Chapitre 3

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Shigeko venait de finir de déjeuner au Centre pokémon, Gracieuse à ses côtés. Elle observait la pokéball de son magicarpe d'un air dépité, et elle se demandait bien ce qu'elle allait pouvoir en faire. Elle hésitait à le relâcher dans la nature, mais l'idée d'y avoir laissé toutes ses économies l'en empêchait. De plus, elle ne pourrait même pas récupérer sa pokéball, car une fois configurée pour un certain pokémon il était impossible d'en effacer les données, ce qui la rendait inutilisable avec un autre. Cela faisait partie des choses qu'elle avait appris au Laboratoire du professeur Chen, qui s'était en revanche bien gardé de leur fournir un lot pour débuter. Elle haussa les épaules. Si elle ne pouvait pas capturer suffisamment de pokémons, celui-ci pourrait au moins lui permettre de remplir les quotas nécessaires pour participer à un match d'arène, se dit-elle pour essayer se consoler, sans grand succès.

Cela faisait déjà une semaine qu'elle flânait entre le dortoir et la cantine, sans rien faire de constructif de ses journées. Elle commençait d'ailleurs à s'ennuyer sérieusement. Elle connaissait la ville dans ses moindres recoins et elle avait envie de reprendre la route, ne serait-ce que pour tromper son ennui. Mais toujours sans un sou vaillant, cela lui était impossible. Elle sortit la liste des objets dont elle aurait besoin pour voyager, et qu'elle avait dressé au fur et à mesure de la semaine qui venait de s'écouler.

Elle n'y avait noté que le strict minimum, mais elle ne voyait toujours pas comment elle pourrait se les procurer. Sur cette liste, il y avait : un duvet ou une couverture, du savon, une brosse à dent, du dentifrice, une pokéball vide. Elle avait ajouté, entre parenthèses, une tente, une serviette de bain, un réchaud, une casserole, une cuillère ou une fourchette, et des boîtes de conserve. Mettre la main sur seulement la moitié de cette liste lui permettrait d'envisager l'avenir avec un peu plus de sérénité, mais la seule solution pour cela était de fouiller les poubelles en espérant y trouver des articles dans un état correct.

Shigeko soupira, consciente qu'elle ne pourrait pas s'y soustraire. Elle avait repoussé ce moment le plus longtemps possible, mais elle n'avait pas le choix. Et elle était en train de devenir folle d'ennui, à force de tourner en rond. Elle décida d'attendre la nuit, afin d'éviter d'être vue en train de faire les poubelles et de rester le plus discrète possible.

Le soir venu, Gracieuse rangée dans sa pokéball pour ne pas attirer l'attention avec sa queue enflammée, elle se dirigea vers l'endroit où se trouvaient les plus gros conteneurs de la ville. Une fois arrivée devant, l'odeur qui se dégageait des ordures était presque insoutenable, mais elle se força à déchirer le plastique d'un sac poubelle et à y plonger les mains. Elle passa ainsi presque deux heures de recherches infructueuses. Elle finit bien par trouver une pokéball, mais elle avait déjà été utilisée, il était inutile de la garder. Elle finit par abandonner et prit le chemin du retour, pressée de se débarrasser de cette odeur de pourriture. Sur la route, elle garda la tête baissée et la mine renfrognée, dégoûtée.

Soudain, un grand bruit métallique la fit sursauter. Un animal ou un pokémon sortit en courant d'une ruelle adjacente, fuyant à toute vitesse la poubelle qu'il venait de renverser. Shigeko soupira en allant jeter un coup d'œil sur les ordures déversées sur le sol, juste au cas où. Elle poussa une exclamation de joie lorsque la chance lui sourit enfin : le bruit métallique qui avait fait fuir la créature quelques instants auparavant était une casserole presque en parfait état, à peine écaillée sur les côtés et au manche légèrement fondu. Un coup de chance ne venant jamais seul, elle trouva aussi une vieille couverture trouée, mais dont le tissu était de bonne qualité. Elle s'empressa de ramener son butin au Centre pokémon, peu désireuse de s'attarder dans les environs.

