Disclaimers : L'univers d'Harry Potter appartient à JK Rowling, ainsi que ses personnages. Ne m'appartiennent que ceux qui ne sont pas apparus dans les livres HP, et ceux que j'aurais pu emprunter à d'autres auteurs, mais je n'oserais pas... Je ne suis pas comme ça, voyons... Ah oui, les titres des chapitres sont des titres de chansons, ils appartiennent à leurs auteurs aussi...

Spoiler : La fic commence un mois 1/2 environ, après la fin du T6. Je fais donc référence en long, en large et en travers au T6. Donc si vous ne l'avez pas lu et que vous lisez cette fic... Euuh, bah tant pis pour vous :p

Rating : PG-13, mais on est vraiment pas à l'abri d'une hausse de rating, et pas à cause de scènes explicites, bandes de petits pervers :p Quoique, ça sera à voir avec le développement... Sait-on jamais... Tout ça pour dire, que même si je la mets dans un rating moyen, je ne vais pas raconter que des choses gentilles.

Notes : Je viens de me rendre compte que le chapitre n'avait jamais été posté... Je m'excuse pour le retard, mais je pensais l'avoir fait il y a longtemps. Donc voici enfin le chapitre 3... Non je n'ai pas honte, même pas un peu... Enfin si quand même, mais sachez qu'il fait 30 pages ! J'espère que vous l'apprécierez. On en apprend un peu plus sur le monde où est tombée Hermione, et surtout on fait (vraiment) la connaissance d'un nouveau personnage.

Le titre du chapitre est celui d'une chanson de Aimee Mann.

Je remercie Erylis et Eloïn pour leurs reviews, j'espère ne pas vous décevoir avec ce "nouveau" chapitre. Erylis, tu vas bientôt savoir ce que sont devenus les autres.


Chapitre 3 : Ghost World

Samedi...

Je déteste ce jour, surtout en été. C'est celui que toutes les petites familles choisissent pour sortir et faire leurs courses et par conséquent celui où je n'ai pas une minute pour moi. ça a l'air facile comme ça, la gestion d'un magasin de Potions. D'ailleurs en semaine, ça l'est... Mais le samedi, ça se rapproche de l'Enfer. Surtout que je suis seule pour tout faire. L'accueil, les conseils, la vente, la surveillance, la gestion des stocks, le réapprovisionnement des étagères... Si au moins nous pouvions engager un autre vendeur, tout cela serait beaucoup plus gérable, mais Mère refuse... La boutique doit rester totalement sous l'exploitation de notre famille. Quelle idée... Une aide serait pourtant la bienvenue. Je me demande d'ailleurs comment fait Mère quand je suis à Hogwarts... Elle qui ne parle quasiment plus à personne. Si tu veux mon avis, elle ferme le week-end et décale quelques ventes de la semaine sur la page "Samedi" du registre... Eh, depuis quand je suis mesquine envers Mère ?! Parce que ça n'est pas mesquin de te laisser seule dans cette galère, peut-être ? Ca n'est pas une raison ! Il n'empêche que c'est certainement la vérité. De plus, ça expliquerait pas mal de choses... Toujours à vouloir avoir le dernier mot... Un jour ça va nous attirer des ennuis ! Bah, il n'y a aucun danger, tant que nous gardons tout pour nous... Comme hier après-midi avec Ethan ? Très belle démonstration de self-control... Eh, je n'y peux rien si nous le détestons ! Et tu peux parler mais tu aurais très bien pu aussi t'abstenir de dire ça. Ca n'est pas comme si tu n'avais pas ton mot à dire sur ce que tu racontes... Vraiment très drôle. Bon, ça n'est pas que je n'apprécie pas cette petite joute verbale avec moi-même, mais l'heure tourne et j'ai encore du travail.

Bien, il est 13h30, il me reste une bonne demi-heure avant la réouverture. Je dois encore réapprovisionner le rayon des poudres et des herbes, quelques tiroirs "Précieux" et surtout remettre en état l'étagère des livres pour enfants que des triplés ont mis sans dessus dessous ce matin... Pense à mettre un panneau sur la devanture "Interdit aux animaux, créatures magiques et enfants, même tenus en laisse..." Vieille marâtre ! C'est vrai ! Les enfants sont insupportables dès qu'ils sont dans un magasin ! Ca finit toujours par du bazar, des bris, des cris, des pleurs et une bonne migraine... Nous perdons notre temps, et notre pause déjeuner. D'ailleurs... Oui ? J'ai oublié de manger ! Encore ? Ai-je le temps de prendre quelque chose dans la cuisine ? Non... Tant pis.


Enfin fini. Assise sur la dernière marche d'un escabeau en bois, à deux mètres du sol, je savoure mes cinq minutes de paix avant la reprise des hostilités, en grignotant des biscuits que j'ai trouvés derrière le comptoir. J'ai l'air aigri, mais j'adore ce magasin. Je ne sais pas ce que je ferais sans... Je compte réellement le reprendre quand j'aurai fini mes études, mais il y aurait de sérieuses modifications à apporter ! Comme cette histoire de famille. Je peux parfaitement comprendre l'envie de garder cette affaire dans le cadre familial, mais il y a des limites... Surtout que les Adayloth ne sont plus qu'une poignée sur tout le globe... Deux en Angleterre et quatre ou cinq en Océanie... Deux ici... Ma mère et moi... Dimanche dernier, c'était le treizième anniversaire de la disparition de Père, d'où l'état quasi-catatonique qui s'est emparé de Mère toute cette semaine. Comme chaque année... Mais cette fois, elle en est sortie plus tôt que prévu, avec la visite d'Aberforth en fin de matinée. Et je crois même qu'elle avait retrouvé ses repères quelques heures auparavant. Bizarrement, je n'ai pas eu le droit d'assister à leur entretien... Pourtant Aberforth ne discute jamais avec elle, c'est toujours à moi qu'il s'adresse... Les discussions de l'Ordre ne l'intéressent plus du tout depuis qu'elle a choisi de le quitter. Mais aujourd'hui, ils se sont enfermés dans le salon, sans même m'appeler...J'espère qu'il ne s'est rien passé de grave. Mais non, si c'était vraiment important, Sirius nous aurait contacté.

Le timbre de l'horloge dans l'arrière-boutique indique qu'il est temps d'arrêter de rêvasser. Je descends de mon piédestal et tire les rideaux des vitrines et de la porte, place le panneau d'indication sur « Ouvert" puis pars vers le comptoir. A peine arrivée au milieu de la pièce, un tintement de clochette m'indique l'entrée d'un client.

"Bonjour."

Quel magnifique sourire hypocrite. Désolé, mais c'est le mieux que je puisse donner pour le moment. Et s'il te plait, fais-toi un peu oublier, que nous ne recommencions pas comme hier... Très bien, si ça peut te faire plaisir. Et dire que nous ne sommes qu'à la moitié de la journée...

Une petite dame, replète et rousse, entre, toute sourire, suivie d'un garçon de mon âge et d'une fille à peine plus jeune. Les Weasley... Au moins, ce sont des gens gentils, et pas trop embêtants... Tu aurais pu tomber sur pire... Mais je vais arrêter oui ? Ca n'est pas le moment d'avoir une conversation avec moi-même. Se focaliser sur les clients, c'est ce que je dois faire.

Madame Weasley s'approche de moi et m'explique qu'elle a besoin des ingrédients de base pour Hogwarts, en me tendant une liste. Nul besoin d'en dire plus, je sais déjà que je dois aller piocher dans les pots de moindre classe. Les Weasley sont une famille vraiment pauvre, et acheter leurs fournitures scolaires doit être un vrai calvaire. Tous les ans, je voyais Ron dans l'incapacité de faire une potion correcte avec son matériel de mauvaise qualité. L'année dernière, j'ai fini par lui laisser une petite note, lui expliquant que nous avions un stock d'ingrédients de seconde zone, donc moins cher, mais qui restait quand même bien supérieur à tout ce qu'il pouvait trouver chez nos concurrents... Le message a l'air d'être passé...

Pendant que je remplis leurs paquets, je remarque que Ron est parti dans les rayons de livres. Plus loin, Ginny observe le contenu de l'étagère des plumes. Elle a le visage fermé et les yeux dans le vague. Elle tend la main vers une grande plume blanche d'autruche, retient son geste et prestement croise les bras dans son giron. Soudain, son frère apparaît dans mon champ de vision et me fixe. Quand il s'aperçoit que je regarde sa soeur, il me fusille du regard. Je ramène vite mon attention sur le sachet que j'ai entre les mains. Madame Weasley perçoit mon trouble, car elle se tourne vers ses enfants. J'en profite pour relever la tête et je vois Ron qui dévisage sa mère, rouge de colère. Puis soudain, il fait demi-tour et quitte la boutique en claquant la porte. Ginny, elle, n'a pas bougé. Je me demande si elle s'est même rendue compte de la scène...

"Je suis désolée..." je murmure.

Madame Weasley me regarde à nouveau, elle tente un petit sourire triste, mais je vois bien qu'elle est au bord des larmes.

"Ca n'est pas de votre faute. Je devrais même vous remercier pour l'avoir aidée. Si vous n'étiez pas intervenue, ça aurait sans doute été bien pire," me dit-elle en se reprenant. "Tu viens ma chérie, nous partons."

Madame Weasley est quasiment arrivée à la porte quand il me vient une idée.

"Attendez !" Je sors de derrière mon comptoir et je cours vers la vitrine aux plumes. Je prends délicatement celle que Ginny admirait quelques secondes plus tôt, et je la lui tends. "Un petit cadeau pour vous remercier d'être venues chez nous. Je ne pense pas que tu en auras l'utilité dans une potion, mais elle fera une très jolie décoration. Ou tu peux la tailler pour écrire avec, comme tu voudras."

Les mains de Ginny se serrent sur la tige de la plume et se mettent à trembler.

"Nous ne pouvons pas accepter, c'est beaucoup trop," me dit Madame Weasley gênée.

"J'insiste, ça me fait vraiment plaisir de la lui offrir."

"Merci infiniment," dit elle en partant.

Je les suis des yeux, jusqu'à ce qu'elles sortent du cadre de ma vitrine. Je ne reviens pas de la manoeuvre pathétique que j'ai utilisée pour tenter de me racheter. Pas de ma faute... Plus le temps passe et plus j'en doute. J'ai même la douloureuse impression que sans moi, ça ne serait pas arrivé... Du moins, pas comme ça. Mais je n'ai jamais pu le dire à qui que ce soit. ça aurait été leur donner la preuve que j'ai quelque chose à me reprocher. Et je ne peux pas me le permettre.

