Il hocha la tête.

- Je vais lui transmettre votre message.

- Dîtes-lui qu'il est risqué de s'attaquer à la forteresse seul. Nous devrions nous concerter pour répartir nos troupes et empêcher les orques de s'enfuir sur des pans isolés de la colline. A sa place, je n'engagerais pas mes troupes maintenant.

- Bien mon seigneur. Je le lui dirais, répondit Feren.

Il repartit alors au galop dans la direction opposée. Celeborn le suivit des yeux, inquiet.

- J'espère que Thranduil va suivre mes conseils, murmura-t-il.

- L'as-t-il déjà fait ? demanda Rumil.

- Non.

Une ombre passa sur le visage de Celeborn.

- Et c'est bien ce qui me fait peur. Thranduil est… buté.

- Comment allons-nous faire pour entrer dans la forteresse ? demanda Orophin. Il ne semble n'y avoir qu'un seul accès, et c'est un pont très étroit.

Celeborn tourna la tête, et croisa son regard bleu interrogateur.

- Quand les orques apprendront que Sauron a été vaincu, la première chose qu'ils feront en voyant notre armée, sera de quitter la forteresse. Nous n'aurons pas besoin d'y entrer. C'est eux qui viendront à nous.


Lorsque Feren revint, Thranduil marcha calmement dans sa direction, venant aux nouvelles. Lorsqu'il vit la nervosité sur le visage de l'elfe, il comprit que ce qu'il allait entendre n'allait pas lui plaire.

- Alors. Qu'a-t-il dit ?

- Il souhaite vous parler en personne, monseigneur, répondit l'elfe. Et... il m'a dit de vous avertir qu'il n'est pas bon de projeter une attaque aussi tôt. Selon ses propres mots, il serait plus sage de répartir nos troupes tout autour de la forteresse.

Le visage de Thranduil se renfrogna, et devint dur.

- Nous n'avons pas le temps pour cela ! rétorqua-t-il. Il faut s'attaquer à la forteresse maintenant, avant que la nuit ne tombe ! Les orques auront tout le temps de se préparer et de nous tendre un piège si nous attendons.

Feren le regarda avec hésitation, et parut vouloir protester. Mais Thranduil ne lui en laissa pas le temps.

- Retournes-y, et dit-lui bien ceci.

L'elfe cligna des yeux, et comme il ne bougeait toujours pas, l'irritation du roi elfe monta en flèche.

- Noro, Feren ! ordonna-t-il.

Il acquiesça, et repartit au galop sans demander son reste. Quand il eut disparu de son champ de vision, Thranduil se détourna et fit face à ses lieutenants, qui comptait parmi eux Deren, Aphadon, Thalion, Sedryn et Golwîn.

- Que chacun rejoigne sa compagnie. Lorsque Feren sera de retour, nous lancerons l'attaque.

- Thranduil...

Aphadon s'avança, et Thranduil le regarda avec méfiance.

- Je ne pense pas que ça soit avisé d'attaquer maintenant, déclara l'elfe. Celeborn a raison. Nous devrions attendre.

- As-tu oublié as qui tu as fait allégeance ? le coupa Thranduil, menaçant. C'est moi ton roi ici !

Aphadon inclina la tête, mais posa sa main sur l'avant-bras de Thranduil.

- Je vous en prie monseigneur, réfléchissez... ne refaites pas la même erreur que de votre père.

Les yeux de Thranduil s'agrandirent sous la surprise et la fureur. Il savait de quoi parlait l'elfe, car lui aussi avait été témoin de la désobéissance d'Oropher lors de la bataille de Dargolad. Gil-Galad leur avait ordonné d'attendre derrière les lignes amies, mais le roi elfe ne l'avait pas écouté. En quelques minutes, de nombreux elfes avait été tués, et il était déjà trop tard lorsqu'Oropher avait compris son erreur. Lui-même était tombé peu après.

Thranduil avait survécu. Aphadon également, avec quelques autres elfes. Mais la plupart étaient mort. Cette bataille avait été terrible.

Mais la situation n'était plus la même. Ce n'était pas pareil. Tout était différent. Et Aphadon n'avait pas le droit de lui parler ainsi.

En aucun cas, il n'avait le droit de lui parler d'Oropher. Pas devant ses serviteurs. Pas comme ça. Il était son roi ! Pas un simple hîn ! Fou de rage, Thranduil repoussa la main qu'Aphadon avait posée sur son bras.

- Il suffit ! s'écria-t-il. Silence !

L'elfe sindar recula, les yeux exorbités par l'étonnement.

- Ne me parles pas ainsi Aphadon ! s'exclama Thranduil.

Honteux, l'elfe baissa la tête devant son souverain.

- Pardonnez-moi, mon roi. Je ne voulais pas vous manquer de respect.

- Tâches de tenir ta langue la prochaine fois ! répondit Thranduil.

Les elfes se regardèrent, surpris et désarmés par la réaction impulsive et coléreuse de Thranduil. Ce dernier continua de fusiller Aphadon d'un regard noir, jusqu'à ce qu'un bruit de tambours ne retentissent dans la vallée, venant des tréfonds de Dol Guldur.

- Je crois que cela termine notre discussion, dit Thranduil. Notre ennemi s'est enfin éveillé. Préparez-vous à l'attaque.

Il tira son épée, et se tourna vers la forteresse. Aucun elfe n'osa protester, et tous l'imitèrent.


Traduction des mots elfiques (sindarin) :

Daro : stop !

Noro : vas-y !

Hîn : enfant