Chapitre 3
La faim était une chose amusante - elle masquait le plus simple des jugements. J'avais été si concentrée sur la nourriture que je ne m'étais pas préoccupée de grand chose d'autre. Cela avait conduit toutes mes décisions idiotes à ce point, j'y avais ajouté mon manque de sommeil et ça avait été une combinaison mortelle.
Ce n'était pas arrivé avant que nous ne soyons devant l'appartement d'Edward, et une fois ma faim rassasiée, cette peur et ce doute étaient survenus. La situation précaire dans laquelle je m'étais engouffrée se retournait désormais contre moi. Cela me fit me poser plusieurs questions, comme, où étais-je et comment étais-je arrivée ici ? C'était de simples et innocentes questions, mais avec mon cerveau finalement rechargé en nutriments, tout cela avait une sombre sonorité.
J'étais de nouveau nerveuse, mais c'était plus du genre, "Hey, je vais peut-être mourir si je ne dégage pas d'ici".
Nous sortîmes de la voiture et tandis qu'il marchait devant, je restai figée sur le trottoir. J'observai les environs et conspirai mon échappatoire. Heureusement, il m'avait ramené à la scène de crime. Je pouvais donc voir comment sortir d'ici... en principe.
C'était assez bête de ma part de penser à mon bien-être actuel. Où était passée la pensée rationnelle d'il y a quelques heures ?
Dans tes tripes, voilà où !
Edward s'arrêta et se retourna, remarquant mon hésitation. Je me préparai à me sauver, mais je n'avais toujours pas décidé dans quelle direction.
- Tu ne penses pas que c'est un peu tard pour revenir sur ta décision, petite ? demanda-t-il.
Je ne lui répondis pas. Je gardai les yeux rivés vers le nord de la rue animée. Il y avait des gens ici et si je courrais à travers eux en criant, me poursuivraient-ils ou me tireraient-ils juste dans le dos ?
- Qu'importe, fais ce que tu veux, dit-il, venant vers moi. Je reculai à sa proximité et il soupira de fatigue. Prends ça. Je regardai vers le bas et vis qu'il y avait un peu d'argent dans sa main. Je relevai les yeux vers lui, confuse. Ça devrait te payer une chambre de motel pour deux nuits et un peu de nourriture.
L'argent qu'il mit maintenant dans mes mains comptait au moins trois cents dollars, si ce n'est plus.
- Hum, merci, marmonnai-je. Sa gentillesse devait avoir un prix, pas vrai ?
Il me sourit de son sourire en coin et éloigna quelques mèches de mon visage.
- Fais attention à toi, petite, d'accord ?
J'hochai la tête.
- Et arrête de travailler dans le vol de voiture. Tu es nulle. Va travailler chez McDonald's ou une autre merde. Il me taquina avec un clin d'œil.
Je ris nerveusement.
- Bien sûr.
Il resta là pendant un moment, me dominant et me regardant comme s'il voulait dire quelque chose de plus, ou éventuellement le garder pour lui.
- Maintenant dégage de là avant que je ne change d'avis, dit-il, me poussant gentiment vers la rue.
Mes pieds bougèrent avec réticence et je continuai de regarder par-dessus mon épaule et vers lui tandis qu'il traversait la cour de son immeuble. Il ne marchait ni vite ni lentement, il se baladait. Comme s'il était juste un gars marchant dans un parc. C'était facile et ça ne lui demandait aucun effort.
Peut-être devrais-je rester.
L'argent qui formait un petit tas dans mes mains, des centaines se mêlant et me rappelant leur valeur, était plus qu'assez pour me garder à flot pendant plusieurs jours.
Mais après quoi ?
L'argent ne servait qu'à fuir comme je l'avais fait avant. Les deux cents soixante-dix sept dollars que j'avais gardé avant de m'enfuir la dernière fois n'avaient tenu que deux semaines, et j'avais été assez consciencieuse à propos de cela. Je n'en avais même pas dépensé pendant ces trois derniers jours. J'étais restée avec mon amie Angela avant que sa mère ne me chope et ne me dégage.
