Beaucoup de choses changèrent après cette soirée passée sur le toit du bus, l'une d'entre elles étant sa nouvelle amitié avec Sirius. Ils étaient devenus plus proches et Remus était moins gauche, moins du genre à passer chaque minuscule parcelle information dans son crâne avant d'ouvrir la bouche devant Sirius.
Il n'avait jamais été du genre à sauter à de trop hâtives conclusions mais, à la troisième semaine de la tournée, il pensait qu'ils étaient en quelque sorte devenus amis. Des petits riens l'avaient amené à cette conclusion ; la façon dont Sirius avait pris l'habitude de l'accompagner lors des sorties dans une station-service pour un rasage dans les toilettes, comment il cherchait la compagnie de Remus dans le bus, ne lui demandant pas de les rejoindre comme il le faisait au début, mais voulant sa présence spécifiquement, comme s'il voulait passer du temps seulement avec lui, le journaliste effacé, plutôt que tous ces gens merveilleusement glamours dont ils étaient entourés.
Les trajets de bus semblaient passer bien plus vite avec la conversation aisée de Sirius et ses anecdotes amusantes, pour ne pas mentionner son incroyable talent pour les tours de cartes et, même si ça n'en avait pas été le but, le nombre de disputes qui éclataient entre Sirius et James avait considérablement diminué. Non pas qu'il n'y en avait plus, parce qu'elles continuaient malgré tout – elles étaient généralement beaucoup plus intenses à cause des longues périodes d'accalmie – mais Remus remarquait que Sirius avait l'air plus relax, plus ouvert, moins enclin à s'en prendre James dès qu'il lui faisait une remarque cinglante, maintenant que James n'était plus son compagnon principal.
Mais, comme c'était souvent le cas avec Remus, chaque bonne chose avait ses mauvais côtés. Dans ce cas-ci, James commençait à agir bizarrement quand il était avec lui, ce qui était, très franchement, la dernière chose dont il avait besoin pour son travail. Il ne se disputait pas avec lui (ça aurait été inutile, parce que Remus n'aurait pas pu gueuler ou blesser quelqu'un même si sa vie en dépendait, contrairement à Sirius et James qui en étaient experts) mais il lui lançait de plus en plus de regards méfiants et, parfois, si Sirius se trouvait avec Remus dans le bus, il venait s'asseoir entre eux comme un enfant, et Sirius roulait des yeux et retournait son attention vers la fenêtre, comme s'il s'était attendu à pareil geste.
James parlait plus à Remus également, mais pas toujours de façon amicale. Au début, cette attitude tapait sur les nerfs de Remus mais par la suite, il commença à remarquer la lueur d'anxiété dans les yeux du frontman à chaque fois qu'il lui demandait ce qu'il avait écrit jusqu'à présent. Et dans sa grande mansuétude, Remus essayait de trouver des moyens de justifier le tempérament puéril de James : Il est juste inquiet pour le bien-être de son groupe, il a peur que tout périclite. C'est ça. C'est sûrement ça.
Et peut-être que les incertitudes de James étaient la raison pour laquelle il s'en prenait autant à Sirius. Peut-être que James pensait que Sirius, d'une certaine façon, mettait le groupe en danger. Remus ne voyait pas comment, mais tout le monde savait que Sirius montrait bien moins d'enthousiasme pour les concerts que pour les soirées qui s'ensuivaient. Lui et Remus passaient leur temps à voyager, certes, mais depuis que Sirius et James s'étaient rabibochés à la suite de leur dispute du Hammersmith, ils en étaient revenus à leurs habitudes, à boire comme des trous, fumer à outrance et avaler Dieu savait quoi toute la nuit. Ce n'était pas rare de voir Maugrey, les dents serrées, leur fournir des antalgiques et aliments hyper-nutritifs le lendemain matin, essayant désespérément de les préparer pour quelque concert qu'ils devaient donner, tandis qu'eux l'ignoraient avec des protestations douloureuses ou de l'insouciance encore imbibée.
Malgré ses protestations, Remus se retrouvait lui aussi souvent entraîné dans leurs "soirées". Ce n'était pas vraiment surprenant. Il n'avait jamais été très doué pour se défendre. Les soirées étaient bruyantes et sans surprise, à grande échelle et rassemblant un important nombre de gens, qu'on tenait dans les hôtels où ils passaient parfois la nuit (le paradis, comparé aux couchettes du bus) ou sur des parkings privés.
Il les détestait presque toujours.