Lorsqu'elle franchi la porte vitrée, un affiche qu'elle n'avait pas remarqué jusqu'ici était scotchée dessus et attira son attention : « Derniers jours pour récupérer vos objets perdus ! À partir de lundi prochain, tous les objets trouvés devront quitter le local du Centre pokémon. » Autrement dit, tous les objets trouvés seraient jetés pour faire de la place. On était justement samedi soir, ce qui voulait dire qu'elle n'avait qu'à attendre une journée avant de retenter sa chance dans les poubelles. Peut-être même que l'infirmière Joëlle accepterait de la laisser récupérer quelques objets dès dimanche, qui sait ?

Elle monta se coucher, rangeant soigneusement ses nouvelles affaires dans son sac-à-dos en tâchant de ne pas réveiller les autres dormeurs. Cette nuit-là, elle s'endormit avec une toute nouvelle sérénité.

L'infirmière Joëlle la regardait fixement, une expression stupéfaite sur le visage. Quelques secondes passèrent. Shigeko se dandina sur ses pieds, mal à l'aise et regrettant d'avoir posé la question.

- Je, heu… désolée d'avoir demandé ça, dit-elle en commençant à partir.

- Non, non, reviens, la héla l'infirmière. J'ai été surprise, voilà tout. Bien sûr que tu peux prendre quelques petites choses, de toute façon personne n'est venu les réclamer avant aujourd'hui, alors ce n'est pas maintenant qu'ils vont se décider. Suis-moi, c'est par là.

Elle l'emmena dans le local où étaient stockés les objets trouvés. La pièce fit l'effet d'une véritable caverne d'Ali Baba à Shigeko. Toutes sortes de choses s'entassaient sur les étagères, plus ou moins utiles. Des parapluies, des casquettes, des manteaux, des écharpes, des selles de vélo, des piquets de tente, et même, dans un coin, une table de pique-nique pliante.

- De quoi as-tu besoin ? demanda l'infirmière.

- Heu…

Shigeko sortit sa liste avec hésitation. Avant qu'elle n'ait pu dire quoi que ce soit, Joëlle l'attrapa d'un geste vif et la parcourut du regard.

- Hum… Voyons ça. Oui, je dois avoir ça quelque part.

Le jeune femme se mit à farfouiller dans le bazar qui les entourait, sachant apparemment exactement ce qu'elle cherchait. Au bout d'un moment, elle extirpa d'une armoire un vieux réchaud et un duvet bleu presque neuf. Elle vérifia que le réchaud était bien en état de marche, avant de se remettre à fouiller.

- Regarde de ton côté si tu trouves quelques chose d'intéressant, lança-t-elle à la jeune dresseuse, la tête plongée dans un coffre en métal.

Shigeko se mit donc à fouiner discrètement, déplaçant les choses avec hésitation au début, puis plus franchement en se rappelant que tous ces objets finiraient de toute façon à la benne. Après quelques minutes de recherches, elles avaient rassemblé à toutes les deux une poêle en bon état, deux assiettes en plastique réutilisables, une gourde en aluminium un peu cabossée, un petit lot de couverts dépareillés qui comprenait trois fourchettes, deux couteaux et deux cuillères, une gamelle pour pokémon d'un rouge pétant, et une pelote de ficelle qui pouvait toujours servir. L'infirmière regarda la dresseuse de haut en bas d'un air sceptique, puis attrapa une des casquettes qui traînaient sur l'étagère et la lui enfonça sur le crâne.

- Il ne faut pas voyager la tête nue, sinon gare à l'insolation ! cita-t-elle d'un ton docte.

Elle se gratta le menton, parût réfléchir, puis lui fit signe de la suivre.

- Je vais te donner autre chose. Ramasse tes affaires et suis-moi.

Shigeko ramassa les objets trouvés en toute hâte, sa nouvelle casquette marron et blanche posée de travers sur la tête, et dû courir pour rattraper la jeune femme qui traversait les couloirs au galop.

- Attends-moi là, lui dit-elle en s'arrêtant devant une porte.

Elle disparut derrière pendant quelque minutes, que la jeune fille mit à profit pour mettre de l'ordre dans le bardât qu'elle avait transporté. Lorsqu'elle revint, l'infirmière lui tendit une serviette de toilette d'un blanc immaculé, un pain de savon, une brosse à dent neuve encore dans son emballage et un tube de dentifrice à peine entamé.

