Je remercie du fond du coeur tout ceux qui ont pris la peine de me laisser un avis, soit Alice L. Nightray, Raiu-chan, et Alena Robynelfe ainsi que ceux qui ont posté en anonymes ! Sachez que ça me fait très plaisir =)
Et merci aussi à toutes les personnes qui me lisent et qui aiment ! Bonne Lecture sur ce chapitre 2
Chapitre 2 : Animaux de Cirque
Musique d'Ambiance : Vampire Knight - Zero's Theme
L'espoir qui m'habitait au début, celui d'enfin apercevoir la lumière dans cette vie de misère, s'estompa bien vite. Je m'étais rendu à l'évidence, seule l'obscurité régnait en ce bas monde. La chaleur humaine, l'atmosphère familiale, l'amour parental, tout ça n'existe que dans les contes pour enfant, au final. C'est du moins ce que je comprenais à force de vivre de misère. Peut-être que si j'avais abandonné Vincent à cette époque, j'aurai pu connaître tout ça …
Pour autant, je ne regrette pas d'être resté avec lui. Après tout, c'est lui qui souffrait le plus, c'est lui qui était insulté, qui encaissait les regards, les remarques, et même les coups, quand je n'étais pas là pour le défendre et les encaisser à sa place. Mais plus je prenais les coups pour lui, plus il se maudissait d'être là, à mes côtés. Peut-être aurait-ce été mieux pour lui que je l'abandonne ? Peut-être est-ce juste mon égoïsme au fond, qui me raccrochait à lui afin que je me sente indispensable ?!Pourtant, il ne cessait jamais de m'appeler à l'aide !
Je me souviens l'avoir entendu dire « si seulement je pouvais mourir et te libérer de mon existence ». Il n'avait peut-être pas tord, mais comme il était le seul qui donnait un sens à ma vie, je ne pouvais pas le laisser mourir. Quelque part, ça ne doit certainement qu'être qu'un désir égoïste. Je ne suis pas le grand frère protecteur et formidable qu'il voyait, et qu'il voit toujours. Juste, un égoïste, qui avait besoin qu'il ait lui-même besoin de moi. Sans un sens à ma vie, je serais mort, et l'on aurait retrouvé mon cadavre dans les égouts, dévoré par les rats tout juste le lendemain.
- Grand frère ?
- Qu'est-ce qu'il y a Vincent ?!
- Tu sais ce qu'il veut, le monsieur ?
Il parlait de celui à qui nos parents nous avait vendu. Non, je n'en savais rien. Et j'étais très inquiet aussi. Mais comment aurais-je pu montrer ma peur au petit frère qui tremblait comme une feuille juste derrière moi, s'agrippant à mon vêtement comme un naufragé ?! Je devais me montrer fort, au moins pour lui. Je devais lui remonter le moral, le protéger, et être inébranlable ! Pour autant, je ne suis pas un héros de roman, à qui tout réussi ! Je ne pouvais pas l'empêcher de trembler et de pleurer, je ne pouvais pas toujours lui éviter les coups, et je ne pouvais pas non plus m'empêcher d'avoir peur assez souvent aussi. Et je pouvais encore moins deviner ce que les adultes égoïstes voulaient obtenir de nous.
- Non, mais je te promets que ça ira !
Une promesse en l'air. Quoique, j'avais bien l'intention de la tenir ! C'est juste que je ne pouvais pas prédire l'avenir, je ne savais pas ce que cet homme attendait que l'on fasse. Je promettais sans savoir, je suis juste un menteur ! Même si c'était pour rassurer Vincent, ça ne justifie rien, ma promesse reste un mensonge … C'est que dirait Break, d'ailleurs !
- Comment tu peux savoir, grand frère ?
- Parce-que, de toute façon, je resterai à tes côtés, Vince !
Le sourire que j'avais réussi à lui offrir sembla le rassurer, il m'offrit une expression soulagée. Il était vraiment adorable comme ça. C'était peut-être une autre des raisons pour lesquelles je voulais le protéger. Parce-que c'était moi qui réussissais à le faire sourire, je servais à quelque chose. Pour autant, je n'ai pas pu tenir ma promesse.
- Allez, les mômes maudits, dépêchez-vous d'entrer !
Le monsieur qui nous avait « recueillis » nous fit entrer dans une pièce d'une bâtisse en très mauvais état, soit complètement délabrée. Dans la cour de ce vieux manoir abandonné stationnait plusieurs carrioles assez spéciales. Trop grandes pour être de simple véhicules, trop spéciales aussi, dans lesquelles vivaient plusieurs groupes de personnes. Un cirque ambulant. L'homme rejoignit un autre monsieur, qui l'attendait à l'abri des regards des autres.