Il ne s'était jamais considéré comme asocial en tant que tel, mais il ne partageait définitivement pas l'enthousiasme des garçons pour des étages d'hôtels plein à craquer de membres d'équipe de tournée et de groupies ivres, de fans surexcités aux mains trop baladeuses. Les soirées dans le bus étaient encore pires, parce qu'il était alors beaucoup plus difficile pour lui de trouver un refuge quelque part.
En tout cas, ce n'était certainement pas le genre de réunions entre amis auxquelles Remus était habitué.
Parfois, il pouvait juste s'en aller et rester dans sa propre chambre d'hôtel avec la vague idée de travailler, même s'il finissait souvent par s'enfoncer plusieurs oreillers sur la tête et essayer de dormir. Mais le plus souvent, il partageait une chambre – ou plutôt, une suite – avec le groupe et, du coup, ne pouvait s'échapper qu'en bas – une idée qu'il n'avait jamais réussi à mettre en pratique comme il avait été rattrapé à chaque fois, une bouteille forcée dans sa gorge, jusqu'à ce qu'il abandonne.
Et ça ne l'avait pas vraiment dérangé, pendant un moment. Oui, c'est sûr, il en était à presque zéro boulot de fait, mais comme il était supposé couvrir chaque aspect de la tournée, participer à une fête ou deux était vital. Ce ne fut qu'à la troisième semaine, neuf jours avant que Remus ne rentre chez lui, que les choses commencèrent à déraper.
Ils logeaient dans un hôtel de Birmingham et tout avait commencé de façon assez calme, d'aussi loin que Remus pouvait s'en rappeler, quand il y songera plus tard. Ils étaient environ une douzaine, à se passer de grandes bouteilles bien entamées avec un peu de musique en fond sonore. James paressait avec Lily, et Fabian avait les bras passés autour de quelques membres de l'équipe et Peter était en train de draguer une fille qui était clairement plus intéressée par Sirius, qui lui était clairement plus intéressé par la constante présence du Type Blond Débraillé et qu'importe ce qu'ils pouvaient bien fumer tous les deux.
Remus les fixa, se sentant un peu mal à l'aise et ne sachant pas vraiment pourquoi. Ce n'était pas de la jalousie – il n'était pas un gamin, bon Dieu, et Sirius pouvait être en compagnie de qui il voulait – mais c'était la manière dont l'homme lorgnait Sirius qui dérangeait Remus. Tout comme la façon dont Sirius le fixait, un sourcil haussé et ses lèvres étroitement serrées autour de la cigarette entre ses doigts comme pour réprimer le sourire étourdi qui essayait de fleurir sur ses lèvres.
Remus se tourna alors, se distrayant avec une bouteille que Fabian lui tendait et en avalant une bonne gorgée, toussant presque quand il en enregistra le goût.
« Bordel de merde. » bredouilla-t-il, tenant la bouteille incriminée à bout de bras. « Qu'est-ce que c'est que ce truc ? »
« Mon cokctail spécial. » répondit Fabian. Il essaya de son mieux pour paraître blessé, mais ensuite, aboya un rire, rejetant sa tête en arrière et faisant légèrement sursauter la femme dans ses bras.
« Et bien, c'est dégueulasse. » lui dit Remus, un peu plus mordant qu'il ne l'avait voulu. Il remit la bouteille sur les genoux de Fabian et commença à jeter un regard à la pièce qui, en l'espace de quelques minutes, semblait avoir doublé de population.
Tandis que la vaste suite se faisait de plus en plus étriquée, des gens que le groupe ne connaissait même pas commencèrent à se fourrer dans la pièce, rendant difficile de trouver une personne en particulier. Pourtant, il remarqua que Sirius, qui avait été affalé devant les portes menant au balcon quelques minutes auparavant, avait disparu. Le Type Blond Débraillé était toujours là, draguant la fille à laquelle Peter s'était intéressé. Remus le vit placer ses mains sur sa jambe et il détourna le regard.
Il se demanda s'il pouvait sortir en douce sans que personne ne le remarque. Même s'il s'était déjà avéré qu'il n'était pas un expert de ces fugues en catimini, ça valait la peine d'essayer. Il n'avait simplement pas envie de passer encore une nuit entouré par des gens qui étaient, à tous points de vue, mieux que lui. Les membres du groupe n'étaient pas encore totalement ivres, avec leur incroyable résistance à l'alcool, mais ils étaient certainement trop préoccupés pour s'intéresser à lui.