La cloche sonne à nouveau pour cette fois annoncer l'arrivée d'un homme d'une cinquantaine d'années. Quelques secondes plus tard, c'est une famille de cinq personnes qui entre, puis un couple. Je sens le déluge s'abattre sur moi... L'important c'est d'être polie, souriante et serviable... Répondre à leurs questions, aussi stupides soient-elles, et ne pas s'énerver. Finalement ce magasin et l'école, c'est quasiment la même chose... Quand je suis ici, je m'entraîne pour ma mission de l'Ordre, et quand je suis à Hogwarts, j'apprends à me maîtriser pour ma vie future. Mais quelle vie ai-je choisi ? Si j'avais su ce qui m'attendait dans les deux cas, j'aurais pris un temps de réflexion. D'un autre coté, j'aime ce que je fais. C'est comme partout, il y a des avantages et des inconvénients. Le magasin me permet d'élaborer des nouvelles Potions et l'Ordre me donne la possibilité de changer le monde. Il y a pire comme vie... Je pourrais être une... Weasley... Je pourrais être à la place de Ginny... Arrête d'y penser ! Si dans deux semaines, ils se rendent compte que tu ne t'en es pas remise, notre couverture va en prendre un coup ! Persuade-toi que tu n'as rien à voir avec cette histoire. C'est plus facile à dire qu'à faire. Et bien faisons de notre mieux ! Parfois il vaut mieux écouter sa raison que sa conscience... Et laquelle es-tu au juste ? Aucune, je suis la partie de toi avec laquelle tu passes ton temps à discuter, puisque tu n'as personne d'autre à qui dire tout ça... ça ne me rassure vraiment pas. Tu te souviens du Sorcière Hebdo de Saïph qui préconisait des sessions chez un psychomage, pour des cas comme le nôtre ?

"Mademoiselle Adayloth !"

Je relève la tête brusquement. Devant moi se tient Monsieur Anderson qui me contemple avec désapprobation. Je viens de me faire prendre en plein délit de rêverie. Pas bon. Surtout avec le vieil Anderson... Tu vas en prendre pour ton grade.

"Monsieur Anderson ! Bonjour !" Je lui adresse un sourire hésitant.

"Ah, finalement ! J'ai crû que j'allais prendre racine !" rouspète-t-il.

Bon, je te laisse. A ce soir ! Non. Reviens ! Ne me laisse pas seule avec lui ! Allez, sois une grande fille ! Ca t'entraînera pour quand, après dix ans de thérapie, je ne serai plus là pour te soutenir ! Et voilà, je suis seule face au monstre qui me martyrise depuis des années... Chaque mois il vient ici, et chaque mois c'est la même chose. Des reproches sur nos produits, des questions dont il connaît déjà la réponse, et Merlin ne sait quoi d'autre... Qu'a t-il donc bien pu inventer aujourd'hui ?

"Je m'excuse pour le désagrément. Que puis-je pour vous ?" je tente de le calmer.

"Et bien, j'aurais quelques remarques à vous faire et j'aimerais aussi bénéficier de quelques conseils. C'est l'anniversaire de ma fille dans deux jours. Il me faut un cadeau," marmonne t-il.

"Mais très certainement," je soupire intérieurement, "et avez-vous déjà des idées ?"

"Non petite sotte, si j'en avais, je ne vous demanderais pas votre avis !" aboie t-il.

Rester calme à tout prix. Si je montre une seule once de faiblesse, je suis perdue...

"Et bien, tout dépend des goûts de votre fille. Préfèrerait-elle une potion, des onguents, ou plutôt un livre, du matériel et des ingrédients ?"

"Qu'est-ce que j'en sais moi ?"

Par Merlin et Viviane réunis, que quelqu'un me vienne en aide !!

"Je vais vous montrer ce que nous avons en rayon," dis-je en passant devant le comptoir. Je tente vainement de ne pas remarquer la douzaine de clients qui attendent d'être servis.


"Ne vous inquiétez pas, je pense que c'est un parfait compromis," dis-je en emballant, dans du papier cadeau figurant des étoiles argentées scintillantes, un volumineux tome de "Potions et Secrets de beautés de nos Grand-mères". "êtes-vous certain de ne pas vouloir des ingrédients que nous avions choisis ?" je demande en jetant un coup d'oeil à la mallette et aux fioles qui reposent sur le comptoir à un mètre de nous.

"Certain ! Je reviendrai chercher le livre ce soir, j'ai encore quelques courses à faire," dit-il, sans même demander si cela pose un problème.

Finalement, Monsieur Anderson a entrepris aujourd'hui de me faire déplacer la quasi totalité de mes marchandises. J'ai dû lui montrer tous les ingrédients, et lui expliquer leurs effets. Tous ça en portant un panier qui s'alourdissait à chaque minute, pour tout compte fait ne prendre qu'un bouquin... Je me demande ce que nous avons bien pu lui faire, pour qu'il me fasse subir ça à chaque fois... Mais bon, point positif, la plupart des clients qui attendaient se sont découragés et sont partis.

Je sers rapidement une dame qui a attendu 45 minutes pour une poignée de gemmes et des écailles de Dragon, et je m'en vais remettre en place ce que Monsieur Anderson m'a fait déranger.

Les bras chargés de fioles en tous genres, je longe les étagères, tentant tant bien que mal de n'en faire tomber aucune. Soudain la clochette retentit et j'entame mon petit cérémoniel, fermer les yeux, soupirer intérieurement, ouvrir les yeux, pivoter avec un sourire po...

"Sirius !!" je m'exclame en y ajoutant mon premier sourire franc de la journée.

Il me rend mon sourire et c'est là que je remarque qu'il est suivi. Une silhouette féminine plutôt petite, avec des cheveux bruns très frisés.

"Toi !" je croasse.

Et avant que je m'en rende compte, les bouteilles sont déjà en miettes à mes pieds.


"Voulez-vous une tasse de thé ?" demande Nina notre elfe de maison, à nos invités.

Sirius accepte d'un hochement de tête, la fille qui l'accompagne remercie l'elfe avec un sourire. Nina a un mouvement de recul, alors que je hausse un sourcil. Je n'ai jamais vu quelqu'un dire merci à un elfe. Quoi que, il paraît que Dumbledore le faisait toujours. C'est une drôle d'idée...

Je continue mon observation de la nouvelle venue. Elle détaille Nina qui amène un plateau où reposent une théière, quatre tasses et un sucrier en porcelaine.

"Tu n'as jamais vu d'elfe de maison ?" je lui demande sarcastique.

"Si, mais un jour quelqu'un de sage m'a dit que pour juger un humain, il fallait regarder la façon dont il traite ses subordonnés," me répond-elle sur le même ton.

Je prends la tasse que me tend l'elfe et je me redresse dans mon fauteuil. Du coin de l'oeil, je remarque que Sirius a tiqué à ses paroles.

"Alors que vois-tu ici ?" lui demande t-il.

"Je ne sais pas trop. Je dirais que cette elfe est bien traitée. Sa toge est propre, en bon état et à sa taille. Elle a l'air en bonne santé. Pourtant pour le peu que j'ai vu, elle ne doit pas être considérée comme plus qu'un objet parmi tant d'autre. Mais c'est quasiment toujours le cas... Et pour le peu que je sache, ça m'étonne encore moins de voir ça ici..." répond-elle avec un petit air supérieur.

Ici ? Qu'est-ce qu'elle veut dire par là ? Je m'apprête à lui poser la question, quand la porte du salon s'ouvre. Mère fait son entrée et se dirige doucement vers le fauteuil qui fait face à Sirius. Elle s'assoit, sans un regard pour nos invités et attend patiemment que Nina lui serve son thé. Elle en boit une gorgée et soudain lève les yeux vers la fille qui accompagne Sirius.

"Tu dois être Hermione," lui dit-elle, brisant le silence quasi religieux qui s'était installé.

Malgré la douceur de la voix de Mère, Hermione esquisse un sursaut.

"Euh, oui madame," bafouille t-elle.

"Bien," répond Mère en portant la tasse à ses lèvres.

Je regarde la scène, amusée. Les personnes qui rencontrent Mère pour la première fois sont toutes déstabilisées et Hermione n'échappe pas à la règle. Sirius me jette regard désapprobateur. Il doit juger que le supplice de Hermione doit prendre fin, car il entame la conversation.

"Aberforth nous a dit de venir vous voir Circé. Il n'a pas pu en dire plus, mais nous avons cru comprendre que vous aviez mis les choses au point avec lui. Ou alors que vous aviez des réponses."

Mère prend quelques secondes de réflexion, comme si elle considérait chaque mot prononcé par Sirius.

"Effectivement, il m'a mise au courant de votre situation."

Mais de quoi parlent-ils donc ? J'ai horreur d'être mise de coté, surtout quand ça concerne l'Ordre ou Sirius. Je m'apprête à ouvrir la bouche quand Mère se tourne vers moi.

"Cette jeune fille provient d'un autre monde."

Je ravale ma question, surprise. Je me tourne vers Hermione qui s'enfonce dans son fauteuil, visiblement mal à l'aise. Je regarde alors Sirius.

"C'est possible une chose pareille ?" je lui demande.

"Visiblement, oui," me répond-il en haussant les épaules.

Ca expliquerait comment le tome 27 de mon herbier s'est retrouvé entre les mains de cette fille hier soir et était toujours sous le comptoir, lorsque j'ai vérifié deux minutes plus tard. Pourtant j'étais formelle, c'était bien ce livre.

"Et sais-tu comment tu es arrivée chez nous ?" je questionne, toujours un peu sceptique.

"On pense que ça serait à cause de ça," me répond-elle en tirant une chaîne de sous sa robe. A son extrémité se balance le pendentif de Grand-mère Gaïa.

"Où as-tu eu ça ?!" je m'écrie.

"Calme toi Thisbé, ça n'est pas le vôtre. Il appartient aux Adayloth de la dimension d'Hermione," me dit calmement Sirius.

J'interroge Mère du regard, elle acquiesce doucement.

"Celui de Gaïa est dans son coffret, dans ma chambre."

"Oh, désolée", je plonge mon nez dans ma tasse de thé.

"Ce que j'aimerais savoir, c'est déjà : comment ce bijou a pu m'amener ici. Mais surtout comment puis-je retourner chez moi ?" expose Hermione.

Je regarde Mère qui observe un rouge-gorge se nettoyant les plumes sur le rebord d'une des fenêtres. Puis, tout naturellement, elle reporte son attention sur nous.

"Le pendentif est un Portoloin", dit-elle sans plus d'explication.

Le silence tombe à nouveau, et je vois bien que les paroles de ma mère n'ont pas aidé Hermione, bien au contraire. Je décide de prendre les choses en main.

"Dans notre famille, les femmes se passent de mères en filles des bijoux pour se protéger. Ils portent le symbole des Adayloth, un papillon, et sont au nombre de quatre : une bague, un pendentif, un peigne à cheveux et une broche. Ce sont des protections faites à partir de l'Ancienne Magie. Ils sont dans la famille depuis la première génération. C'est un fait assez connu, nous les portons très souvent, un peu comme des armoiries. La plupart des gens pensent que ces bijoux repoussent les sorts, mais en fait ce sont des Portoloins. Si l'une de nous est en danger, et qu'elle porte son bijou, la Magie du papillon l'amènera à l'aide la plus proche... Du moins c'est ce que Grand-mère me racontait lorsque j'étais enfant. Je n'ai jamais pu le vérifier par moi-même..."

