Witch craze

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Chap. III

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Octobre 1914, Poudlard

Deux jours après le match de Quidditch, l'exploit d'Oscar était encore sur toutes les lèvres. Les premières années voyaient en lui un modèle. La plupart attendaient avec impatience d'entamer leur deuxième année pour prétendre entrer dans l'équipe de Quidditch de leur maison et faire des looping et des chandelles comme lui. Les amis d'Oscar disaient même qu'ils allaient faire « la chandelle à la Wayne » en enfourchant leurs balais pendant les séances de Quidditch. Tout était sujet à rappeler le match. Et autour de moi, j'entendais certains dire que ça devenait fatigant parce que tout de même, les Gryffondors avaient sacrément bien joué aussi, et avec beaucoup plus de technique. Moi j'étais heureuse pour Oscar, mais je trouvais aussi que c'était fatigant de voir tout le monde l'entourer dès qu'il surgissait quelque part. Surtout parce que je ne trouvais pas un instant pour lui parler. À chaque fois que je le croisais avec ses amis, je recommençais à frôler si près les murs qu'à la longue, mes deux manches étaient recouvertes du gris des pierres.

Je décidai d'attendre un peu. Au bout d'un moment, l'excitation finirait par passer...

Je descendis le parc jusqu'au cours de Soins aux créatures magiques. Newt m'épaulait, malgré la distance recommandée entre garçon et fille.

- Ça va ? S'inquiéta-t-il en voyant que je boitais légèrement.

J'étais mal retombée lors de la dernière séance de duel. À présent je ressentais une douleur diffuse dans ma cheville et lorsque je prenais appui, comme ici sur ce petit chemin sinueux pour rejoindre le seuil de la Forêt interdite, c'était douloureux.

- Oui, ça va, affirmai-je en souriant.
- Tu ne veux pas aller à l'infirmerie ?
- Non, non, ça va passer. En plus j'ai la dissertation du professeur Dumbledore à finir dans les temps, et il faut que je m'améliore en sortilè-è…

J'éternuai brusquement, ce qui interrompit le bout de ma phrase. Je sortis un mouchoir de ma poche et me mouchai maladroitement, peut habituée à faire ces gestes triviaux devant des garçons comme je les faisais à côté de Margaret ou de mes amies. Le temps était de plus en plus froid, non seulement dehors, mais aussi dans les couloirs du château où il y avait beaucoup de courants d'air.

- Peut-être que… peut-être ne devrais-tu pas te mettre autant de pression, s'avança Newt en rentrant sa tête dans les épaules et en me regardant de travers, comme il le faisait quand il était avec toute autre personne que Leta Lestrange.
- Je… en fait, je sais pas si c'est de la pression que je me mets... j'essaie surtout de comprendre pourquoi ça ne rentre pas dans ma tête comme dans celle des autres. Ce n'est pas juste, je veux dire… j'ai l'impression d'être toujours en retard pour comprendre... Comme s'il me fallait plus de temps pour percuter, avouai-je en terminant mon aveu d'un ton si bas qu'il semblait presque inaudible à mes propres oreilles.

Newt avait cet air incertain sur le visage qui montrait qu'il essayait de trouver une réponse à mon désarroi. Ses lèvres fines et blanches bougèrent un peu, puis se pincèrent, avant d'exprimer à voix haute le contenu qu'elles n'étaient pas sûres de vouloir laisser franchir :

- Peut-être que tu n'aimes pas ce que tu fais et que tu as besoin d'autre chose pour t'épanouir. En tout cas, moi, je pense que tu as les mêmes matériaux que les autres, seulement que ta méthode pour t'en servir n'est pas la même. C'est pour ça qu'il ne faut pas que tu te dévalorises : ce n'est pas toi, intrinsèquement, qui est moins bonne que les autres, ce sont les outils que tu as acquis qui sont différents. Et… d'ailleurs, ce n'est pas parce qu'ils sont différents qu'ils sont moins bons, chaque personne a son propre rythme.

Je m'arrêtai, sincèrement touchée par les paroles de Newt. Il s'arrêta aussi, un peu plus bas que moi sur le sentier, essoufflé par le débit de sa déclaration.

- Je… détrompe-moi si j'ai tort, ajouta-t-il incertain.
- Non, c'est… c'est très gentil. Merci Newt, tu es vraiment quelqu'un de bien.

Il joua des épaules, profondément mal-à-l'aise, les yeux pointés sur le bout de ses chaussures.

- Toi aussi tu t'épanouis autrement qu'en salle de classe, n'est-ce pas ?

Il releva la tête.

- Tu aimes les animaux et les créatures…
- Oh, oui, plus que tout le reste !
- J'ai entendu Benedict et Roger dire que tu avais un clabbert dans votre dortoir, c'est vrai ?, demandai-je avec curiosité.

Il sourit, creusant une fossette dans sa joue. Des élèves qui allaient au même cours que nous nous dépassèrent. « Vous allez être en retard à rester planter là ! » nous dirent-ils. Nous hochâmes la tête dans leur direction. « On arrive ».