Je savais ce qui m'attendait si je partais - Les rues et je dormirais vraiment dehors dans le froid, couverte de mon manteau à me les geler.
Refusant de retourner chez moi vers ma mère égoïste et mon harceleur de pseudo père, j'avais décidé de tenter ma chance avec Edward. C'était idiot et risqué, mais les deux alternatives qui me restaient si je partais étaient terrifiantes.
- Attends, criai-je, lui courant après. Attends.
Il tourna brutalement la tête vers moi avec une expression perplexe sur le visage.
- As-tu oublié quelque chose ?
- Tiens, dis-je, à bout de souffle en lui tendant son argent.
- Non. Il secoua la tête. Je t'ai donné ça, Bella. C'est ton argent. Prends-le. Tu en as besoin.
- Je n'en ai pas besoin. J'ai changé d'avis.
J'essayai toujours de le forcer à prendre l'argent, mais il évitait ma main. Il m'attrapa les épaules pour m'empêcher de bouger.
- De quoi tu parles ? demanda-t-il.
- Je... J'étais désormais hésitante. Et s'il avait changé d'avis sur le fait de m'héberger ?
- Tu quoi ? essaya-t-il de me faire parler.
- Je vais rester avec toi, lâchai-je.
Il me fixa sans expression, les mots entrant dans sa tête. Il rit.
- Putain, petite. Tu es fatigante. Il m'emmena vers l'avant. Alors, viens.
- Tiens, dis-je, essayant à nouveau de lui rendre son argent.
- Garde-le, dit-il, repoussant ma main et me foudroyant du regard. Je ne vais pas te le répéter, tu m'as compris ?
Je déglutis et hochai la tête, le rangeant dans la poche arrière de mon jean tandis que je le suivais au plus près possible.
L'appartement d'Edward était au troisième étage et donnait sur une sombre piscine. Il disait que c'était comme avoir la vue sur l'Océan. Je ris. Les algues étaient la seule chose que cette piscine avait en commun avec un Océan.
S'arrêtant à l'appartement 323, il sortit les clés et déverrouilla la porte. Se révéla alors la musique venant de l'intérieur, presque odieusement forte, et je couvris mes oreilles alors que nous rentrâmes.
- Yo, Eddie ! cria un grand homme allongé sur le canapé.
Il avait des cheveux noir bouclés, des muscles partout, et un sourire diabolique. Définitivement un gars mignon, mais sa musculature était très impressionnante, et je me retrouvai cachée derrière Edward.
- Eteins cette merde, Emmett. Tu veux que nos putains de voisins appellent à nouveau les flics ? grommela Edward.
J'humai l'air et me rendis compte que ça sentait l'herbe. Je passai la pièce au crible, cherchant son origine. Là, sur la table basse, dans un cendrier bleu galet, se tenait un grand joint.
Eh bien, ce n'est pas surprenant.
- On emmerde la police, dit Emmett, ne baissant rien du tout. Laisse-les venir.
- Ouais, tu dis cette connerie maintenant, dit Edward, roulant des yeux et marchant vers la stéréo pour l'éteindre.
Le silence était agréable et Emmett semblait imperturbable à... eh bien, rien. Il prit le joint et tira un grand coup. Il retint son souffle - les joues gonflées et pleines de fumée tandis qu'il le passait à Edward. Ils étaient tous deux assis sur le canapé maintenant, se le refilant l'un l'autre.
Keuf-keuf, keuf-keuf, je passe.
Emmett ne m'avait toujours pas remarqué et était complètement hermétique à mon existence - même si je me tenais juste devant lui.
Ouais, ce n'était pas du tout dérangeant.
- Eddie, tu es parti pendant un moment. Tu as tué la personne qui volait ta voiture ? Tu l'as attrapé et réduis en poussière dans le désert ? caqueta-t-il.
Edward expira la fumée et me sourit- l'idiote qui devrait être réduite en poussière et enterrée dans le désert.
- Nope. A la place, je l'ai nourri, lui ai donné de l'argent et l'ai ramené à la maison avec moi.
Emmett me regarda finalement, les yeux sortant de son crâne. Il me pointa.
- C'est quoi ça ?
- C'est Bella, dit Edward.