Mais avant qu'il ne puisse mettre son plan à exécution, il sentit le sofa se creuser légèrement et se tourna pour voir Sirius tomber à côté de lui, tout en grands sourires et yeux brillants, parce que, hey, est-ce que c'était pas fun ? Il était apparemment parti aller chercher plus d'alcool car il tenait une nouvelle bouteille pleine et en fourrait une identique entre les mains de Remus.
« T'as l'air de pouvoir faire avec, mec. » fit-il avec un sourire, la voix pas encore tout à fait incohérente, mais le fixant avec des yeux qui étaient juste un peu trop brillants.
« Merci. »
Remus sirota sa bière tandis que Sirius en avalait une généreuse gorgée. Ses yeux passaient la pièce en revue, même si, quand Remus suivit son regard, il ne vit rien d'autre que des corps pressés, de la fumée et des bouteilles.
Puis, soudain, sans prévenir, il entendit un « Hey, on se voit plus tard, okay ? » et Sirius lui donna une tape dans le dos et se leva. « Essaie de ne pas avoir l'air si malheureux ! » étaient ses derniers mots avant qu'il ne plonge dans la foule une fois de plus.
Remus le fixa, incapable d'ignorer le sentiment de pure déception qui l'étreignait à l'idée que la seule personne avec qui il s'entendait venait juste de le laisser tomber, elle aussi. Est-ce qu'il était vraiment aussi déprimant ? Il se rallongea sur le sofa, n'en ayant absolument rien à foutre s'il avait l'air malheureux. Il but, par manque d'avoir autre chose à faire, interrompu seulement à quelques occasions par quelque étranger aux yeux rougis, jusqu'à ce que James vienne vers lui, tenant une bouteille sensiblement plus grande que celle de Remus. Pendant un étrange moment, Remus fut totalement convaincu que James allait le frapper avec la bouteille.
Il ne le fit pas, bien sûr. Il dit simplement : « Il est parti et t'a laissé seul, hein ? »
Remus sursauta un peu au volume de la voix du guitariste.
« Quelle surprise. J'arrive pas à croire qu'il t'ait pas demandé de venir avec lui, vu comme vous êtes devenus de si bons amis. » continua James. Il arborait un affreux air renfrogné tandis qu'il se tenait au-dessus de lui – Remus espérait que c'était le résultat de l'alcool.
« James. » siffla Lily, sortie de nulle part en un éclair de boucles rousses. « Laisse tomber, pour l'amour du ciel. »
« Quoi ? Laisser tomber quoi ? C'est évident, pas vrai ? » ricana James.
Les yeux de Lily brillèrent dangereusement tandis qu'elle enlevait la bouteille au liquide ambré des mains de James. Il s'éloigna d'elle plutôt que de lui répondre, peu désireux de se disputer avec elle, comme toujours, mais apparemment assez déterminé aussi à garder sa bouteille.
« Qu'est-ce qui est évident ? » demanda Remus dans un ton ennuyé qui n'était que le résultat de l'alcool. A ce moment-ci du mois, il en avait plus qu'assez des messages énigmatiques de James. Il savait qu'il n'avait pas vraiment le droit d'en être vexé, mais il ne pouvait s'empêcher de détester le fait d'être maintenu dans l'ombre de ce grand secret que semblait partager le groupe. Il savait que, en tant qu'étranger, ce n'était pas de ses affaires, mais ce simple fait n'allait pas stopper sa curiosité ou son irritation d'être maintenu dans l'ignorance.
Ce fut la réponse de James « Oh, rien. Ouais, que dalle. » qui poussa finalement Remus à partir. Il se leva abruptement, décidant que même si il était un étranger, il n'allait pas simplement resté assis là, à laisser James l'insulter et parler en codes.
Pendant un moment, ils furent face à face et Remus songea lui dire de simplement la fermer pour une fois, mais même lui ne pouvait pas être poussé jusqu'à complètement abandonner le respect qu'on attendait de lui pour l'autre homme, alors il passa simplement à côté de lui, ignorant le bredouillement indigné de « Qu'est-ce que j'ai fait ? » et brava la foule pour atteindre la porte.
Des corps se pressaient contre lui et ses oreilles résonnaient de rires bruyants et de huées et des cris déchirants de quelqu'un et quand il réussit finalement à sortir de la pièce en trébuchant, il avait l'impression d'être passé à travers un rouleau compresseur ; ses vêtements lui collant à la peau, à cause de la bière versée et de la sueur des autres gens.
