Si Draco avait été chrétien, il aurait passé le reste de sa vie à remercier Dieu. Parce que l'une de ses plus grandes peurs, en allant à Poudlard, était de se retrouver dans le même dortoir que les deux abrutis finis qui lui collaient au train. Et – merci Seigneur ! – il y avait échapper. Il se retrouvait donc en compagnie de Théodore Nott et Blaise Zabini, qu'il connaissait vaguement – relations Sang-Pure oblige –, et d'Edmond VanHelsing (mais ça, il pouvait s'en accommoder). D'ailleurs, pendant tout le repas, ils avaient eu le loisir de faire connaissance et de discuter – enfin, Edmond parlait (beaucoup), et Draco l'écoutait vaguement.
Draco était donc très satisfait de sa chambre. Il ne savait pas s'il deviendrait vraiment proche de ses camarades, mais il était bien décidé à ne pas se conduire exactement comme son père lui avait demandé. C'est-à-dire de faire honneur à son nom, en étant un parfait petit Malfoy : un blondinet prétentieux, arrogant, moqueur, avec de grands airs et beaucoup d'argent. Mais non merci, Draco n'avait pas l'intention de se taper sept années de scolarité en compagnie de Crabbe, Goyle, et de cette cruche de Pansy Parkinson (qui était supposée être sa fiancée, mais rien n'était officiel, donc il pouvait encore y échapper !). Donc il allait se comporter normalement, de manière aimable et gentille. Dans la mesure du raisonnable. Il n'allait pas taper la discut à Weasley, par exemple. Ni aux Sang-de-Bourbes. D'ailleurs, Draco avait toujours trouvé cette appellation bizarre. Où était le foutu rapport entre les Nés-Moldus et les courges ?
Enfin, l'heure n'était pas aux réflexions philosophiques sur le pourquoi du comment les courges ressemblaient prétendument aux Nés-Moldus. Il y avait des choses bien plus graves dont il fallait s'occuper. Comme, par exemple, l'état de la chambre. Vu le prix d'une année de scolarité à Poudlard, ils avaient bien les moyens d'embaucher des femmes de ménage, non ?! En plus, ça ferait baisser le taux de chômage. Ce qui donnait donc : des chambres propres, des salles de bain propres (est-ce que c'était juste une foutue tâche de moisi qui s'étendait sur le plafond ?), moins d'allergie à la poussière (et aux acariens), et plus de travail (donc moins de gens à la rue). Tout bénef' !
- Malfoy ?
Draco fronça le nez. Finalement, ses cours d'économie plus ennuyeux les uns que les autres lui servaient. Certes, pas à ce qu'ils devaient faire, mais au moins ils sont utiles. Il se promit qu'il irait en toucher deux mots au directeur. Quand il aurait une solide défense. Et quelqu'un pour l'accompagner. Tout seul, c'était la honte. Il passa son regard sur les trois Serpentards qui partageaient sa chambre : lequel serait susceptible d'appuyer son projet ? Théodore Nott ? Draco fit la moue. Théodore était beaucoup trop timide, il n'oserait jamais.
- Malfooooy ?
Blaise Zabini ? Il avait un charisme fou, hérité de sa mère. Mais Draco n'était pas sûr qu'il soit intéressé par les femmes de ménage. Ce qui lui laissait Edmond VanHelsing. Mouais. Il pourrait toujours mettre des lunettes et se dessiner un éclair sur le front pour se faire passer pour Harry Potter – nul doute que le vieux barbu accepterait de faire quelque chose ! – mais pas sûr que ça réussisse. Le blond secoua la tête. Pas Edmond non plus, donc. Crabbe et Goyle ? Même pas en rêve. Parkinson ? Plutôt crever. Demander aux élèves des autres Maisons ? Autant demander à Crockdur, il aura le même résultat.
- Eh, Draco !
Des doigts claquèrent sous son nez. L'héritier Malfoy cligna des yeux et releva la tête.
- Quoi ? Demanda-t-il.
- Ça fait dix minutes qu'on t'appelle, expliqua Zabini avec impatience.
- À peine trois, en fait, corrigea Nott d'une voix morne.
- C'est pareil. Tu vas bien ?
Draco fronça les sourcils. Tout ça pour lui poser une question débile ?
- Oui. Pourquoi ?
Blaise leva les yeux au ciel comme s'il était stupide, et Draco sentit ses joues chauffer. Mission accomplie ! Il avait réussi à passer pour un abruti dès le premier jour. Génial.