Sirius hausse les sourcils, comme pour me demander pourquoi je déballe nos secrets de famille à une étrangère...

"Si tu fais confiance à cette Hermione, j'estime que nous pouvons faire de même. Et si cela peut l'aider, autant lui dire tout ce que nous savons. Au pire, une bonne dose de Filtre d'Oubli et rien ne se sera passé," je dis en haussant les épaules.

Hermione fronce les sourcils en m'entendant parler de cette potion avec tant de désinvolture.

"Ca n'a rien de personnel. C'est seulement une question de sécurité," je la rassure avec un sourire compatissant.

"On n'en est pas encore là," dit Sirius. "Mais ce que je ne comprends pas, c'est comment le Portoloin a pu amener Hermione ici. Et surtout pourquoi ?"

Il marque un point. Je vois que Hermione me fixe, les yeux pleins de questions. Je me tourne alors vers Mère, qui est repartie vers son oiseau, qui lui s'amuse à sautiller sur la bordure. Tout le monde attend qu'elle réponde, mais elle fait comme si de rien n'était. Ce petit jeu pourrait durer des heures, elle ne s'en lasserait pas. Sirius est assez mal à l'aise et Hermione commence à perdre patience. Je me décide à la plaindre. Elle est perdue loin de chez elle, et elle se retrouve avec une lunatique qui détient des réponses, mais qui préfère les garder pour elle. Parce que je suis certaine que Mère en sait plus qu'elle n'en dit sur le sujet... D'un coté, elle ne dit rien. Sirius a dû en arriver aux mêmes conclusions car je l'entends soupirer.

"Circé, si vous avez la moindre idée, pourriez-vous nous aider ? Vous êtes notre dernière chance," supplie t-il.

Et la voilà de nouveau intéressée. Bien sûr, c'est ça qu'elle voulait, qu'ils l'implorent...

" Thisbé a oublié une partie de la légende", dit-elle sans cérémonie. " Ces Portoloins n'auraient pas eu besoin de l'Ancienne Magie pour seulement fonctionner en cas de danger imminent. Un banal Portoloin modifié par un bon Enchanteur peut le faire. Les nôtres agissent aussi dans l'autre sens. Si une femme de notre famille a besoin d'aide, et bien les autres Papillons se mettent à la recherche de la personne qui pourrait l'assister. Et lorsque cette personne finalement met la main sur un de nos bijoux, elle est envoyée près de l'Adayloth à secourir."

Elle déclare tout ceci avec un naturel déconcertant, comme si c'était la chose la plus simple au monde. Nous la regardons tous, même Nina, éberlués.

" Vous voulez dire que tout ça n'est pas un hasard ?" s'exclame Hermione.

" Nous ne croyons pas à une telle chose chez nous," rétorque Mère.

" Mais, si j'ai touché ce pendentif, c'était une coïncidence... La boîte était au fond d'une armoire, chez un antiquaire plein à craquer ! Si Ginny n'avait pas lâché un des cintres, jamais on ne l'aurait trouvé..." pense t-elle a voix haute.

" Mais c'est arrivé, et vous êtes ici. C'est donc que cela devait se faire," répond Mère.

" Pourquoi moi ? Je n'ai rien de spécial, je suis une étudiante. Je suis peut-être douée en cours, mais je n'ai pas les moyens de sauver quelqu'un ! Et d'abord, qui devrais-je aider ?"

Elle commence à paniquer. Sirius se lève et lui place une main réconfortante sur l'épaule. Je fais de mon mieux pour ne pas tiquer.

" Calme-toi Hermione. Il y a forcément une explication," dit-il doucement.

Hermione secoue la tête en frissonnant. Je ne sais pas si c'est pour réfuter ce qu'il vient de dire, ou alors pour se remettre les idées en place.

" La seule chose que l'on puisse dire pour le moment c'est que la personne à aider est Thisbé," reprend-il le visage assombri.

" Qu'est-ce qui te fait penser une telle chose ?" je m'étonne, même si un début de réponse se forme dans mon esprit.

" Hermione est arrivée dans le magasin n'est-ce pas ? Et c'était là où tu te trouvais, à ce moment même," affirme t-il.

" Cela pourrait parfaitement être Mère !" j'objecte avec véhémence. "Elle était dans son atelier, juste en dessous du magasin ! Et d'ailleurs je me trouvais dans la réserve, pas dans la boutique. Je n'ai pas besoin d'aide !"

Vraiment ? Ce n'est pourtant pas ce que tu demandais tout l'après-midi ? Ca m'aurait étonnée que tu ne te manifestes pas... Je ne pense pas que le pendentif considère mes problèmes de gestion de magasin comme un appel au secours... Ne fais pas l'idiote ! Je ne parlais pas que de ça ! J'avais plutôt Ginny Weasley en tête, tu le sais bien ! Et ta mission, ta couverture, ta solitude si omniprésente que tu en es réduite à m'avoir inventée... Tais-toi. Tu le sais parfaitement que tu es celle qui a besoin d'aide. Tais-toi. Sans parler de toutes ces questions que tu te poses... Je t'ai dis de te taire !! D'accord, mais un dernier conseil, cette aide pourrait être ta planche de salut, tu ne devrais pas la négliger.

Je me rends compte que je suis en train de fixer Hermione, la pauvre ne sait pas trop où se mettre. Ce que je viens de me dire commence à faire du chemin dans mon esprit, et je dois baisser les bras. Sirius a raison, j'ai véritablement besoin d'aide.

"Soit," j'obtempère. "Imaginons que je sois celle à qui Hermione a été envoyée... Il reste quand même un gros problème... Hermione a une vie dans son monde, elle ne peut pas rester ici, juste parce qu'un papillon l'a décidé. Comment peut-elle retourner là-bas ?"

Je refuse de gâcher la vie d'une inconnue, parce que je suis incapable de me débrouiller seule. Visiblement Hermione a l'air parfaitement d'accord sur ce point, et elle dévisage Mère, attendant la réponse qui la ramènera chez elle.

" Je n'en ai aucune idée."

C'est un choc pour nous tous. Je découvre que l'omniscience que j'attribuais à ma Mère n'existe pas, et Sirius a l'air aussi étonné que moi. Hermione, quant à elle, voit tous ses espoirs de retour réduits à néant. Des larmes lui montent aux yeux, et une vague de culpabilité m'assaille.

" Mais dans son message, Aberforth parlait d'un plan !" s'exclame Sirius.

Je hausse un sourcil. C'était donc cela, la visite de Dumbledore. Mais pourquoi n'ai-je pas eu le droit d'y assister ? Tout ceci a l'air de me concerner autant que Hermione. J'ai vraiment du mal à comprendre Aberforth parfois.

Mère se lève de son fauteuil et se dirige vers la porte du salon. Nina accourt à sa suite pour ouvrir à sa place. Hermione, bouchée bée, la fixe, ne comprenant pas comment elle peut laisser une personne en détresse dans l'embarras. Sirius se dresse à son tour, ne sachant plus trop quoi faire. Je suis moi aussi gênée du comportement de ma mère, quand soudain elle se retourne.

"Hermione va rester avec nous et ira avec Thisbé à Hogwarts. Ses réponses sont sûrement là-bas," dit-elle d'un ton las.

Et sans rien ajouter, elle referme la porte, nous laissant tous trois déconcertés. Je me tourne vers nos invités et avec un petit sourire embarrassé, je leur propose une nouvelle tasse de thé.


"Et ici se trouve une autre chambre d'amis, qui sera la tienne pour le reste du mois. La mienne est juste à côté," dis-je en ouvrant la porte.

Hermione me suit dans la pièce et regarde autour d'elle, déconcertée. Elle s'approche de la commode en ébène et passe la main dessus en la regardant attentivement. Puis elle fait de même pour la coiffeuse qui se trouve à quelques mètres de là. Je la regarde, étonnée. Elle vérifie peut-être que nous faisons souvent les poussières. Si c'est ça, elle va être déçue... Rappelle-moi d'envoyer Nina pendant le dîner.

Elle continue son inspection et à présent, elle va vers la grande armoire de l'autre côté de la chambre. Elle reste devant pendant quelques secondes à la fixer sans bouger.

"Euh, Hermione ?"

Elle ne cligne même pas des yeux. Puis après quelques instants, elle avance prudemment le bras droit vers la poignée et ouvre le battant, tout doucement.

"Hermione, ça va ?"

Je vais lentement vers elle, pour mieux voir ce qu'elle fait. Elle a l'air de chercher quelque chose, mais la penderie est vide. Sa poitrine se soulève légèrement et s'abaisse dans un soupir silencieux, et je vois ses lèvres se tordre en une moue contrite. Elle referme la porte et va s'asseoir sur le grand lit à baldaquin bleu.

"Je suis vraiment désolée pour tout ça," je commence à m'excuser. "Jusqu'à il y a une demi-heure, je n'avais pas vraiment pris cette histoire de papillon très au sérieux. Et même si j'y avais cru, je n'aurais pas imaginé que ça attirerait quelqu'un d'une autre dimension... Je ferai tout pour t'aider à rentrer chez toi le plus vite possible."

Elle lève les yeux vers moi, comme si elle me découvrait pour la première fois.

"Tu n'étais pas comme ça hier," lâche t-elle sans préambule.

J'écarquille les yeux.

"Hier ? Euh, et bien... Je... Tu m'as prise au dépourvu. Tu avais un de mes livres privés entre les mains," je bégaye, ne sachant pas trop où elle veut en venir.

"Pas avec moi," coupe t-elle. "Avec Ethan. Tu étais complètement différente."

Merde. Tiens, ça t'apprendra à être aussi odieuse avec les gens. Personne n'était sensé entendre cette conversation ! Et bien elle était là ! Et qui va devoir rattraper tout ça ? Hum, voyons... Toi ! Comme d'habitude... J'adore n'être que la petite voix dans ta tête...J'attends avec impatience le jour où JE serai la voix dans TA tête... Ca n'arrivera pas.Ca vaut peut-être mieux en effet...

"ça, c'est un cas à part... Je ne suis comme ça qu'avec Ethan, et d'autres personnes très ciblées. Je ne sais pas comment ça se passe dans ton monde, mais tu dois bien avoir quelqu'un qui t'horripile tellement que tu rêves de lui écraser ton chaudron sur le nez dès qu'il est dans les parages. Non ?"

Elle acquiesce silencieusement, et un petit sourire se forme au coin de ses lèvres. Je crois que mon exemple très graphique lui plaît beaucoup.

