Merci à ilai, Titi, Nanou, Audearde, ALittleSeaStar et marina pour vos reviews!
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Sam s'arrêta près de son père et balaya la salle d'un regard fébrile.
Il n'était pas là.
Reprenant ses esprits, la jeune femme sentit le bras de son père dans son dos et, d'une petite pression, il la poussa à le suivre. Ce fut un Hammond figé et incrédule qui les accueillit.
- Major… ? bredouilla-t-il, tandis que son regard s'illuminait.
- Mon Général, salua-t-elle en souriant.
- Comment... ? commença-t-il avant de secouer la tête. Nous verrons cela en débriefing... Vous allez bien ?
- Ça va, merci Monsieur. Je suis heureuse d'être rentrée.
Se raclant la gorge, Hammond hocha la tête, très ému. Il finit par se tourner vers Jacob qui arborait un sourire extatique, incapable de lâcher sa fille du regard.
- Bon... Passez à l'infirmerie. Je vous attends en salle de Briefing, finit-il par dire en la fixant de nouveau. Je suis très heureux de vous savoir vivante, Major.
- Merci, Mon Général.
Et tandis que Sam et Jacob s'engouffraient dans les couloirs, Hammond se dirigea vers la salle de commande afin de prévenir la base du retour du Major Carter. Sa voix résonna dans tout le complexe et très vite, des pas précipités attirèrent l'attention de la jeune femme. Elle vit Janet surgir brusquement au détour d'un des couloirs et s'arrêter net dans son élan en posant les yeux sur Sam. Incrédule et choquée, le jeune médecin leva une main tremblante jusqu'à sa bouche.
- Mon Dieu... murmura-t-elle tandis que Carter s'avançait vers elle, un grand sourire sur les lèvres, les larmes aux yeux. Sam...
Elles tombèrent toutes deux dans les bras l'une de l'autre et Janet s'accrocha à son amie sans parvenir à retenir plus longtemps son soulagement. Très émue, la survivante accepta ces effusions puis finit par s'écarter lorsqu'elle sentit que la jeune femme reprenait ses esprits. Elles se regardèrent un instant, le même sourire sur les lèvres.
- Tu n'as pas bonne mine, finit par bredouiller Janet, les yeux brillants.
Sam rit doucement, très vite suivie par son amie.
- Mais on va arranger ça, continua le jeune médecin, le coeur gonflé. On va arranger ça...
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Après un rapide passage à l'infirmerie, les Tok'ras s'étant déjà occupés de Sam et lui ayant administré les premiers soins, la jeune femme, Jacob et Hammond étaient à présent réunis en salle de Briefing.
N'y tenant plus, Sam finit par poser la question qui lui brûlait les lèvres depuis son retour.
- Où sont le Colonel, Teal'c et Jonas, Monsieur ?
Au sourire triste de son supérieur, la jeune femme sentit son cœur se figer. Ils n'étaient… Ils n'étaient pas… ?
Comprenant soudain sa panique naissante, le Général la rassura de suite :
- Ils vont bien… enfin… aux dernières nouvelles.
Sam se permit un soupir et posa finalement un regard interrogateur sur lui.
- Je ne comprends pas…
- Eh bien, après votre disparition, Teal'c est retourné sur Chulak et le Colonel O'Neill a quitté le SGC.
Incrédule, la jeune femme resta silencieuse quelques secondes, le cœur serré.
- … Le Colonel a démissionné ?
Hammond croisa les mains sur le bureau en soupirant.
- Pas exactement, non… Il a demandé sa mutation. Il a quitté le projet Porte des Etoiles.
- Mais… Pour aller où ? demanda-t-elle, abasourdie.
Comment pouvait-on demander à être muté après avoir travaillé au SGC ? Aucun poste n'était mieux que celui-là !
- C'est top secret.
- Mais… répéta-t-elle avant d'être fermement coupée par Hammond.
- Major.
Ainsi réprimandée, la jeune femme baissa la tête, les mains serrées l'une contre l'autre, partagée entre la frustration et la colère.
- Nous en parlerons plus tard… continua-t-il cependant, d'une voix plus douce. Dans mon bureau.
