J'ouvre les yeux. Mes souvenirs sont embrouillés. Et ma gorge est sèche. Je sais pas quelle heure il est. Ni combien de temps j'ai pioncé. Sur le canap' où Jin m'a lâché. Et j'ai bavé sur un coussin. Bravo, Kazu, super sex…

Je me redresse péniblement. Faut que je boive un truc. Frais de préférence. Je vais au frigo. Referme la main sur une bière.

- Je ne pense pas que ce soit une bonne idée.

Je sursaute en entendant sa voix. Comme d'hab il est là.

- Pourquoi ?

- Si tu as soif, il y a de l'eau au robinet. La bière au réveil, c'est pas indispensable.

- Tu me fais la morale ?

- Non, je te donne un conseil. Tu pense pas être assez défoncé comme ça ?

Je répond pas. Pas besoin.

- Prend un verre d'eau et va te doucher. Ca te rafraichira les idées et tu y verra plus clair.

Je hoche la tête. Et suis ses conseils. Putain, même quand il me fait la morale il est canon.

Bon, j'avoue que la douche m'a fait du bien ? Surtout que je le voyais à poil. Et en train de me frotter le dos. Je le sentais, j'en suis sûr. Et il est putain de bandant. D'ailleurs, j'ai bandé. Et je me suis fait plaisir. Pourquoi je m'en serais privé ?

Bref je sais pas ce que je vais foutre jusqu'à ce soir. J'ai la cervelle en bouillie. Et de toute façon il est toujours là. Qu'est ce que je foutais de mes journées avant ? Me souviens plus. Tout est flou. Je sais plus rien d'avant ce soir-là. D'avant lui. Je regarde mon illusion. Il s'efface. Petit à petit. Il disparait. Ah non merde ! Je veux pas ! Junnosuke, reste là ! Merde, merde… Je sais pourquoi il se barre… J'ouvre le placard. C'est ma réserve. Et elle est vide. Plus un cacheton. Non, j'en ai besoin, merde ! J'ai besoin d'être défoncé pour le voir ! Je me passe une main sur la figure. Faut que je sorte. Vite. De toute façon, si j'en ai pas vite… J'ai déjà la tremblote. Et j'ai chaud… Je me suis habitué méga vite. Cette nouvelle drogue… elle porte bien son nom. Elle fait voir ce qu'on veut. Comme un rêve. Et elle rend totalement accro en quelques prises. J'ai commencé y'a trois semaines. Et je peux déjà plus m'en passer. Mais je m'en plains pas. Comme ça il reste avec moi. Je sors en vitesse. Avec mon pognon. Cent dix mille trois cent yens le gramme de Dream… c'est le prix pour continuer à le voir. Avoir ma dose. Rétablir Junnosuke près de moi. C'est mes seules pensées pour le moment.

Je sors. Et merde il flotte à plein seaux. Un putain de rideau de flotte me tombe dessus. Je suis trempé jusqu'au calebut. Tant pis, faut que j'y aille. J'enfonce les mains dans mes poches. Et marche vite. Je dois atteindre le parking. C'est là qu'il est. Plus que quelques mètres. J'ai de plus en plus envie. Un bras passe autour de ma taille. Me stoppe. Qui est le connard…

- Arrête ça, Kazuya.

Jin.

- He ?

- Arrête avec cette merde.

- Qu'est ce que tu fous là ?

- Je t'empêche de retourner chercher cette daube.

- Fous-moi la paix.

- Nan. Je te laisserais pas continuer à te détruire.

- Fous-moi la paix. J'en ai besoin.

- Cette merde est en train de te rendre complètement dingue, Kazuya. Elle te flingue les nerfs, le cerveau et te rend psychotique.

Psycho quoi ? Il m'énerve. Monsieur sort des grands mots. Juste parce qu'il a fait des études de médecine. Je me débats. Faut que je lui échappe. J'ai besoin de ma dose. J'ai besoin de Junnosuke. Il resserre son étreinte et rajoute le deuxième bras. Je suis piégé.

- Psychotruc toi-même ! Je vais bien, lâche-moi !

- Nan tu vas pas bien. Regarde-toi : tu tremble, tu vois et parle à un mec qui est pas là… La prochaine étape c'est quoi ? Sérieux, arrête.

- Ca te regarde pas, Jin ! T'as rien à foutre là !

- Je suis ton ami, crétin ! Comment tu veux que je te regarde foutre ta vie en l'air sans rien faire ?! T'as que vingt-huit ans, merde !

- Si t'es mon ami, tu me lâche !

- Nan ! Puisque je suis ton ami, je dois t'en empêcher au contraire ! J'ai pas tout foutu dans tes chiottes pour des prunes !

