Bonjour à tous ! J'espère que vous allez bien ! Désolée, je n'ai pas vraiment eu le loisir de faire un tour du côté des review...Siriana2526, merci pour la tienne ! Je te répondrais sûrement dans le prochain chapitre qui ne risque pas tarder, enfin j'ai fini mes tests et je suis tranquille pour un petit moment. Autant écrire le plus possible jusqu'à ce que ça revienne. Bref, je ne vous embête pas plus. Bonne lecture !
Chapitre 2
Quelques heures plus tard
Ecole de restauration "Le Baratie"
Un homme grand, enveloppé à la perfection dans sa tenue de cuisine blanche avec quelques rayures sur les bords orangées, en dessous un simple jean d'un bleu de nuit envoûtant et des bottines masculines d'un noir cendré, est penché sur un des multiples îlots présents dans la pièce actuellement vide et silencieuse.
Devant lui, un ragoût sûrement délicieux à l'odorat et à la vue, et qui sait, peut-être au goût aussi. Une soupe claire et délicatement aromatisée, des légumes, des bouts dodus de viande, quelques autres choses toutes plus colorées les unes que les autres aussi. En triturant un côté de sa longue moustache tressée en deux nattes terminées par de petits rubans bleus, l'homme porte un regard ensuite très critique sur le bol encore fumant.
Près de ce dernier, un calepin avec une liste de quelques noms, vingt certainement au grand maximum, ainsi qu'un espace près de chacun de ceux-ci pour la notation. Les fameuses notes tant redoutées de Zeff Le Rouge, aka le chef cuisinier au nombre d'étoiles le plus élevé dans toute la ville. Le plus décoré, le plus célèbre et le plus respecté aussi.
L'homme mature déjà tient cette petite école sans la moindre prétention depuis quelques années déjà, et elle ne lui sert absolument pas de moyen de subsistance. Étant donné le fait que les gens s'arrachent toujours autant ses services, sa cuisine ou même sa simple présence à leurs événements et sur les photos officiels, il n'a vraiment pas de souci à se faire à ce niveau là. Se trouvant bien seul dans l'immeuble qu'il s'est payé en plein centre-ville pour couler ses vieux jours, il a juste aménagé le dernier étage pour en faire son appartement XXL et tout le bas a été transformé en salles de classe théoriques et cuisines pratiques sur tous les points. Les cours dispensés sont gratuits, et le matériel ainsi que les différents ingrédients sont spécialement dépêchés par le grand chef à qui personne n'oserait refuser quoique ce soit, vue sa réputation de forte tête et de grande gueule, et mis à la disponibilité exclusive et à la demande des élèves.
Le tout jusqu'au très redouté test.
Ledit test qui n'a jamais vu quiconque devenir officiellement l'élève distingué de Zeff, le test qui repousse tout le monde sans exceptions, même les cuisiniers les plus aguerris de tous les horizons du pays. Mais bien sûr, personne ne résiste à la rigueur et à l'intransigeance du grand chef à la moustache tressée. Les plats et la cuisine de celui-ci semblent être pensés et réalisés avec une droiture extrême et pointilleuse, défiant même les plus compliquées et incompréhensibles des lois de la physique. Et tous ceux qui ne le comprennent pas ou n'arrivent pas à atteindre le niveau d'expertise voulu par le vieux blond ne réussissent pas à passer l'ultime épreuve.
Zeff prend sa petite cuillère, spécialement conçue et personnalisée par un ami de longue date industriel en métallurgie pour son anniversaire il y a des années, mêlant or et argent, et selon les mots du donateur aussi riche, raffinée et sophistiquée que sa cuisine. Il la plonge ensuite d'une certaine manière qui lui est bien propre dans le bol de porcelaine, et le liquide presque translucide ainsi perturbé remue en même temps que tous les composants du ragoût.
Le chef plisse alors un sourcil colossal. C'est mauvais signe, ça. Le gamin qui s'est octroyé toute une semaine pour soit-disant réussir à épater son palais commence mal. Il a déjà raté les préliminaires. Et le pire dans tout ça, c'est que son professeur n'a même pas eu à goûter son plat pour le savoir.