"Ethan est une des personnes les plus prétentieuses que je connaisse... Quoi qu'il y a pire. En tout cas, ce que tu as vu hier, c'est très rare et seulement quand j'ai l'occasion de le faire enrager."

"J'ai un cas assez similaire dans mon Hogwarts... Je lui ai même mis la gifle de sa vie en troisième année," rit-elle avec une touche de nostalgie dans le regard.

"Tu es en quelle année ?"

"Sixième, l'année dernière. J'aurais dû passer en septième, mais avec les récents évènements, mes amis et moi, nous avons quitté l'école. Tu sais, avec la mort de Dumbledore, Hogwarts a failli fermer chez moi. La moitié des élèves n'ira sans doute pas à la rentrée, si ce n'est les trois-quarts. Nous avons préféré partir de notre côté pour combattre Voldemort. Mais je suis studieuse, alors je maîtrise déjà la majorité du programme de septième année," explique-t-elle.

"Nous serons ensemble dans la plupart des cours alors. Tu es une Ravenclaw, c'est ça ?"

"Non, j'ai failli. Mais le Choixpeau m'a finalement envoyée à Gryffindor," avoue-t-elle, un soupçon d'orgueil dans la voix.

"Aïe..." je ne peux m'empêcher de souffler.

"Qu'est-ce qu'il y a ?" s'étonne Hermione.

Je ne sais pas trop comment lui expliquer ça sans la vexer.

"Et bien... Disons que chez nous, être un Gryffindor, ça n'est pas exactement ce dont rêvent les gens... "

"Comment ça ?"

"Sans vouloir te blesser, les Gryffindors sont la risée de Hogwarts... Finir chez eux, c'est une déchéance sociale. Je suis persuadée que la plupart des premières années passe au Choixpeau en pensant "Pas Gryffindor !" J'étais contente de ne pas du tout convenir à leurs critères..."

" La risée ?" Elle est abasourdie.

"Il vaut, de loin, mieux être un Hufflepuff qu'un Gryffindor," j'ajoute, en me demandant quand même si ma phrase aura du sens pour elle.

" Oh... Et qu'est-ce que tu es dans ce cas ?" demande t-elle, un sourcil levé.

" Slytherin, la Maison Reine."

Je crois que tu viens de la casser...

" Slytherin est la meilleure Maison de Hogwarts ? Ce nid de serpents ? De... De Mangemorts ?" explose t-elle.

J'opine de la tête à ses questions, quand soudain elle s'arrête pensive et éclate d'un rire nerveux.

"Des Mangemorts... Bien sûr... Pourquoi je n'y ai pas pensé plus tôt ! Un monde où Voldemort dirige est à son image..."

"Quand Albus Dumbledore était encore avec nous, il paraît que Slytherin était une maison haïe. Après sa disparition, elle a prit sa revanche, et Gryffindor a été traînée dans la boue. Avec les années, ça a empiré. Tu t'en rendras compte par toi-même," j'explique.

Je me lève du lit et lisse ma robe noire.

"Nous allons devoir réfléchir à un plan qui te permettra d'entrer à Hogwarts sans attirer trop de soupçons. Tu dois te douter que ça ne sera pas facile du tout. J'ai été entraînée à l'Occlumancie dès mes 7 ans pour pouvoir y aller avec un minimum de sécurité. Et j'ai eu la peur au ventre durant quasiment mes cinq premières années."

"Ils vérifient souvent ce que les élèves ont dans la tête ?" elle s'étonne.

"Pas ouvertement, mais c'est quelque chose de très probable. Et puis, avec le cours d'Occlumancie-Legilimencie, il vaut mieux être prudent," je remarque, en ouvrant la marche vers la cuisine.

" Vous apprenez ça à l'Ecole ?" s'écrie t-elle, en s'arrêtant en haut de l'escalier.

Je me retourne et la regarde, un sourcil levé.

" Pas vous ?"

" Non, c'est bien trop dangereux... Ce genre de pouvoir n'est pas à mettre entre toutes les mains..."

Je réfléchis quelques secondes.

" Tu n'as pas tort... Je pense que c'est d'ailleurs la raison pour laquelle nous avons ce cours. Il n'est pas ouvert à tout le monde, l'entrée se fait sur dossier. C'est le professeur qui décide de ceux qui peuvent y assister. Et seuls les meilleurs en ont le droit. Officiellement, c'est pour des raisons de capacités, n'importe qui ne peut pas y arriver. Officieusement, seuls les aspirants Mangemorts sont acceptés."

" Mais j'ai crû comprendre que tu y allais," dit-elle, perplexe.

" C'est le cas... Ma mission va bien plus loin qu'être une simple taupe dans l'Ecole. Après l'obtention de mon diplôme, je suis supposée devenir une Mangemort."

La nouvelle la laisse sans voix. Je souris tristement.

" Il y a mieux comme plan de carrière, je sais... Mais si ça peut aider à le faire tomber. Je ne sais pas ce que sont les Mangemorts chez toi, mais ici ce sont des personnes triées sur le volet, le cercle d'intimes du Maître. J'ai la "chance" d'avoir eu des parents Mangemorts, donc je suis en très bonne place pour le devenir moi-même."

Je sors une assiette d'un placard et y dispose des cookies. Je les tends à Hermione qui ne bouge pas.

" Tu peux en prendre un, je n'essaye pas de t'empoisonner," je dis en rigolant, "Je n'adhère pas du tout à ses idées. J'ai grandi dans les préceptes de l'Ordre tu sais, c'est pour eux que je suis devenue une taupe. Pour que nous arrivions à nous débarrasser de lui. Si je l'appelle le Maître, c'est par habitude. A Hogwarts, je n'ai vraiment pas le choix, je suis sensée être une de ses futures suivantes. Ca fait sept ans à présent que je dois l'appeler ainsi chaque jour, à la fin je n'y prête même plus attention, c'est un automatisme."

Elle avance alors la main vers les biscuits, en attrape un, et commence à le grignoter. C'était donc bien ça qui la gênait...

"Par contre, si tu dois venir avec moi là-bas, tu vas devoir apprendre à ne plus grimacer quand tu entends "Maître," je remarque. "Et tu vas devoir le dire, sinon tu vas être soupçonnée et ça ne serait vraiment pas bon, ni pour toi, ni pour moi... "

"D'accord," répond-elle, peu convaincue. Je ne peux pas le lui reprocher, moi aussi au début je l'avais pris comme ça.

"Nous devons mettre beaucoup de choses au point avant le 1er Septembre," je remarque, "par quoi veux-tu commencer ?"

" Et bien," elle hésite, "ta mère... Elle est vraiment toujours comme ça ?"

Je ris, surtout de sa gène. Circé a réussi son petit effet.

" Malheureusement pour toi, oui. J'ai moi-même parfois du mal à la comprendre. Elle parle très peu, et est très concise dans ses réponses. Comme tu as pu le voir, elle ne s'embarrasse jamais de détails... A vrai dire, ça doit être la première fois depuis des années qu'elle parle autant dans une seule conversation. Durant ton séjour ici, tu la verras sans doute très peu. Sûrement pour le thé, le soir au dîner, et peut-être au sous-sol, si tu y vas. De toute façon, elle ne fera pas attention à ta présence."

" A ce point-là ?" s'étonne t-elle.

" Un été, j'ai invité ma meilleure amie pendant tout un mois, sans lui demander la permission. Elle n'a jamais fait une seule remarque et a fait comme si de rien n'était... Ma mère est vraiment quelqu'un de bizarre," j'explique. "Tant que tu ne vas pas dans son laboratoire, elle n'en a rien à faire."

Hermione mâchonne un autre cookie, songeuse.

" Et ça ne te dérange pas que je sois ici pendant deux semaines ?"

" A vrai dire, ça m'arrange plus qu'autre chose. Déjà je serai moins seule et ça n'est pas un mal, mais surtout j'ai effectivement besoin d'aide..." je dis avec un petit sourire en coin. Il m'est venu une idée...

" C'est-à-dire ? Tu as dit le contraire tout à l'heure..." dit-elle suspicieuse.

" Tu t'y connais en Potions et en ingrédients ?" je demande avec un petit air innocent.


Finalement cette journée s'est révélée moins terrible que prévu. Je viens de gagner quelqu'un avec qui passer mes journées, et qui n'est pas une voix dans ma tête. Quelqu'un qui est au courant de ma mission, qui partage mes opinions et quelqu'un avec qui je peux être complètement moi-même. Et surtout quelqu'un pour m'aider au magasin !

Même si elle n'a pas le niveau pour fabriquer les Potions, Hermione peut parfaitement m'assister lors de leurs réalisations. Et elle a de solides connaissances qui lui permettront de vendre au magasin. C'est ce qui, d'ailleurs, a emmené notre plan pour la faire entrer à Hogwarts sans souci. Vu que soi-disant, seul un Adayloth peut travailler au magasin, et bien elle n'a qu'à en devenir une...

Voilà pourquoi je suis en train d'écrire au Directeur de Hogwarts, pour lui soumettre l'inscription de Hermione Adayloth, fille de Hector et Ariane Adayloth, le frère et la belle-soeur de Mère. La Nouvelle-Zélande n'ayant pas d'Ecole de Magie digne de ce nom, mes cousins et cousines ont toujours eu des précepteurs. D'après l'histoire que nous avons inventée, Hermione souhaite entrer elle aussi à l'Ecole Supérieure des Potions d'Oxford. Pour cela, elle doit être diplômée de Hogwarts, sinon elle devra se contenter de celle de Brisbane, qui est réputée pour son niveau quasi-lamentable. J'ajoute quelques insinuations, portant à croire que Hermione serait heureuse d'allouer ses services au Maître, puis j'apporte la missive à Mère pour qu'elle la signe. Elle s'exécute sans même lire ce que j'ai écrit, heureuse de ne pas avoir à trouver une idée elle-même. J'accroche le parchemin à la patte de Mandrake, notre Grand-Duc, et l'envoie, en lui signifiant l'urgence du message.

"J'espère que nous aurons la réponse lundi", je dis un peu nerveuse.

"Tu penses qu'il y a un risque pour que je sois refusée ?" demande ma nouvelle cousine, d'une petite voix.

"Je n'en sais rien du tout.", je soupire. " Mais bon, notre famille est plutôt importante, je ne pense pas qu'ils prendraient le risque de nous avoir à dos. Ce qui m'inquiète le plus, c'est qu'ils aillent vérifier si une Hermione Adayloth existe... L'Ordre s'occupe de t'inventer un passé, mais j'espère qu'ils pourront le faire à temps... Sirius et Remus sont déjà partis à Auckland, à ce que Mère m'a dit."

Je mordille mes lèvres avec appréhension. Je déteste savoir Sirius loin de Londres, surtout pour une mission, aussi facile soit-elle.