Chancelant légèrement à cause de la boisson, Remus cligna des yeux dans la vive lumière du hall. Il était fort occupé, pour un couloir d'hôtel, mais pas autant que la suite. Il jeta un coup d'œil d'abord à l'imposant escalier, se demandant s'il allait se rendre au bar de l'hôtel. Après tout, il n'y avait rien de mal à boire tant vous ne le faisiez pas en compagnie d'une bande d'enfants-adultes s'amusant avec de la drogue et une fille quelconque se pressant contre vous parce qu'elle était trop stone pour réaliser que vous n'étiez pas quelqu'un de connu. Mais il songea aux marches, à la foule, aux ivrognes qui lui étaient encore plus étrangers, là, en bas, et à la fin, abandonna l'idée pour trouver une pièce vide où il pourrait s'allonger, à la place. Il pouvait sentir le début d'une migraine poindre même s'il n'avait pas bu tant que ça, et malgré que ça pouvait sembler pathétique et anti-glamour, l'idée d'un doux oreiller sous sa tête était soudainement très attirante.
L'étage était complet, toutes les portes étaient déverrouillées ; tellement qu'il décida qu'il ne serait sûrement pas dérangé. Il passa la tête par la porte la plus proche de lui, remarqua avec une grimace qu'elle était occupée avec Peter et la fille qu'il avait essayé de draguer, au début (elle avait apparemment rejeté le Type Blond Débraillé, lui signala une part de son cerveau). S'éloignant rapidement, il avança le long du corridor où moins de chambres étaient utilisées. Plus il avançait dans le couloir, plus l'air était silencieux, la musique et le bruit des bouteilles s'entrechoquant s'évanouissant petit à petit au fil de ses pas. Cependant la seconde chambre dans laquelle il passa la tête était prise par trois filles et un jeune homme à l'air très heureux que Remus reconnut comme le batteur du groupe qui assurait la première partie de Blue Stag. La porte était grande ouverte et l'homme ne semblait pas du tout gêné que Remus ait entrevu sa petite fête privée, et bordel de merde, est-ce que "exhibitionniste" était une clause de contrat chez les musiciens ou quoi ? Sur combien d'autres situations similaires allait-il devoir tomber avant de trouver une chambre libre ?
Il se dirigea directement vers le bout du couloir, aussi loin de la suite que possible, et choisit la toute dernière porte sur la droite, juste pour s'assurer qu'on ne le dérangerait pas. Tout content de son initiative qu'il était, cependant, il découvrit bientôt que quelqu'un d'autre avait eu la même idée avant lui. Et si la chambre sur la droite n'était pas occupée, celle de l'autre côté l'était définitivement et Remus n'était certainement pas en train d'essayer de regarder, mais tandis qu'il bougeait pour pousser sa propre porte, il se retourna automatiquement au son d'une voix familière, apercevant à travers la porte grande ouverte des cheveux noir corbeau et des vêtements déchirés.
Le visage de Sirius était caché par celui de quelqu'un d'autre, quelqu'un qui était occupé à presser ses lèvres contre les siennes et même si c'était nouveau, mais pas surprenant pour Remus (vraiment, pensa-t-il, plus rien ne pouvait le choquer à présent), il sursauta quand il détacha enfin son regard de Sirius pour tomber sur nul autre que cette infernale nuisance, ce foutu Mec Débraillé.
Au début, Remus sourcilla à peine. Sa main chaude était toujours en train de tenir la poignée de sa propre porte. Ça aurait dû être une vision étrange parce que c'était Sirius, et que c'était Sirius avec un autre homme. Sirius, qui passait pour être viril et intimidant, qui portait des jeans déchirés et jouait de la basse dans un groupe de rock et, du coup, ne faisait pas des trucs de ce genre...excepté qu'il le faisait, confirmant les doutes que Remus avait eu, s'il était honnête avec lui-même, depuis qu'il avait vu Sirius se tenir à l'autre homme après l'incident du Hammersmith Apollo.
Ce qui rendait tout ça bizarre et légèrement irréel, quand Remus y pensa par la suite, ce n'était pas que c'était Sirius et un autre mec. C'était que Sirius n'avait pas du tout l'air en position de contrôle. Tout son corps semblait minuscule, cloué contre le mur, ses poignets bloqués par une des mains de l'autre homme tandis que le Type Blond Débraillé alternait entre saisir sa nuque et tirer durement sur ses cheveux. Ils n'étaient pas non plus réellement en train de s'embrasser, réalisa Remus, quand il réussit à faire un peu disparaître le brouillard flou et piquant de ses yeux. C'était plutôt comme s'ils étaient en train de se mordre, et ça aurait eu l'air forcé, douloureux, si ce n'avait été pour les bruits encourageants qui émanaient de Sirius. Si Remus avait été en état de faire autre chose que de simplement les fixer sans mot dire, il aurait probablement testé la théorie en se bouchant les oreilles.