- Ce sont mes affaires personnelles, mais je pense que tu en auras plus besoin que moi, lui dit-elle.

Shigeko en resta sans voix.

- Merci beaucoup, madame, bafouilla-t-elle. Je ne sais pas quoi dire, c'est vraiment très généreux de votre part.

- Je t'en prie, ça me fait plaisir, répondit l'infirmière Joëlle avec un grand sourire. Maintenant, oust ! J'ai du travail qui m'attends !

Gracieuse reniflait ces nouvelles trouvailles avec une grande curiosité, dans le dortoir du Centre pokémon. Une fumée blanche s'échappait de temps en temps de ses naseaux, et la flamme de sa queue brûlait avec plus d'intensité que d'habitude, signe de sa bonne humeur. Shigeko s'était aperçue que toutes ses affaires ne rentrait pas facilement dans son sac-à-dos, et elle avait été obligée de tout sortir pour organiser un peu mieux son rangement.

Tout au fond, elle cala son porte-monnaie vide et le roman dont elle avait complètement oublié l'existence, ces derniers temps, avec les trois tickets de bus soigneusement coincés entre les pages. Puis elle rangea le petit réchaud, la pelote de ficelle, les deux assiettes, les couverts, la gamelle et les deux boîtes de croquettes qu'elle avait conservé de son premier larcin. Elle tassa le tout avec la serviette de bain, puis mit le savon, la brosse à dent, le dentifrice et ses sous-vêtements de rechange dans la pochette séparée, à l'avant. Enfin, elle roula le duvet et la couverture ensembles et les coinça entre la poche principale et le rabat du sac-à-dos. Quant à la poêle et à la casserole, elles les attacha par le manche aux bretelles du sac avec un morceau de ficelle, une de chaque côté pour ne pas qu'elles s'entrechoquent. Il restait à trouver une place au carnet de note, au stylo-bille, à la gourde et aux deux pokéballs.

Après quelques secondes de réflexion, elle choisit de ranger son carnet de note et le stylo-bille dans une des grandes poches latérales de son short, les deux pokéballs dans l'autre, au même endroit que le pokédex et, enfin, accrocha la gourde à sa ceinture avec un autre bout de ficelle. Il était dix heures du matin, et elle était enfin propre, reposée et l'estomac bien rempli. C'est alors qu'elle aperçut une feuille de papier sur le lit. C'était le prospectus avec lequel elle avait essayé de convaincre sa mère de la laisser partir en voyage, froissé, plié, chiffonné.

Elle le prit, vieux morceau de papier sans importance aux couleurs passées, pour aller le jeter à la poubelle. Mais ne pouvait pas s'y résoudre, réalisa-t-elle. Aussi insignifiant soit-il, ce prospectus marquait un virage important de sa vie, il représentait tout ce à quoi elle avait renoncé pour gagner son indépendance. Elle le plia soigneusement et le rangea dans une poche de sa veste en jean, celle placée sur le cœur.

Son sac était prêt, et pourtant elle ne pouvait pas se permettre de partir dès maintenant. Entre Jadielle et Argenta, la ville suivante, se dressait la Forêt de Jade. En voiture, on pouvait la contourner facilement, mais à pied il fallait plus d'un mois pour la traverser. Or, elle n'avait toujours pas trouvé un moyen de s'alimenter. Faire les poubelles pour trouver de la nourriture était bien évidemment exclu en pleine nature, et elle refusait de se livrer à nouveau à un vol qui n'aurait, de toute façon, pas été suffisant pour les nourrir, elle et ses pokémons, pendant un mois complet.

C'est alors qu'elle eu une idée, simple, évidente, mais à laquelle elle n'avait tout simplement pas encore pensé. Elle ne devait sûrement pas être la première dresseuse à avoir des difficultés à se nourrir entre les Centres Pokémons. Après tout, même le plus chevronné des randonneurs pouvait difficilement transporter plus de deux semaines de nourriture. Des témoignages devaient très probablement être recensés sur internet, il lui suffisait d'aller regarder comment d'autres avant elle s'y étaient pris.

