Disclaimer : tous les personnages appartiennent à Hidekaz Himaruya.

J'espère que vous allez bien... Et vous remonter un peu le moral avec ce chapitre.

Je vous souhaite une bonne lecture, et n'hésitez pas à laisser une review...


Chapitre III

Lundi 4 juillet 2016, région de Mazzano Romano.

Antonio ouvrit les yeux et fut ébloui par la clarté du matin. En dormant, il s'était tourné du côté de la fenêtre et il avait donc vue sur le jardin baigné par le soleil persistant sur les reliefs italiens.

Son réveil indiquait 10 heures.

Il sortit du lit et s'étira, ouvrit la porte fenêtre coulissante et respira l'air frais, à peine réchauffé par le soleil, tout en admirant la lumière danser sur la mer, au loin. Après quelques minutes de contemplation béate, il se décida finalement à aller prendre un petit-déjeuner, rappelé à l'ordre par un grondement mécontent de son estomac.

La maison semblait déserte, et silencieuse. Il traversa le couloir sans rencontrer qui que ce soit. Arrivé dans les pièces de vie, aucune rumeur de conversation ne l'accueillit. Personne à la cuisine, ni dans le salon, ni attablé pour le petit-déjeuner. Alors il continua sa route, intrigué, jusqu'au seuil de la terrasse. De là, il repéra finalement une âme qui vive : lui tournant le dos, Lovino était assis autour de la table, un verre de jus d'orange frais et un croissant posés devant lui, un livre dans les mains. Antonio l'observa un moment, dans son état naturel, ignorant sa présence, et remarqua qu'il était plongé dans sa lecture et ne consommait son déjeuner que distraitement.

Il sortit alors sur la terrasse, et lança un joyeux :

« Bonjour ! »

Lovino sursauta, ferma son livre, et se retourna vers l'origine des troubles. Il vit l'Espagnol, fit la moue.

« Salut. »

« Tu as bien dormi ? Je vois que tu n'es pas tombé malade ! »

« Pas grâce à toi, Bastardo. » grommela l'adolescent.

Antonio rit, puis décida de changer de sujet.

« Les autres dorment encore ? »

« Ah ! Tu veux rire ? Ils se sont levés tôt, ils sont partis au village pour le marché. C'est toi qui es en retard ! »

« Merde ! Et pourquoi ils ne m'ont pas réveillé ? Gil ne manque jamais une occasion de me sortir du lit, d'habitude... »

« Je cite : laissons le pauvre Tonio pioncer, c'est plus de son âge de veiller si tard ! »

« … Et dire qu'il était mon meilleur ami. »

« Papy Romeo a fait des croissants. » annonça Lovino en désignant un plat où subsistaient trois viennoiseries.

Antonio s'assit et en attrapa un, qu'il huma avant de goûter. Divin. Le Papy Vargas avait décidément des doigts de fée pour la cuisine.

« Et toi ? » demanda-t-il une fois sa première bouchée avalée. « Tu n'es pas parti au marché ? »

« Je me suis levé un peu trop tard, moi aussi. Et puis, j'ai pu profiter de deux heures de calme. »

Antonio hocha la tête, compréhensif.

« Qu'est-ce que tu lis ? »

Pour toute réponse, Lovino lui tendit le livre. 1984, de George Orwell.

« Hum. Pas mal. »

« Tous les ados ne lisent pas 50 Nuances de Grey, » répliqua Lovino.

« Fort heureusement. » commenta Antonio. « Tu savais que 1984 figure parmi les 100 livres qu'il faut avoir lus avant de mourir ? »

« Oui, je dois en avoir lu environ 50 déjà. »

« … Oh, un amoureux de littérature ? »

« Pourquoi ça te surprend tellement ? »

« Ça ne me surprend pas vraiment, c'est seulement un trait de caractère que je ne t'avais pas encore découvert. »

Lovino haussa les épaules.

« Dans la famille, on aime les arts. Feli est sensible à la peinture, il a hérité de Papy Romeo. En ce qui me concerne, il semble que ce soit la littérature. »

« Et tes parents ? Pourquoi ne sont-ils pas ici, si ce n'est pas indiscret ? »

« Ils travaillent à l'étranger. Ça fait quelques années qu'on vit avec notre grand-père, à Bruxelles. »

« Et ils ne reviennent pas pour les vacances ? »

« Il semblerait que non. »

Antonio préféra arrêter là ses questions, de peur que Lovino ne se sente harcelé. Il se concentra sur sa nourriture, et crut un moment que l'adolescent allait reprendre sa lecture où il l'avait laissée. Au lieu de ça, après une gorgée de jus d'orange, l'Italien croisa les bras sur son torse et lança :

« Bon ! Parlons un peu de toi. Tu ne m'as toujours pas expliqué ce qui t'avait poussé à quitter Bruxelles. »

« A ton avis ? »

« Hum... Je ne sais pas. » fit-il, feignant l'intense réflexion. « Tu as été viré ? »

« Ah ! Heureusement, non. »

« Tu fais quoi, dans la vie ? »

« Je travaille dans un bureau d'interprétariat. »

« Ouh, stressant. Tu es en burn-out ? Tentative de suicide ? J'ai entendu dire que c'est le boulot dont les taux de suicide sont les plus élevés. »

« Non. Ce n'est pas mon job qui m'amène. »

D'une certaine façon, ça l'était quand même : Willem était son patron et collègue...