Sam se redressa aussitôt et croisa le regard avenant de son supérieur. Elle lui sourit aussitôt, soulagée.
- Alors… racontez-nous votre aventure, poursuivit Hammond.
La jeune femme prit donc la parole et leur expliqua comment elle était parvenue à sortir du vaisseau Hat'ak avant qu'il n'explose, son périple sur une autre planète et l'arrivée sur Solesh, l'ancienne base Tok'ra. Les deux hommes l'écoutèrent attentivement, même si Jacob avait déjà eu droit aux grandes lignes. Lorsqu'elle finit son récit, elle se tourna vers ce dernier et croisa son regard. Il semblait si fier qu'elle en fut bouleversée.
- On peut dire, Major, que vous êtes pleine de ressource, déclara finalement Hammond, un sourire sur les lèvres. Peu d'hommes auraient pu s'en sortir à votre place.
Sam rosit sous le compliment mais secoua la tête.
- J'ai eu beaucoup de chance, malgré tout.
- Et en plus, elle est modeste, renchérit Jacob. Ça va te valoir une jolie médaille !
Embarrassée, la jeune femme se tortilla nerveusement sur son siège.
- Peu m'importe la médaille, papa…
- Peut-être, mais ça fera joli sur ton uniforme, plaisanta-t-il, agrémentant sa remarque d'un clin d'œil.
Un silence complice se fit entre eux puis Sam se tourna finalement vers Hammond.
- Vous ne m'avez pas dit ce qu'était devenu Jonas, Mon Général.
- Je l'ai incorporé à SG3. C'est la meilleure équipe que nous ayons, à présent. Il leur fallait un spécialiste des langues anciennes afin de vous…
- … Remplacer ? continua-t-elle pour lui, comme il semblait hésiter.
Mais Hammond balaya cette remarque de la main. Même SG3 avec Reynolds et Quinn ne pouvait remplacer SG1.
- Peu importe. Pour l'heure, il est en mission mais dès qu'il reviendra, il sera très heureux de vous revoir.
Il se leva ensuite, suivi du père et de la fille.
- Jacob ? Peux-tu envoyer un message à Teal'c pour le prévenir qu'une bonne surprise l'attend ici ? J'ai besoin de voir le Major Carter dans mon bureau.
- Je m'en occupe, George ! acquiesça le Général. Mais avant, il y en a un qui me prend la tête depuis tout à l'heure pour te parler, Sam…
Jacob sembla alors perdre pied un instant et une voix caverneuse s'éleva dans la salle.
- Ah… enfin… Major Carter, je voulais vous féliciter pour votre exploit et suis vraiment heureux de vous savoir en vie.
La jeune femme rit doucement devant la mine agacée, bien que heureuse, du Tok'ra. La cohabitation entre le symbiote et son père devait parfois être houleuse !
- Merci Selmak, ça me touche beaucoup.
Celui-ci inclina la tête puis laissa Jacob reprendre le dessus.
- Je m'occupe de Teal'c, dit-il avant de se retourner pour sortir.
Sam regarda Hammond et d'un geste, ce dernier l'incita à le suivre dans son bureau. Lorsqu'ils furent tous deux assis, la jeune femme sentit son cœur se serrer devant la mine sombre de son supérieur.
- Où est le Colonel ? demanda-t-elle alors, n'y tenant plus.
- Je ne suis même pas censé le savoir…
- Mais vous le savez, insista-t-elle.
- En effet… Il a réincorporé les Black Ops.
Abasourdie, Sam resta sans voix un instant et passa une main tremblante sur son front.
- Mais… Pourquoi ? Même s'il a longtemps fait parti de cette unité, je sais qu'il n'en a pas gardé un très bon souvenir…
Des meurtres, des enlèvements… la mort, encore et encore.
- Je ne comprends pas…
Hammond l'observa un instant, pesant le pour et le contre de ce qu'il devait ou non lui dire. Mais finalement, il choisit de dévoiler le strict minimum. Ce n'était pas à lui de lui apprendre que sa disparition avait anéanti le Colonel O'Neill.
- Après le décès du Docteur Jackson, il a très mal pris le vôtre. Car vous comprenez bien que nous vous avons cru morte, Major Carter.
