Lorsque je me réveille, je constate que mes soi-disant « frères » ne m'ont pas attendu pour aller prendre leur petit-déjeuner. Je grimace à cette pensée et émerge petit à petit. Nous sommes dimanche, autant dire que cette journée ne sera pas forcément productive. James voulait faire un petit entraînement de Quidditch mais je crois bien que ça attendra demain, je ne suis pas vraiment dans mon assiette. Je me douche en vitesse pour finir de me réveiller. Je mets un jean et j'enfile un sweat à l'effigie de mon équipe de Quidditch favorite, les tornades de Tutshill. Mon arrivée devant la Grande Salle me rappelle la soirée d'hier. Vraiment, j'en parlerais à mes enfants qui eux-mêmes en parleront aux leurs. Cette soirée était tellement nulle que Poudlard mérite de traîner cette honte tel un boulet pendant encore des générations. Je repère rapidement mes amis et m'assois, sans oublier de leur faire une réflexion sur le fait qu'ils ne m'aient pas attendu.
« Alors, fin de soirée réussie ? me demande James avec un sourire coquin en se penchant vers moi au-dessus de la table.
- Pas mal mais j'ai une question, Lunard ! Lorsque tu m'as envoyé vers cette fille, la blonde, là, savais-tu que c'était mon ex ? je demande tout de suite à Remus en plissant les yeux.
- Patmol, non ! Je le jure sur… sur notre carte du Maraudeur et que la cabane hurlante s'effondre ce soir si je mens ! me répond-il du tac au tac.
- Très bien, je te crois ! Je me suis tapé une honte monumentale avec cette fille, je lui ai sorti le grand jeu pour, au final, me faire recaler comme pas possible parce que c'était une énième ex en colère ! je leur explique en levant les yeux au ciel.
- Mais on t'a vu partir avec une autre donc ça ne s'est pas trop mal passé ! réplique Remus en posant une main sur mon épaule.
- Mais c'était qui d'ailleurs ? Pourquoi elle surtout ? demande James en fronçant les sourcils.
- Elle s'appelle Madison Wallace. Je sais, j'aurais pu me taper mieux mais… elle était là avec ses grand yeux pleins d'espoir, je me suis dit que je pouvais lui accorder cette faveur tu vois ? « Coucher avec le grand Sirius Black ». De plus, elle avait l'air tellement naïve, elle m'était servie sur un plateau d'argent. J'avais la flemme de faire un effort pour séduire mieux. Mais j'espère vraiment ne pas la croiser avant longtemps…, je leur raconte en écarquillant les yeux au fur et à mesure.
- C'était si horrible que ça ? demande Peter en se passant le nez.
- Non mais justement, avec ses grands yeux là, je sais très bien qu'elle se demandait déjà quels prénoms on allait donner à nos enfants. Ça a failli me bloquer même, au bout d'un moment, mais vous connaissez ma devise…, Je reprends en mettant de la marmelade à l'orange sur mon toast.
- Il faut toujours finir ce que l'on a commencé, disent les Maraudeurs en choeur.
- Cela prouve que vous m'écoutez quand je parle et ça me touche ! » je m'exclame en leur envoyant des baisers.
Non sérieusement, je ne voulais pas croiser cette Madison. Je ne suis pas un mec prêt à me caser et surtout pas avec elle. Une fois à l'aise, elle parle beaucoup trop. Le seul pincement au coeur que je reconnais avoir eu, c'est quand je me suis rendu compte qu'elle était vierge. Je me suis alors dit que je n'étais peut-être qu'un con, mais là j'avais vraiment envie. Madison a l'air d'être une fille gentille, je ne veux pas qu'elle souffre, il vaut mieux la repousser violemment d'un coup plutôt que d'y aller en douceur. C'est ce que j'allais faire. J'allais lui rendre service, maintenant elle fera plus attention quand un garçon l'abordera. Et puis franchement, si se faire dépuceler par Sirius Black c'est pas la classe ! Qu'elle me dise merci plutôt. Je scrute tout de même la Grande Salle. Je la cherche des yeux, mais rien. J'espère vraiment que cette gourde a verrouillé la pièce. Cette pièce peut se fermer par n'importe qui mais ne peut s'ouvrir que par un Maraudeur. Cet enchantement nous a pris du temps à être élaboré, mais le jeu en vaut largement la chandelle. J'espère tout de même que Madison n'est pas restée dans son dortoir car trop dégoûtée pour manger… Cette petite chose éveille un sentiment en moi qu'on appelle compassion je crois. Une fois tiré de mes pensées, je me rends compte que mon meilleur ami me tanne depuis déjà 10 minutes pour que l'on s'entraîne cet après-midi. J'avais prévu de sécher ça mais je ne peux rien lui refuser et je finis par accepter. Après tout, nous jouons contre Serpentard dans une semaine et il est hors de question que l'on perde. Nous remontons rapidement dans la Salle Commune et à peine ai-je le temps de passer le pas de la porte, que la tornade rousse Lily Evans me tombe dessus.