- Oui, qu'est-ce qu'elles sont fallacieuses ces créatures, mi-singes, mi-grenouilles ! Leur état naturel c'est la forêt, elles adorent s'accrocher d'arbres en arbres, alors ici dans le dortoir, le clabbert que j'ai ramené s'en donne à cœur joie en sautant de baldaquin en baldaquin.
- Mais tu ne vas pas le laisser toute l'année dans le dortoir, tout de même ?
- Sacre bleu, non ! Pauvre bête. Je vais la ramener dans la forêt.
- La forêt…celle dont je pense ?
- Celle-la même.

J'ouvris grand les yeux. Newt s'aventurait dans la forêt interdite !

- Tu… tu n'as pas peur ?
- Je suis avec Leta.
- Oui mais quand même…
- Ne le dis pas aux préfets-en-chef, s'il-te-plaît.
- Bien sûr que non, je ne ferai jamais ça.

Newt m'avait dévoilé un secret après que je me sois ouverte à lui. C'était une marque de confiance. Je jurai de tout faire pour protéger mon camarade dans sa passion pour les créatures, même si ça allait contre le règlement. Nous continuâmes à descendre le chemin jusqu'au cours de Soins aux Créatures magiques (qui servait surtout à nous préserver des créatures qu'à prendre soin d'elles). La plupart des élèves étaient déjà là, et Newt me fit un signe de la main pour m'avertir qu'il rejoignait Leta dans le coin des Serpentards. Celle-ci me regardait froidement. Je lui souris gentiment avant de rejoindre Margaret qui bougonnait des insultes dans son coin, les bras croisés, en fusillant Rufus Hamilton des yeux.

- Qu'est-ce qu'il se passe entre Hamilton et toi ? Chuchotai-je.
- Rien.

C'était loin d'être « rien » : Rufus la regardait avec un sourire moqueur qui me mettait mal-à-l'aise.

Le cours commença et, comme d'habitude, ce fut la même présentation de créatures dangereuses : leur description physique, leur lieu d'habitat, comment les reconnaître et comment fuir ou les combattre. Aujourd'hui le cours portait sur le graphorn (créature vivant dans les régions montagneuses d'Europe, dotée de deux très longues cornes pointues et capable d'une extrême agressivité. Ne jamais s'en approcher, auquel cas fuir à toutes jambes).


Le mois d'Octobre était bien entamé à présent. On ne pouvait quasiment plus sortir dehors à cause du mauvais temps. À chaque fois que j'essayais de voir quelque chose à travers les fenêtres du château, j'étais confrontée à un mur gris opaque.
Rachel avait l'air encore plus effrayée que d'habitude, partout elle circulait comme une poupée de chiffon, les bras pantelant le long de son corps maigrelet et les yeux grands ouverts. Constance, elle, était toujours droite et rigoureuse, rien de nouveau chez elle. Margaret avait moins la tête à faire la folle avec moi, mais je comprenais : ce mauvais temps minait le moral de tout le monde.

Le plus important, c'était qu'Oscar était bien moins entouré à présent. Cachée derrière un pilier, je l'observai en souriant niaisement. Mon instinct me soufflait d'aller vers lui, de lui parler, mais je n'osais pas. J'avais pris l'habitude de le filer de temps en temps et de l'observer de loin depuis plus d'un an à présent. Lui parler sans détour me semblait trop hardi pour moi. Je regardai ses yeux briller tandis qu'il parlait avec son meilleur ami d'un an de plus que nous. Il secouait les mains en parlant, les paumes grandes ouvertes. Son sourire plissait ses yeux. Il ressemblait à un petit chat noir, minaudant l'attention de ses amis.
Je m'en fus, recueillant dans un petit flacon mémoriel le souvenir de cette scène. Un mince sourire heureux étirait mes lèvres. Il fallait que je le fasse disparaître, c'était gênant.

Je descendis les grands escaliers du hall principal qui se croisaient sur plusieurs niveaux et qui bougeaient par magie, rejoignant tel ou tel pallier selon la volonté du château. Les tableaux parlaient à côté de moi des chevaliers sur leurs valeureux destriers, ou bien des nobles assis autour d'une table concertant sur Grindelwald. Les entendre parler de ce sorcier me rappela les titres des journaux de moins en moins positifs sur l'ascension du mage noir. J'espérais que mon père allait bien à Londres... Comment parviendrait-il à se défendre seul, sans maman, lui qui n'utilisait pas de baguette magique pour faire de la magie ?
Souvent - trop souvent – je pensais à maman. Elle me manquait. Elle n'aurait jamais dû mourir aussi jeune. J'avais encore besoin d'elle, plus que de n'importe qui d'autre.

Je descendis tous les étages jusqu'au dernier escalier. Je dévalai de plus en plus vite les marches parce que j'allais être en retard en cours de botanique. J'avais un peu peur de la sentence du professeur parce que ma plante était encore morte alors que je l'avais bien arrosée toute la semaine. Quelle plaie. Si seulem...eeeen-
Mon pied dérapa sur une marche recouverte de verglas et je me sentis partir en arrière.

- AAAAAHH ! Criai-je.