La jeune femme acquiesça et le Général poursuivit sans la quitter des yeux.
- Il a pris cette décision juste après avoir lu la lettre que vous lui aviez écrite… au cas où vous décèderiez.
A ces mots, Sam sursauta violemment, le visage blême. Elle porta machinalement une main à ses lèvres, le cœur cognant à se rompre dans sa poitrine.
La lettre… Elle n'y avait absolument pas pensé…
Rougissante, elle tentait de se reprendre et jeta un œil gêné vers son supérieur qui ne ratait rien de son « étrange » réaction.
L'esprit en ébullition, elle songea à ce que venait de lui apprendre Hammond mais finit par se ressaisir. Elle refusait de réfléchir à la signification d'un tel départ. Il fallait absolument qu'il revienne au SGC. Absolument. Elle était à peine là depuis quelques dizaines de minutes et déjà son absence lui pesait atrocement. Elle qui pensait croiser son regard dès son arrivée. Elle qui avait rêvé son retour, le soulagement dans ses yeux.
A présent, Dieu seul savait où il était, ce qu'il faisait, s'il était même encore vivant...
Dans un soupir angoissé, elle se tourna vers Hammond :
- Il faut le prévenir que je suis vivante. Peut-être voudra-t-il alors revenir au SGC, Mon Général.
- J'y ai déjà songé. Lorsque vous étiez à l'infirmerie, j'ai passé quelques coups de téléphone et appris qu'il était en ce moment même en mission en Amérique du Sud. Impossible de le contacter... Nous allons devoir attendre qu'il revienne.
- Il est là-bas depuis combien de temps, Monsieur ?
Hammond hésita avant de s'adosser lourdement à son siège.
- C'est une mission d'infiltration... Il est là-bas depuis plus d'un mois maintenant. Nous avons des nouvelles régulières grâce au Colonel Mike Rands qui collabore avec O'Neill.
- Et combien de temps encore cette mission est-elle censée durer ? demanda la jeune femme, morte d'appréhension.
L'homme haussa des épaules.
- Tout dépend des résultats du Colonel. Ça peut prendre encore plusieurs semaines.
Sam acquiesça, les mains nerveusement serrées l'une contre l'autre.
Plusieurs semaines... Il pouvait se passer tellement de choses en plusieurs semaines... Et s'il était découvert ou pris, rien ne serait fait pour le sauver. Pour les Blacks Ops, il n'y avait pas de mission de secours. Mais au SGC c'était différent. On n'abandonnait jamais personne.
Le regard soudain résolu, la jeune femme redressa la tête.
- Il faut le ramener ici, Monsieur. Dites-moi où il est et j'irai le chercher.
- Je ne suis pas autorisée à vous donner de telles informations. Je ne suis même pas censé les connaître.
Sam s'apprêtait à rétorquer mais Hammond leva la main pour l'en empêcher.
- Cependant, si vous désirez prendre quelques... vacances, légitimes après ce qui vous est arrivé, je connais un endroit en Amérique Latine qui pourrait vous plaire.
Leurs regards se croisèrent alors, le même sourire sur les lèvres.
- Merci, Monsieur.
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Sam dut pourtant attendre d'aller un peu mieux. Jonas revint le jour même avec SG3 et tomba dans les bras de la jeune femme, heureux. Elle espérait cependant un autre retour avec plus d'impatience encore.
Teal'c se faisait attendre.
Mais désireuse de ne pas perdre un seul instant, elle préparait ses affaires et s'efforçait de retrouver des forces grâce aux bons soins de Janet.
Lorsqu'enfin la Porte s'activa, Sam courut jusqu'en salle d'embarquement. Elle n'avait pas voulu partir sans avoir revu le Jaffa. Celui-ci sortit du vortex, vêtu de la robe traditionnelle de Chulak, sa lance à la main. Il parcourut la salle du regard et s'arrêta brusquement, figé. Les yeux exorbités, il la fixait avec incrédulité ; son visage étrangement expressif. Puis, devant le sourire ému de la jeune femme, Teal'c finit par reprendre ses esprits.
D'un pas lent, sans la quitter du regard, il s'avança, donna machinalement sa lance au premier soldat qu'il croisa et, arrivé devant elle, s'immobilisa un instant pour l'observer.