- Qu'est-ce qu'une Bella ?
- Bella est une voleuse de voiture merdeuse, répondit Edward, mordant de nouveau l'anneau de sa lèvre.
Putain, qu'essayait-il de me faire ?
Emmett fronça les sourcils.
- Qu'est-ce qu'elle fou là ?
- Elle a besoin d'un endroit où rester, dit Edward en me montrant, agissant comme si le besoin d'avoir une maison n'était pas si grave.
- Oh. Cool. Emmett me sourit. Salut, toi, petite Bella... tu fumes ?
Ils avaient parlé de moi comme si je n'étais pas là depuis tellement longtemps que j'étais stupéfaite quand quelqu'un s'adressa vraiment à moi.
- Hum...
- Ne lui donnes pas cette merde, c'est une bonne fille. Tu ne devrais pas essayer de la corrompre, dit Edward, attrapant le joint des mains d'Emmett.
Je fronçai les sourcils. Non seulement ce gars me voyait comme une enfant mais maintenant il me voyait aussi comme une bonne fille ? C'était trop, et en réponse, j'arrêtai d'agir comme une enfant - la seule chose que j'avais vraiment essayé de prouver que je n'étais pas.
- Est-ce qu'une bonne fille essaierait de voler une voiture ? répliquai-je, avançant vers eux pour prendre le joint de la bouche d'Emmett.
J'avais seulement fumé de l'herbe quelques fois dans ma vie, j'étais donc assez familière avec la partie inspirer-expirer.
Cependant, j'en pris trop.
J'avais pris trop de fumée dans l'optique d'être une mauvaise fille et cela se retournait contre moi. Je me penchai et toussai tout ce que j'avais avec l'impression que j'allais mourir.
Edward rit.
- Assis-toi avant de te blesser, petite.
Je me laissai tomber dans la chaise derrière moi, ressentant les effets de cette seule latte. Une seule latte. Vous parlez d'être trop ambitieuse. Ma vision commença à devenir trouble et je pus sentir un bourdonnement venir. Je fermai les yeux, sentant des vagues et des vagues de chaudes sensations dans mes membres.
Merde... Je suis tellement idiote !
La dernière chose dont j'avais besoin était de me rabaisser auprès de deux étrangers. Ma mère ne m'avait-elle rien appris ? C'était trop tard. J'étais défoncée et je ne pouvais rien y faire à part attendre. J'espérai juste être en vie et toujours vierge dans la matinée.
Les gars étaient en train de parler, rire et plaisanter autour de moi en m'ignorant. Dix minutes passèrent - enfin, ça ne pouvait pas être trop long, le temps s'était arrêté dans mon monde - et ils changèrent leurs voix en silencieux chuchotements. C'était comme si c'était secret, ce qui du coup, me fit écouter avec davantage d'attention ce qu'ils disaient.
- Qu'est-ce que tu comptes faire d'elle, Eddie ?
- Elle a besoin de quelqu'un qui prenne soin d'elle.
- C'est des conneries ! grogna-t-il. Tu vas la sauter.
- Em, elle a dix-sept ans.
- Et alors ?
Edward rigola.
- J'ai vingt-huit ans, mec. C'est...
- Parfait.
- C'est illégal.
- Quoi ? Tu t'en fous. Tout notre monde est illégal. Cette herbe est illégale. Ce pistolet dans ton putain de pantalon est illégal.
- Je m'en fiche. Ce n'est pas bien. C'est juste une enfant.
Je commençai à vraiment détester ce mot.
- Bien. Qu'importe. Mais comprends juste que je ne vais pas jouer la baby-sitter pour toi.
- Je t'emmerde, mec, dit Edward, et de ce que je pouvais dire, il frappa quelque chose, le bras d'Emmett, la table, je ne savais pas. Il grogna. Ecoute, Bella est mon problème, d'accord ? Je vais prendre soin d'elle.
C'était devenu silencieux et je me suis brièvement demandée si je ne m'étais pas endormie.
- Tu vas te griller avec celle-ci, mec.
Edward ricana tristement.
- Ouais, putain, comme si je ne m'en doutais pas.