- Parce que tu regardes dans le vide et que tu réagissais pas depuis trois minutes (Zabini envoya un regard appuyé à Nott, qui se contenta d'avoir l'air très satisfait), et que c'était bizarre. Et flippant.
- Ah. D'accord.
- Je voudrais pas changer de sujet, interrompit Edmond en surgissant de la salle de bain comme un diable de sa boite, mais cet endroit est dégueulasse. Sérieux, ils ont pas de femmes de ménage ?
AH ! Finalement, VanHelsing partageait son avis. Il pourrait donc l'embarquer dans ses projets de réduction du taux de chômage. Le brun continua à déblatérer le nombre de saletés qu'il avait trouvé (assez imposant) en s'approchant des trois autres.
- Une capote usagée ! S'écria-t-il en posant ses mains sur les épaules de Zabini. Non mais tu te rends compte ?
Draco grimaça. Ça, c'était vraiment immonde. Zabini hocha la tête, le dégoût se lisant clairement sur son visage.
- L'heure est grave, mes amis, déclara Edmond, mortellement sérieux. Nous ne pouvons nous permettre de laisser passer un tel état de saleté. Nous devons faire quelque chose.
- Qu'est-ce que tu proposes ? Demanda Zabini sur le même ton.
- Je sais pas. J'ai pas d'idée. Toi ?
- … une manifestation ?
- Mouais. À quatre, bonjour la crédibilité. Autre chose ?
- On pourrait tout bêtement aller voir Dumbledore, proposa Nott, hésitant.
- Pas bête, reconnu Blaise. J'approuve. Edmond ?
- Je suis pour. Draco ?
Le blond ne fit même pas attention au fait qu'il l'ai appelé par son prénom (pourtant, vu les rares personnes qui le faisait, c'était suffisamment incongru pour être notifié).
- Je marche, dit-il.
OOO
- Fruit et légume en « b » ? Chuchota Blaise.
- Banane, répondit Edmond.
- Betterave, déclara Draco.
- Vous pourriez faire un effort, quand même, soupira Théodore en plongeant sa plume dans l'encrier.
D'un commun accord, les trois autres l'ignorèrent. Ils avaient décidé que la Métamorphose était une matière ennuyante. Vraiment, à quel moment McGonagall s'était dit que faire un contrôle de connaissances le premier cours était une bonne idée ? C'était exprès pour qu'ils commencent tous l'année avec un T ou quoi ? Dans tous les cas, quelles que soient les raisons, le QCM avait vite été pliée. Entre Blaise qui avait répondu au hasard à toutes les questions, Edmond qui avait recopié sur le métisse sans réfléchir et Draco qui avait fait appel à toutes ses connaissances avant de laisser tomber et de procéder par élimination (et en louchant de temps à autre sur Blaise, il faut l'avouer)… seul Théodore s'y mettait sérieusement, ce qui expliquait pourquoi il n'avait toujours pas fini. Au bout de cinq minutes d'ennui intense, Blaise avait proposé un petit bac, et Edmond et Draco avaient acceptés. Et puis McGo s'était changé en chat pour une raison obscure, ce qui avait entrainé des regards intrigués entre les élèves.
La porte de la classe s'ouvrit en grinçant, sortant les trois Serpentards de leur jeu. Harry Potter et Ron Weasley se précipitèrent dans la salle, l'air essoufflé comme s'ils avaient traversé le château en courant (ce qui était probablement le cas), sans remarquer le regard de McGo (ce qui était logique puisque, finalement, qui remarquerait un chat ?). Ils s'arrêtèrent au niveau du premier rang, l'air de se demander où se mettre, Ron chuchota quelque chose au Survivant, le chat sauta du bureau et McGonagall se tint soudain devant les deux Griffondors.
- … c'est vraiment stupéfiant ! S'exclama le rouquin, comme si le fait de complimenter la professeur allait lui faire oublier son retard.
Draco observa avec un enthousiasme à peine dissimulé les deux acolytes se faire réprimander par McGonagall, et Edmond s'étouffa avec sa salive quand le Survivant sortit un « on s'est égarés » absolument pas convainquant. Après que Potter et Weasley se soient installés à leur place, tout le monde se replongea dans le contrôle.
- Géographie ? Souffla Blaise.
- Belgique.
- Bretagne.
Théodore leva les yeux au ciel.