Tout mon corps suivit, volant sur trois ou quatre marches jusqu'à ce que je tombe lourdement sur les fesses et que je continue à glisser, sans parvenir à me rattraper à la rambarde. Un cri de douleur s'étrangla dans ma gorge. Je sentis les larmes me monter aux yeux. Mes fesses me faisaient très mal, mais rien à voir comparé à ma cheville.

Des élèves qui avaient assisté à la chute s'approchèrent de moi. Des élèves de deuxième année.

- Ça va ? Tu as mal ?
- Ma cheville… ma cheville me fait très mal, dis-je en reniflant.

J'avais l'impression que tout mon corps était recouvert d'ecchymoses tant il me fut douloureux de me redresser et de porter ma main sur ma cheville pour tâter les dégâts. Les trois élèves (une fille et deux garçons) m'entourèrent. Ils me saisirent par les aisselles et me poussèrent dans le dos pour m'aider à me relever.

- Tu peux poser ton pied au sol ?
- Non, soufflai-je.
- On va essayer de te porter jusqu'à l'infirmerie…
- On va te faire un wingardium leviosa ! Clama un des garçons. On a appris à faire ce sort !

Pendant un instant j'imaginai la scène : mon corps léviter dans les airs et les trois élèves autour de moi, comme entourant un brancard.

- Hm, non, je crois que je vais y aller à cloche-pied, assurai-je en leur souriant.
- O-ok, on te soutient alors, dit la petite fille.

Heureusement, l'infirmerie n'était pas loin. Ils m'emmenèrent jusque là-bas. Je les remerciai chaleureusement, puis Monsieur Brûlepied vint prendre le relais. Je passai devant la partie de l'infirmerie réservée aux garçons puis entrai dans celle des filles, séparées l'une de l'autre par un rideau blanc. Il m'aida à m'asseoir sur un lit.

- Vous aviez cours ? Me demanda-t-il en pinçant les lèvres.
- Oui, mais ce n'était pas volontaire, il y avait du verglas et…
- Ce n'est pas moi votre professeur, ce n'est pas à moi que vous devez vous justifier.

Ah bon ? Ça m'en a eu tout l'air ! Je grimaçai en sentant sa main toucher ma blessure.

- Vous vous êtes foulé la cheville.
- Ça met du temps à être soigné ?
- Quelques heures, marmonna-t-il en débouchant avec les dents le bouchon d'un flacon.

Je l'observai prendre ici et là des flacons, le dos courbé. Il avait un début de calvitie alors il essayait de la cacher en ramenant les cheveux du côté par-dessus son crâne. Les amples manches de sa robe de sorcier étaient retroussées pour ne pas le gêner. Il était tout en noir, particulièrement lugubre. Je n'éprouvais pas beaucoup de sympathie pour lui. Il avait une façon brusque de s'adresser à nous qui nous faisait toujours culpabiliser, même si on n'avait aucune raison de nous sentir coupable.

- Buvez ça, ordonna-t-il.

Je fis ce qu'il me demandait, le front moite et les tresses entortillées, comme sujettes aux odeurs particulières qui régnaient ici. Le goût était infect. Il procéda ensuite à quelques sorts en agitant sa longue baguette (bois de sorbier, cœur de dragon, 31cm, longue, fine et entièrement lisse), réchauffant la zone où ça me faisait mal.

- Restez ici.
- Qu'est-ce que je dois faire ?
- Attendre, je vous dis.
- Mais…
- J'ai des patients, miss Xu. Je reviendrai vous voir tout-à-l'heure.
- Mais…
- Une cheville foulée n'est rien du tout, lâcha-t-il en virant son faciès osseux vers moi.

Il me fit penser à un grand corbeau. Il s'envola vers d'autres patient et je ramenai la couverture du lit sur moi. Quelle poisse. Finalement j'aurais préféré aller en botanique. Tout ça à cause de ma cheville qui était déjà fragilisée avant cette chute. Si j'avais été plus sage, j'aurais suivi le conseil de Newt et j'aurais été à l'infirmerie bien plus tôt pour que la blessure n'empire pas. Maintenant j'en avais pour plusieurs heures coincée ici.

Je fouillai dans mon sac, posé sur la chaise. Je récupérai des flacons d'encre, un parchemin et une plume d'oie. J'avais un compte-rendu à faire sur le dernier cours de potion, et je séchais depuis hier soir. Je n'arrivais pas à écrire ce fichu compte-rendu. J'avais à peu près réussi ma potion, là n'était pas le problème le problème c'est que je ne savais pas comment expliquer le raisonnement que j'avais eu pour la préparation. L'objectif du cours de potion avait été de partir d'un point A donné (une liste d'ingrédients) et d'arriver à un point Z (le résultat final escompté), sans savoir dans quel ordre utiliser les ingrédients. Ça avait été particulièrement difficile mais, étrangement, je m'en étais bien sortie. Je le devais à Lester Hodgson, parce qu'on avait déjà fait un binôme ensemble l'année dernière et on avait eu le même exercice à faire.

Je commençai à noter quelques phrases (et à en raturer la moitié), quand soudain, je reconnus une voix familière. Je levai la tête. Leta s'entretenait avec monsieur Brûlepied. Elle avait des cicatrices sur ses mains quand elle récupéra les potions que lui tendit monsieur Brûlepied. Elle le remercia puis repartit sans même me regarder.