" Maintenant, nous ne pouvons qu'attendre. "


"...Trente litres d'encre de Kraken, cinq kilos de perles de rosée, deux cents fleurs d'hibiscus et une vingtaine de Pierres de Lune. Je crois que ça sera suffisant." Je finis de retranscrire la liste sur un parchemin. "Quand pensez-vous pouvoir me livrer ?"

"Vendredi pour la majorité, mais ne pensez pas avoir les griffes de Sphinx avant un bon mois, l'espèce devient beaucoup trop rare. Et ça ne sera pas avant novembre pour le crin de licorne des neiges," me répond Monsieur O' Donnell, notre fournisseur, en se levant.

"Parfait, vous verrez avec ma mère pour ces deux livraisons. Essayez d'avoir au plus vite les griffes, nous commençons à sérieusement en manquer. Pour le crin, repoussez à décembre s'il le faut, nous le voulons épais et soyeux. Et seulement d'animaux adultes mais pas trop âgés. Je ne veux pas d'ingrédients instables ou à capacités réduites," j'ajoute en serrant la main du petit homme. Il hoche la tête d'un air entendu et prend le chapeau que lui tend Nina.

Je l'accompagne jusqu'à la porte de l'arrière-boutique et tire le rideau. Dans le magasin, une foule se presse autour des étagères et entre les rayons de livres. Monsieur O' Donnell me salue une dernière fois et se fraye, tant bien que mal, un passage entre les clients.

"Oh Thisbé, tu tombes bien ! Il n'y a pas de crochets de crotales en poudre dans les tiroirs. Est-ce qu'il en reste en stock ?"

Hermione vient vers moi en se tordant les mains.

"Carré des reptiles, 3è étagère en partant du bas. Si tu veux prendre une petite pause de 5 minutes, n'hésite pas. Je vais m'occuper des clients."

Cela fait une semaine que Hermione est arrivée ici, et je suis étonnée par ses qualités d'adaptation. Elle a tout de suite été d'une grande efficacité en ce qui concernait le magasin. Grâce à elle, j'arrive à gérer l'afflux de clients et merci Merlin, le vieil Anderson ne s'est pas décidé à tester notre nouvelle employée. Espérons seulement qu'elle se débrouillera aussi bien à Hogwarts. Il n'y a pas de raison, elle est intelligente et je serai là pour l'épauler. Tu m'as l'air bien confiante tout à coup, ça n'est pas dans ton habitude. Juste une prise de conscience, en me méfiant autant de mes alliés que de mes ennemis je deviens paranoïaque, et cela pourrait bien devenir suspect. Je donne donc le bénéfice du doute à Hermione. L'idée est bonne, mais fait tout de même attention, elle n'est là que depuis une semaine. Et c'est une Gryffindor, ça risque de nous attirer des ennuis ! J'ai un plan pour résoudre ce problème. Par contre, j'ai l'impression que nous en avons un autre un peu plus urgent sur les bras...

"Paul Callister, que puis-je pour toi ?" je lance au garçon qui attend de l'autre coté du comptoir.

"Thisbé... Ta... euh... cousine s'occupait de ma... euh... liste de course. Tu peux te charger d'un autre client, je vais attendre son retour," s'empresse-t-il de dire, en cherchant quelque chose des yeux sur l'étal.

Je m'empare du parchemin qu'il allait attraper et commence à le lire.

"Poudre d'asphodèle, belladone, jus d'armoise, poudre de crochets de crotales, orties émincés, concentré de bile de tortue... Très joli mélange !"

"C'est pas ce que tu crois ! C'est pour Hogwarts. Et pour ma mère !" explique-t-il avec empressement.

"Ne me prends pas pour une imbécile... Aucun de ces ingrédients n'est sur la liste de Hogwarts et ta mère est passée il y a 3 jours. Et je ne vois pas vraiment ce qu'elle irait faire de ce genre de choses... De plus, tu pourrais avoir les plantes gratuitement dans les serres de l'Ecole à la rentrée... Ce que j'ai sous les yeux sont des somnifères et un mélange qui développe des furoncles... Je croyais vous avoir déjà dit, à toi et tes amis, de vous adresser ailleurs pour ce genre de blagues puériles !" dis-je à voix basse mais fermement.

"Il y a un problème ?" demande Hermione, dans mon dos.

Elle est revenue avec un grand pot en céramique et me regarde en fronçant les sourcils.

"Non, finalement Paul ne va rien prendre. Il a oublié sa bourse chez lui," je dis, en signifiant d'un regard noir au petit plaisantin de se taire.

"Je suis tête en l'air parfois," s'excuse-t-il.

Hermione n'a pas l'air convaincu par notre explication, mais elle fait comme si de rien n'était. Elle sourit poliment à Paul puis part ravitailler un des tiroirs.

"Bien, si tu le permets, je vais aller m'occuper de gens qui ont besoin de moi pour des choses importantes. Et ne cherche pas un autre moyen de rendre le voyage de l'Hogwarts Express plus "intéressant". Il détesterait ça," j'ajoute, un soupçon de menace dans la voix.

Paul se retourne et me dévisage.

"Je ne rigole pas. Il adore être spectateur de bonnes blagues de temps en temps, mais il ne supporte pas d'en être la victime. Et ce que vous vous apprêtiez à faire n'est pas exactement dans ses goûts... Crois-moi, je vous rends un grand service," j'ajoute sur le même ton.

Il semble avoir compris le message. Il acquiesce d'un air sombre et part sans demander son reste. Hermione vient à mes cotés et m'interroge des yeux.

"Je t'expliquerai plus tard, il y a trop de monde pour le moment."


Deux heures plus tard, le magasin n'a pas désempli et je vois que Hermione commence à vraiment fatiguer.

"Courage, plus qu'une demi-heure et c'est fini," je murmure en passant derrière elle.

"Fini... Il reste demain avant le week-end et encore une semaine après ça. Je n'ai pas autant travaillé depuis ma troisième année !" elle s'exclame avant de baisser la voix. "Comment tu y arrives ?"

"Je fais ça depuis que je suis toute petite. D'aussi loin que je me souvienne, j'aidais mes parents au magasin. Et quand je n'étais pas en train de remplir des étagères, j'étais dans le laboratoire en train d'étudier les potions. C'est comme ça que j'occupais mes journées avant d'entrer à Hogwarts. Je suis juste habituée."

"C'est plus de la passion à ce point-là..." remarque t-elle, après avoir poussé un petit sifflement admiratif.

"Que veux-tu, j'ai les potions dans le sang. Avant même de savoir parler, je savais ce que je ferai de ma vie. Mais pour y arriver, je n'avais pas trente-six solutions. Je me suis juste donnée les moyens," je déclare tout en rangeant des bouteilles dans un sachet. "J'ai l'impression de me justifier..." je constate en grimaçant.

A ce moment, l'interphone au bout du comptoir s'illumine. Mère veut me parler... Hermione fait une moue interrogative, je hausse les épaules avec circonspection. Je lui laisse le magasin, et descends au sous-sol.


Quand j'entre dans son laboratoire, Mère mélange délicatement le contenu d'un chaudron d'une main, tout en tournant les pages d'un grimoire de l'autre. Près d'elle, une plume gratte des notes sur un parchemin. Elle ne lève même pas les yeux à mon arrivée. Je me fige devant sa table et attends patiemment qu'elle finisse son travail. Encore quelques tours de spatules et elle relève enfin la tête. Elle me fixe de son regard éteint et soudain referme le livre dans un claquement sourd. Je sursaute malgré moi et tente de me reprendre.

"Vous m'avez appelé ?" je demande simplement.

Elle acquiesce doucement et commence à fouiller dans le tas de parchemins qui l'entoure. Pendant qu'elle cherche, je m'amuse à regarder si quelque chose a changé dans la pièce depuis ma dernière visite. Les bibliothèques sont toujours pleines à craquer de grimoires, de cahiers de notes et de parchemins poussiéreux qui n'ont pas été ouverts depuis un bout de temps. Les étagères plient dangereusement sous le poids des fioles et des ustensiles de préparation. Dans un coin une vingtaine de chaudrons de toutes tailles sont entassés et attendent leur tour pour être utilisés. Sur les quatre paillasses que compte le laboratoire, sept chaudrons attendent sur le feu, leur contenu frémissant. Un huitième repose, vide. Décidément tout est exactement à la même place depuis 18 ans, si ce n'est plus, même les toiles d'araignées qui tiennent lieu de décoration. Je me demande vraiment à quoi peut bien servir Nina...

Je reporte mon attention sur Mère qui tient dans ses mains une enveloppe cachetée à la cire verte. Elle me la tend en silence puis prend une autre spatule pour tourner une des sept mixtures. La plume recommence à gratter sur du parchemin. Je quitte le laboratoire.

Une fois la porte refermée, j'expire longuement. L'air est tellement pesant quand Mère est dans les parages… Je lève l'enveloppe devant mes yeux et commence à l'inspecter. L'adresse a été tracée à l'encre noire, d'une écriture petite et serrée, élégante mais masculine. Je la retourne pour examiner le cachet. Oh oh... De la cire verte émeraude, dans laquelle est imprimée une tête de mort dont un serpent s'échappe de la bouche. La Marque des Ténèbres. Qu'est-ce qu'ils nous veulent ? Je ne sais pas, j'espère juste que ça n'a aucun rapport avec Hermione. L'écriture m'étonne. J'inspire autant d'air que mes poumons le permettent et j'ouvre l'enveloppe d'un coup sec. Autant en avoir le coeur net. Je tire un morceau de parchemin et parcours la missive des yeux. Je recrache l'air que j'ai emmagasiné avec rage.

"Quel sale petit con !" je fulmine en froissant la feuille. "Un jour il va me le payer."

Je tente de retrouver mon calme puis je remonte dans le magasin.


"Au revoir et merci de votre visite !" s'exclame Hermione avec emphase, en raccompagnant une vieille dame à la porte.

Une fois celle-ci close, elle place la plaque sur "Fermé" et s'écrit" : "19h !!!" les yeux brillants. J'éclate de rire en la regardant tirer les rideaux avec entrain.

"Et bien, je n'ose même pas imaginer ce que ça va être demain soir," je déclare en pouffant.

"Ne m'en parle pas. Si le samedi est pire qu'aujourd'hui, ça va être ingérable !" dit-elle avec horreur.

"Mais si, ne t'inquiète pas. Dis-toi que nous sommes deux à présent," je la rassure. "Non, ne ferme pas le rideau de la porte, et rouvre-la. J'attends quelqu'un."

"Ah oui ? Qui ça ?" demande t-elle, le sourire retrouvé.

"Détrompe-toi, c'est un client spécial. Il ne peut pas venir pendant les heures d'ouverture, il passe donc ce soir."

"Très bien," répond-elle en tournant la clé dans la porte. "Au fait qu'est-ce qu'il s'est passé tout à l'heure avec ce Paul ?"