« Tu as divorcé ? Ta femme te trompe ? Elle est enceinte d'un autre ? »

Antonio éclata de rire.

« Ça, ça me paraît impossible ! » articula-t-il entre deux gloussements.

« Pourquoi ? Tu es gay, je suppose ? »

Antonio reprit son sérieux et acquiesça. Lovino ne fit pas de commentaire.

« Bon. Je continue les scénarios catastrophes ou tu te décides à parler ? »

« Je vais passer aux aveux. »

Il prit une grande inspiration. Il avait essayé d'oublier Willem au cours des deux derniers jours, il en avait d'ailleurs fait la promesse à Roderich et Gilbert : il était en Italie pour se changer les idées et s'amuser, pas pour trouver une solution ou un moyen de recoller les morceaux avec le Néerlandais, alors, il ferait tout aussi bien de l'oublier. Et il fallait voir à quel point le couple pouvait être menaçant quand il le voulait.

« J'ai rompu avec mon compagnon. Et ce n'était pas la première fois, donc, hum... J'étais pas très solide à la base, et puis cette fois, ç'a été le coup de grâce. »

« Ah... C'est effrayant de banalité, finalement. »

oOo

Lundi 4 juillet 2016, Rome.

Après un petit-déjeuner pris, somme toute, en bonne compagnie, les deux Méditerranéens prirent congé l'un de l'autre, Antonio pour aller prendre une douche -quand même- et Lovino pour continuer sa lecture au bord de la piscine, dans un transat, lunettes de soleil sur le nez et torse nu pour parfaire son bronzage naturel.

Une fois sorti de la salle de bain, Antonio avait découvert que la joyeuse bande était revenue des courses, et que Papy Vargas proposait de partir à Rome pour midi, et de continuer l'après-midi par quelques visites en plein air.

Les voilà donc au grand complet, débarquant dans la Ville Éternelle. C'était la première fois qu'Antonio mettait les pieds à Rome, il s'émerveillait de tout ce qu'il voyait. Il avait l'impression d'être rentré dans une de ces images de rêve qui traînaient un peu partout dans la civilisation. Mais en mieux, bien entendu, puisque pour lui, c'était réel. Le soleil qui inondait les rues, l'italien qu'il entendait parler tout autour d'eux, la vie qui animait toute la ville.

Romeo avait pris la direction de la troupe et les emmenait d'un point stratégique à un autre, leur faisant découvrir les monuments fameux et accessibles en extérieur. La Machine à Écrire, la Piazza Venezia, la Piazza di Spagna. Chaque rue apportait son lot de ravissements aux yeux étrangers et Roderich prenait soin de les immortaliser.

« Hooooo, Roddy ! » babilla Gilbert. « Tu vois ce que je vois ? »

« Si tu as vu un étalon italien plus beau que moi, je te prie de ne pas le faire remarquer. »

« Je ne me permettrais pas, Liebling ! »

Il prit Roderich par les épaules et le fit pivoter d'un quart de tour.

« Je parlais de ça. » expliqua-t-il.

« Un piano. »

« Bien vu. M. Edelstein, si vous voulez bien vous donner la peine... »

Le brun roula des yeux.

« Je suis en vacances... » protesta-t-il.

« C'est triste de prendre congé d'un job qui est une passion. » contra Gilbert.

Roderich souffla par le nez, plaqua son appareil photo sur le torse de Gilbert avant de le laisser là, de remonter ses lunettes de soleil dans ses cheveux et de s'installer avec emphase derrière le demi-queue qui était mis à la disposition de passants téméraires -et, dans le cas de Roderich, professionnels.

Il inspira profondément, cherchant peut-être l'inspiration, puis déposa gracieusement ses doigts sur les touches et entama la transcription pour piano de l'Été de Vivaldi. Les accords firent arrêter nombres de passants et de touristes, rameutèrent les photographes amateurs. Roderich, pour sa part, ne voyait rien de tout cela, que le clavier, ses doigts, et les partitions qui défilaient dans sa tête. Lorsqu'il se releva, il composa un visage neutre et sensiblement excédé par les acclamations de Gilbert, toujours aussi béat devant les performances musicales de son amant.

« Mon Roderich, tu es le meilleur ! »

« Il est formé pour, en même temps. » asséna Lovino avec indifférence.