Je continuai mon compte-rendu, griffonnant ici et là, concentrée sur mon exercice quand, soudain, une grande personne se tint devant moi, me faisant sursauter. Les flacons d'encre roulèrent et se déversèrent sur les draps blancs.

- Oh, non ! M'exclamai-je.

Je levai les yeux vers nul autre que… le professeur Dumbledore. Ici même, au pied de mon lit ! Diantre.

- Monsieur Dumbledore, bredouillai-je en me redressant, les joues rouges.

J'avais honte de mon parchemin tout raturé qui témoignait à quel point j'étais une incapable. Lorsque Dumbledore était élève (il n'y a pas si longtemps que cela), il devait certainement pondre d'une traite ses compte-rendus et sans une faute.

- Bonjour miss Xu. Je faisais un petit tour par l'infirmerie pour saluer mon collègue, quand je vous ai vue. C'est votre cheville, n'est-ce pas ?

Je secouai la tête pour lui donner raison.

- Ces escaliers peuvent s'avérer pleins de mauvaises surprises, parfois, dit-il en souriant mystérieusement.
- Non, c'est moi. Je n'ai pas fait attention où je marchais.
- Oui, quand on a l'esprit ailleurs, ça peut nous jouer des tours aussi, concéda-t-il. Surtout quand l'esprit et le coeur sont étroitement liés…

Oh non, Dumbledore n'avait quand même pas su que j'avais épié Oscar ? Je rougis davantage encore, au comble de la gêne, et me jurai de ne plus filer ou espionner le Serdaigle.

- Comment vous sentez-vous ?
- C… ça va.
- Je vois que vous mettez à profit votre temps de convalescence, c'est bien. Je vais vous laisser, miss Xu, en vous souhaitant un prompt rétablissement.

Je sentis soudain quelque chose de dur à côté de ma jambe… un livre ? Je n'arrivais pas à voir de là où je me trouvais à cause de l'épaisseur de la couverture rabattue sur mon corps. Dumbledore effaça d'un coup de baguette les tâches d'encre qui avaient recouvert les draps et s'en alla tranquillement.
- Monsieur… je crois que vous avez fait tomber votre livre…

Il se tourna vers moi, les yeux pétillants derrière ses lunettes en demi-lune.

- Ah oui, j'oubliais : si toutes les occupations sont bonnes à prendre, certaines peuvent s'avérer plus importantes que d'autres.

Je fronçai les sourcils tandis qu'il me saluait de la main, un sourire aux lèvres, avant de partir dans un tourbillon de tulles mauves. Quel personnage loufoque, vraiment. Je me redressai. C'était bien un livre. Je l'attrapai avec suspicion et lus le titre : « Sorcières, sages-femmes ».

Oh ! Mes yeux s'écarquillèrent. C'était… ce n'était quand même pas… oh ! J'avais fait tous les rayonnages de la bibliothèques après que monsieur Binns n'eût rien pu me dire de plus sur ces fameuses sages-femmes ! J'avais fini par laisser tomber au bout de plusieurs jours, et voilà que le professeur Dumbledore découvrait devant moi tout un ouvrage sur le sujet ? Alors il savait que je m'intéressais au sujet… Comment avait-il su ? Si ça se trouvait, c'était lui qui avait commandé l'ouvrage où le terme de « sages-femmes » figurait dans les notes de bas de page. Il avait donc tout fait pour m'orienter vers une piste, pour me montrer que je n'avais pas fait le tour du sujet ! Margaret avait raison, c'était un sorcier très intelligent qui n'avait pas de pareil.

Mais quel était ce livre étrange ? Je regardai avec une once d'appréhension les noms moldus des auteurs. Il me semblait bien que le professeur Dumbledore était un ami des moldus mais il n'allait quand même pas me donner à lire un livre écrit par eux, quand même ?

Je reposai le livre sur la table de chevet et continuai mon compte-rendu pour le cours de potion. Ce que je voulais c'était un livre écrit par des sorciers qui m'expliquerait en quoi les sages-femmes moldues avaient pu être traitées de sorcières, pas un ouvrage écrit par des moldus : c'était rabaissant ! En plus il n'y aurait pas de point de vue magique pour traiter la question, absolument élémentaire. Non, c'était n'importe quoi. Je secouai la tête, chassant ces pensées. Je me concentrai sur mon parchemin. Les minutes passèrent, se transformant en dizaines de minutes. Je sentais que ma cheville me faisait un peu moins mal.

Soudain, j'arrêtai tout et attrapai le livre sur la table de chevet. Et si c'était des auteurs cracmols ? Ils auraient alors deux axes de lecture: moldu et sorcier. Je lus les premières pages. Et je sus alors que je n'arriverais plus à lâcher ce livre. Il disait tout, tout ce qui entourait la question, et bien plus encore… Il m'ouvrait une porte devant laquelle j'étais toujours restée buter devant, par déni, par incompréhension, par supériorité : celle de l'Histoire des moldus.

Je tombai à bras le corps dans la lecture, relevant ici et là des citations qui me permettaient de mieux comprendre.