Le Centre disposait de quelques ordinateurs en libre-service, aussi ne perdit-elle pas une seconde de plus. Elle descendit les escaliers quatre à quatre, Gracieuse sur les talons et apparemment très amusée du comportement de sa dresseuse. Elle s'amusait à lui mordiller les mollets pendant sa course effrénée, manquant de la faire tomber plusieurs fois. Shigeko la repoussa d'un revers de main sans y prêter vraiment attention, et s'installa devant un écran.

Quelques minutes de recherche lui suffirent pour apprendre que les baies sauvages étaient comestibles par les humains, mais que certaines d'entre elles devaient être cuisinées, en soupe ou en compote. Une liste exhaustive des baies de la région de Kanto avait été recensée par un dresseur passionné de biologie, qui l'avait mis à la disposition de tous. Shigeko imprima le fichier sans attendre. Certaines personnes expliquaient également comment poser des collets avec un simple bout de ficelle pour attraper des petits animaux, mais précisaient qu'il y avait un risque de blesser ou de tuer des pokémons de petite taille. Elle imprima également le schéma de la méthode du collet, mais sans avoir vraiment l'intention de s'en servir, car cela nécessitait de rester plusieurs heures, voir plusieurs jours au même endroit, ce qui n'était pas adapté à un rythme de voyage. Les dresseurs qui parlaient de cette méthode sur internet étaient des gens qui avaient beaucoup de badges et qui restaient longtemps au même endroit dans l'optique de pratiquer un entraînement plus poussé. Il y avait aussi la solution de la pêche, mais il fallait acheter du fil et des hameçons pour cela, même si la canne pouvait être fabriquée sur place avec une branche adaptée. Elle retint donc la méthode, au cas où elle trouverait cinq cent Yens sous le sabot d'un ponyta.

Puis elle se demanda s'il existait des conseils similaires pour la nourriture pokémon. Les boîtes de croquettes étaient chères, encombrantes, et ne suffisaient guère à plus d'une semaine chacune. En réalité, cette nourriture était bien plus adaptée aux pokémons qui vivaient en ville. En se renseignant, elle se rendit compte que la grande majorité des pokémons étaient herbivores ou omnivores, et qu'ils pouvaient parfaitement se débrouiller en broutant de l'herbe, des feuilles ou des baies. Ce qui n'était pas le cas de sa salamèche, complètement carnivore.

Elle se tourna vers Gracieuse, qui s'était sagement lovée à ses pieds, peinant à réaliser qu'un pokémon au caractère aussi doux puisse déchiqueter ses proies pour les manger. Mais le professeur Chen l'avait prévenu, elle avait affaire à un spécimen particulièrement docile et sociable, c'était d'ailleurs pour cette raison qu'elle l'avait choisi. Une rapide recherche lui apprit que les deux autres pokémons célèbres de Kanto, carapuce et bulbizarre, mangeaient respectivement des algues et des fruits. Pas étonnant qu'ils fussent considérés comme étant plus faciles à éduquer que les salamèches, se dit-elle. Elle repensa au moment où Gracieuse s'amusait à la mordiller pour jouer, et déglutit avec un peu plus de difficulté.

Puis elle se demanda si la domestication n'avait pas rendue son pokémon incapable de se nourrir par ses propres moyens. Les sujets du Laboratoire destinés à être donnés aux débutants étaient nés en captivité, il n'y avait donc aucune garantie de voir Gracieuse manger un jour autre chose que des croquettes. Pourtant, il faudrait bien qu'elle apprenne, si elle voulait survivre sur les routes. Juste au cas où, Shigeko décida que si aucun instinct de chasseuse ne s'éveillait chez la petite salamèche, elle prendrait quelques jours pour poser des collets et lui faire goûter à la viande fraîche, en espérant que le déclic se fasse à se moment-là.

Elle savait maintenant que tant qu'elle trouverait des baies ou des racines, elle serait capable de s'alimenter à l'aide de son guide. Il était donc temps de partir. Elle se leva et récupéra les fichiers imprimés, les pliant et les rangeant soigneusement dans sa poche latérale avec son carnet de note et son stylo.

