Merci à Ulane, DjinnAtwood, Dracolina et AmbreOnyx de leurs commentaires.


Ce fut une triple sensation qui éveilla le mathématicien : tout d'abord celle d'avoir oublié de se sécher après sa douche puis celle d'avoir un éléphant sur le dos et enfin celle de souffrir d'un acouphène puissance mille ! Il tenta de secouer la tête pour dissiper les sensations désagréable et la douleur qui éclata alors en elle faillit le renvoyer directement dans l'inconscience. Il ferma les yeux, se laissant aller, tâchant tant bien que mal de rassembler à la fois ses forces et ses idées pour comprendre ce qu'il faisait là, trempé comme une soupe, écrasé sous il ne savait quoi avec ce raffut insupportable autour de lui.

« Réfléchis bordel, s'encourageait-il. Il y a forcément une explication logique à tout ça ! »

Précautionneusement cette fois ci il releva la tête, fronçant le nez à l'odeur de souffre mêlée de particules qui l'agressa à ce moment-là, le faisant tousser et ravivant la douleur dans son crâne. Il serra les dents : ce n'était pas le moment de se conduire comme une mauviette. Il y avait quelque chose, il ne savait pas vraiment quoi, mais quelque chose qui l'empêchait de replonger dans la nuit bienfaisante : il savait qu'il ne devait pas, qu'il devait au contraire surmonter le malaise, que c'était important.

« Réfléchis bon sang ! A quoi ça sert d'être un génie si tu n'es même pas capable de te souvenir de ce que tu faisais l'instant d'avant hein ? »

Rassemblant ses forces, il tenta de soulever le torse sans y parvenir. Il se laissa aller à nouveau, tournant la tête dans le brouillard épais et humide qui l'entourait pour tenter de distinguer son entourage et arriver peut-être enfin à comprendre ce qui s'était passé. Son regard accrocha alors une masse blanche qui reposait à quelques centimètres de son visage et il se focalisa dessus, tentant d'identifier ce dont il s'agissait. Il plissa les yeux, réprima une nouvelle quinte de toux qui menaçait et se concentra. Et soudain il reconnut une main, une main inerte attachée à un bras tout aussi inerte qui remontait au-dessus de lui. C'est alors seulement que les pièces du puzzle se remirent en place :

- Donnie ! hurla-t-il, l'adrénaline chassant brusquement toute sensation de malaise. Donnie ! Donnie je t'en supplie, réponds-moi !

Désormais tout était en place : le brouillard c'était la fumée due à l'explosion, la sirène c'était celle de l'alarme qui s'entêtait à retentir pour aviser les humains d'une catastrophe qu'ils n'avaient pas pu manquer, l'humidité c'était celle du système anti-incendie qui continuait à cracher des litres d'eau qui, pour être froide, n'en avait pas moins sans doute noyé le sinistre qui avait dû suivre l'explosion, donc il aurait été malvenu de s'en plaindre. Et le poids sur son corps c'était son frère, son frère qui s'était jeté sur lui pour le protéger, son frère qui n'aurait même pas dû se trouver dans cette salle de classe au moment où la bombe avait explosé !

- Donnie… Donnie réponds-moi.

La peur remplaça la douleur et il parvint à se soulever, malgré son bras gauche qui lui refusait tout mouvement. Après quelques contorsions, il réussit à s'extraire sur le côté et se retrouva bientôt, hors d'haleine mais plus libre de respirer, les jambes encore prises sous celles de Don et un monceau de débris qui étaient tombés sur eux. Il fournit un effort supplémentaire pour rouler sur le dos, avalant un cri de souffrance lorsque le poids de son corps passa brièvement sur son bras gauche. Relevant la tête il regarda celui-ci et la boursouflure qui le déformait ne lui laissa aucun doute sur le diagnostic : fracture. En s'appuyant sur le coude droit, il parvint enfin à soulever le torse pour regarder son frère qui ne donnait toujours pas signe de vie.

- Donnie… Donnie ! Parle-moi ! Dis-moi quelque chose ! pleura-t-il.