L'Inquisition (la chasse aux sorcières) tortura et massacra nombre de moldues durant quatre siècles (du XIVè au XVIIè siècle) : autant que la chasse aux sorcières dont j'avais toujours entendu parlé, qui nous avait concernées nous, sorciers et sorcières pratiquant la magie. Ça avait commencé en Italie et en Allemagne, puis ça s'était propagé en France et en Angleterre. « Un auteur a estimé le nombre d'exécutions dans certaines villes allemandes à une moyenne annuelle de 600, soit deux par jour, ''en excluant les dimanches''. »

Les moldues étaient accusées de plusieurs choses. Elles avaient la capacité de s'organiser ensemble. Elles étaient aussi fustigées à cause de leur sexualité féminine car elles tentaient les hommes, mais aussi le diable ! Les spéculations allaient jusqu'à considérer qu'il y avait des regroupements de sorcières avec le diable, des sortes d'orgies, qu'ils appelaient des sabbats. Les moldues étaient appelées des sorcières parce qu'elles avaient dit-on, des « pouvoirs magiques », et que c'était grâce à ça qu'elles pouvaient aussi bien faire le bien ou le mal. Ces pouvoirs magiques étaient le résultat du rapport sexuel qu'elles avaient eues avec le diable, en échange de quoi elles promettaient de le servir fidèlement.

« On croyait que le diable avait un réel pouvoir sur terre, et l'utilisation de ce pouvoir par des paysannes – que ce soit pour le bien ou le mal – était effrayante pour l'Église et l'État. Plus l'étendue de leurs pouvoirs sataniques les rendait autonomes, moins elles étaient dépendantes de Dieu et de l'Église, et plus elles étaient potentiellement capables d'utiliser leurs pouvoirs contre l'ordre divin. »

Les sorcières étaient persécutées en tant que femmes, mais aussi en tant que sages-femmes faisant partie des paysans. On disait d'elles qu'elles étaient folles et qu'elles participaient aux révoltes paysannes – dans un grand élan d'hystérie collective -, notamment lors du vacillement du féodalisme. (Je pris en note de faire plus de recherche sur le féodalisme, c'était quelque chose que je ne connaissais pas du monde moldu). En outre, les sorcières étaient accusées parce qu'elles soignaient les pauvres... Il n'y avait alors pas de médecins pour le peuple car l'Église était résolument anti-médicale. Seule une élite médicale était autorisée, entièrement constituée d'hommes. C'étaient des « professionnels », reconnus comme tels par l'Église depuis le XIIIè siècle seulement (après huit siècles de déni, du Vè au XIIIè siècle). Des professionnels qui niaient le non-professionnalisme des sages-femmes car elles ne faisaient pas partie de l'élite, parce qu'elles n'avaient pas étudié (d'ailleurs, avant même que commence la chasse aux sorcières, elles avaient été interdites d'entrer à l'université elles ne risquaient donc pas de devenir des professionnelles).

Je relevai la tête de mon livre car monsieur Brûlepied se rapprochait de moi pour savoir si j'allais mieux. Ça devait bien faire une heure et demi que j'étais allongée ici à présent.

- Alors, ce pied ?
- Je ne ressens plus de douleur.

Il hocha la tête, observa ma cheville, la manipula, tapota sa baguette magique dessus, puis repartit.
Je ne cherchai même pas à lui demander quand est-ce que je pourrais partir, je retournai aussitôt avec une passion dévorante dans ma lecture.

Ce qui était important à comprendre, c'était que pour l'Église catholique autant que protestante, il ne fallait pas se fier aux sens, ni au corps, mais à la foi. Or, l'empirisme était une méthode prisée par les sorcières : elles se fiaient aux sens. Les sorcières faisaient des essais, des erreurs, observaient les causes, les effets... « Elles disposaient d'antalgiques, de remèdes pour faciliter la digestion et d'agents anti-inflammatoires. Elles utilisaient l'ergot de seigle pour soulager les douleurs de l'accouchement... ». « Ce furent les sorcières qui établirent une compréhension approfondie des os et des muscles, des plantes et des médicaments, alors que les médecins tiraient encore leurs diagnostics de l'astrologie et que les alchimistes essayaient de transformer le plomb en or. » C'était donc la science de l'époque.

C'était incroyable, tout ce que les moldues avaient fait. J'avais compris pourquoi on les nommait sorcières. L'histoire des moldus était bien plus digne d'attention que je ne le pensais. Je m'étais même fourvoyée sur toute la ligne. Quelle condescendance de ma part d'avoir cru que l'histoire de la magie avait toujours été la plus importante ! Le professeur Dumbledore venait de me faire changer de point de vue, du tout au tout. Et je ne m'en remettais pas. J'aurais aimé en parler à tout le monde de la découverte que je venais de faire, mais qui m'aurait écoutée ? Newt, peut-être. C'était le plus progressiste de nous tous. Il considérait même le mariage entre sorcier et moldu comme normal ! Et puis Rachel, bien sûr, qui était née de parents moldus et dont les deux frères étaient aussi moldus. Mais sinon, autour de moi, il était commun de considérer que les moldus étaient inférieurs et moins importants parce qu'ils n'avaient pas de magie en eux. Ils étaient donc moins « évolués ». Mais quelle erreur…

Et voilà que je repensais au vieux moldu qui m'avait sauvé la vie lorsque le mage noir avait failli me tuer. Pourquoi ne l'avais-je pas remercié plus dignement avant de l'oublietter ?