Au lieu de quoi, il dit stupidement : « Sirius ? »
Plus tard, alors qu'il se trouvait allongé dans son lit, il ne sut pas ce qui lui avait pris de parler, ne sut pas pourquoi il n'avait tout simplement pas tourné les talons et pris ses jambes à son cou quand il avait vu le bassiste s'envoyer en l'air avec quelqu'un alors que c'était très clairement une situation privée. A ce moment-là, il était simplement resté planté là, tandis que Sirius s'arrachait de l'autre homme, se dégageant de côté comme il n'avait pas de place derrière lui et fixer des yeux gris orage surpris sur Remus, son regard légèrement sauvage, par une combinaison de désir, d'alcool et de choc.
Remus était vaguement conscient du blond qui avait dit d'une voix traînante "oups" ou quelque chose du même genre, mais il avait déjà ouvert la bouche et était en train d'essayer de sortir une excuse, me suis trompé de chambre, ou des mots qui auraient le même effet. Il était trop distrait par les yeux écarquillés de Sirius et ses lèvres rouges et la façon dont les mains du type blond continuaient de tenir ses poignets pour seulement comprendre les mots qui se déversaient de sa bouche pour s'excuser.
Et puis, il tourna réellement les talons et tituba le long du couloir, s'attendant quelque part à ce qu'on le rappelle et espérant de tout cœur qu'on ne le ferait pas. Il était mortifié, rouge d'embarras, mais toute pensée d'échappatoire fut brisée quand on l'attrapa à mi-chemin dans le couloir. Il laissa échapper un cri de surprise quand une main forte agrippa son poignet et le tordit, durement. Il se retourna pour voir Sirius, haletant légèrement, même s'il n'avait couru que quelques mètres. Il essayait à l'évidence d'afficher un air inquiet mais échoua misérablement et finit au lieu de quoi par avoir l'air perplexe.
« Ondevraitprobablementparler. »
« Non, je...écoute, je vais simplement m'en aller. » Il essaya de dégager son bras de la poigne de Sirius et l'homme le laissa faire, avant de rattacher ses doigts au biceps de Remus, serrant encore plus fort, jusqu'à ce que Remus siffle de douleur et lui dise de le lâcher.
« Ne le dis pas à James. » Les yeux de Sirius étaient largement ouverts, et, à la lumière du hall, Remus remarqua à quel point ils étaient gris. Ils brûlaient d'intensité même dans son humeur la plus docile, et à présent, alors que Sirius était ivre et paniqué et probablement défoncé, ils étaient tout bonnement alarmants et Remus eut du mal à continuer de les fixer.
« Sirius. » réussit-il à dire, évitant son regard et remarquant à quel point les doigts de Sirius étaient longs, serrés autour de son bras, ses jointures blanches contrastant avec la peau bronzée de sa main. « Je ne le dirais à personne. C'est rien, tu as beaucoup bu. »
« Mais... »
Et puis, Sirius s'arrêta. Il se tenait toujours au bras de Remus, même si sa poigne s'était desserrée. Il se tint l'estomac d'une autre main et grogna légèrement. Et puis il se tint la bouche.
Remus le regarda avec méfiance. Une voix vague à l'arrière de son crâne lui disait qu'il devrait probablement bouger mais, pétrifié par l'étrange expression sur les traits de Sirius, il ne bougea pas. Se tenant toujours au bras de Remus, Sirius se retourna et vomit sur tout le sol.
« Je me demandais où t'étais. »
La voix douce de Sirius résonna derrière Remus. On était le soir d'après la fête et il se tenait au balcon de la suite. Il avait essayé d'écrire quelque chose d'utile pendant des heures, mais maintenant, alors qu'il se trouvait appuyé contre la balustrade, son carnet n'était parsemé que de gribouillages.