- Alors, tu m'avais promis une surprise ? Avait demandé cet homme habillé de couleurs vives qui ressortaient dans l'obscurité.
- Je ne t'ai pas menti, regarde ce que je te ramène : Deux enfants maudits ! C'est rare d'en trouver, les gens les abandonnent plus tôt d'ordinaire, ou les élimine dès la naissance !
- C'est normal, voyons ! Après tout, personne n'en veut !
Les vieilles peurs de Vincent repartirent de plus belle. Il tremblait plus encore, et ne se contentait plus de m'agripper par les vêtements, il s'était vraiment accroché à moi du mieux qu'il pouvait, m'entourant de ses bras. Je ne pouvais pas le laisser refouler tout seul ses démons intérieurs, ça me faisait mal de le voir dans cet état. Alors, à mon tour, je le réconfortais alors que les deux hommes parlaient. Son visage d'enfant caché dans mon coup, j'avais senti quelques larmes chaudes et douloureuses couler de son visage alors qu'il murmurait encore « pardon, grand frère, pardon ». L'inconnu reprit sans se soucier de nous :
- Mais je ne vois pas en quoi des nuisances pareilles pourront nous être utiles, tu parles d'une opportunité !
« Nuisance »
- Allons, allons, ces fardeaux travailleront d'eux-mêmes pour gagner leur pain !
« Fardeau »
- Mais tout de même, de tels boulets …
« Boulets »
- Réfléchis deux minutes, leur existence est une telle gêne pour tous le monde qu'on peut les exploiter sans que personne ne vienne nous prendre la tête avec des leçons de morales !
« Gêne »
- Et qu'est-ce que tu comptes faire de ces erreurs de la nature ?
« Erreur de la Nature »
- La ferme !
Les deux adultes s'étaient instantanément retourner vers moi. C'était certainement une erreur que de leur avoir crié ça, mais je ne supportais pas de les entendre déblatérer de telles abominations sur ma seule famille. C'était tellement inhumain que je m'étais laissé emporté par la colère ! Tellement aveuglé par la haine, j'en avais oublié que leur propos étaient légitimes : personne ne considérait les enfants maudits comme des être humains à part entière, plus comme des ratés. Mais moi …
- Je vous interdit de dire du mal de Vincent !
Mon petit frère me regardait fixement. Il était touché, mais surtout, il avait très peur ! Encore plus qu'avant, puisqu'il n'avait pas peur pour lui cette fois, mais pour moi ! J'aurai peut-être mieux fait de ne rien dire, mais j'étais bien incapable de me taire lorsque j'entendais ce genre de chose sur mon cadet ! De plus, je venais à peine de lui promettre que je le protégerai !
- Grand frère, murmura-t-il d'une voix à peine audible, mais terriblement hésitante.
Un des hommes, celui qui nous avait ramené, soupira. J'ai cru un moment qu'il ne relèverai pas ce que je venais de lui cracher au visage et qu'il opterai pour l'indifférence, mais ça … C'était avant que je me prenne une violente gifle sur le visage ! J'en étais tombé en arrière, ma joue durement irritée, et la tempe ensanglantée ! Je sentais le liquide rubis couler sur mon œil droit que je fermais instinctivement, tandis que Vincent, tout tremblant, s'était agenouillé immédiatement à côté de moi !
- Grand frère, grand frère ! Gil ! Est-ce que ça va ?!
De son côté, l'homme qui venait de me frapper ne laissa aucune émotion transparaître. Il se contenta de me lancer ces paroles que je ne cesserai d'entendre tout le long de ma vie !
- Tu devras vraiment apprendre à rester à ta place !
Et il s'était aussitôt retourner pour rejoindre l'autre et reprendre leur discussion, tandis que Vincent se tenait à mes côtés, hésitant à se réconforter dans mes bras comme il en avait l'habitude, de peur de me blesser, et luttant contre ses larmes qui coulèrent malgré tout. C'était à moi de le réconforter, et je serrais sa petite tête blonde dans mes bras. Ses larmes se libérèrent instantanément, mais je portais mon regard sur les deux hommes qui discutaient.
Un regard haineux, souhaitant presque que la malédiction en laquelle je ne croyais pas une seconde les maudisse ! Mais surtout, j'écoutais attentivement leur discussion, pour savoir ce qu'ils comptaient faire de nous !
- Bref, qu'est-ce qu'on disait déjà ? Se questionna celui qui venait de me frapper.
- Tu parlais d'un moyen de se faire du fric avec ces deux monstres, lui répondit l'autre en insistant bien sur le mot « monstre ». Mais tu pourrais m'expliquer un peu ce que tu comptes en faire ? Parce-que là, je ne te suis pas !