L'agent ne réagit toujours pas et une peur abjecte s'insinua en lui : que son frère soit mort à ses côtés, ou qu'il soit mourant et qu'il ne puisse rien faire d'autre que le regarder s'éteindre doucement ! De nouveau l'urgence de la situation fit courir l'adrénaline dans ses veines et lui donna l'énergie de s'asseoir et de se pencher pour commencer à dégager ses jambes de l'amas de débris qui les clouait au sol. Il ne voulait pas simplement tenter de les extraire en tirant vers l'arrière, ne sachant pas si elles étaient blessées ou non et refusant de prendre le risque de s'évanouir. Don avait besoin de son aide, il devait rester alerte ! D'autre part, les jambes de son frère étaient enchevêtrées aux siennes et il n'était pas question de risquer de le blesser plus qu'il n'était déjà en se libérant lui-même. Il passa donc des minutes qui lui parurent interminables à enlever des monceaux de bois et de plâtre qu'il finit par identifier comme venant du plancher du laboratoire lorsqu'il comprit qu'ils se trouvaient au sous-sol du bâtiment, l'explosion ayant soufflé le sol de la pièce pour les projeter trois mètres plus bas.

Finalement il vint à bout de sa tâche harassante, et s'aperçut avec soulagement que, même si la cuisse gauche était fortement meurtrie et saignait, lacérée par un débris, mais sans que le saignement soit alarmant, même si tout son corps était douloureux et courbaturé, il ne semblait pas avoir de blessures plus graves que son bras cassé, sa cuisse abîmée et sa tête qui continuait à l'élancer douloureusement mais à laquelle il avait décidé de ne pas prêter attention. Il y porta juste la main pour tâter un point particulièrement sensible sur le front et y sentit une bosse de la grosseur d'un œuf de pigeon, ramenant ses doigts maculés de sang : apparemment son atterrissage au sous-sol n'avait pas été sans conséquences.

« Mais ça sert d'avoir la tête dure ! » soliloqua-t-il tout en s'agenouillant afin de s'approcher de Don qui gisait sur le ventre.

- Donnie… Donnie, s'il te plaît ! gémit-il de nouveau en apercevant les multiples débris qui recouvraient le dos de son frère.

Fidèle à son rôle de protecteur, l'aîné lui avait fait un rempart de son corps et il avait reçu toute la charge des gravats. Charlie adressa une prière fervente au ciel ou à il ne savait trop quelle instance suprême pour que son frère n'ait pas eu la colonne vertébrale ou un organe vital écrasés par un morceau de plancher ou de plafond aussi gros que certains de ceux qu'il voyait autour d'eux. Il se rassura en pensant que si ça avait été le cas, la masse en question aurait toujours été sur le corps ou du moins très proche et il n'en voyait pas. Mais quand bien même Don avait échappé à ce péril, cela ne signifiait pas qu'il ne souffrait pas de graves blessures internes, s'inquiéta-t-il. D'ailleurs son inconscience prolongée était bien le signe qu'il était sérieusement atteint. Son inconscience ou…

Il fallait qu'il en ait le cœur net et pourtant il n'arrivait pas à faire le geste nécessaire, celui qui lui indiquerait s'il s'acharnait pour rien, celui qui le ferait plonger en enfer si ses craintes étaient justifiées. Mais le désir de savoir fut le plus fort et il finit par avancer deux doigts tremblants vers la jugulaire de son aîné et poussa un puissant soupir de soulagement en percevant une impulsion, un peu faible, mais régulière.

- Allez Donnie, réveille-toi, intima-t-il alors en tendant la main pour l'attraper par l'épaule et le secouer.

Soudain il suspendit son geste, horrifié de voir la tige de métal qui sortait de l'épaule gauche, profondément fichée en elle.

- Non ! Oh mon Dieu…, s'affola-t-il, les yeux exorbités à la vue de la tache sanglante qui s'élargissait sur la chemise trempée.

Il sentait son cœur battre la chamade et des papillons noirs se mirent à voleter devant ses yeux.

« Bon Dieu, reprends-toi ! se morigéna-t-il soudain. Arrête de te comporter comme une chochotte et essaie plutôt de lui venir en aide ! Tu vas rester là à pleurer pendant qu'il se vide de son sang sous tes yeux ! Ah il est beau le génie ! »