Après une minute de réflexion, le blond finit par croiser les bras sur sa poitrine volumineuse et robuste, délaissant la précieuse cuillère à l'intérieur. Il n'a vraiment pas envie de goûter ce plat. Bien entendu, le sel et les arômes doivent être bien mis, et pour un palais normal, ça serait sûrement un plat délicieux comme il n'en a jamais vu. Mais Zeff ne forme pas des cuisiniers banals à en mourir, lui. Il forme des cerveaux flexibles et créateurs, des mains innovantes et talentueuses. Il ne s'occupe pas des coupeurs de condiments et de fruits ou des spécialistes de la viande sous toutes ses formes d'attendrissement. Il forme des chefs lui, des vrais, des professionnels, des gens dont la nourriture d'une délicatesse à couper le souffle donne aux gens ayant le bonheur de la déguster l'envie de voyager hors de son corps et de transcender les cieux.
Et ce ragoût qui est en face de lui n'est malheureusement pas digne de son école, de son enseignement, ni même d'être mangé par lui. Cette soupe qui l'accompagne si simple et terne n'a pas à passer son palais, remplir et réchauffer son gosier puis lui gonfler inutilement la vessie par la suite. Il soupire, puis décroise les bras et sort rapidement un stylo à bille rouge de la poche de son uniforme. Et de marquer une croix géante et presque carrément sanguinolente au niveau du nom de sa dernière recrue. Plus tard dans la semaine, toutes ces dernières viendront constater que personne n'a été retenu, cette année encore, pour espérer devenir son petit protégé, car il n'en a besoin pour le moment que d'un seul, n'étant pas encore si vieux que ça ou pire même déjà proche de la mort. Non. Du tout.
C'est juste que comme toute personne qui possède un certain savoir dans un domaine, il a eu envie de le partager aussi pour passer le temps, c'est tout. Rien de plus. Et une fois qu'il se sera lassé, il donnera tout de même une petite somme à l'heureux élu, histoire qu'il ait tout de même de quoi se lancer dans le monde cruel de la gastronomie, avant de le foutre à la porte et lui demander de ne plus jamais remettre les pieds chez lui.
Ouais. Du Zeff tout craché, quoi.
Il expire ensuite, un sourire suffisant aux lèvres, puis récupère encore une fois le calepin déjà tout barré de croix aussi rouges que les portes de l'Hadès. Mais alors qu'il allait encore une fois en trois ans arracher la feuille pour qu'elle se fasse photocopier telle quelle, ces petits morveux sans intérêt ayant eu la chance que cette fois, il a eu pitié d'eux et leur a laissé des remarques acides et sarcastiques sur leur cuisine qui leur plairont sûrement s'ils sont assez grands et intelligents pour les saisir et comprendre leurs problèmes, quelque chose attire son attention.
Il y a un nom qui n'a pas eu l'honneur—ou l'horreur, ça dépend du point de vue—de recevoir elle aussi la mention négative conduisant tout droit à la porte de sortie de son école.
Et en le regardant bien...Zeff n'a aucune idée de qui ça peut bien être. Après tout, associer des qualificatifs aux gueules de ses élèves triés sur le volet parmi toutes les centaines de figurants se succédant chaque année devant chez lui pour espérer recevoir son enseignement dans un total hasard ne l'a jamais intéressé, à vrai dire.
Il est tellement habitué à ne voir personne réussir son ultime épreuve que connaître des détails aussi personnels sur les recrues ne lui a jamais rien dit. Rien, rien du tout.
Bon..., à ce qu'il lit, apparemment ce gosse a demandé à renvoyer la préparation de son plat sélectif au lendemain de ce même jour d'aujourd'hui pour raisons personnelles. Et sûrement sans même lever les yeux de Fourneaux Actu ni saisir de quoi il était question, Zeff avait accepté.
Hmm...
Eh bien, il ne peut plus rien y faire, sinon attendre quelques heures de plus pour avoir devant lui encore un autre truc cuisiné avec de l'eau, de l'huile, du sel, des épices qui sait, et des ingrédients ternes et dénaturés à l'extrême.
Ça tombe bien, les deux nouveaux numéros hebdomadaires de son magazine viennent d'arriver fraîchement de la maison d'édition, il a du travail dans son restaurant tout l'après-midi et avec les deux cérémonies auxquelles il doit faire preuve de présence ce soir, il a largement de quoi s'occuper jusque là.