- T'as vraiment pas le sens des affaires, c'est pour ça que c'est moi qui dirige ce cirque ! Enfin, comme je te l'ai dit, personne ne viendra nous apprendre « comment traiter un enfant maudit » puisque personne n'en veut, ce qui nous évite des limites inutiles, on en fera ce que l'on voudra !
- Et ? À quoi tu pense en disant ça ?!
- Voyons, toi qui t'occupes des animaux du cirque, tu devrais être le premier à savoir que les gens aiment voir les choses qui sortent de l'ordinaire, au point de payer ! Ils aiment les histoires de malédictions, et les animaux étranges ! Tu peux utiliser le cadet à l'œil rouge de cette manière !
À force de les entendre parler, j'avais finit par serrer les points si forts au point d'en saigner. Je ne les supportais absolument pas traiter Vincent d'animal, alors que lui avait enfoui sa tête contre moi, sans oser relever les yeux, bien trop terrorisé pour chercher à dire quoique ce soit. Mais moi, je les fusillais d'un regard noir ! D'ailleurs, j'avais ouvert l'œil droit, sur lequel le sang de ma blessure à la tempe avait coulé. Ça faisait un mal de chien ! Et dire que la rage m'empêchait de m'en rendre compte !
- Et pour l'ainé ?! Il n'est pas maudit, lui, demanda le « gestionnaire des animaux ».
- Pas d'ordinaire, c'est vrai, se moqua le « chef » en désignant mon œil droit devenu rouge par le liquide rubis qui coulait. Mais ses parents n'en voulait plus non plus, et ils ont assurer que le p'tit survivra pas tout seul.
- Il est bien faiblard, ce monstre, continua l'autre avec une mine de dégoût au point que je souhaitais instantanément lui mettre mon poing dans la gueule.
- C'est pas grave, le plus vieux nous sera utile quand même, pour toutes les autres tâches.
- Je ne quitterai pas Vincent, avais-je affirmer.
Le « chef » se retourna vers moi, surpris que j'ose encore l'ouvrir. Il s'était approché de nous, et mon petit frère n'avait pas pu réprimer un petit cri de frayeur, avant de se blottir encore plus contre moi, gémissant et pleurant. Je devinais qu'on fond de lui, il luttait sa peur pour m'aider, et me protéger « il s'accusait encore mes problèmes » puisqu'il s'était instinctivement placé devant moi, mais il avait trop peur pour lever la tête, et c'est moi qui le défendais.
- D'où t'ouvres ta gueule, morveux ? Tu feras ce qu'on t'dira d'faire, et c'est tout !
- Je ne quitterai pas Vincent.
Il m'avait pris par le col de mon vieux vêtement déchiré, et m'avait soulevé, forçant mon petit frère à me lâcher. Privé de son recours, Vince s'était recroquevillé sur lui-même ! Il ne pouvait qu'observer, tandis que le fameux dirigeant me colla une seconde gifle magistrale qui résonna dans tout le bâtiment !
- T'as pas l'air de savoir où est ta place !
- Si, elle est avec Vincent.
Malgré mes paroles pleines de certitude, je ne pouvais pas cacher une expression de douleur ! Lorsqu'il me mit une troisième gifle, je me mis à cracher du sang ! J'étais terrorisé, mais je ne détournais pas le regard : j'étais encore plus enragé qu'apeuré !
- Je comprends mieux pourquoi ses parents ne voulaient pas de lui non plus ! Rit faussement le dresseur d'animaux. Tu n'as qu'à me les confier tous les deux, je vais te le dresser, l'aîné, moi !
- Comme tu voudras. Enfin, je plains ce gosse quand même !
En finissant par un rire, le chef du cirque nous avait confié à ce dresseur de fauves, et gérant d'animaux. Un peu plus jeune que son supérieur, il n'en paraissait que plus sadique : ça ne me rassurait absolument pas ! Mais peu importait sur le coup, la seule chose que cette expérience me fit comprendre, c'est que n'importe quelle situation peut toujours être pire !
XxXxX
Suivant les conseils du gérant, le dresseur avait enfermé Vince dans une sorte de cage d'ordinaire réservé aux animaux. C'était humiliant, et je comprends maintenant bien mieux pourquoi il faisait comme si il avait perdu la mémoire lui aussi. Et comme je ne le quittais pas, j'étais moi aussi enfermé, à ses côtés. Du moins, pour le soir de notre arrivée. Par la suite, je devais abandonner mon frère à sa situation, et me concentrer sur la façon dont je gagnerais mon pain.
- Bouge toi d'aller bosser, vermine !