« T'es vraiment qu'un con Sirius, déclare Lily sur les nerfs.
- Qu'est-ce que j'ai fait encore ? Parfois j'ai l'impression que tu cherches des excuses pour m'embrouiller ! je réponds, déjà excédé par cette conversation.
- Madison Wallace ? Sérieusement ? T'es qu'un con ! reprend Lily en croisant les bras. »
Grillé.
« James, c'est toi qui lui as dit ? je demande en me tournant aussitôt vers mon meilleur ami.
- Bien sûr que non ! me répond James, visiblement indigné que j'aie pu douter de lui.
- Je vous ai vus partir de la Grande Salle ! Madison c'est une fille adorable. Y'a personne de plus chou qu'elle, continue Lily en secouant la tête.
- Attends, tu la connais ? je lui demande surpris.
- Bah oui c'est la photographe du journal de l'école quoi ! me répond-t-elle comme si c'était une évidence.
- D'ailleurs, elle a une photo de toi qui fait une clé de bras à James, j'ajoute en riant et en tentant de détourner la conversation.
- Lily, tu mets ma virilité à rude épreuve ces derniers temps… C'en est trop, déclare James en s'enfuyant dans notre dortoir.
- J'espère que tu vas t'en mordre les doigts ! Tu mérites réellement qu'une de ces filles auxquelles tu n'accordes aucun respect te foute ta vie en l'air un de ces quatre, me rappelle à l'ordre Lily.
- T'es un peu dure là, commente Peter, affalé sur le canapé.
- Non je suis en colère, c'est différent ! s'énerve Lily de plus belle.
-Lily, tu me parles comme si je l'avais violée. Elle était consentante, je vous le jure, je leur annonce fièrement.
- Évidemment qu'elle était consentante, tu es Sirius Black petit malin. Aucune fille ne peut te dire non, réplique Remus également affalé sur le canapé.
- C'est vrai ça, même si tu voulais violer quelqu'un, cette personne finirait par apprécier… Tu te rends compte tu ne pourras jamais violer personne ! s'exclame Peter comme s'il avait découvert l'eau chaude.
- Oh, quelle mauvaise nouvelle… » je soupire en levant les yeux au ciel.
Lily continue à me sermonner pendant vingt bonnes minutes. Elle ne cesse d'insister sur le fait que j'allais briser cette pauvre Madison. Je ne l'écoute que d'une seule oreille, inutile d'en faire un scandale. Elle finira par s'en remettre, comme les autres. Et puis, je n'ai pas signé de contrat avec elle. Tout doux. La rouquine malavisée fini par laisser tomber, comprenant que son discours me passe au-dessus de la tête et reprend son parchemin de Divination. Une preuve de plus que cette fille est folle, elle fait de la Divination.
Si Madison a des réclamations, qu'elle vienne me le dire en face, elle ne sera pas la première que j'enverrais paître comme il se doit ! Je suis quelqu'un de bien, mais je suis un vrai con avec les filles. Il faut bien que j'aie un défaut et celui-là je l'assume amplement. J'y ai déjà pensé, trouver une fille, développer ce truc qu'on appelle « sentiments » pour elle et devenir mielleux etc... La vérité c'est que je n'en ai jamais réellement trouvé une qui me corresponde. Qui me tienne tête surtout en fait. La facilité c'est sympa de temps en temps, mais parfois j'aimerais plus. Ce besoin que j'ai de sans cesse changer est dû au fait que je sois un garçon qui se lasse assez rapidement, mais pas que. J'ai besoin d'un déclic. Je suis persuadé que ça me tombera dessus un jour sans que je m'y attende, mais je n'ai pas l'intention de forcer le destin. J'estime être trop jeune pour ça encore. Un jour j'aimerais pouvoir construire la famille que je n'ai jamais eue mais certainement pas maintenant. Je veux profiter de mon existence.