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Perdant de plus en plus son sang froid, Zoro descend enfin du bus bondé qui l'a mené au centre-ville, sans bien sûr oublier de copieusement se balancer des tuiles une dernière fois avec ce satané contrôleur qui, le prenant pour un gangster hyper dangereux à cause de "sa poire" et de la couleur "anormale" de ses cheveux, n'a pas arrêté de le guetter et de demander toutes les deux secondes son ticket valide et même ses pièces d'identité, "au cas où". Quel connard, se dit l'étudiant en rebondissant sur ses jambes à peine ont-elles touché le trottoir. Immédiatement, il s'élance en avant, courant comme un déterré—il ne semble que faire ça depuis que Nami et ses histoires lui sont tombées sur les bras—direction un long et large immeuble d'appartements tout de blanc et de beige décoloré peint.
Arrivé à destination, il y pénètre et manque d'étouffer ce satané concierge et ses subordonnés, qui eux aussi lui font chier avec leurs contrôles corporels et d'identité à deux balles. Finalement après une épuisante dizaine de minutes, il obtient le droit de passage et s'engouffre nerveusement dans l'ascenseur. Direction encore une fois le quatrième étage. Sur les huit que compte l'habitat, donc. Il se sent de plus en plus stressé et paniqué à cause de toute cette histoire, même s'il préférerait que Sanji lui refuse son cul pendant des mois ou même la mort plutôt que de l'admettre devant qui que ce soit. Après tout, qui ne serait pas dans le même état que lui en se sachant responsable de ce qu'il a fait ?! Ce n'est même pas la chose en elle qui est terrible, c'est plutôt celle à qui le préjudice est porté. Déjà que Nami n'est pas possible quand elle est de bonne humeur, elle devient carrément imbuvable quand on la met en rogne.
Zoro se tape ensuite la tête contre les portes en fer scellées, se maudissant intérieurement. Merde, merde, merde...! Ce n'est même pas tant que ça qui lui cause autant d'émotions négatives, après tout ils se connaissent depuis longtemps et les gaffes contre la rouquine, bordel qu'il en a commises, supportant toujours le contrecoup de ses actes. Mais là...Nami a été honorée par tout un département universitaire, et même si ce n'est qu'une vulgaire carte, c'est un accomplissement apparemment merveilleux pour une seconde année en géographie...et on se préparait à la féliciter, d'ailleurs...mais lui a tout gâché. Peut-être elle n'aura plus une chance pareille de faire briller autant son nom...
Quel con, non mais quel con...!
Les portes s'ouvrent brusquement, manquant de le faire s'écraser comme la belle merde qu'il est sur une femme de ménage et tout son matériel, qui lui adresse ensuite un regard interrogatif, et auquel il répond par une œillade fiévreuse avant de la contourner pour s'élancer dans le couloir illuminé de petites lueurs incrustées.
—FRANKY ! FRANKY, OUVRE CETTE PORTE PUTAIN !
Quelques secondes passent, puis des pas précipités s'élancent derrière ladite porte, et celle-ci s'ouvre avec tout autant de pression. Les yeux exorbités, la bouche entrouverte, un débardeur lancé sur son torse puissant et une simple culotte hawaïenne pour bas ainsi que des chaussettes blanches remontées jusqu'aux mollets, le concerné reprend lentement contenance, puis n'a pas le temps de passer plus longuement une main dans sa chevelure bleue que son ami s'est rué à l'intérieur de son appartement, se jetant dans un des canapés rouge vif et en tissu certainement assez coûteux du propriétaire, qui arrive rapidement à son niveau, s'étirant.
—Mais qu'est-ce qui t'arrive à la fin Zoro, d'abord tu gueules à la porte comme un malade et ensuite tu t'affales sur mon sofa comme ça ?! C'est quoi ton problème, mec ?
—M'en parles pas, geint le concerné en désignant son sac à dos qu'il a balancé avec tout autant de grâce au sol, sur le tapis mauve du salon de l'appartement. «Regarde dans la première poche, et je t'en prie mon pote dis moi que tu peux réparer ça. Tu peux tout réparer...!»
Franky lui lance un dernier regard surpris, avant de hausser les épaules, minaudant un simple "Je vais voir ce que je peux faire...", puis se dirige vers le sac et suit les consignes de son ami. Il retire de la fameuse poche un bout de papier gribouillé. Ce n'est qu'en se remettant debout qu'il se rend compte que c'est en fait une carte du monde d'une grande précision qui a été tracée à la main, avec tous ces détails, en passant de tous les méridiens connus aux pays, leurs capitales, les grandes villes et même le nombre d'habitants...un vrai chef d'oeuvre...