Gracieuse, sa salamèche à la terne couleur, porta sur elle son regard d'une douceur infinie. Shigeko caressa la peau écailleuse de sa tête et lui sourit avec affection.

- Je sens que ça va être une très belle aventure, pas toi ?

Elle n'avait ni pokéball, ni canne à pêche, ni la moindre provision, mais elle s'en moquait. Avec ce qu'elle avait dans son sac, elle pourrait survivre en mangeant des baies sauvages et faire cuire celles qui devaient l'être pour être comestibles. Grâce à sa gourde, elle n'aurait plus à s'inquiéter de savoir où se trouvait la rivière la plus proche. C'était comme si le monde entier s'offrait à elle.

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Gracieuse guettait le buisson avec attention, penchée en avant, immobile, la respiration maîtrisée. Shigeko la regardait faire, tâchant de ne pas bouger elle non plus. Quelques secondes s'écoulèrent encore. Soudain, plus vive qu'un serpent, la salamèche bondit dans le buisson. Elle en ressortit presque immédiatement, un lapin sanguinolent entre les crocs. Elle s'installa à proximité de sa dresseuse pour manger sa proie, poussant un grognement de satisfaction.

La première fois qu'elle avait fait une chose pareille, Shigeko avait failli en vomir. Mais elle s'était rapidement habituée, prenant sur elle. Il fallait bien que son pokémon se nourrisse, en l'absence de croquettes. Cela faisait maintenant deux bonnes semaines que les boîtes du Bourg Palette s'étaient épuisées, mais Gracieuse avait su s'adapter à la situation avec une facilité déconcertante. Shigeko ne pouvait pas en dire autant à son sujet. Elle mangeait des baies depuis les trois semaines qu'elles avaient quitté Jadielle, et elle avait littéralement fondu. Elle qui n'était déjà pas bien grosse avant, elle n'avait plus que la peau sur les os.

Parfois, elle avait eu si faim qu'elle avait été tentée de manger son magicarpe. Mais elle avait préféré ne pas le sortir du tout : d'après ce qu'elle avait compris des instructions sur l'étiquette de la boîte de croquettes de Gracieuse, les pokémons qui restaient tout le temps dans leur pokéball n'avaient pas besoin de manger. Alors elle avait préféré s'épargner le souci de devoir trouver de la nourriture pour un pokémon aquatique. Elle avait d'ailleurs complètement oublié de se renseigner sur ce que mangeait un magicarpe et n'avait pas la moindre envie d'y réfléchir. Gracieuse avait fini son repas.

- Allez, ma belle, il est temps de s'entraîner un peu ! S'exclama Shigeko en frappant dans ses mains.

La salamèche termina de lécher ses babines rouges de sang et rejoignit sa dresseuse. Elle comprenait que frapper dans ses mains signifiait qu'il était l'heure de l'entraînement, et ne rechignait jamais à se défouler un peu. Au cours des semaines écoulées, elles avaient mit en place un petit rituel journalier qui leur convenait parfaitement. La matinée était consacrée à marcher, depuis l'aube jusqu'à midi. Puis elles s'arrêtaient déjeuner de ce qu'elles trouvaient sur place. Parfois elles ne trouvaient rien, alors elles ne mangeaient pas. Si elles mangeaient, elles consacraient tout l'après-midi à s'entraîner. Si elles ne mangeaient pas, elles faisaient une sieste et se remettaient en route jusqu'au soir où elles espéraient trouver de quoi dîner.

Aujourd'hui, l'une et l'autre avaient trouvé de quoi déjeuner, aussi Shigeko commença-t-elle à s'échauffer. Elle qui n'avait jamais pratiqué de sport de sa vie, elle avait mis un bon moment avant de mettre au point un programme satisfaisant. Elle commençait par entraîner Gracieuse à la course, travaillant les sprints, les départs arrêtés, les demi-tour en épingles, les slaloms entre les arbres. Pour l'encourager, elle courait à côté d'elle, ou du moins en même temps qu'elle, vu la différence de vitesse entre leurs allures respectives. Ensuite, elle lui faisait travailler l'esquive, en lui lançant des pierres ou d'autres projectiles qu'elle devait éviter. La pauvre Gracieuse s'en était pris quelques-uns sur la tête, au début. Pour finir, elle lui faisait essayer de cracher du feu pendant une bonne heure, un exercice qui semblait pour le moment hors de portée de la petite salamèche. Le soir venu, après une pause bien méritée, elles partaient en quête de leur dîner avant que le soleil ne se couche.