Les évènements récents ne nous prouvent que trop bien que la vie peut dérailler complètement du jour au lendemain. Cette pensée me rend anxieux et le regard que me le lance Remus me prouve qu'il l'a senti. Je réponds que tout va bien quand il me le demande discrètement et je monte en vitesse dans notre dortoir.
L'heure d'aller s'entrainer arrive vite. Nous nous habillons rapidement avec James et partons en direction du terrain en compagnie de Franck Londubat, le gardien de l'équipe. Les autres membres doivent déjà nous attendre là-bas.
« … Non mais, concrètement, l'attaque des Serpentard est en béton, c'est ça qui est dangereux, mais leur défense ? Elle est aussi inutile qu'un philtre d'amour pour Sirius ! s'exclame James en riant.
- Comment ça ? je dis sans comprendre cette « blague ».
- Ça se saurait si t'avais besoin d'un philtre d'amour pour chopper une fille, tu vois ce que je veux dire…, commence à m'expliquer James.
- Malheur de Dieu ! » je réplique en le coupant.
Je pousse Frank et James dans un recoin du couloir sans qu'ils ne comprennent pourquoi. Ils commencent tous deux à pester contre moi mais je leur implore de se taire. La raison d'un tel mouvement de panique ? Madison qui avance droit vers nous. Elle a les yeux rivés sur un calepin, je ne pense donc pas qu'elle nous ait vu. Je prie le Dieu du Quidditch et celui de la Bièraubeurre pour qu'elle ne nous ait pas vus ! Elle est vêtue d'une salopette en jean légèrement trop grande pour elle, d'un horrible pull à froufrous rose en dessous et de baskets jaunes. Elle a une queue de cheval haute qui lui donne un air d'enfant. J'avais raison, sans ses talons elle est vraiment minuscule. Mes deux compères comprennent vite que je me cache d'elle.
« Mais attends… C'est ta dulcinée d'hier soir pas vrai ? On dirait qu'elle a douze ans. Sirius tu t'es tapé une enfant de douze ans ! fanfaronne James, mort de rire.
- Parle moins fort ! Elle est en sixième année d'abord, je réplique en lui donnant un coup de coude dans les côtes pour qu'il cesse de rire.
- Ah bah tiens, Monsieur-J'assume-Tout-S'il-Faut-Je-La-Recalerai-Comme-Il-Se-Doit, tu fais moins le fier là tout de suite, ajoute James en me regardant de haut en bas.
- Attends, ta dulcinée d'hier soir ? Elle ? Mais pourquoi ? Enfin elle…, commence Frank sans comprendre et je ne lui en veux pas.
- Oui je sais. Mais j'étais comme un lion en cage, je me justifie en secouant la tête.
- Ce que tu avais dans le pantalon était comme un lion en cage tu veux dire », rectifie James en luttant pour ne pas rire.
Je lève les yeux au ciel, et donne un coup de poing dans l'épaule de James pour son insolence. Madison tourne dans un couloir adjacent et nous sortons enfin de notre cachette. J'explique alors à Frank ma fameuse soirée de la veille. Ça le fait beaucoup rire et je ne peux définitivement pas lui en vouloir. Nous arrivons sur le terrain et, comme prévu, les autres y sont déjà. James nous fait tout un speech qui ressemble presque à un discours politique mais qui semble remotiver les troupes.
Je dois l'avouer, croiser cette petite créature m'a un peu perturbé mais je ne dois pas me laisser attendrir par son physique juvénile et ses grands yeux pleins d'étoiles qui m'effraient encore. Je profite de l'entrainement pour me vider la tête dans les airs. Le match de la semaine prochaine est bien plus important que cette partie de jambes en l'air foireuse. J'allais encore briser un coeur mais bon, on ne se refait pas !