Le bleuté fronce ensuite les sourcils. Le A n'est vraiment pas cher mérité. Et il n'y a vraiment qu'une passionnée comme Nami pour réaliser quelque chose d'aussi soigneux et inestimable.
—C'est pas très malin d'avoir bousillé sa carte comme ça Zoro, soupire t-il ensuite en avisant les dessins grotesques gâchant cette dernière sur la feuille. «Tu imagines un peu tout le temps que ça lui a pris pour dessiner un plan aussi pointilleux ?»
—Ça va me fais pas la morale non plus, je sais parfaitement que j'ai merdé sur ce coup là...! grogne le vert en se redressant. «Je suis pas là pour me faire taper sur les doigts mais pour que tu m'aides à arranger ça !»
Après une longue minute, le technicien secoue la tête, dépité, puis pose la feuille incriminée sur sa petite table basse, le tout sous les yeux exorbités de son ami, qui pour la peine se remet debout et se rapproche de lui.
—Eh mais qu'est-ce que tu fous ?!
—Vraiment, j'adore Nami, mais là je ne peux vraiment rien faire pour sa carte, dit-il d'une voix lasse en s'asseyant à son tour. «Je suis désolé mon frère. Il ne reste plus qu'une seule solution ; lui dire ce que tu as fait.»
—Mais...mais...bredouille son interlocuteur, hébété. «Même toi Franky, tu peux rien faire pour moi ?! Je t'en supplie mec, tu ne peux vraiment pas...tu...tu connais pas par hasard quelqu'un qui...»
Le bleuté secoue à nouveau avec tristesse la tête.
—Il n'y a rien à faire à part en dessiner une nouvelle, Zoro, concède t-il ensuite en haussant les épaules. «Déjà que le papier est fin et fragile, si jamais on force pour retirer tes dessins, on ne fera qu'endommager sa carte. En plus tu as eu le merveilleux réflexe d'en faire presque partout, je peux te dire avec assurance qu'elle est irrécupérable.»
Zoro tombe encore une fois dans le canapé derrière lui, s'enfonçant comme une enclume dans ce dernier. Un silence, uniquement troublé par le tic des aiguilles de la montre murale présente dans la pièce. Et lorsque l'étudiant lève des yeux rouges et las sur cette dernière, il est déjà 15 heures. Pétantes. Merde.
Son téléphone vibre désagréablement dans sa poche.
C'est elle, se dit-il avec un haut-le-cœur lorsqu'il lit le nom de l'appelant. Franky lui lance un dernier regard lui indiquant clairement qu'il se doit de dire la vérité ici et maintenant, puis il soupire en décrochant. En s'attendant au pire savon de sa plutôt courte vie...
—ZOOOROOO ?! Tu peux me dire où t'es depuis tout ce temps ?! On t'attend tous de pied ferme ici ! Ne me dis pas que tu as oublié que tu devais me ramener la...
Le concerné se pince l'arête du nez, sentant comme une boule lui alourdir les tripes. Son ami aux cheveux bleus n'a pas bougé de sa position et vue sa gueule, il semble attendre le moment fatidique. Celui où il devra dire la vérité à Nami, qui semble être en plus déjà nerveuse à l'autre bout du fil.
—...Hein ? Tu m'écoutes au moins, connard d'algue ?!
—Oui, oui, souffle son interlocuteur en fermant les yeux. Pour la grosse bourde qu'il a commise, il peut bien tout accepter comme insultes de la part de la rouquine. «Euh, écoute Nami, j'ai quelque chose à te dire...s'il te plaît, trouve un endroit calme et vide où il n'y aura rien à défoncer...»
Franky soupire, pendant que Zoro est entrain de prendre son courage à trente-six mains pour annoncer la nouvelle à la jeune fille, qui à ce qu'il entend s'est platement excusée sûrement devant les membres bizarres de son département et est sortie. Elle doit être dans le couloir.
—Nami...
—Alors ?! Je t'écoute ! Ne me dis pas que tu es encore entre les cuisses de Sanji alors que tu dois m'apporter de toute urgence quelque chose qui immortalisera mon passage dans cette fichue université !
—Mais non, soupire le vert en passant une main moite dans ses cheveux. «Bon écoute-moi bien, j'en ai marre de tout ça...je pourrais pas venir avec ta carte, parce que...»
—QUOI ?! COMMENT ÇA tu peux pas venir avec ma...
—Laisse moi parler bordel ! répond vivement l'autre en fronçant les sourcils. «Je l'ai bousillée ta carte sans le faire exprès, voilà ! Tu...t'avais qu'à pas me la refiler !»
