Disclaimer : les personnages sont de JK Rowling, l'histoire de Deeble.

3. Le garçon dont la vie ne tenait qu'à un fil.

« Je vous ai surprise, peut-être ? » demanda Snape d'un ton nonchalant alors qu'Hermione se dégageait de la chaise renversée. « Oui, je me suis dit que ça risquait d'être le cas. Je pense également qu'ils auraient été capables de me tuer et d'étouffer l'affaire s'ils avaient cru que ce serait la méthode la plus expéditive. Tristement, ça aurait ouvert la porte à des questions embarrassantes, sans parler d'une poignée de professeurs de Poudlard outragés – en présumant que le Ministère ait les moyens de me tuer, ce dont je doute. Une sentence à vie à Azkaban n'était pas vraiment une option maintenant que les Détraqueurs ont été détruits.

« Mais me bannir purement et simplement… » continua-t-il. « Pour autant que le Monde Magique soit concerné, c'est l'équivalent de la peine de mort. Je ne peux pas mettre la main sur un hibou pour envoyer des messages. Je ne peux pas obtenir de connexion par la cheminée. Je ne peux même pas ouvrir la porte du Chaudron Baveux pour hurler : 'Harry Potter est retenu prisonnier dans sa chambre d'hôpital !' Pas que ces restrictions magiques aient la moindre importance – maintenant que j'ai été soigneusement diffamé, personne à part quelques anciens membres de l'Ordre ne prêterait attention à ce que je peux raconter. »

Hermione, qui avait pendant ce temps vérifié avec précaution qu'elle ne s'était rien cassé, s'exclama d'un ton exaspéré : « Arrêtez de tourner autour du pot ! Expliquez-moi, tout de suite : par Merlin, qu'est-ce qu'ils ont fait à mon meilleur ami ? »

« Goutte du Mort-Vivant, » expliqua Snape.

« Comment est-ce que vous pouvez le savoir ? » demanda-t-elle d'un ton acerbe. « Il provoque exactement les mêmes effets que le coma. »

« Est-ce que vous êtes Maître de Potions, Miss Granger ? »

« Vous savez très bien que non, puisque vous avez refusé de me prendre comme apprentie, » répondit-elle, glaciale. « Mais j'ai passé deux ans et demie dans un laboratoire de potions du Ministère à faire de la recherche et du développement. »

Elle marqua une pause, et son sourire carnassier reparut. « Vous savez, Monsieur le Directeur, vous ne vous retrouveriez peut-être pas privé de baguette en ce moment si vous m'aviez acceptée. J'aurais fini mon apprentissage maintenant, et j'aurais été parfaitement qualifiée pour produire du Véritasérum frais pour votre procès. Quel dommage que vous soyez un salaud. »

« Quel dommage que vous soyez une exaspérante Miss Je-sais-tout, j'aurais peut-être envisagé d'accepter autrement, » siffla-t-il. « Mais le point important de cette histoire, c'est que la Goutte du Mort-Vivant cesse de faire effet au bout d'un moment. Donc, si quelqu'un veut maintenir Monsieur Potter inconscient de façon permanente, il faut en réintroduire dans son système. Et ni l'asphodèle, ni l'armoise ne peuvent être complètement masquées. »

« Vous avez été capable de… les sentir sur lui ? »

« Dans l'une de ses veines, le goutte-à-goutte faisait passer une solution sucrée destinée de toute évidence à le maintenir en vie. Dans une autre, la potion faisait de lui un corps inerte. »

« Il faut que quelqu'un fasse quelque chose, » protesta Hermione d'un ton sourd.

« Réfléchissez, Miss Granger. Pourquoi est-ce que je suis arrivé ici ? »

« Ah, » dit-elle, se renfrognant. « Qu'est-ce que vous avez essayé ? »

« Comme la chambre de Potter est protégée contre le Transplanage, et que son lit est flanqué de deux gardes pour sa 'protection', il est impossible de le faire sortir. J'ai donc commis l'erreur impardonnable de penser qu'il n'y avait pas de risque à attirer l'attention du Département de Justice Magique. C'est comme ça que j'ai découvert dans la journée que les précautions prises pour étouffer l'affaire s'étendaient jusqu'au Ministère, et pas seulement à Sainte-Mangouste. »

« Que s'est-il passé ? »

« Ils m'ont gardé là pendant tout un après-midi, à me geler les pieds dans une salle d'interrogatoire, figurez-vous. Finalement, quelqu'un est entré avec un mandat d'arrêt contre moi. Malin. Pas la moindre chance pour moi de trouver Minerva, ou quiconque d'autre en qui j'aurais pu avoir confiance. Après une nuit à Azkaban… »

Hermione eut une inspiration horrifiée.