Je plaquai le livre contre ma poitrine. Une foule de résolutions se pressait dans ma tête et à l'intérieur de ma cage thoracique... je sentais que quelque chose de fort avait changé en moi.


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Vacances de la Toussaint, 1914, Poudlard

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Qui disait vacances de la Toussaint disait… Halloween !

- Je te surveille, me répéta encore une fois Constance en brandissant un doigt inquisiteur devant mon nez.

Elle savait que mes farces avaient tendance à se multiplier durant la période d'Halloween. Et, en effet... Ce matin encore elle avait trouvé un sort de chauves-souris s'envoler de son sac alors qu'elle l'ouvrait pour en sortir des manuels. J'avais tellement ri ! Surtout en la voyant hurler et bondir sur son lit. Mais mon rire s'était vite fâné lorsque Margaret m'avait demandé de cesser un peu... (Le comportement de Margaret devenait de plus en plus taciturne ce qui était très anormal).

Qu'à cela ne tienne, je changeai de cible. Rufus Hamilton devint mon cobaye préféré. Je me rappelai sa tête lorsqu'il la glace qu'il mangeait au dîner s'était solidifiée sur sa langue. Ou encore lorsque ses oreilles avaient changé de couleur à mesure qu'il circulait dans un couloir et croisait un Gryffondor, puis un Poufsouffle, puis un Serdaigle et un Serpentard, et parfois deux en même temps pour chaque oreille. Je le filais en douce (si j'avais arrêté de le faire pour Oscar, il n'en était rien pour les autres), et à chaque fois je devais me mordre les lèvres pour ne pas éclater de rire.

La vérité c'était que les farces trompaient mon ennui. Je me sentais bien seule depuis que Margaret avait cessé de participer à mes blagues. J'essayai aussi de la filer dans les couloirs, mais elle arrivait toujours à m'échapper pour aller je ne sais où. Elle était douée. Sûr que c'étaient ses expéditions dans les cuisines du château pour demander aux elfes de faire des chocogrenouilles qui l'avaient habituée à se faufiler comme une ombre !

La seule chose de très, très drôle que je fis durant les vacances, c'est du patin à glace sur le lac avec Rachel. On s'en était procurés à pré-au-lard, pour une somme astronomique (mais Rachel était riche alors elle paya presque la totalité). C'était la première fois qu'on faisait une activité que toutes les deux, et ça a eu le mérite de lui enlever tous les soucis qui lui accablaient la tête et qui lui pesaient sur les épaules. Elle a ri comme je ne l'avais jamais vue rire, et elle était aussi très douée (elle était douée en tout), mais là c'était flagrant. Elle tenait ses mains jointes à l'arrière du dos, comme une véritable patineuse, et elle faisait des sauts et des ronds, fallait voir ça, c'était magique. Elle m'a avoué avoir fait quelques années de patin à glace quand elle était petite, ce qui expliquait cela. Par contre il fallait faire attention. Bien que Rachel eut lancé plus d'un sort pour faire épaissir les fines couches de gel, on était encore que fin Novembre, presque Décembre, et la température ambiante avait tendance à réchauffer très vite notre glace magique. D'ailleurs notre activité dura une demi-heure tout au plus car aussitôt les préfets-en-chefs déboulèrent en nous criant dessus et en gesticulant pour qu'on revienne immédiatement sur la berge : (« IL EST INTERDIT D'ALLER SUR LE LAC ! », « VOUS ALLEZ ETRE EN RETENUE, EN RE-TE-NUE ILLICO PRESTO BANDE D'ECERVELEES ! »).

Par Helga, il n'y avait rien de pire qu'être en retenue pendant les vacances… à part les séances d'aide aux devoirs. On m'imposa d'y aller deux heures dans la semaine, une le mardi, et une heure la veille d'Halloween… Rachel, elle, bizarrement, fut exonérée de ce devoir. Sûrement parce qu'on ne lui aurait rien appris et qu'elle aurait fini par tout expliquer les exercices à tout le monde…

Les retenues, ça rigolait pas. Les préfets-en-chefs estimèrent qu'on avait fait beaucoup trop d'entraves au règlement, alors ils nous envoyèrent dans le cachot. Je n'y étais jamais allée encore. Moi qui devenais claustrophobe, j'étais prise de panique en voyant le concierge nous mener dans une petite pièce au sous-sol et maintenir nos poignets par des sangles accrochées au mur. Le concierge nous dit qu'on devait rester là pendant une heure. Il faisait froid et sombre. Je grelottais et je sentais mon pouls s'accélérer furieusement. J'appelais sans cesse Rachel. « Rachel ! Rachel, ah, tu m'entends. Continue de parler s'il-te-plaît, s'il y a une seule minute de silence je vais devenir folle ». J'entendais des rats courir sur les dalles grises et les gouttes rouler contre les murs et tomber au sol en une succession de ploc-ploc-ploc désagréables. J'éternuais. Ma crise d'angoisse fut bientôt si grande que je criai qu'on me sorte de là. Et comme j'eus l'horrible impression d'être seule au monde, perdue quelque part au fond des boyaux du château, je hurlai plus fort encore. Je réalisai que lorsque les préfets-en-chefs revinrent nous détacher, je pleurais à chaudes larmes.