Franky lui lance alors un regard désapprobateur, mais se garde bien de prolonger ce dernier sur lui, préférant revenir à son propre téléphone portable, même si Zoro se doute qu'en vrai il écoute tout de sa conversation avec leur amie.
D'ailleurs, en parlant de la rouquine...
Elle ne répond pas, il n'y a plus aucun bruit...
Après tout, peut-être elle ne l'a pas pris si mal que...
—Je pensais qu'à toi au moins, je pouvais faire confiance, Zoro, dit-elle ensuite d'une voix morne et trop calme, beaucoup trop calme. «Tu te rends compte de ce que tu as fait...? C'est...c'était le triomphe de ma vie...»
À ces mots, le concerné sent son coeur se détacher douloureusement de sa poitrine et lui tomber dans les talons. Jusque là, il n'avait pas saisi toute l'importance que ce bout de papier avait pour Nami. Mais en entendant cette voix terne qui ne lui ressemble pas d'habitude, il a vraiment senti tout le poids de son acte irréfléchi lui tomber sur le dos. Enfin, surtout sur la conscience.
Tellement il a mal autant pour lui que pour elle, qu'il va faire quelque chose qu'il n'avait jamais fait auparavant. Avec quiconque. Pas même ses darons. Pas même ses meilleurs amis. Pas même son amoureux.
Il va...
Franky écarquille les yeux, sonné et incrédule.
Il va s'ex...
Zoro lui-même sent sa gorge se serrer, comme si ses cordes vocales refusaient elles aussi de commettre cet acte qu'il a longtemps considéré comme inutile et même avilissant.
Il va s'excu...
Sa voix même le quitte un instant, s'envolant comme du sable dans le désert saharien. Mais lorsqu'il constate que l'appel passe toujours, que Nami malgré tout n'a pas raccroché, il pousse autant son corps que sa fierté démesurée à lui obéir.
—Pardonne-moi, Nami. Je t'en prie, excuse-moi. Je ne voulais vraiment pas faire ça...je m'ennuyais en cours, et je...je...
Franky semblerait presque en avoir les yeux qui lui sortent des orbites pour rouler comme des billes au sol. Le vert ne va pas non plus pleurer quand même...
—J'ai juste sorti ta feuille au hasard comme ça, je me suis mis à gribouiller sans intérêt dessus, je t'assure que je ne savais pas...Bref, souffle t-il enfin, la tête basse et lui faisant atrocement mal. «Je te présente mes plus sincères excuses, Nami.»
Il va s'excuser. Il s'est excusé. Le terrible Zoro a présenté des excuses. À une femme en plus ! Quelqu'un qui ne menace même pas son existence...enfin, il espère ?
Franky se lève, toujours autant sous le choc. Direction quant à lui la cuisine. Il a besoin d'une bonne bière froide, histoire de faire redescendre un peu la température. Wouw. Niveau émotions aujourd'hui, il a été servi.
Entretemps, le vert commence à s'inquiéter. L'appel continue de passer dans le silence. Peut-être Nami s'est évanouie du fait de la nouvelle, peut-être elle a balancé son mobile dans la poubelle, peut-être elle...
—DÉSOLÉ, HEIN ?! TU T'EXCUSES ?! BORDEL, TU AS BIEN RAISON DE T'EXCUSER ESPÈCE D'ENFOIRÉ ! ILS ÉTAIENT OÙ TES PETITS YEUX DE MERLAN FRIT QUAND TU LA BOUSILLAIS, MA CARTE ?!
Se tenant l'oreille, Zoro se recroqueville ensuite sur lui-même. Putain de merde...Cette fille a une voix qui serait capable de défier les lamentations même des âmes damnées de l'Enfer ! Son oreille siffle maintenant douloureusement, ce qui va passer après quelques heures, de sommeil de préférence. Mais la fameuse carte elle, ne reviendra plus. Il peut bien tout endurer désormais jusqu'à se faire pardonner par l'intransigeante rouquine.
—Désolé...
—ARRÊTE AVEC ÇA, tu m'énerves ! Ça me fait tout bizarre de t'entendre dire ça depuis tout à l'heure, alors me stresse pas plus que je ne le suis déjà !
Le vert soupire.
—Qu'est-ce je peux faire pour toi ? demande t-il avec une voix emplie d'une courtoisie qui est tout sauf volontaire.