Galvanisé par ses propres pensées, le mathématicien commença par débarrasser le plus rapidement possible le corps de son frère des multiples décombres qui le recouvraient, soulagés qu'il n'y ait pas d'autres blessures apparentes, se refusant à penser à celles qu'il ne pouvait pas voir. Arrivé à la jambe droite, il nota la déformation du tibia et comprit que son frère n'avait pas eu la même chance que lui. Il passa rapidement la main sous le membre fracturé pour s'assurer qu'il n'y ait pas de saignements indiquant que l'os avait déchiré les chairs, rassuré quand il ramena ses doigts propres. Il revint alors à l'épaule, étudiant la tige plantée dans le corps, priant pour qu'elle n'ait pas atteint le poumon ou pire, le cœur. Comme il l'avait fait pour la jambe, il passa précautionneusement sa main valide sous l'articulation pour voir s'il y avait une hémorragie de l'autre côté, et de nouveau il la ramena propre. Pour autant cela ne le rassura pas : certes l'acier n'avait pas traversé l'épaule, mais il pouvait avoir causé de graves dégâts internes qu'on ne pourrait déceler qu'à l'hôpital. En attendant, il devait tenter d'arrêter le saignement puis installer son frère le plus confortablement possible en espérant que les secours n'allaient pas tarder. Malgré son bras cassé, il réussit à enlever sa sur chemise et des dents et de la main droite, il la déchira en lanières. Avec deux d'entre elles il fit une boule qu'il tassa autour de la plaie avant de serrer le plus fortement qu'il put grâce à deux autres lanières qu'il enroula autour de l'articulation. Un long gémissement répondit à son geste et, quand bien même il lui déchira le cœur par la douleur qu'il contenait, il le rassura aussi au-delà de tout, prouvant que son frère revenait à lui :

- Donnie… Chut… Doucement frangin… Ne bouge pas…, murmura-t-il en se penchant vers l'agent qui commençait à s'agiter, cherchant vainement la raison de la douleur qui l'assaillait.

Un cri lui échappa lorsqu'il tenta de se soulever et Charlie appuya doucement sur la nuque pour le maintenir à terre en expliquant :

- Non… Tu ne dois pas bouger… Tu as un morceau de métal dans l'épaule.

- Charlie…

La voix était faible, rocailleuse et épuisée, mais c'était la voix de son grand-frère et il faillit pleurer de soulagement à ce son qu'il avait cru un instant ne plus jamais pouvoir entendre.

- Ca va aller frangin… Ca va aller, murmura-t-il en caressant doucement les cheveux de Don, grimaçant lorsqu'il vit les taches de sang sur ses doigts tandis que Don gémissait à nouveau lorsqu'il passa à un endroit poisseux qu'il n'avait pas repéré de prime abord dans l'obscurité ambiante.

- Qu'est-ce qui s'est passé ? murmura Don après avoir pris une ou deux inspirations les plus profondes possible.

- Il y a eu une explosion.

- Une explosion ?

Il sentit l'inquiétude dans la voix de son frère qui commençait à s'agiter de nouveau.

- Non ! Ne bouge pas !

- On ne peut pas rester là ! s'affolait Don en tentant de se relever, poussant un nouveau cri de douleur qui crucifia son frère.

- Chut ! Il n'y a plus de danger ! Le système anti-incendie a fonctionné. On va vite nous retrouver. Tu ne dois pas bouger.

- Charlie… Je dois voir… Aide-moi…, supplia l'agent.

Le mathématicien comprit qu'il lui était insupportable d'être dans cette position d'impuissance sans rien voir d'autre que le brouillard à hauteur du sol, le nez dans les gravats, incapable de se rendre compte de la situation.

- D'accord : je vais t'aider, mais on y va doucement. Je crois qu'en plus de ton épaule tu as une jambe cassée, alors tu me laisses mener la manœuvre, d'accord ?

- Mon épaule ?

- Tu as une tige d'acier plantée dedans. Je ne sais pas sur combien de centimètres alors tu dois éviter tout mouvement brusque, tu m'entends.

- OK, répondit Don d'une voix faible, ayant parfaitement compris le danger qui le menaçait.

Millimètre par millimètre, au prix d'une lutte épuisante et douloureuse, Charlie parvint à retourner son frère et à l'appuyer contre l'armature d'une paillasse tombée non loin d'eux et qui lui permit ainsi de lui procurer un support sans qu'il appuie sur la tige qui sortait de son épaule.

- Ca va… Tu es mieux comme ça ? s'inquiéta-t-il, le souffle court et la sueur au front, étudiant avec angoisse le visage blafard et tendu de son aîné, se demandant s'il avait bien fait de céder à ses exigences.

- Oui… ça va, parvint à répondre Don, occupé à tenter de dompter les vagues de douleur qui déferlaient sur lui et lui faisaient prendre conscience qu'il aurait mieux fait de rester dans sa position initiale.