- Que ça vous serve de leçon, dit l'un.
- Ça va ? Demanda une autre, beaucoup plus agréable.

Je m'effondrai au sol, le souffle court. Je n'arrivais plus à respirer.

- De l'air, il lui faut de l'air ! Cria la préfète-en-chef en me portant sur son dos et en quittant le cachot.

Et voilà comment j'eus le plaisir de retrouver monsieur Brûlepied à mon chevet. Rachel aussi était à l'infirmerie, par mesure de précaution, et parce que son regard terrifié faisait aussi peur à voir que le mien. On m'aida à me calmer, à respirer. Margaret accouru avec Constance, et elles haussèrent la voix. Mais j'avais du mal à reprendre mes esprits pour discerner leurs paroles, et bientôt il me sembla que leurs voix furent recouvertes par des ordres et qu'elles durent se taire et s'en aller.

On ne m'envoya plus dans le cachot. Je nettoyai les salles de classe à la place. Et puis j'allai aux cours d'aide aux devoirs. La première fois fut très, très longue. Mais la deuxième, un miracle se produisit, égayant les journées grisâtres et effrayantes que je passais dorénavant au château : Oscar faisait partie du groupe !

Je m'assis à sa table. Rien que de cette audace me rendait fière de moi. C'était une table pour six personnes, mais nous n'étions que quatre autour. La salle de classe était plongée dans l'obscurité, seuls quelques halos orangés gros comme des citrouilles éclairaient ici et là des parchemins grattés avec application par les élèves. Le silence était complet. Le professeur de potion nous surveillait de près.
J'écoutai la respiration d'Oscar à ma gauche, calme et détendue. Concentrée. Elle était si proche de moi... J'aurais aimé la sentir contre ma peau. Je regardai furtivement ses longues mains blanches s'étaler sur son manuel de sortilèges pour maintenir sa page, ou pour retrouver un terme précis dans le texte à l'aide de son index. Il était très calme et très appliqué, comme moi. Je remarquai qu'il annotait tout ce qu'il trouvait dans ses livres, comme je le faisais. Il avait aussi sans cesse la nécessité d'apporter des détails à tout ce qu'il écrivait à l'aide de parenthèses, tout comme moi. Voilà. Preuve était faite que nous étions faits l'un pour l'autre.

Soudain, je réalisai quelque chose que je n'avais pas remarqué avant… Un graffiti avait été dessiné dans la marge de son cahier. Pas d'erreur possible… il s'agissait des trois reliques de la mort. Je me crispai aussitôt. Mes mains devinrent des poings serrés. Comment, comment pouvait-il dessiner ça sur son cahier ? Comment ? Je n'en revenais pas ! Tout le monde savait que Grindelwald en avait fait son symbole. C'était faire preuve d'une très grande naïveté que de ne voir qu'un simple conte de Beedle le Barde à travers les trois reliques de la mort. C'était devenu le symbole de ralliement de nombre de mages noirs qui jouissaient d'une puissance de plus en plus importante dans l'ombre et qui blessaient et torturaient des gens. Ce n'était juste pas possible ! À moins que ce ne fût pour épater la galerie ? Pour se montrer téméraire, casse-cou ?

Je n'arrivais plus à me concentrer sur mes devoirs. Quand l'heure fut finie, je n'hésitai pas un seul moment. Je lui parlai aussitôt les portes de la classe franchies.

- Oscar, appelai-je.

C'était la première fois que je prononçais son prénom à voix haute. Il se retourna vers moi. Par Helga, qu'est-ce qu'il était beau. J'eus soudain très chaud et sentis mes mots fondre dans ma gorge comme neige sous le soleil. Il mit un certain temps avant de me reconnaître (admiratrice ? camarade de classe?).

- Ah, salut… Min.

Merci de retrouver mon prénom, ça fait six ans qu'on est dans la même promotion, m'entendis-je penser avec un cynisme vexé qui ne me ressemblait pas.

- Je… il faut que… écoute…

Je ne savais plus comment commencer. Ses yeux sombres me regardaient avec sérieux. Il était si près de moi. Je pouvais voir ses canines jouer avec sa lèvre inférieure tandis qu'il esquissait un sourire. Il pencha légèrement la tête, les pommettes saillantes. Je me sentais chavirer. J'avais tellement envie de le toucher. Concentre-toi. Demande-lui pour les reliques de la mort...

- Je t'ai…

Il ouvrit grand les yeux avant de me stopper net dans ma lancée.

- Ça te passera.

Qu… quoi ?

- Tu allais dire que tu m'aimes, alors je te réponds : ça te passera.

Je n'aurais pas eu l'air plus estomaquée si un fantôme avait retrouvé ses couleurs et ne pouvait plus traverser les murs.

- Pas du tout !, m'offusquai-je par tant de narcissisme (m'étais-je donc trompée à ce point sur sa personne, était-il si vaniteux?), je voulais dire : « je t'ai regardé travailler et quelque chose m'a sauté aux yeux sur ton cahier : un graffiti des reliques de la mort ». Pourquoi as-tu dessiné ça dans ton cahier ?
- Oh.