Ca, ça me rend enragé.

- C'était toi ! C'est ta faute si je le vois plus !

J'essaye de lui filer des baignes. Mais je suis mal placé.

- Il a jamais été là, Kazuya ! Jamais depuis cette unique fois ! Alors maintenant tu te calme ou tu vas m'obliger à employer les grands moyens !

Il me traîne vers chez moi. Il est fort, ce con. J'essaye de lui échapper. Je me tord dans tous les sens. J'essaye de le repousser. Pour briser cette étreinte d'ours. Et aller voir mon fournisseur. Dream. Dream. Il m'en faut. Il. M'en. Faut.

- JUNNOSUKE !

J'ai hurlé. Je VEUX le voir. FAUT que je le voie.

- Arrête avec lui, putain ! Il sait même pas que t'existe ! Alors que moi je suis toujours là pour toi !

Sa voix. Elle a un truc différent. Mais quoi ? Je sais pas. J'arrive pas à réfléchir. Cervelle en bouillie.

Un bon moment passe comme ça. Lui il me tire vers chez moi. Moi je me débats pour aller à mon but. Malgré moi, il arrive à me ramener. Il ouvre la porte. Entre avec moi et verrouille derrière nous. Je pousse un cri de bête blessée. Il me lâche pas. C'est même le contraire.

- NON ! NON NON NON NON NOOOOOON !

Mon cri me déchire la gorge. Je me sens pas bien… Je sue comme un poney… J'ai mal aux bras, aux jambes… même au bide. J'ai envie de gerber… et on dirait que j'ai Parkinson tellement je tremble de partout.

- Regarde-toi, Kazuya ! Ca fait seulement quelques heures que t'as pas pris cette merde et t'es déjà en manque !

- Si tu le sais, laisse-moi !

- Non ! Je t'aiderais à arrêter ! Et si je dois le faire malgré toi, alors je le ferais !

Il me traine littéralement à ma chambre. Me balance sur mon lit. Je pousse un cri. J'ai mal. Mais il a l'air de s'en foutre comme de sa première baise. Un ami lui ? Avec des amis comme lui, pas besoin d'ennemi.

- J'ai mal !

Il prend mon poignet. Avant que j'ai pu comprendre, il l'a attaché à la tête de lit. En serrant comme un taré.

- Non ! Jin arrête !

Il écoute rien. J'ai beau me débattre, il attache le deuxième aussi. Je suis pris au piège. Il sort de la pièce. Il se casse ?! Il m'attache et se casse ?! C'est un sadique maniaque ! J'ai mal ! Je veux ma dose ! Je veux voir Junnosuke ! Jin, reviens merde ! Jin !

- JIN !

Il passe la tête. Ben il s'est pas barré ?

- Quoi ?

- Relâche-moi, bordel !

- Pas question. Si c'était pour dire ça, ça servait à rien de m'appeler.

Il disparait encore. Qu'est ce qu'il fout ce con ? Je tremble. J'ai chaud et froid en même temps. Et je continue à transpirer comme un poney. Je tire sur les liens. Au cas où y'aurait moyen de moyenner. Mais nan, il a bien serré.

- AAAAAAAAAAH !

Je secoue la tête de lit tellement fort qu'elle pourrait me tomber sur la gueule.

- Mais tu vas arrêter de beugler ouais ?! J'entends que dalle à ce que me dit le doc !

Quel doc ? De quoi il cause ? Et c'est là que je vois qu'il est au tel.

- AU SECOURS !

Je gueule pour que la personne qu'il a au tel m'entende.

- Arigato, sensei. J'imprime votre ordonnance et je m'en occupe.

Quelle ordonnance ? Qu'est ce qu'il trafique ?

- Jin ! Détache-moi !

Mais il répond pas. Il allume mon ordi. J'entends le clavier. Qu'est ce qu'il fout alors que j'ai mal, putain ?!

- Jin, merde !

Il répond toujours pas. Il fait chier ! Il se lève et quitte la pièce. J'entends la porte d'entrée claquer. J'y crois pas. Il s'est VRAIMENT barré !

- JIN TU ME LE PAIERAS ESPÈCE D'ENFOIRÉ !

Je tire sur les liens. Son visage. J'ai besoin de le voir. J'ai besoin.

- JUNNOSUKEEEEEE ! JUNNOSUKEEEEEE ! JUNNOSUKEEEEEE !

Je hurle son nom. A m'en faire péter les cordes vocales. Comme une incantation. Comme s'il allait m'apparaitre sans Dream. Mais il apparait pas. Et je suis seul. Attaché et seul.