C'était bien elle et peu importait comment ou pourquoi. Elle était là. Vivante. Alors, ouvrant grands ses bras, il se pencha et la serra simplement contre lui. Pas un mot n'avait été prononcé. Juste l'échange de leurs sentiments à travers leurs regards émus.
Sam sentit ses yeux s'embuer sous la tendresse de cette étreinte inattendue. Si seulement le Colonel avait été là, son bonheur aurait été parfait.
- Vous avez prévenu O'Neill ? demanda Teal'c en se redressant.
Mais la jeune femme secoua la tête.
- Je vais le chercher.
Il acquiesça aussitôt.
- Appelez-moi lorsqu'il sera là et je reviendrai.
Sam sourit.
- Je vous le promets.
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Mike marchait d'un pas pressé dans les rues sales et bondées de la ville. Pour plus de discrétion, ils avaient installé leur QG dans l'un des quartiers les plus pauvres. Indifférent à la misère qui l'entourait – c'était devenu son quotidien – il allait d'un pas rageur, tête baissée.
Quel était donc ce Major qu'on lui envoyait ! Comme s'il n'avait que ça à foutre ! Certes, c'était O'Neill qui faisait le plus gros du boulot mais quand même. Il n'avait aucune envie d'avoir quelqu'un dans ses pattes.
Mike n'était pas stupide, il devinait aisément les raisons d'un tel déplacement. Ils essayaient de récupérer O'Neill. Et comment leur en vouloir ? C'était le meilleur avec qui il avait bossé, même s'il fallait bien avouer que, depuis son retour, Jack n'était plus le même.
Rands avait vraiment été heureux de le revoir. Vivant, surtout. Après la mort de son fils, O'Neill avait quitté les forces spéciales et Mike l'avait vu partir, persuadé qu'il ne survivrait pas à un tel drame. Mais quelques années plus tard, il avait entendu son nom lors d'une soirée à l'Etat Major à laquelle il avait été invité. Un véritable héros selon les dires de certains, même si le « Secret défense » interdisait d'en savoir davantage.
Et puis, il y a un mois, il était revenu. Mike avait de suite senti qu'il s'était passé quelque chose dans sa vie qui l'avait de nouveau bouleversé. Mais Jack était quelqu'un qui parlait peu, et encore moins maintenant.
A sa grande surprise, O'Neill avait fait des pieds et des mains pour être la taupe de la mission alors qu'il était rare d'envoyer des Colonels s'approchant de la cinquantaine sur des affaires si délicates. Non pas qu'ils étaient moins compétents, bien au contraire, mais parce qu'ils avaient eu leurs doses de cauchemars pour dix vies entières… Surtout lui.
Mike avait longuement hésité à faire un rapport à l'Etat Major concernant l'état mental incertain du Colonel. Mais il avait fini par y renoncer. Même s'il avait parfaitement compris qu'il s'agissait pour O'Neill d'une mission suicide, il savait qu'il la mènerait à bien… juste avant de faire une bêtise.
Pour elle.
Pendant les premiers jours, il avait vu Jack s'isoler à de nombreuses reprises. Un soir, il s'était approché et avait jeté un œil par dessus son épaule. Il tenait un polaroid dans la main. Rands y découvrit une jeune femme blonde en treillis, un sourire lumineux sur les lèvres.
- Qui était-elle ? demanda-t-il alors en s'asseyant à ses côtés.
O'Neill ne redressa pas la tête et continua de fixer la photo.
- Mon second.
Mike acquiesça, songeant qu'il était déjà incroyable qu'il ait eu une réponse, mais à sa grande surprise, Jack poursuivit :
- Le meilleur que j'ai eu sous mes ordres…
Comme il se tut, Rands insista :
- Et… ?
Mais O'Neill, semblant reprendre ses esprits, rangea la photo dans sa poche.
C'était tout ce qu'il apprendrait sur elle… et sur lui. Jack ne lui avait pas dit à proprement parlé qu'elle était morte mais son regard brisé était suffisamment éloquent.