Il parut soufflé par ma réponse, et eut la décence de paraître gêné. Bon sang, il m'avait bien dit « ça te passera » ? C'est ça qu'on répond à quelqu'un qui ouvre son cœur ? Peut-on être aussi débarrassé de toute inquiétude, de toute empathie, de toute compassion pour son interlocuteur ? Je n'en revenais pas. Il répondit alors :

- Ça… c'est un ami qui a voulu me faire une blague, il ne faut pas faire attention.

Pour une fois je voulus faire savoir mon avis dans un débat. Je répliquai :

- C'est beaucoup trop politique pour être sujet à blague.

Il sembla trouver la conversation ennuyeuse. Je vis qu'il avait envie de partir. Il me dit « oui, sans doute ». Puis il me fit un signe de la main et partit avant que le professeur de potion nous tombe dessus et nous demande pourquoi on parlait ensemble, si proche l'un de l'autre. Je soupirai. Moi aussi je partis vers ma salle commune. Je marchais d'un pas lent, l'épaule basse par le poids de mon sac à bandoulière. Moi qui avais senti une telle chaleur dans mon ventre l'instant d'avant, j'étais maintenant glacée.

J'enfilai mon pyjama jaune une fois dans le dortoir et racontai tout à Margaret.

- Mais quel goujat ! Lança-t-il avec énergie.
- Oui, répondis-je en baissant la tête.

Je sentais le contre-coup arriver à présent, et les larmes étaient pas loin de jaillir.

- Tu crois que c'est vrai, que c'est son ami qui a dessiné sur son cahier ?

Je haussai les épaules, fataliste.

- Je n'en sais rien.
- Il serait donc entouré de camarades intéressés par la magie noire ? Ou bien c'est lui qui est secrètement fasciné par la magie noire ? Ou alors il est vraiment stupide et il dessine n'importe quoi sur ses cahiers ?
- Il a bien dit que c'était une blague, rappelai-je d'une voix éteinte.

J'étais tellement déçue que j'avais l'impression qu'un hippogriffe s'était chargé de piétiner toutes mes espérances et qu'il n'en restait qu'un tas de poussières.

- Je n'en reviens pas. Oublie-le, ton beau-gosse de Serdaigle, il ne vaut vraiment pas le coup ! Non mais sérieusement, c'est quoi son problème ? Il a tellement l'habitude d'entendre des déclarations d'amour qu'il expédie les filles sans même leur laisser le temps de parler ? Je le trouve très irrespectueux ! Alors si en plus il fréquente des prétendus mages noirs, c'est lui qu'on devrait amener aux cachots !

Je frissonnai.

- Dis pas ça !
- Pardon Min, ça m'a échappé…

J'étais encore traumatisée par la punition dans les cachots, j'en gardais même des marques autour des poignets. Aucun élève ne méritait ça.

- Je suis fatiguée, je vais me coucher, signalai-je.

Margaret hocha la tête et éteignis la lumière. Je me faufilai sous la couverture, dans le nid d'hirondelle qui me servait de lit, et fermai les rideaux sur la tringle ronde du baldaquin. Je commençais déjà à m'endormir quand la voix de Margaret monta dans le dortoir, plus timide qu'elle ne l'avait jamais été.

- Au fait… Min…
- Hmm…
- Min…, insista-t-elle.
- Quoi ? Qu'y a-t-il ? Répondis-je, tout à fait réveillée.
- Je… tu n'es pas au courant ?
- Que je dois faire un trait sur Oscar ? Si, merci, rétorquai-je avec une bouderie qui n'était, encore une fois, pas habituelle chez moi.
- Non, je ne parle pas de ça…
- Quoi, alors? M'impatientai-je. Pourquoi tu as peur de m'annoncer la nouvelle? C'est grave ?

Le silence s'éternisa, me mettant de plus en plus au supplice. Jusqu'à ce qu'elle le dise... Et la nouvelle me tomba dessus comme une pierre. Et cette fois, je ne trouvai plus le sommeil de toute la nuit.

- Lester Hodgson est de retour à Poudlard, il a été réadmis.

.


hey, hey !

Il faut ABSOLUMENT lire le livre qu'a donné Dumbledore à Min. Son titre complet est : Sorcières, sages-femmes & infirmières. Une histoirE des femmes soignantes. Ecrit par Barbara Ehrenreich et Deirdre English (qui ne sont pas des cracmoles, juré). Ça fait partie de la collection Sorcières (ET OUI !) de l'édition Cambourakis.

Et ce livre est formidable. Il traite de la médecine aux Etats-Unis au XIXème siècle en faisant un retour sur les racines historiques du corps médical et, surtout, sur les infirmières et les sages-femmes : d'où le chapitre consacré à la chasse aux sorcières. Il apprend beaucoup de choses. Mes citations sont entièrement tirées de ce livre et ce n'est qu'un centième du contenu.

Et puis surtout, c'est en lisant ce livre que j'ai eu l'idée d'écrire cette fiction, alors bon. Je lui dois tout. :D