« Oh, calmez-vous, » dit-il. « Sans les Détraqueurs, ce n'est que spectaculairement ennuyeux ; j'ai été presque content de trouver un exemplaire de la Gazette, même avec les mensonges qu'ils écrivaient sur moi. Les Aurors m'ont emmené de là à mon audience le lendemain matin, si on peut appeler ça comme ça. Le Magenmagot a écouté la gamine en larmes d'une oreille compatissante, avant de briser ma baguette et de me ficher à la porte. J'ai essayé de les prévenir au sujet de Potter, mais ils ont dit qu'ils savaient bien que je concocterais une histoire à dormir debout pour détourner l'attention de mes 'méfaits'. »

« Je savais depuis le début que des choses pas nettes se passaient au Ministère, mais les pièces ne semblaient pas vouloir s'assembler correctement dans quelque chose que j'aurais pu combattre, » confia Hermione en soupirant. « Tout ce que je pouvais voir avec certitude, c'étaient des campagnes de diffamation associées aux réactions instinctives d'une nation inquiète pour sa sécurité. Mais droguer le Garçon-Qui-A-Survécu – on ne peut plus penser que ce sont des officiels pensant agir pour le mieux, mais qui font de mauvais choix. Il se trame quelque chose d'important. »

Elle marqua une pause, se mordillant la lèvre comme si elle essayait de rassembler le courage de dire quelque chose. Les mots sortirent d'un trait. « Est-ce que vous êtes sûr que Voldemort est vraiment mort ? »

« Oui, et bon débarras, » affirma Snape. « Ce n'est pas son style. Il avait des espions, des saboteurs au Ministère, mais au fond, sa stratégie était toujours aussi subtile qu'une tête de serpent vert néon. »

« Mais ça pourrait être un de ses Mangemorts. »

« Potentiellement. Ma situation actuelle suggère que quiconque tire les ficelles se satisfait de travailler tranquillement, et apparemment sans utiliser la violence… »

« Et pendant ce temps, la population sorcière se retrouve dans la position de la grenouille dans la casserole d'eau, » constata Hermione avec défaitisme.

« Est-ce que vous êtes obligée de m'interrompre avec vos réflexions sans queue ni tête ? »

« La grenouille dont je parle, » parvint-elle à expliquer sans desserrer les dents, « est dans une casserole d'eau froide qu'on met sur le feu. Elle ne remarque pas que l'eau chauffe lentement. Le temps qu'elle réalise ce qui est en train de se passer, elle a été bouillie vive. »

« Oui, j'imagine que l'image est appropriée… une fois expliquée convenablement. »

« Leçon numéro un de la vie avec les moldus, Professeur… » il leva un doigt, impatienté, mais elle poursuivit… « Oh, lâchez-moi, vous avez toujours été 'Professeur' pour moi, et vous le serez toujours, alors je continuerai à vous appeler Professeur que ça vous plaise ou non. Bien sûr, c'est un peu ironique si l'on pense que c'est moi qui cous enseignerai des choses maintenant. »

Il leva un sourcil.

« Afin que vous ne ressembliez pas à un étranger perdu dans la jungle du monde moldu, naturellement, » continua-t-elle. « Donc – leçon numéro un : des expressions moldues peuvent surgir à tout moment dans la conversation. Il faudra que vous vous reteniez de faire des insinuations sur la santé mentale de la personne qui parle, ou les gens vont vous trouver vraiment très étrange. »

« Ce serait peut-être le moment approprié pour que vous m'expliquiez le pourquoi de ces…» – une grimace dédaigneuse pour le bureau étroit - « …locaux. Que faites-vous dans un bureau du Londres moldu alors que, pour autant que je le sache, vous avez toujours votre baguette ? »

Hermione eut un reniflement amusé. « Ah, désolée. Le récit de vos pathétiques mésaventures m'a distraite de mes devoirs. Bienvenue dans le Réseau Clandestin des Sorciers, quartier général des sorciers et sorcières convertis de force à la vie moldue. »

Snape était bouche bée.

« Aujourd'hui, c'est surprises pour tout le monde, » ajouta-t-elle d'un ton sombre. « Vous êtes le onzième à être banni. »