Alors voilà. Il était finalement parti jouer les taupes chez les De Vargas. Les informations qu'il rapportait étaient primordiales et tout semblait se passer comme prévu. Pour le moment tout du moins. C'était même inespéré. Personne n'aurait pu faire mieux qu'O'Neill, Mike en était persuadé.
Lorsque Rands redressa la tête, sortant de ses pensées, il était arrivé. L'aéroport était bondé comme toujours et les touristes s'y succédaient. Il attendit patiemment, prêt à accueillir le nouveau venu. Les portes du terminal s'ouvrirent pour laisser passer les premiers arrivants et en un regard à peine, il la reconnut. C'était elle, les mêmes cheveux blonds et courts, le même regard déterminé. Malgré sa tenue volontairement passe partout – jupe, tee-shirt - et ses lunettes de soleil sur le sommet de sa tête, elle ne passait pas inaperçue. Pour tout dire, on ne voyait qu'elle.
D'un geste preste, il rangea le carton qu'il tenait dans la main et sur lequel il avait inscrit le nom de la jeune femme. Il n'en avait plus besoin. D'un pas décidé, il se dirigea vers elle et remarqua, non sans amusement, qu'elle plongeait déjà la main dans l'une de ses poches. Elle venait de l'apercevoir s'approchant d'elle et prenait ses précautions. Lorsqu'il parvint à sa hauteur, il la salua d'un sourire.
- Carter ?
Elle sembla surprise et plissa les yeux.
- En effet… Vous êtes Rands ? demanda-t-elle, évitant soigneusement les grades en public.
- C'est moi ! Bienvenue ! dit-il en lui prenant des mains le sac qu'elle portait.
- Je peux faire ça moi-même… protesta-t-elle aussitôt.
Mais il la repoussa doucement.
- Allons ! Ne me privez pas de la seule occasion de jouer les civilisés depuis que je suis dans ce foutu pays !
La jeune femme sourit et il se sentit bêtement fondre.
Y avait pas à dire, O'Neill avait bon goût… songea-t-il en sortant de l'aéroport.
Ils marchèrent silencieusement pendant quelques minutes puis Sam se tourna vers lui.
- Comment avez-vous su que c'était moi ?
Mike sourit.
- Je vous ai vu en photo.
- Vous avez eu le droit de voir mon dossier ? réagit-elle aussitôt, surprise.
- Oulà, non !…C'est pourtant pas faute d'avoir demandé… Non. Jack a une photo de vous.
- De l'équipe ?…
- Non, juste de vous.
Du coin de l'œil, il observa la jeune femme. Elle baissa vivement la tête, à la fois surprise et troublée.
- Comment va-t-il ? demanda-t-elle après un court silence.
Mike haussa les épaules. Que pouvait-il lui répondre ? « Bien » ? Non… Il n'allait pas bien…
- Il continue sa mission. Tout se passe normalement pour le moment.
Elle acquiesça. Il l'observa discrètement un instant puis finit par se racler la gorge.
- Euh, dites-moi… Vous n'étiez pas censée être… morte ?
- Oui.
Rands resta silencieux un court moment avant de reprendre :
- Ca me surprend que Jack vous ait laissé derrière sans avoir tenté de ramener votre corps.
« …Surtout vu l'importance que vous avez à ses yeux… » mais il se retint à temps.
- Il me croyait dans un bâtiment lorsque celui-ci a explosé. Il n'y avait rien à ramener.
Mike acquiesça.
- Et ensuite ?
- … J'ai perdu connaissance et la mémoire pendant quelques temps…
Tout en disant ces mots, la jeune femme ne put retenir plus longtemps un sourire.
- Secret défense, hein ? demanda-t-il donc, l'œil brillant.
Sam baissa la tête, approuvant par son silence.
- Chouette ! On va en avoir des choses à se dire, tous les deux ! dit-il avec ironie.
Dix minutes plus tard, ils arrivèrent devant une bâtisse délabrée mais isolée des autres. Sans plus attendre, Rands pénétra à l'intérieur, suivi de Carter. La salle dans laquelle il déposa les sacs était miteuse mais propre. Radios, armes et munitions étaient entreposés sur une table recouverte d'un drap sale mais la jeune femme sut de suite de quoi il s'agissait.
- Alors Major, commença l'homme en se tournant vers elle. J'imagine que vous êtes venu chercher le Colonel O'Neill.