« Tu crois que c'est à la portée de tout le monde, petit impertinent ? » demanda Gilbert, entre l'amusement et la vexation.

Lovino lui offrit un regard de défi, et sans un mot s'installa à la place que Roderich occupait quelques secondes plus tôt. Il commença alors la Danse de la fée dragée de Tchaïkovski, et les passants redoublèrent d'enthousiasme devant un prodige si jeune et si talentueux déjà. On le filma. Antonio était médusé. Lovino semblait s'abandonner totalement en jouant, un fin sourire de pur bonheur sur les lèvres, de la grâce, de la précision, de la délicatesse, de l'émotion. Gilbert le regardait, abasourdi. Feliciano jouait les supporters. Roderich, pour sa part, observait sans rien dire mais avec, de temps à autre, un petit signe de tête approbateur.
Quand il eut terminé, il recueillit un tonnerre d'applaudissements de la foule massée autour du piano en libre accès, il leur fit une petite révérence, puis, se tournant vers Gilbert, il lui lança avec un sourire narquois :

« Mon nom est Lovino Vargas et je suis autodidacte. »

Il marcha alors jusqu'à son grand-père qui, un peu en retrait, avait examiné la scène avec fierté.

« Bon, Papy, on bouge ? Il commence à y avoir trop de gens ici. »

La satisfaction peinte sur son visage, le plus âgé prit son petit-fils par les épaules et ils reprirent leur route à travers la Ville Éternelle.

« La faute à qui, Piccolo ? »

Lovino eut un sourire.

« Bha, c'était rien du tout. »

Antonio entendit cela, et fut tenté d'intervenir, mais se retint. Ce n'était pas rien du tout, c'était un moment de magie. Un moment de totale liberté pour Lovino, qui semblait s'être détaché de tout, du public, de lui-même, de sa famille, d'Antonio, Gilbert et Roderich. Il avait joué plus pour lui que pour en mettre plein la vue à Gilbert, il avait saisi l'occasion de se faire plaisir et avait ainsi offert la possibilité aux autres d'assister à un spectacle déconcertant mais excellent. Antonio allait de surprise en surprise. Au début, il avait pris Lovino pour un adolescent comme les autres -bon, d'accord, plus attirant que les autres, mais soit- surtout avec l'épisode de leur jeu à boire. Il s'y était prêté aussi, mais bon, c'était un truc d'adolescents. Il avait vaguement conçu, dans son esprit, l'image d'un Lovino guindailleur, râleur et un peu asocial, peut-être, mais qui trouvait dans les fêtes et soirées l'opportunité de gommer ses considérations et de se mêler à la société -tout en ne manquant pas de la critiquer.
Mais cette image de sceptique et de cynique était fausse, Lovino le lui avait par deux fois démontré dans la même journée. Le matin même, lorsqu'ils avaient eu leur petite discussion littéraire. Antonio lui-même n'avait pas le temps de lire, mais il avait clairement vu en Lovino un intoxiqué à la lecture, sensible à la littérature et fasciné par les différents univers, une personne créative probablement, assurément cultivée.

Et à l'instant, il venait de lui exposer, à Antonio et aux autres, une autre part de son âme. Un musicien... Autodidacte, s'il vous plaît. Il devait travailler tellement dur pour atteindre un tel niveau par lui-même ! Et l'Espagnol avait la ferme impression qu'il ne minimisait pas ses exploits par fausse modestie, mais bien par perfectionnisme. Aller au bout des choses, il le pensait, ressemblait à ce qu'il savait de Lovino jusqu'à présent.
Et il l'admirait déjà, après un peu plus de 24 heures à le connaître. Jusqu'où cela irait-il à mesure qu'il apprendrait à le connaître en profondeur au cours des deux mois de vacances qu'ils passeraient ensemble ?

Il le rattrapa à la tête du groupe et lui adressa un reproche :

« Ce matin, tu as oublié de mentionner la musique dans tes talents artistiques ! »

Lovino tourna vers lui un sourire narquois et répondit :

« Il fallait conserver l'effet de surprise... »


J'espère que vous avez apprécié!

Traductions

Liebling : chéri (allemand)

Piccolo : petit (italien)

Notes

1984 est un roman de George Orwell. Qui met les neurones sans dessus-dessous et fait vraiment réfléchir, ça vaut la peine de la lire. C'est d'ailleurs pas pour rien qu'il fait effectivement partie des 100 livres qu'ils faut avoir lus dans sa vie.

La Machine à écrire, appelée ainsi en raison de sa forme, mais de son vrai nom le Vittoriano, est un monument situé Piazza Venezia.

La Piazza di Spagna est une place très touristique de Rome.

Je connais le concept des pianos publics, mais je ne sais pas s'il y en a à Rome. Dans cet UA, si :3

Merci pour votre lecture, n'hésitez pas à laisser une review !

On se retrouve vendredi prochain pour le chapitre 4 !