Et puis soudain la toux qui menaçait éclata, déclenchant une souffrance atroce dans sa tête, son épaule et sa jambe. Eperdu, Charlie le soutenait, essayant vainement de lui venir en aide, incapable de le soulager, affolé à la vue du sang qui perla au coin de sa bouche. Il se reprocha de n'avoir pas su résister à son frère : et si à cause de lui…

Non ! Ca n'arriverait pas ! Jamais ! Don allait s'en sortir, comme toujours ! s'encouragea-t-il tandis que peu à peu la toux de son frère se calmait. Celui-ci se laissa alors aller en arrière, encore plus pâle qu'avant aux yeux inquiets de son cadet, visiblement à bout de forces.

- Donnie… Je dois regarder si la tige n'a pas trop bougé…

- Non… S'il te plaît… Laisse-moi me reposer un peu, supplia l'aîné.

Et la fragilité dans sa voix lui brisa le cœur, mais il ne voulait pas se laisser attendrir cette fois-ci : il devait impérativement s'assurer que la quinte de toux n'avait pas aggravé l'hémorragie.

- Je vais faire le plus vite que je peux, je te le promets…

L'avantage de la structure telle qu'il l'avait disposée, c'était qu'elle lui permettait de passer derrière son frère sans le bouger et d'avoir ainsi une vue à la fois sur l'avant et l'arrière de son épaule. Le mathématicien écarta un peu les bandes de tissu désormais humides de sang : difficile à dire si la tige avait bougé et si le saignement s'était intensifié.

- Je suis désolé, je vais te faire un peu mal, balbutia-t-il, mais il faut arrêter l'hémorragie.

- OK… vas-y, murmura Don, résigné, sachant que son frère avait raison même si son corps lui hurlait de le laisser en paix.

Il poussa un cri de douleur lorsque le professeur ajouta et serra fortement deux nouvelles lanières de coton puis tout devint flou.

Il reprit connaissance sous le passage d'un linge humide sur son visage et ses yeux finirent par distinguer les traits tendus de son cadet, ravagés par l'angoisse et la souffrance :

- Dieu merci, tu es revenu, souffla Charlie au bord des larmes. J'ai cru que…

- Chut… Je suis là frangin… Je n'ai pas l'intention de te laisser…, tenta-t-il de le rassurer.

Le mathématicien le dévorait du regard, encore dévasté par la panique qui l'avait submergé lorsque son frère avait perdu conscience. Ca ne pouvait pas arriver, pas comme ça, c'était impossible ! Depuis que Don était entré au F.B.I., il avait souvent eu peur pour lui. Et voilà que c'était dans son domaine, dans son univers que son frère était atteint grièvement… Il ne le laisserait pas partir ! Pas de cette manière !

Cette résolution lui avait rendu assez de sang-froid pour qu'il retrouve son esprit logique. Et celui-ci lui avait soufflé de profiter de l'inconscience de son frère pour lui prodiguer les premiers soins. Se déplaçant avec précaution à la fois pour ne pas aggraver ses propres blessures, mais aussi pour ne pas risquer de faire s'effondrer sur eux ce qui restait du plancher du laboratoire, il avait alors sommairement ausculté son aîné pestant contre la maladresse causée par son bras gauche inutilisable. Outre l'entaille à la tête détectée plus tôt et de multiples écorchures sur la nuque, la blessure à l'épaule où il avait rajouté encore un bandage et la fracture de la jambe qu'il avait immobilisée du mieux qu'il avait pu, il lui n'avait rien décelé d'évident. Mais il savait que les blessures internes étaient possibles, voire probables et le sang qui s'écoulait toujours à la commissure des lèvres n'était pas fait pour le rassurer. Ne pouvant rien faire de plus pour Don, il s'était alors occupé de lui-même : pour s'occuper de son frère il devait être en pleine possession de ses moyens. Il avait utilisé sa cravate pour attacher son bras contre son torse, empêchant ainsi de le heurter et d'aggraver sa blessure. Puis il avait posé son mouchoir, heureusement propre, sur l'entaille de sa cuisse, le maintenant tant bien que mal à l'aide d'un morceau de la sur chemise dont il avait aussi utilisé une lanière pour entourer sa coupure au front qui continuait à saigner, gênant sa vision. Ensuite il s'était retourné à nouveau vers son frère pour tenter de le ranimer, mouillant un morceau de tissu dans une flaque, le système anti-incendie ayant arrêté de projeter de l'eau, signe que quelqu'un l'avait vraisemblablement arrêté et que les secours n'allaient donc pas tarder, et le passant délicatement sur le visage livide. Il ne se souvenait pas avoir jamais connu ce sentiment d'affreuse solitude qui l'avait habité tout le temps où Don n'avait pas répondu à ses appels ni ce soulagement indicible qui l'avait envahi lorsqu'enfin l'agent avait ouvert les yeux.