Sam se mit aussitôt au garde à vous.
- En effet, Monsieur.
- Il va cependant falloir attendre qu'il ait rempli sa mission.
- J'en ai parfaitement conscience.
- Bien.
Sans un mot, Rands ôta le drap recouvrant la radio et le magnétophone qui enregistrait toute communication éventuelle ayant eu lieu pendant son absence. Il mit son casque et recula la bande. Sam attendit, tendue, mais il finit par se retourner en secouant la tête.
- Pas de nouvelles.
La jeune femme acquiesça en soupirant.
- Il y a une "chambre" de libre là-bas, dit-il en désignant une porte adjacente. Vous pouvez y mettre vos affaires. Ce n'est pas le Ritz mais j'imagine que vous avez vu pire.
- En effet, merci, répondit-elle en prenant son sac.
Elle se retourna cependant vers Mike, hésitante.
- Monsieur?… Pourquoi est-ce le Colonel O'Neill qui a été choisi pour cette mission ? Il y avait certainement d'autres personnes qui auraient pu…
Mais Rands ne lui laissa pas le temps de finir.
- C'est lui qui l'a décidé ainsi.
Il resta un instant silencieux, observant la jeune femme qui, bien qu'elle acquiesçait, ne semblait pas comprendre les motivations de son ancien supérieur.
- Ecoutez… finit-il par dire en se grattant la tête. Je ne sais pas du tout ce qu'il y avait entre vous et O'Neill… mais il a très mal pris votre disparition.
Bouleversée, Sam le fixa un instant, les yeux grands ouverts. Elle leva une main tremblante et fit glisser une boucle blonde derrière son oreille.
Refusant cependant de s'appesantir sur ce qu'il venait de lui dire, la jeune femme reprit le dessus :
- Vous êtes du même grade, vous auriez pu l'en empêcher.
- Oulà ! Je ne me risquerais jamais à contredire Jack ! répliqua de suite Rands en levant les mains. Surtout lorsqu'il est dans cet état. Il aurait dû passer Général depuis plusieurs années déjà et à mon avis, c'est seulement parce qu'il est irremplaçable et encore parfaitement capable sur le terrain qu'il est toujours Colonel… Je préfère le voir comme mon supérieur.
Sam acquiesça de nouveau. Elle le comprenait.
- Il faudra lui dire que je suis vivante la prochaine fois qu'il vous contactera, Monsieur.
Mike la fixa un instant avant de grogner.
- Nous verrons.
Carter plissa des yeux.
- Comment cela… Colonel ?
- La priorité est la mission, Major. Lui apprendre votre retour pourrait la mettre en péril. Je ne prendrais pas ce risque mais… une fois celle-ci accomplie, je le lui dirais, bien sûr.
Sam hésita, les poings serrés.
Elle n'en avait rien à foutre de cette mission !
- C'est quoi au juste ? Que doit-il faire ?
- Une grosse cargaison de drogue transite en ce moment même et doit être envoyée vers les Etats-Unis. Nous n'avons aucune idée de l'endroit où elle se trouve.
Sam n'en attendit pas plus pour se détourner, écoeurée.
De la drogue ! C'était si loin de ses préoccupations à elle, de leur combat à eux. La Terre risquait à chaque instant de s'embraser parce que des êtres venus d'un autre monde voulaient dominer l'Univers et on lui parlait de drogue !… C'était lamentable.
Sans même un geste vers son supérieur, elle entra dans la chambre qu'il lui avait assignée. Après avoir refermé la porte derrière elle, elle déposa son sac sur le lit de fortune fait de couvertures à la propreté douteuse.
Sam ne s'attendait pas du tout à ça. Depuis son retour, tout aller de mal en pis. Plus elle semblait se rapprocher de lui, plus elle avait la sensation qu'il s'éloignait.
Dans un soupir, elle s'assit lourdement par terre et se permit pour la première fois depuis qu'elle était rentrée de penser à tout ce qu'elle avait entendu sur lui.
Il semblait avoir très mal pris son décès.
Pire que ça même… songea-t-elle, partagée entre l'inquiétude et le trouble.