Il ne faut jamais se fier aux apparences, c'est vrai. Mais cet homme était encore plus sadique qu'il n'y paraissait ! Un véritable salopard, pas étonnant que les plus grands fauves, dont le repas quotidien pourrait être composé de chair humaine, tremblent devant lui ! Aussi, je ne lui parlais jamais, je n'osais pas lui rétorquer quoique ce soit, pas plus que Vincent.
- Dépêche-toi d'faire c'que j'te dis, boulet ! Criait-il en faisant claquer son fouet contre la cage.
Mais même si j'étais terrorisé au point d'opter pour le mutisme, j'étais bien loin d'abandonner ! Aussi, quand il finissait par me sortir de force, en me tirant par mes cheveux corbeaux, dès qu'il me lâchait, j'allais m'asseoir sur les côtés de la cage de Vincent. Sans relever le regard.
- J'te déconseille de jouer au plus malin avec moi, gamin !
On voyait qu'il avait l'habitude de dresser les félins, comme d'autres animaux dangereux, il frappait fort, et so fouet était une torture horrible ! Mais je ne fit pas le moindre effort pour me lever et exécuter ses ordres. La faiblesse de toute personne au sang chaud comme lui, c'est la patience. Instinctivement, je le savais !
- Tu vas me faire ton cinéma tous les jours ?! Tu sais qu'tu crèveras avant ?!
C'était comme ça tous les matins. Je me faisais passer un savon, sans rien dire « je n'aurai fait qu'empirer mon cas ». Un peu comme une pierre, qui ne ressent pas la douleur, j'attendais juste que ça passe, car je savais qu'il y avait toujours un moment où le début du spectacle devait commencer, et qu'en tant qu'adjoint de chef, il devait être présent toute la scène. Il était contraint d'abandonner la partie !
- Quel con, le chef ! À sa place, j'l'aurai buté depuis un moment c'batârd !
Et quand il devait partir, je rejoignais Vince, qui pleurait à ma place. Déjà toutes les discriminations qu'il avait subit l'avait rendu fragile et sensible, mais être comparé à un animal, et me voir encaisser ce traitement tous les jours, ça l'avait en grande partie détruit. Et encore, ce n'est qu'une petite partie des raisons pour lesquelles il a actuellement l'esprit aussi dérangé !
- Grand frère, pardon, snif …
- Arrête un peu de t'excuser, Vince, c'est pas du toute ta faute !
- Snif, pardon, Gil …
Pour aussi sécher ses pleurs, je le prenais dans mes bras, le consolait en lui assurant que ce n'était pas sa faute « d'ailleurs, ce n'étais pas le cas ». Et après ses nombreuses excuses auxquelles j'avais finit par m'habituer avec le temps, il y avait toujours cette seule et unique phrase qui me faisait l'effet d'un coup de poignard en plein cœur, cette phrase à laquelle je ne m'habituerai jamais :
- Merci, Gil …
Ne me remercie pas ! Au fond, je ne fais pas ça pour toi, Vince ! Je ne suis pas le grand frère protecteur que tu vois, je n'encaisse pas les coups pour toi comme tu sembles le croire si durement ! Ce n'est ni du courage, ni de l'héroïsme, pas même de l'amour fraternel ! Enfin, un peu, si. Évidement que j'aime mon petit frère, mais ce n'est pas « la » raison pour laquelle j'encaisse tout ça ! Je t'en supplie, Vincent ! Ne me remercie pas, si tu savais que tout n'est qu'égoïsme de ma part ! Ça fait mal, ne me remercie pas !
Personne n'est sans doute capable de comprendre pourquoi j'avais choisi de subir tout ça, si j'avais simplement choisi d'abandonner mon pauvre petit frère à son triste sort, j'aurai certainement eut une vie plus facile, je n'aurai pas eut à prendre les coups ! Et si les gens savaient à quel point je me déteste de penser ça, ne serait-ce que pour quelques secondes ! Ma seule douleur, c'aurait été de le voir souffrir, mais pourtant, ce n'est pas pour ça que j'ai choisi la voie que j'ai prise !
Non, personne ne peut me comprendre, désolé Vincent, je suis un égoïste ! Personne ne comprendra probablement jamais pourquoi j'ai voulu souffrir, si ce n'est pour mon frère … Pourquoi je prenais les coups sans me plier aux exigences des gens autour, pourquoi je supportais le fouet au lieu de m'enfuir, pourquoi je ne faisais jamais mine de souffrir de mes nombreuses blessures, pourquoi je faisais comme si le sang sortant de mes plaies n'existait pas, non personne ne me comprendra !
Pourtant la réponse est évidente : la douleur de savoir que personne n'avait besoin de moi était bien pire à supporter que ces « quelques coups ».