- Tu es blessé ?

La question de Don l'arracha à ses pensées et il suivit le regard de son frère, posé sur son bras.

- Rien de grave, le rassura-t-il. Je crois que j'ai le bras cassé, mais ça va.

- Rien d'autre ? s'inquiéta l'agent.

- Donnie… Je te signale que c'est toi qui es gravement blessé ! s'impatienta-t-il, mi attendri, mi exaspéré par cette sollicitude constante de son aîné à son égard, qui lui faisait oublier la précarité de sa propre situation pour s'inquiéter de lui.

- Ca ne m'empêche pas d'avoir le droit de savoir si mon petit frère est blessé, protesta Don.

- Ton petit frère va bien ! Tu dois penser à toi, garder tes forces. Les secours ne vont pas tarder.

- D'accord… Tu n'aurais pas un oreiller quelque part ? tenta piteusement de plaisanter l'agent, cherchant une position où son corps abusé ne protesterait pas.

- Attends… j'ai une idée, répliqua le mathématicien.

- Ca m'aurait étonné aussi, sourit Don qui se laissa faire tandis que son frère passait derrière lui, s'appuyant à son tour à la structure puis abaissant doucement le corps de son frère vers le sol jusqu'à ce qu'il repose sur le côté droit, la tête sur ses genoux.

- C'est mieux comme ça ? murmura-t-il en passant une main lénifiante sur les cheveux mouillés, évitant soigneusement la blessure sanguinolente.

- Aucune comparaison, répondit Don. Qu'est-ce que je ferais sans toi ?

Cette réflexion, faite pour remercier son frère, eut l'effet inverse de ce qu'il attendait :

- Tu serais sans doute beaucoup mieux sans moi ! répondit Charlie d'un ton lamentable. Non ! Ne bouge pas ! intima-t-il à son frère qui tentait de se retourner pour le regarder, interloqué par cette phrase.

- D'accord, à la seule condition que tu arrêtes de dire des conneries ! répliqua l'aîné.

- Ce ne sont pas des bêtises Don. Si je n'avais pas été là, tu n'aurais pas été blessé aujourd'hui.

- Mais de quoi tu parles ?

- Tu n'aurais jamais dû te trouver dans ce labo. Si j'étais allé hier au rendez-vous tu ne serais pas venu me chercher. Si je n'avais pas été plongé, une fois de plus, dans mes maudits calculs, tu ne serais pas entré dans cette salle et…

- Et elle aurait sauté avec mon petit frère dedans ! Alors figure-toi que je préfère un million de fois la réalité à tes hypothèses.

- Mais si…

- Arrête Charlie ! Si tu étais venu hier chez le photographe, peut-être qu'à l'heure où j'étais à Calsci pour savoir ce qui t'avait retenu j'aurais été victime d'un attentat ! Si je n'étais pas venu là, peut-être qu'à l'heure qu'li est j'aurais été tué par un sniper, ou lors d'une arrestation ! Alors arrête les regrets stupides et les remords inutiles : j'étais là où je devais être à ce moment précis et j'en remercie le ciel ! Parce que sinon… Je ne supporterais pas de te perdre mon pote !

- Je ne supporterais pas de te perdre non plus Donnie… alors accroche-toi, pleura le mathématicien en resserrant son emprise sur le corps frissonnant de son frère, s'émerveillant que malgré la douleur ce soit encore celui-ci qui parvienne à le rassurer et à lui ôter ce poids de culpabilité qui l'écrasait.

Une fois de plus il se demanda en quoi était fait ce grand frère qu'il admirait depuis toujours et dont le monde avait enfin rejoint le sien, pour son plus grand bonheur. Une fois de plus il se demanda comment il pourrait survivre sans lui, sans ses moqueries, sans ses encouragements, sans ses coups de pieds au cul aussi quand il les méritait.

- On va nous trouver grand frère, accroche-toi, répétait-il comme un mantra alors que Don avait de nouveau glissé dans l'inconscience.