Depuis deux ans il n'y avait plus rien eu, aucune preuve d'une affection particulière entre eux. Mais peut-être n'était-elle pas la seule à avoir continué d'aimer… Peut-être que lui aussi…
Sam baissa piteusement la tête en soupirant.
De toute façon, quelle importance, tout cela. A l'instar de ce qui s'était passé deux ans auparavant, qu'il connaisse ses sentiments pour lui ou pas, rien n'évoluerait jamais entre eux. Parce qu'il savait à présent, à cause de la lettre. Elle espérait juste que son comportement vis à vis d'elle ne changerait pas une fois qu'elle l'aurait retrouvé. Elle ne voulait pas perdre son amitié. Jamais…
C'était tout ce qu'elle avait.
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Plusieurs jours s'écoulèrent et Sam avait du mal à tenir en place. Elle rongeait son frein, attendant désespérément que cette fichue radio n'émette enfin un son.
Rands et elle étaient en train de déjeuner lorsque des grésillements se firent entendre dans la pièce.
- Mike, tu me reçois ?
La jeune femme se leva aussitôt, le cœur cognant à se rompre dans sa poitrine.
Sa voix… enfin.
Rangs empoigna de suite la radio.
- Cinq sur cinq, Jack ! Je commençais à désespérer.
- Comme ça n'avançait pas, j'ai enlevé Rodriguez.
Un silence accueillit cette nouvelle. Rands jeta un œil vers Sam et celle-ci sentit son cœur se glacer.
- Tu es fou ! finit par beugler Mike. Tu viens de griller ta couverture !
- Peu importe, répondit toujours posément O'Neill. Il est faible. Il sait où est la cargaison... Je le ferai parler.
Au-delà de sa peur et des nouvelles qu'il apportait, la voix monocorde de Jack surprit beaucoup Sam. Elle semblait sans vie, d'un timbre désespérément morne et indifférent.
- Très bien.
- Je mets le haut-parleur, tu enregistres ?
Rands appuya sur quelques boutons et finit par répondre.
- C'est bon.
Des bruits de pas leur parvinrent et Jack commença à « interroger » le prisonnier. Dès les premiers coups, Mike se tourna vers la jeune femme. Elle avait pâli et restait immobile.
- Major… Vous devriez sortir.
Mais Sam, semblant reprendre ses esprits, secoua la tête.
- Ecoutez… Jack va torturer ce type.
- Je sais, murmura-t-elle, les poings serrés tandis que les premiers cris retentissaient dans la pièce, couvert par la voix glaciale d'O'Neill.
Il torturait cet homme et semblait le faire avec une telle indifférence… lui qui avait subi cela tant de fois.
- Vous êtes blanche comme un linge, Major, intervint de nouveau Rands, inquiet.
- Ça va… répondit-elle d'une voix plus ferme, décidée à rester coûte que coûte.
- Si ça peut vous « rassurer »… Rodriguez est un fumier. Il a tué des dizaines de personnes.
Sam acquiesça simplement.
Mike se méprenait. Ce n'était pas ce que subissait Rodriguez qui la torturait ainsi. Cet homme possédait la seule information susceptible de ramener son supérieur en vie vers elle alors non ! Elle s'en fichait même si sa conscience lui hurlait sa désapprobation.
Ce qui l'effrayait autant c'était Jack. Son comportement. Le vide atroce qu'elle sentait à travers sa voix et sa façon d'agir… Il souffrait. Cet homme qui en torturait un autre, ça n'était pas lui.
L'interrogatoire ne dura pas très longtemps, comme l'avait sous-entendu le Colonel O'Neill. Rodriguez, suppliant, finit par donner les informations qu'ils attendaient.
- Tu as tout noté, demanda alors Jack.
- Oui. Je préviens l'équipe. Je te mets en attente. Terminé.
Mike coupa la radio et prit son portable. Sam l'entendit donner ses instructions, le cœur cognant dans sa poitrine. C'était bientôt la fin du cauchemar.
Lorsque Rands raccrocha, la jeune femme se tourna de suite vers lui.
- On peut le prévenir maintenant, Monsieur ?
Mais le Colonel fit la grimace.
- On va d'abord attendre de voir si les infos sont correctes. On ne sait jamais.
