Voici la suite de Dust to Dust. Un chapitre en deux parties en raison de sa longueur! La suite arrivera mardi ou mercredi. Bonne lecture!
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La tête plongée dans un seau d'eau, Athos retrouva ce matin là ses esprits au bout de quelques longues minutes. Ses quatre autres comparses avaient visiblement déjà désertés le dortoir où seul un des lits étaient encore occupés par un vieil homme qui ronflait paisiblement.
A la table du petit déjeuner, les trois mousquetaires mangeaient, alignés face à leur capitaine. Ce-dernier, dos tourné, ne prit conscience de l'arrivée de son second qu'en constatant les mines déplorées de ses voisins de table. Une colère s'annonçait.
Le retardataire ne chercha pas à se défiler et s'installa sur le banc, aux côtés de Treville. Jetant un coup d'œil perplexe à son petit déjeuner – une infâme bouillie de fromage et de céréales –, Athos se reporta sur les deux pichets qui garnissaient la table : l'un de vin coupé, l'autre d'eau. Tendant logiquement pour le breuvage alcoolisé, il vit une main s'abattre sur la sienne : celle du capitaine.
- Hors de question.
Reniflant bruyamment, Treville se retourna dans sa direction en plissant le nez et le front :
- Un minimum d'hygiène serait également le bienvenu. Manger aux côtés d'un bouc m'infligerait une moins grande pestilence.
Athos répondit parce ce qui ressemblait vaguement à un grognement. Les deux hommes en restèrent là, pour le plus grand soulagement des trois autres. Porthos, dans son coin, dissimula même un sourire en visualisant de minuscules cornes de chèvre sur Athos. A l'augure d'une nouvelle journée interminable, toutes réjouissances étaient bonnes à prendre.
Sur la route, la troupe formait une étrange combinaison : esseulé, Treville ouvrait la marche, suivi par le duo Aramis – Porthos. D'Artagnan, lui, réalisait des allers-retours entre ses deux amis et Athos, qui fermait la marche, maussade.
- Reconnaissons-le, il a quand même abusé, constata D'Artagnan, attristé par l'ambiance qui régnait dans le groupe depuis le matin. Treville avait insisté-
- Nous y sommes simplement habitués. Si le capitaine n'avait pas fait la remarque, aurions-nous seulement remarqué quoique ce soit de différent par rapport aux autres jours ?, se défendit Porthos, avec un regard gêné pour la tête et la queue du convoi.
- J'espère seulement que nous n'assisterons pas à une autre scène ce soir, regretta Aramis en lissant sa moustache, balayant du regard la forêt qu'il s'apprêtait à traverser.
Balloté au rythme de son canasson, Athos baillait aux corneilles lorsque D'Artagnan vint le rejoindre une nouvelle fois. Avec son éternel caractère de bon samaritain, le cadet lui proposa une idée qui, plein de bonnes intentions, causerait encore plus de tord à Athos.
- Nous pourrions demander une pause au capitaine. Nous n'en avons pas encore fait depuis ce matin.
- Nous pourrions. Je crains cependant qu'il ne me jette en bas de mon cheval.
- Il s'est légèrement emporté, c'est vrai, se permit D'Artagnan dans l'optique de défendre leur capitaine. Ton comportement ne lui a pas plu mais ce n'est pas une raison pour camper sur vos positions chacun dans votre coin.
Athos haussa les épaules, visiblement trop fatigué pour entamer une quelconque explication. La situation ne le peinait pas. Il ressentait en revanche un vague sentiment d'inquiétude en constatant l'humeur massacrante de leur supérieur. De quelle nouvelle essayait-il encore de les préserver ? Peut-être se révélait-il seulement maintenant, lunatique et borné. Pouvait-il seulement prétendre le connaître comme il connaissait ses trois autres camarades ?
Soudainement tiré de sa torpeur, Athos se redressa brusquement. Réalisant qu'il s'était écarté du reste de la troupe de plusieurs mètres, il stoppa néanmoins sa monture. Etonnés, les mousquetaires se tournèrent vers lui. En quelques pas de trot, Treville les rejoignit :
- Qu'est-ce-
Athos lui fit signe de se taire, l'oreille tendue en direction de la forêt. Un sifflement assourdissant l'hébéta aussitôt, soulevant à proximité des sabots un nuage de poussières et de feuilles. Un coup de feu.
- A couvert !, hurla aussitôt Treville, débarquant de sa monture pour sauter dans l'un des fossés qui bordaient la route. A ses côtés, Aramis chargea son pistolet. Plusieurs autres tirs éclatèrent l'écorce des arbres aux alentours.
Conscients que la brève accalmie de quelques secondes qu'ils connurent ne signalait nullement la fin de l'attaque, Porthos et Athos dégainèrent leur épée, dévalant la butte sur laquelle ils s'étaient réfugiés pour rejoindre un endroit avec une meilleure visibilité.
- Attention !
L'avertissement de D'Artagnan permit à Athos d'esquiver de justesse un coup de dague, asséné par un homme réfugié derrière l'un des buissons. Transperçant la gorge de l'assaillant avec sa rapière, il réalisa bientôt que quatre autres personnes avaient surgis d'il ne savait où pour s'en prendre à ses comparses.