"Oh, rien de très important. Je ne pouvais rien dire devant les clients, ça n'aurait pas été très professionnel. Paul Callister est un Hufflepuff de sixième année à Hogwarts, il fait parti d'une bande de petits malins qui font sans arrêt des blagues plus ou moins drôles. Vu la liste qu'il t'avait donnée, il en préparait une pour l'Hogwarts Express. Je l'ai juste convaincu que l'idée était très mauvaise..."

"Tu sais ce qu'il préparait ?" demande t-elle en revenant vers moi.

"Une potion de furoncles, très bon goût n'est-ce pas ?"

"Dans mon monde, les blagueurs de services étaient des jumeaux. Ils auraient bien fait un coup..." elle est coupée en pleine phrase par la cloche de l'entrée.

Un jeune homme brun vient de pousser la porte. Il se dirige vers nous en passant ses mains dans ses cheveux en bataille. Ses yeux émeraude me fixent de derrière ses lunettes rondes.

"Harry !" s'exclame une voix un peu trop aiguë.

D'un même mouvement, nous tournons nos têtes vers Hermione qui a les mains écrasées contre la bouche. Ses yeux brillent et des larmes commencent à se former au coin de ses yeux.

Et m...

Harry pivote vers elle, et d'un mouvement rapide lui attrape une main et la baise en s'inclinant.

"Mademoiselle, enchantée de faire votre connaissance," murmure-t-il.

Je roule des yeux, en prenant toutefois garde à ce qu'il ne le remarque pas. A ce même moment, la cloche retentit à nouveau.

"Et bien, tu ne perds pas ton temps à ce que je vois. Je tourne le dos quelques minutes et je te retrouve en pleine conquête," s'exclame le nouveau venu.

"Et alors, ça te gêne ?" répond Harry, qui n'a pas quitté Hermione des yeux, avec un imperceptible soupçon de menace dans la voix.

"Non, non, je rigole," s'empresse de dire l'autre.

"Tu sais ce que je pense de ce genre de familiarité," ajoute Harry avec humeur.

Cette fois, il s'est tourné vers son interlocuteur. J'en profite pour regarder Hermione qui a complètement changé d'expression. De l'euphorie, elle vient de passer à la stupéfaction et à... l'horreur ? Je me racle la gorge pour la ramener au plus vite à la réalité, avant que les deux jeunes hommes se rendent compte que quelque chose cloche. Elle cligne des yeux plusieurs fois et me regarde, l'air hagard.

"Adayloth", me salue sèchement le nouvel arrivant.

"Malfoy", je réponds d'un ton égal en soutenant son regard gris. "La prochaine fois que tu m'annonces votre visite, nul besoin d'utiliser ce cachet..." je rajoute avec mépris.

"Pourquoi donc ? Il t'a fait peur ? Tu as des choses à cacher ?" remarque t-il avec son sempiternel sourire en coin.

"Bien sûr que j'ai eu peur ! C'est à ça que sert la Marque, à nous rappeler que le Maître a tout pouvoir sur nous. Qui serait assez stupide pour s'en amuser ?" je crache avec colère.

Le sourire de Malfoy se rétracte en une moue boudeuse, et je remarque que Hermione a encore tiqué au mot "Maître". J'ai l'impression que Harry l'a aussi vu, mais l'expression de contentement qu'il arbore montre qu'il se méprend sur son sens. Il pense qu'elle est juste terrifiée par l'évocation de Voldemort. Il n'a pas de mal d'un coté, elle va s'évanouir si ça continue ! Merlin...

"Et si nous allions nous asseoir ?" je propose avec un entrain qui n'a rien de naturel, surtout pour un si mauvais changement de conversation.

"Bonne idée, et peut-être prendras-tu le temps de me présenter cette personne," me sermonne gentiment Harry.

"Mais très certainement. Hermione est ma cousine, elle vient de Nouvelle-Zélande et elle va passer cette année avec nous à Hogwarts. Mais je suis sûre que tu le savais déjà," j'expose avec le plus de détachement possible. "Si j'insiste autant pour que nous allions nous installer quelque part, c'est parce que Hermione n'a jamais rencontré de gens vraiment importants, et je ne pense pas qu'elle tienne debout très longtemps," j'ajoute avec une pointe de moquerie.

Il va falloir que je m'excuse auprès d'elle pour ça...

"Très bien, on te suit," dit-il en balayant l'air de la main.

J'attrape Hermione par le bras et la tire doucement vers l'arrière-boutique. La pauvre fait pitié à voir. Elle connaît Draco et Harry, c'est évident, mais ils ne doivent pas être pareils chez elle. A chaque pas, elle reprend un peu ses esprits. Derrière nous, les deux jeunes hommes discutent mais leur conversation est inintelligible. J'entends Harry s'esclaffer puis Draco rétorquer :

"Ca se comprend, ça n'est pas tous les jours qu'on rencontre le fils du Seigneur des Ténèbres."

Au pas suivant, les jambes de Hermione se dérobent sous ses pieds


Adossée contre le battant de la chambre de Hermione, je l'observe depuis déjà cinq minutes en silence. Elle est allongée sur son lit et fixe le plafond avec insistance. Je me décide à sortir de mon mutisme, ce petit jeu ne va pas durer jusqu'à demain.

"Hermione, tu n'as pas touché à ton repas," je dis en marchant jusqu'à la commode où repose un plateau contenant une assiette de soupe à la tomate et une autre de gigot aux haricots aussi froides l'une que l'autre. "Mourir de faim ne va rien changer à la situation, tu sais."

"La situation ? Tu te rends compte de la "situation" ?" explose t-elle en se relevant brusquement, me faisant tressaillir.

"Non. Non, je ne comprends pas puisque tu ne m'as rien expliqué ! En trois heures, tu n'as fait que tomber dans les pommes et regarder ce satané plafond ! Même après le départ de Harry et Draco, tu n'as pas daigné expliquer ton comportement plus que suspect ! Donc non, je suis désolée mais je ne me "rends pas compte de la situation" !" j'éclate à mon tour.

Elle se fige et la colère sur son visage se décompose pour laisser place à de la stupéfaction.

"Excuse-moi d'avoir crié", je m'empresse d'ajouter à voix posée. "Mais si tu veux bien me raconter toute l'histoire, je t'écoute," dis-je en m'essayant à ses cotés.

Elle me dévisage longuement puis prend une profonde inspiration avant de se lancer.

"Dans mon monde, je n'ai pas beaucoup d'amis. Mais Harry Potter est l'un d'entre eux, c'est même mon meilleur ami. Quand "l'accident" est arrivé, Ron et Ginny Weasley, Harry et moi étions chez un antiquaire. Ce sont, avec ma famille, les personnes les plus importantes dans ma vie. Depuis une semaine que je suis ici, j'ai passé chaque seconde à me demander quand je les reverrai. J'attendais stupidement que l'un d'eux pousse la porte du magasin et qu'il me sorte d'ici."

"Mais Harry ne t'a pas reconnue..." je continue.

"Non. Enfin si, il ne me connaissait pas, mais je m'en doutais," me contredit-elle.

"Alors où est le problème ?"

"Tout le reste ! Déjà, la façon de se tenir et de me faire le baise-main. Mon Harry aurait lancé un vague "salut" avec le regard fuyant. Il n'aime pas parler à des inconnus. Mais ensuite Malfoy est entré et... Ils sont amis ?" demande t-elle comme si c'était la chose la plus incongrue du monde.

"Hmm, je ne sais pas si c'est exactement le terme, mais ça doit être la chose qui s'en approche le plus," je déclare après quelques secondes de réflexion. "Ces deux-là ont été collés ensemble depuis la petite enfance. Je suppose que si Harry était capable d'aimer quelqu'un d'autre que lui-même, il pourrait considérer Draco comme son meilleur ami. Selon le protocole, Draco est un peu comme le familier de Harry," j'explique tout en me demandant si cette histoire a du sens.

Hermione me fixe, cligne des yeux et pousse un "Quoi ?" retentissant. Chez elle, Draco n'a pas l'air d'être un ami. Nous devrions la laisser raconter son histoire, sinon nous allons nous mélanger les pinceaux.

"Une seule chose à la fois. Restons concentré sur ce qui n'est pas normal pour toi. Je ferai les modifications plus tard."

Elle affiche une moue dubitative, puis finalement relance son explication. Ainsi, j'apprends que Draco est la nemesis de Harry, qu'il fait tout pour lui rendre la vie dure. Elle me raconte aussi combien elle a été choquée par la façon dont Harry parlait à Draco. Que le sien n'était pas quelqu'un d'aussi prétentieux et que c'était ce qui l'avait vraiment choquée sur le moment. Le Harry qui avait fait irruption avait exactement le genre de comportement qu'arborait Draco Malfoy chez elle.

"Vu son éducation, je ne vois pas comment il aurait pu grandir autrement," je m'étonne. "Sauf si..."

"Sauf s'il n'a pas été élevé comme ça," me coupe-t-elle. "Pourquoi crois-tu que je me sois évanouie ? Harry n'est pas le fils de Voldemort, par Merlin ! C'est le fils de James et Lily Potter ! Pourquoi... Comment a-t-il fini avec ce monstre ?!" s'écrie-t-elle.

"La version officielle veut que le Seigneur des Ténèbres ait sauvé le petit Harry des ruines de Godric's Hollow et que, dans sa grande clémence, il l'ait adopté pour en faire son héritier," je récite d'un ton peu convaincu.

"Voldemort a attaqué Godric's Hollow! Il a assassiné James et Lily ! Il ne voulait pas sauver Harry, il était là pour le tuer !"

"Je suis de l'Ordre, je sais parfaitement qu'il n'était pas là par hasard," je tente de la calmer. "Mais dis-moi, s'il était sa cible, pourquoi ton Harry est toujours vivant ?"

"D'après Dumbledore, il y a de l'Ancienne Magie dans l'histoire. Je n'ai pas les détails, je sais seulement que l'Avada Kedavra de Voldemort s'est retourné contre lui. C'est comme ça qu'il a..." Ses yeux s'arrondissent comme des billes, "...chuté. C'est pour ça qu'il dirige votre monde ! Il n'a pas attaqué Harry, donc il n'a pas été arrêté."

Je la regarde, perplexe.

"D'après toi, mon monde est dans cet immense bourbier parce que le grand méchant Voldemort a soudain eu un élan de paternité ? C'est n'importe quoi !"

"Pourtant tu vois une autre explication ? Je ne dis pas qu'en voyant Harry, il s'est dit qu'il allait le garder. Il est bien trop tordu pour ça. Il avait sans doute une raison de faire ce qu'il a fait. Mais le résultat est là ! Il n'a pas tenté de le tuer, et ça l'a sauvé." Elle se prend la tête dans les mains. "Merlin ! Voldemort dirige le monde, il a adopté ce qui devait être son pire ennemi et je suis coincée ici..."

"Si ça peut te rassurer, la situation ne m'enchante pas non plus... Sauf pour ce qui est de ta présence." Je lui adresse un petit sourire réconfortant.