—Rien bordel, à part si tu as une machine à remonter le temps pour t'empêcher de faire ta connerie ?!
—Non, geint le concerné. «Bien sûr que non putain.»
—Bref, ça me prendra sûrement une bonne semaine en plus des cours pour la refaire aussi impeccable. Heureusement j'ai eu la merveilleuse idée d'en garder une maquette dans mon laptop. Maintenant il faut juste que je retrace le tout sur papier.
—Bah, minaude l'autre en observant Franky revenir se rasseoir avec deux canettes de bière. «Ça a pas l'air si terrible...»
—Pas si terrible ?! Pas si terrible ! Zoro, je te jure que tu vas me le payer ! Et très cher avec ça !
—Si tu veux je peux un peu t'aider avec...ça ?
—Hmpf ! Comme si tu y connaissais quelque chose ! Commence par me ramener du café et des donuts chaque soir, ce sera déjà ça !
—C'est pas l'idéal pour mes poches mais bon, je suis vraiment prêt à tout pour me faire pardonner !
—Brrrrr ! Arrête, tu me donnes la chair de poule...Bon je te laisse, il faut que...j'annonce la nouvelle à mon département. À plus ! Et n'oublie pas hein ! Ce soir, je veux du café et des donuts !
—Ouais c'est bon j'ai compris, je suis pas encore sourd !
—Ah, rit la rouquine, sarcastique. «Contente de te retrouver monsieur le ronchon de service ! Bye !»
Puis la ligne se coupe sur un soupir exaspéré de la jeune fille. Zoro se mord la lèvre, pensif. C'est fini pour lui les alcools en série chaque soir et les collations coûtant la peau du cul avec Sanji et les autres pour minimum une bonne semaine, le temps que Nami finisse effectivement sa carte. Pfff...la poisse...
—C'était pas si mal que ça, dit ensuite Franky en pressant dans sa main géante sa canette vide. «Je trouve qu'elle l'a plutôt bien pris. Je pensais au début qu'elle traverserait l'écran pour venir te casser la gueule.»
Les deux amis rient doucement, avant que Zoro, las mais se sentant un peu mieux par rapport à tout à l'heure, ne décapsule à son tour son breuvage.
—Ouais, mais quelle contrepartie...! Je ne suis qu'un pauvre étudiant moi...je n'ai même pas encore de stage pour polir mes fins de mois et...c'est non Franky, je connais ces yeux là ! Je veux pas que tu m'aides avec du blé !
—Mais enfin Zoro, soupire son interlocuteur. «Ce n'est pas grand-chose et en plus ce n'est que pour une semaine tout au plus ! Je sais bien que Nami peut être coquine des fois mais ne t'en fais pas, je te défendrai si elle veut prolonger la punition !»
—Justement mec, répond le vert en fronçant des sourcils pensifs. «Je préfère que tu me donnes ton fric quand je serai vraiment dans une situation pas possible. Ça encore c'est gérable, même pour moi.»
—Zoro, c'est pas ce que je voulais di-...
—Tu peux me refiler une palette de bières ? le coupe l'autre en se levant du canapé. «Et me prêter ta bagnole aussi ? J'ai quelques courses à faire et cette journée m'a bien trop épuisé.»
—Bien sûr mon frère, sourit le bleuté en se levant, lâchant l'affaire. «Tout ce que tu veux. Tu me la ramènes quand ?»
—Aussi tôt que possible, répond son interlocuteur en attrapant à la volée les clés. «Et au fait, euh...t'as pas une idée d'où Sanji peut se trouver, euh...en ce moment ?»
—C'est pas moi qui me le fais mec, ironise Franky en refermant le coffre de la voiture, une jolie petite berline rouge bordeau sans prétention. «Normalement c'est à toi de connaître où ton amour est fourré, non ?»
—Ouais, mais depuis qu'on s'est séparés j'ai aucune nouvelle, soupire Zoro en entrant dans la voiture. «Son téléphone ne passe pas et il est même pas connecté.»
—Je vais essayer de me renseigner, réplique le bleuté en donnant un coup sur la carrosserie. «Rassure-moi, tu as ton permis sur toi ?»
—Bien sûr gros nigaud, qu'est-ce que tu crois ?! J'ai pas envie qu'on amène à la fourrière la seule bagnole que quelqu'un veut bien me prêter !
Le plus costaud éclate alors de rire, pendant que le vert démarre le moteur et s'engage sur la route, hors du parking souterrain de l'immeuble.