Evitant le tir d'un mousquet, Porthos attrapa l'auteur du coup de feu par la tête, l'envoyant valser par-dessus les arbustes. Pris d'assaut, il se dégagea de la prise de son adversaire mais heurta le tronc de l'un des arbres. Touché à l'épaule, il parvint néanmoins à se défaire de l'indélicat, l'assommant d'un coup de poing habile et l'envoyant aux pieds d'Aramis qui l'acheva d'un coup d'épée.
Athos, de son côté, reprenait son souffle à l'issue d'un duel musclé, remporté de justesse. Désorienté, il ne vit rien du cinquième bandit, littéralement sorti de nulle part, qui se jeta sur lui, manquant de justesse de lui asséner un coup fatal. Désarmé dans l'assaut, il s'élança pour récupérer sa lame. Couché sur le sol, il jeta une poignée de terre en direction de l'attaquant. Celui-ci, brièvement aveuglé, parvint malgré tout à prendre le mousquetaire de vitesse, s'emparant le premier de la lame abandonnée.
Alors que sa propre rapière s'abattait sur lui, Athos entraperçut l'ombre de l'un de ses camarades, surgissant dans son dos pour en découdre avec son agresseur. Ecartant la lame de quelques mouvements hargneux, Treville n'eut d'autres choix pour contrer la deuxième épée que de saisir la lame à main nue.
Cherchant à dégager son arme des moins jointes du capitaine, le bandit n'eut pas le réflexe d'éviter le tir d'Athos qui avait profité de la diversion pour charger son mousquet. L'homme s'écroula finalement, une plaie béante au visage.
Secoué, Athos se releva sans l'aide d'un seul de ses camarades et ramassa son bien, tâché de sang. Sans une parole, il enleva le foulard qu'il portait autour du cou et le tendit au capitaine. Celui-ci fit plusieurs fois le tour de sa main blessée, refusant l'intervention d'Aramis.
- Cela nécessite sûrement quelques points de suture-
- Occupe-toi plutôt de Porthos. D'Artagnan, Athos, retrouvez les chevaux.
Assis contre l'un des arbres, Porthos geignait, une main plaquée sur son bras gauche. Le colosse ne fit pas l'injure de prétendre que tout allait bien : son épaule le faisait horriblement souffrir. Aramis lui confirma ses craintes : l'articulation était déboitée, nécessitant d'être rapidement remise en place. A l'écoute du diagnostic, Porthos tourna pratiquement de l'œil :
- Tu ne sentiras pratiquement rien.
- Ca fait un mal de chien.
Nettoyant grossièrement une branche trouvée sur le sol, Aramis lui tendit avec une moue désolée, s'excusant pour ce qu'il s'apprêtait à faire :
- Serre les dents.
L'astuce ne suffit pas à empêcher le mousquetaire de jurer. Pris d'un soudain malaise, Porthos eut besoin de quelques instants pour reprendre ses esprits, invectivant néanmoins son plus cher camarade :
- Tu ne sentiras pratiquement rien ?! Charlatan !
Ignorant les paroles de son amant, dictées par la douleur, Aramis lui fabriqua une attelle sommaire à l'aide d'une branche et de quelques bouts d'étoffe glanés sur leurs tenues.
La situation ne fit que s'aggraver au retour d'Athos et D'Artagnan, obligés d'annoncer la disparition d'une jument et la mort d'une autre monture, touchée par l'un des tirs. Lorsque l'un d'entre eux souleva la question des bijoux, Athos se dirigea vers l'un des buissons en bord de route et en extirpa la sacoche boueuse qui contenait les précieux cadeaux depuis le début du trajet.
- Ils n'ont au moins pas eu le temps de mettre la main dessus, nota Porthos qui cherchait à se relever à l'aide d'un seul bras. Aramis lui vint en aide, passant un bras sous l'aisselle de son ami. Lucide, il fut le premier à envisager la suite de la journée, prêt à en découvre avec Treville s'il le fallait :
- Nous ne pouvons pas nous permettre de continuer notre route avec deux blessés et sans chevaux. Porthos est incapable de monter seul. Vous non plus. Nous partagerons un cheval à deux jusqu'à la prochaine ville.
Athos acquiesça, convaincu de la nécessité d'une étape, et chercha l'approbation de leur capitaine, resté en retrait. Blafard, il comprimait sa blessure à l'aide de sa main la moins atteinte. Le foulard grisâtre avait d'ors et déjà pris une teinte écarlate.
- Je pense que c'est la meilleure chose à faire, effectivement.
Rejoignant l'une des montures survivantes, il s'apprêtait à empoigner l'avant de la selle lorsqu'Athos s'agenouilla à ses côtés, proposant ses mains pour lui faire la courte échelle. Il s'exécuta sans enthousiasme et s'écarta pour laisser son subordonné s'installer devant lui.
- Cramponnez-vous.
- Avec quelles mains ? Je ne suis pas une foutue princesse.
Dos à lui, Treville ne le vit pas rouler des yeux en direction de D'Artagnan, seul cavalier solo de la bande. S'élançant sur quelques mètres, le convoi adopta un rythme modéré, ménageant les montures qui aspiraient sûrement autant que leurs propriétaires à un peu de repos.