"Je ne voulais pas dire ça," réalise-t-elle avec horreur. "C'est seulement que..."

"Pas la peine de t'excuser. Personne n'aimerait être ici. Je donnerais tout pour être ailleurs," je soupire.

Elle me rend mon sourire et soudain hausse un sourcil interrogateur.

"Tu pourrais développer ce "Draco est le familier de Harry" ? Parce que ça sonne vraiment bizarrement dans ma tête."

"C'était une idée de Voldemort. Quand il a adopté Harry, il l'a surprotégé et l'a enfermé au Manoir. Il a été élevé dans le pur dogme de Voldemort qui voulait en faire le serviteur parfait. L'Ordre a tenté de comprendre ce qu'il se passait et ça a été une de mes premières missions, sans que je le sache. Mes parents m'emmenaient au Manoir lorsqu'il y avait des soirées et après coup, je devais raconter comment avait agi Harry et le genre de choses qu'il disait."

"Et comment était-il ?" me demande Hermione avec appréhension.

"Le pire gamin que j'ai jamais rencontré. D'une prétention sans égale, pensant que tout lui était dû et incroyablement retors. Il s'amusait à piéger les gens qui l'entouraient, à leur faire dire et faire n'importe quoi. Heureusement que j'étais trop petite pour comprendre que j'étais une taupe, il aurait pu me le faire cracher sans que je m'en rende compte. Et il n'a quasiment pas changé depuis. La seule grosse différence, c'est que maintenant il se cache derrière des manières mielleuses. Rien à voir avec ton Harry, à ce que tu peux voir..." Elle acquiesce d'un air sombre. "C'est pour ça que je te préviens, ta réaction a pu avoir deux effets sur lui : soit il a crû que tu étais impressionnée par sa personne et tu l'as flatté de la meilleure manière possible, soit il se doute qu'il y a un problème, et je ne donne pas cher de notre peau à toutes les deux. C'est pourquoi à Hogwarts, il va falloir que tu fasses exactement ce que je te dis. Oublie immédiatement le Harry que tu connais, ça n'est pas lui. Il aura beau lui ressembler, et parfois tu verras sans doute un peu du tien transparaître, mais il ne faudra pas tomber dans ce piège ! C'est l'ambassadeur de Voldemort dans Hogwarts, ses yeux et ses oreilles. N'importe quel comportement suspect et Voldemort sera au courant dans la minute qui suit."

Elle ne m'a pas quittée des yeux pendant mon petit discours. Je ne sais pas comment elle le prend, mais il a l'air de faire du chemin dans sa tête. Finalement, elle obtempère d'un hochement de tête.

"Et Malfoy ? Je ne lui ai jamais fait confiance, mais j'aimerais savoir ce qu'il est exactement dans tout ça."

"Quand il était petit, Draco a d'une certaine manière été donné à Voldemort pour en faire le compagnon de jeu de Harry. Ils ont été élevés ensemble à Little Hangleton, le manoir de Voldemort. C'est là que se réunissent les Mangemorts, ce sont eux qui se sont chargés de l'éducation des deux petits."

"Attends, Lucius et Narcissa Malfoy ont laissé leur fils à ce dingue ?" s'exclame-t-elle abasourdie.

"D'après ce que j'ai appris avec le temps, c'est Lucius qui a pris cette décision. Narcissa n'a pas eu son mot à dire. Elle aurait tout tenté pour garder son fils avec elle, mais finalement Draco a été arraché à sa mère." J'attends qu'elle réagisse, mais face à son mutisme, je reprends mon histoire. "Est-ce que tu connais un peu la famille Malfoy ?"

"Très peu... Je sais que Lucius est un Mangemort opportuniste, obnubilé par la pureté de son sang et par le pouvoir. Il a longtemps caché qu'il servait Voldemort mais il a finalement été attrapé et envoyé à Azkaban. Je n'ai rencontré Narcissa qu'une seule fois et elle ne m'a même pas vue. Draco en tant qu'enfant unique est leur petit dieu. Ah oui et Narcissa est la soeur de Bellatrix Lestrange qui, après Voldemort, est la plus grande psychopathe au monde. Une folle qui lui obéit au doigt et à l'œil," énumère t-elle avec méthode.

"Exactement, avec ça tu peux comprendre ce qu'il s'est passé. Voldemort n'a pas explicitement demandé aux Malfoy de lui donner leur fils. Je pense même qu'il avait quelqu'un d'autre en tête. Mais au sein des Mangemorts, une espèce de guerre s'est engagée. Tout le monde voulait que leur fils devienne le petit compagnon de l'héritier de Voldemort. Narcissa pensait que son fils n'avait aucune chance, et elle ne faisait rien pour lui en donner. Elle ne voulait pas s'en séparer et avait compris le genre de vie qui l'attendrait s'il devenait "l'ami" de Harry."

"Quelle vie ?"

"De prime abord, l'offre de Voldemort peut paraître très alléchante. Il s'occupe du petit garçon, lui donne la meilleure éducation possible, prend tous les frais en charge, lui ouvre les portes d'un futur grandiose. Le garçon en question ne sera pas qu'un Mangemort, il sera le confident et sans doute le bras droit de Harry quand celui-ci succèdera à son père. Et comme les parents sont eux-mêmes des Mangemorts, ils pourront voir leur enfant quand ils le souhaiteront. Sur le parchemin, tout le monde est gagnant."

"Et où est l'arnaque ?" demande t-elle en fronçant le nez.

"Ca n'est pas exactement une arnaque. Tout ce que j'ai dit est vrai, Draco a bénéficié de tout ça, seulement ça a impliqué quelques petits sacrifices... "

"C'est évident, on n'accède pas à ça sans rien en retour..." me coupe t-elle.

"C'est justement ce que tout le monde clamait. Ils en avaient tous fait pour arriver aux cotés de Voldemort, alors leurs enfants pouvaient bien en faire aussi. Sauf que Narcissa n'était pas d'accord. Elle ne voulait pas que son fils soit forcément le meilleur Mangemort, elle voulait juste qu'il grandisse dans un environnement sain, du moins aussi sain que possible. Et ce que Voldemort proposait était tout sauf ça."

"C'est-à-dire ?"

"Narcissa est loin d'être stupide, c'est une aristocrate et elle a eu l'une des meilleures éducation du pays. Est-ce que tu sais ce qu'est un "corrigé par procuration" ?"

"Non." Mais je vois dans son regard qu'elle se méfie déjà de ma réponse.

"C'est une très vieille pratique qui veut qu'un enfant noble ne puisse être battu pour ses mauvaises actions. Les grandes familles avaient donc pris l'habitude d'acheter un enfant du même âge que le leur, mais d'un rang social bien inférieur. Il devenait le compagnon de jeu du fils de famille et bénéficiait de la même éducation. Mais quand le noble faisait quelque chose de répréhensible, c'était l'autre qui prenait le fouet," j'explique sur un ton docte.

"Merlin ! Tu veux dire que..."

"Que Draco Malfoy, pendant toute sa vie, a pris chaque coup que Harry Potter aurait dû recevoir. Et je peux te certifier qu'il y en a eu beaucoup et qu'il y en a encore. Dès son plus jeune âge, Harry a montré qu'il avait de grands pouvoirs et pour une raison qui nous échappe à tous, ça a effrayé Voldemort. Il a donc décidé de recourir à cette "tradition". Nous pensons que pour Voldemort, si Harry n'avait rien à lui reprocher, il le suivrait n'importe où. Son règne est basé sur la terreur, quiconque le déçoit est puni de la pire des façons. Mais il n'a jamais levé le petit doigt contre son fils, et ça n'est pas par sentimentalisme. Narcissa a tout de suite compris ce qui attendait Draco, elle s'est donc élevée contre cette idée et elle a failli gagner. Mais elle a été trahie par les deux personnes les plus importantes de sa vie. Lucius était bien décidé à mettre sa progéniture entre les mains de Voldemort. Après tout, il recherche le pouvoir et c'est exactement ce que Draco allait lui apporter si ça arrivait. Et de l'autre côté, Bellatrix faisait aussi front. Elle était bien décidée à ce que Draco gagne cette place. Elle n'avait pas de fils, alors c'était à son neveu d'y aller. Et puis, ça la rapprocherait encore plus de Voldemort, et sa plus grande rivale qui avait aussi son fils en lice en prendrait un coup. Narcissa s'est défendue comme elle a pu, mais quand Voldemort a choisi le petit Draco, elle n'a plus eu le choix."

Hermione garde le silence, l'air perplexe.

"Enfin, ça n'empêche pas Draco d'être tout aussi prétentieux et intolérant que Harry. Son histoire a beau être horrible, il n'a jamais regretté ce qu'il s'est passé. Etre aussi intime avec Harry lui confère un pouvoir immense. Il est craint par la majorité des gens qui pensent, à raison, que tout ce qu'il saura, tombera dans l'oreille de Harry puis dans celle de Voldemort. S'il avait voulu un autre sort, il y a longtemps qu'il aurait trouvé un moyen de s'échapper. Il n'est pas à plaindre. Aucun Malfoy n'est à plaindre," je conclus en me levant. "Il se fait vraiment tard, et notre journée de demain sera très longue. Tu devrais te reposer et ne pas penser à tout ça, cette nuit au moins. Tu veux que je t'amène une bouteille de Goutte du Mort-Vivant ?" je lui propose en attrapant le plateau repas intact.

"Non merci, si je prends des somnifères à chaque nouvelle révélation, je vais devenir accro", dit elle avec un pauvre sourire.

"Très bien, mais ne ressasse pas tout ça durant la nuit, ça ne va rien arranger. Bonne nuit".

Pas de réponse. Je ferme la porte délicatement.


"Hermione ! Hermione, lève-toi ! Le magasin ouvre dans une demi-heure !" j'appelle en tambourinant sur la porte de la chambre. "Hermione, j'entre !"

La pièce est plongée dans la pénombre. Je me dirige d'un pas vif vers la fenêtre en tirant ma baguette de ma manche. D'un geste sec du poignet, je commande aux stores de s'ouvrir, laissant le soleil illuminer la pièce.

"Hermione, nous allons être en ret... Merd... lin"

Je me précipite hors de la chambre au lit vide.


Peut-être ont-ils raison, les Enfants de Moldus ne sont pas dignes de confiance. Je te défends de penser ça ! Il faut la comprendre, s'il nous arrivait la même chose, tu penses sérieusement que nous resterions gentiment les bras croisés ? Non, mais au moins je laisserais un petit mot, ou je me débrouillerais pour que personne ne s'inquiète... Tu ne sais pas ce que tu ferais. Oh si, j'en ai une petite idée... Peu importe, je suis certaine qu'elle a ses raisons pour être partie sans prévenir. Elle reviendra. J'espère, avec tout le mal que tu t'es donné pour elle... Tais-toi, il est 14h, la pause est finie.
Le plus ironique dans tout ça, c'est qu'il y a une semaine, tu trouves la personne que tu attendais depuis des années, et le jour où tu as vraiment besoin d'elle, elle te laisse tomber. Si tu n'as rien de plus réconfortant à dire, tu peux rester silencieuse dans un coin de ma tête. J'avais fini par m'habituer à ta quasi-absence cette semaine. Si Hermione ne revient pas, prépare-toi à ma présence aussi souvent qu'avant... Je vais appeler Saïph.
"Tu es bien certaine de ce que tu as vu ?" je demande à la tête blonde qui flotte dans l'âtre du salon.