Sam serra les poings, assassinant du regard son supérieur. Elle n'en pouvait tout simplement plus. Elle était fatiguée de toute cette tension accumulée depuis deux mois. Elle pensait en avoir fini en rentrant sur Terre mais non ! Dans un soupir, elle s'assit sur une chaise, fixant la radio, comme hypnotisée. Il lui suffisait de tendre la main, d'appuyer sur un bouton et ils serraient connectés. Tous les deux. Liés à travers l'espace.
L'attente fut insupportable mais enfin le téléphone sonna. Scrutant le visage de Mike à la recherche d'indice, elle sentit ses craintes s'envoler lorsqu'il se permit un sourire. Jack n'était pourtant pas tiré d'affaire car en enlevant Rodriguez, il s'était dévoilé. On devait le chercher partout… Finalement Rands raccrocha.
- C'est bon, dit-il avec un sourire avant de se diriger vers la radio.
Il actionna un bouton.
- Jack, tu m'entends ?
Ils durent attendre quelques secondes avant d'obtenir une réponse.
- Cinq sur cinq.
- Les infos étaient bonnes, tu peux… finir le travail, dit-il en hésitant, jetant un rapide coup d'œil vers la jeune femme.
Plissant des yeux, Sam leva un regard surpris vers Mike et sursauta violemment en entendant une déflagration à travers les haut-parleurs.
- … C'est fait, répondit O'Neill après un court instant.
Carter sentit son estomac se tordre et leva une main tremblante vers son visage.
Non… Elle ne le reconnaissait pas. Et pourtant, elle savait et s'était préparée à ça. Les Black Ops ne s'encombraient ni de scrupules, ni de doutes. Mais c'était du Colonel O'Neill qu'il s'agissait.
- Bien… reprit Mike en se raclant la gorge. Maintenant, on doit s'occuper de te faire rentrer.
- Non.
La voix glaciale de Jack résonna un instant dans la pièce. Carter et Rands se concertèrent du regard, inquiets.
- Non ?
- Je vais rester un peu.
- Il n'en est pas question ! Tu rentres immédiatement.
- Salut Mike.
Les yeux exorbités, Rands se leva de son siège avant de s'écrier :
- Attends ! Il y a quelqu'un ici qu'il faut que tu vois ! Elle n'est pas morte, Jack !
Figés, ils attendirent une réponse mais il n'y eut que des grésillements. Mike se retourna lentement vers la jeune femme, l'horreur se peignant sur son visage.
- Il a éteint sa radio…
Sam, qui le fixait de ses yeux affolés, finit par s'avancer et, le poussant sans ménagements, empoigna la radio.
- Mon Colonel !! s'exclama-t-elle, la voix tremblante de terreur. Mon Colonel, c'est moi ! …
Elle attendit une réponse, quelque chose… Rien.
- Mon Colonel !!! C'est Carter !!…
Une main vint alors se poser sur son épaule.
- Il a éteint sa radio, il ne peut plus vous entendre…
Le cœur serré, une douleur atroce dans le ventre, Sam sentit sa peur se transformer soudain en colère. D'un geste vif, elle se libéra, se retourna brusquement et frappa violemment Rands de son poing fermé.
Mike encaissa l'attaque, manquant de s'étaler par terre sous la puissance du coup. Il leva un regard incrédule vers le visage décomposé de la jeune femme.
- J'aurai pu empêcher ça ! cracha-t-elle, avec fureur. Vous auriez dû le lui dire dès le début !!
Parfaitement conscient qu'elle avait raison, Rands était partagé entre un profond sentiment de culpabilité et la colère d'avoir été frappé par une subordonnée. Finalement, il refoula son courroux.
- Je suis désolé.
Peu à peu, la jeune femme retrouva son calme et sa respiration se fit moins saccadée. Sans prévenir, elle s'avança brusquement vers lui et, tandis qu'il reculait machinalement d'un pas, elle lui prit son téléphone des mains.
Fébrile, elle composa un numéro et attendit quelques secondes.
- Mon Général. C'est Carter. … J'ai besoin de Teal'c et Jonas immédiatement.
A SUIVRE…
(Ben oui, ça aurait été trop simple... ;-) )