Cet après-midi-là, après lui avoir fait courir quelques sprints fulgurants, il sembla à Shigeko que la vitesse de la salamèche avait beaucoup progressé. Satisfaite, elle allait passer à la suite quand elle vit Gracieuse fixer quelque chose derrière elle avec insistance. En se retournant, elle tomba nez à nez avec un jeune garçon qui ne devait pas avoir plus de douze ans, affublé d'un short bleu à motifs de pokéballs et un T-shit jaune assorti à sa casquette.

- Salut ! lui lança-t-il, plein d'entrain. Il est pas un peu bizarre, ton salamèche ? Il est malade ?

- Non, répondit-elle un peu sèchement, ne s'attendant pas à rencontrer quelqu'un par hasard dans l'immensité de la Forêt de Jade. C'est juste sa couleur.

- Ah bon… Eh, mais je te reconnais ! Tu es la vieille qui a choisi son pokémon en premier au Laboratoire. Avec tous les pokémons qu'il y avait, tu n'as choisi qu'un salamèche tout pâlichon ? Tout ça pour avoir un des trois pokémons officiels, ça ne valait pas le coup, si tu veux mon avis.

Piquée au vif, Shigeko sentit la moutarde lui monter au nez. Elle souvenait maintenant du garçon qui avait attendu l'ouverture du Laboratoire en même temps qu'elle. C'était celui qui avait braillé à tout bout de champs qu'il voulait un bulbizarre.

- Je l'ai choisi parce qu'elle avait l'air gentille, si tu veux tout savoir. Et toi, tu as choisi quoi, comme pokémon ? Un rattata ?

La pique sembla passer au-dessus de lui comme s'il ne l'avait pas entendu. Pire encore, il posa son sac rouge vif comme s'il avait l'intention de s'installer.

- Ça te dirait de le découvrir avec un match ? Lui proposa-t-il. Un p'tit trois contre trois ?

Prise au dépourvu, Shigeko bafouilla.

- Heu… C'est-à-dire que… Je n'ai que deux pokémons. Enfin je veux dire, je n'en ai qu'un qui peut se battre.

- Ah… Bah c'est pas grave, on se fait du un contre un ! Bon, je te le dis tout de suite, ton salamèche malade n'a aucune chance.

« Ça c'est ce qu'on va voir » se dit-elle en son for intérieur. Gracieuse, à ses côtés, sembla comprendre ce qui était sur le point de se passer et se plaça d'elle-même entre le garçon et sa dresseuse. Ses naseaux frémissaient et la flamme de sa queue crépitait d'excitation.

Pas loin d'être aussi enthousiaste, Shigeko se permit d'oublier un instant à quel point elle n'avait jamais voulu être dresseuse pokémon.

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Bonjour à tous ! Tout d'abord, merci aux reviewers anonymes, ainsi qu'aux autres encore une fois ! Le reviews c'est la cerise sur le gâteau de l'écriture : on peut faire sans, mais c'est tellement mieux avec.

À part ça, j'ai décidé de publier les prochains chapitres tous les dix jours jusqu'à rattraper mon avance dans l'écriture, car je me suis aperçue que les publier longtemps après qu'ils soient écrits était plus frustrant qu'autre chose, pour vous comme pour moi. Ça ne devrait pas prendre très longtemps, je pense que d'ici mi-juin, j'aurai comblé l'écart.

Par contre, j'aimerai vraiment que vous me donniez votre avis sur ce chapitre, même si je publierai les suivants quoi qu'il arrive. Si je n'ai pas de retour, j'interprète cela comme un enthousiaste moyen, voir nul, et on ne peut pas dire que ça soit motivant pour l'écriture. Donc si vous avez aimé, surtout dites-le ! Et si vous n'avez pas aimé, dites-le aussi, que je puisse m'améliorer !

Voilà, des bisous à tous mes lecteurs, et à bientôt pour le prochain chapitre.