"Tu mets mon talent en doute ?" s'offusque faussement Saïph. "Sérieusement, j'ai vérifié plusieurs fois et c'est la bonne adresse, il n'y a aucun doute. Mais qu'est-ce que ta cousine irait faire dans Notting Hill ?"

"Si je le savais, je n'aurais pas eu besoin de tes services... Je pense qu'elle s'est perdue. Elle ne connaît pas du tout Londres, elle n'a pas dû retrouver le Chemin de Traverse," j'explique à la va-vite.

"Elle ne sait pas transplaner ?" s'étonne ma meilleure amie.

"Euh, je ne crois pas. Je suis désolée Saïph mais je vais te laisser, je dois partir la chercher," je m'empresse de dire avant qu'elle ne pose plus de questions.

"D'accord, à Lundi prochain je suppose..." dit-elle avant de couper la communication.

Je me lève pour chercher une cape dans ma penderie avant de transplaner pour Notting Hill.


Le soleil a fini de se coucher quand j'apparais devant une rangée de résidences bien alignées. Un groupe de jeunes gens sursautent à ma vue et s'éloignent à pas rapides. Je lève les yeux au ciel puis scrute les alentours. De l'autre coté de la rue, Hermione est assise sur les marches qui mènent à une maison.

"Tu sais que je me suis inquiétée pour toi toute la journée", je m'exclame quand j'arrive à sa hauteur.

Elle relève la tête et me fixe avec des yeux rougis et gonflés. Elle a l'air exténué. Je dénoue ma cape et la pause sur ses épaules. Puis, je m'assois doucement à ses cotés et entoure mes genoux de mes bras. Septembre arrive et les soirées sont fraîches.

"Dis-moi que ça n'est pas à cause de Harry que tu t'es enfuie..." je soupire.

Elle renifle et tente de dire quelque chose, mais les mots ne viennent pas. Elle expire bruyamment puis dans un hoquet elle pousse un "Non" rageur. Elle pleure encore, mais elle n'a plus de larmes. Je me tourne vers elle.

"Dis-moi ce que nous faisons ici ? C'est un joli quartier mais la population est Moldue..."

"C... C'est ma ma... maison," hoquette-t-elle, en pointant du doigt le bâtiment auquel nous tournons le dos.

"Oh non... Ne me dis pas que tu es venue te voir ?" je m'écrie.

"N... Non. Je suis venue voir mes p... parents."

"Loin de moi l'idée de t'accabler, mais ça n'est pas l'idée la plus lumineuse que j'ai entendue..." je me rends compte de la cruauté de mes paroles, je m'empresse d'ajouter. "Mais pourquoi es-tu venue seule ? Tu aurais dû me le demander, je t'aurais accompagnée."

"Je ne pouvais pas dormir cette nuit, alors je suis sortie et au matin j'étais encore dehors... Je me suis retrouvée ici sans m'en rendre compte."

"Tu as marché du Chemin de Traverse jusqu'à Notting Hill ?" je m'étonne.

"Oui, mais quand je suis arrivée devant ma maison, j'ai voulu faire demi-tour, mais je n'y arrivais pas. J'ai passé la matinée dans cette rue à attendre que mes parents en sorte ou même moi. Quelque chose de familier." Elle est à nouveau prise de sanglots.

"Et tu les as vus ?" je demande, bien que la réponse soit évidente.

"Non... Mais à midi, une femme a grimpé les escaliers et a ouvert la porte. Je ne l'avais jamais vue. Alors je ne sais pas trop ce qui m'a pris, je suis allée sonner. Quand elle a répondu, je lui ai demandé si les Granger étaient là."

"Ils n'habitent plus ici, c'est ça ?" je déclare doucement. Une longue plainte me répond.

"Ca fait 15 ans que cette maison appartient à une autre famille," finit-elle par balbutier.

Et soudain, je comprends tout.

"Dis-moi que tu n'es pas une Enfant de Moldus," je souhaite en me prenant la tête dans les mains.

Je l'entends qui avale difficilement sa salive et elle tourne ses yeux embués de larmes vers moi.

"Si. Tu sais où ils sont ?" dit-elle avec une lueur d'espoir dans les yeux.

Je me lève d'un bond et couvre ma bouche avec ma main dans un geste nerveux. Non... Non... Non !!! Nous sommes obligées de le dire. Nous ne pouvons pas lui mentir, pas à propos de ça. Non ! Tout mais pas ça ! Même si je le faisais à ta place, le résultat serait le même...

"PUTAAAAAAAIIIN !" je hurle en donnant un coup de poing dans la grille qui borde l'escalier.

Je m'écroule aux pieds de Hermione qui m'observe hébétée. Je prends une grande inspiration, pour gagner le plus de temps possible.

"Ils... Vous... Merlin, je ne peux pas te dire ça. Pas comme ça !"

Je la regarde, son visage est inondé de larmes. Dans ses yeux, je vois la question qu'elle n'arrive pas à poser, j'acquiesce avec peine. Elle se jette dans mes bras en sanglotant.

"Je suis désolée Hermione, tellement désolée. Mais nous allons le détruire. Lui faire payer tout ce qu'il a fait durant toutes ces années. "Je murmure doucement, ne sachant pas vraiment si elle m'entend. Mais malgré ses spasmes, je sens qu'elle hoche la tête avec conviction.


Nous sommes assises dans le salon en silence. Hermione est pelotonnée sur l'ottomane, enveloppée dans une couverture. Sur la table sont posées des tasses de chocolat chaud que nous n'avons pas encore touchées.

Elle a réussi à retrouver son calme, mais elle a de nouveau le regard vide d'hier soir. Le problème, c'est que cette fois je ne vois pas comment l'aider. Elle a dû encaisser beaucoup trop de choses en une semaine, je ne crois pas qu'elle puisse en supporter davantage. Alors tu ne vas pas le lui expliquer ?Elle a bien le droit de savoir, tu ne penses pas ? Si, mais je n'ai pas envie de la détruire. Plus les jours passent, plus elle découvre que la vie telle qu'elle la connaît n'existe pas. Mais ça n'est pas sa vie ! C'est celle d'autres personnes qu'elle ne connaît même pas. Quand elle retournera chez elle, ses parents seront là, ses amis aussi. C'est ce qu'il faut lui faire comprendre. Sauf qu'il y a des chances pour qu'elle ne reparte jamais là-bas. Nous avons beau être des autres versions de son entourage, il n'empêche que nous sommes quand même réels. Dis ? Oui ? Tu penses qu'elle est comment notre vie chez elle ?

"Hermione ?" je lance d'une voix incertaine.

"Comment sont-ils morts ? C'est pour ça que tout le monde a été choqué d'apprendre mes origines chez Eilane ? Et c'est comme ça que tu l'as compris ?" coupe t-elle sans cesser de regarder la couverture.

Cette fois tu ne peux plus reculer.

"Comme tu le sais, Voldemort hait profondément les Moldus. Quand il a pris le pouvoir, il a d'abord pensé se débarrasser d'eux. Mais il a vite compris que c'était une mauvaise idée. Ils peuvent toujours être utiles, tant qu'ils ne se mélangent pas aux Sorciers. Il a donc instauré des nouvelles lois. Interdiction des unions mixtes et renvoi de toutes hautes fonctions ou de Hogwarts des Sang-Mêlés. Au début, il pensait n'y accepter que les Sangs Purs, mais il s'est vite avéré que la plupart des familles de sorciers n'étaient plus "pures" depuis longtemps."

"Tonks m'a expliqué tout ça... Il a alors allégé la loi et a juste empêché les nouveaux Sang-Mêlés et les Enfants de Moldus de rentrer à l'Ecole," dit-elle.

"Il n'a pas "allégé la loi", il l'a durcie !" je la contredis. "L'interdiction d'union n'a pas empêché les gens de faire des enfants. Le mariage n'est pas une obligation. Et c'est ce qui le gênait beaucoup, mais il était impossible de surveiller tous les sorciers. Son pouvoir était bien trop nouveau, il fallait réellement l'ancrer dans l'esprit des gens. C'est là qu'est apparue une nouvelle loi. Est-ce que tu savais que chaque sorcier, même les Enfants de Moldus, sont inscrits à Hogwarts dès la naissance ?" Je la vois qui acquiesce, je reprends. "Des arbres généalogiques se créent dans des registres, avec le nom de ces enfants. C'est comme ça que se fait le recensement de la population. Tout sorcier britannique est sensé aller à Hogwarts. Il a trouvé une autre utilité à ces répertoires. Il a décidé d'éradiquer le problème à la source, ainsi toute famille qui donne naissance à un Enfant de Moldus ou un Sang-Mêlé est anéantie. Les deux premières années ont été un véritable génocide. La population de l'Angleterre a énormément baissé, puis les gens ont compris le message et ça s'est tassé. L'existence du Monde Magique est de notoriété publique à présent, mais les Moldus nous fuient comme la peste. Ils savent ce qu'ils risquent s'ils nous approchent."

"Mais on ne choisit pas d'avoir un enfant sorcier. Mes parents sont tous les deux Moldus, ils ne pouvaient pas savoir ce que je serai," fait remarquer Hermione d'une petite voix.

"Je sais, mais c'est sa façon de les terrifier. Il a besoin d'eux, mais il n'hésite pas à les tuer s'il le doit. Les Enfants de Moldus sont un phénomène tout de même assez rare. En avoir une demi-douzaine par an est déjà énorme. Les journaux Moldus n'annoncent même plus la mort de ces gens. Ce sont ceux qui n'ont juste pas eu de chance..." je conclus avec dépit. "C'est pour ça que j'ai accepté de devenir une espionne pour l'Ordre. Pour que nous puissions mettre un terme aux lubies de ce fou, et j'ai bien l'intention d'y arriver avant la remise de mon diplôme."

Hermione lâche sa couverture ses yeux brillent de détermination.

"Est-ce que je peux t'aider ?"


Et voilà... Maintenant vous savez quasiment tout. Dans le prochain chapitre : la rentrée de Hermione et de Thisbé, avec au programme des réjouissances, rencontre avec des nouveaux (et anciens) camarades et professeurs. Je ne sais pas pourquoi, mais si j'étais Hermione, je n'irais pas... Aller à la prochaine ! (qui vient de dire "dans 6 mois ?" )