Son esprit ne voulait pas fonctionner correctement. Il n'avait pas été assez soûl pour oublier les événements de la nuit dernière en se réveillant et ils étaient passés en boucle dans sa tête toute la journée. Comme Blue Stag n'avait aucun concert à donner ce soir, Sirius venait seulement d'émerger de sa chambre, débraillé, mal en point et pâle. Il n'avait pas ouvert l'œil de toute la journée à part une fois dans le milieu d'après-midi apparemment pour marmonner que Peter et sa tasse de café pouvaient aller se faire foutre. Mais maintenant il était debout – groggy, mais debout – et ayant accepté de la part de Fabian un sandwich empli de cinq différentes compositions de petit-déjeuner, avait erré jusqu'au balcon.
Il mangeait lentement, enlevant les croûtes de pain comme un enfant et les jetant. Ses cheveux étaient dressés à des endroits bizarres à cause du sommeil et il était pieds nus, habillé du T-shirt et jeans fripés portés la veille, ne s'étant pas changé avant de s'évanouir sur le lit. Il avait l'air d'être à des kilomètres du gâchis aux yeux écarquillés, soûl et aux lèvres gonflées de la veille. C'était un peu comme regarder le petit frère plus vulnérable de Sirius Black.
« J'essaie juste de m'éclaircir l'esprit. » lui dit Remus. « J'ai été mal toute la journée. »
« Bienvenue au club. » marmonna Sirius, mais il adressa un sourire à Remus. « Apparemment, on doit discuter d'un truc. »
Remus sentit immédiatement sa peau le picoter. Prépare-toi, Lupin. Il va te dire quel gigantesque pervers tu es.
« A propos de hier soir. » continua Sirius, bougeant jusqu'à appuyer son dos contre les barres en métal, tandis que Remus fixait un point droit devant lui, évitant son regard.
« Je suis surpris que tu te rappelles de quoique ce soit. » lui dit-il, essayant de sourire.
« Je me rappelle de rien. » avoua Sirius. « Leo m'a dit que t'étais tombé sur quelque chose. »
Remus n'osait pas regarder l'autre homme en face. Il était à présent certain que Sirius était sobre et que l'homme n'allait pas tarder à revenir à sa personnalité habituelle, dramatiquement cool. Remus ne voulait pas être celui qui laisserait échapper un rire tremblant ou être incapable de rencontrer ses yeux.
« Leo ? » demanda-t-il.
« Tu sais, le blond ? »
« Ouais. Okay. »
Il y eut un long silence. Sirius, l'air de ne plus vraiment avoir faim, pivota jusqu'à être dans la même position que Remus, enlevant distraitement un morceau de bacon qui sortait du pain. Il le grignota un instant, avant de lâcher un soupir.
« Écoute, Remus, ça te met peut-être mal à l'aise mais on peut plus l'éviter maintenant, n'est-ce pas ? » Quand Remus ne répondit toujours rien, Sirius haussa un sourcil. « Tu vois de quoi je parle, n'est-ce pas ? »
« Oui. » répondit doucement Remus. « Mais je ne le dirais à personne. Je sais que je suis journaliste, mais je jure que je ne le dirais pas. Je ne voulais pas entrer sans prévenir, je cherchais juste une chambre. J'avais mal au crâne et la porte était ouverte et... »
« Je sais. Je devais vraiment plus avoir toute ma tête. Apparemment, des choses comme ça me viennent pas à l'esprit quand je suis dans cet état parce que, tu sais, je suis un pauvre crétin. Désolé. »
Remus leva enfin la tête vers lui, surpris par l'excuse.
« Ne le sois pas. Je ne dirais rien à personne. » répéta-t-il. « Tu n'as pas besoin de t'expliquer. »
« Je devrais te le dire. Je veux dire, je veux te le dire en tant qu'ami, pas en tant que journaliste. Oublie le p'tit contrat de Maugrey. On est potes, toi et moi, pas vrai ? »
« Bien sûr. » répondit doucement Remus. Il ne parvint pas à éloigner la brève sensation de plaisir de son esprit en apprenant que Sirius les considérait amis.
Sirius regarda par-dessus le balcon, comme s'il décidait de ne finalement pas parler. A la fin, cependant, il laissa tomber le morceau de bacon rejoindre les croûtes déjà sur le sol puis annonça. « Remus, je suis homo. »
Sa voix était basse, mais neutre et il jeta un œil aux alentours brièvement, comme s'il vérifiait que personne ne les écoutait. Puis, il fourra un morceau de pain dans sa bouche et dit : « Même si en fait, j'ai jamais eu qu'une seule relation. » Il accompagna cette phrase avec un hochement de tête, comme si Remus avait remis sa déclaration en question. « Ouais, ce mec que j'avais rencontré à un concert, à Crawley. Il avait vingt-et-un ans et je pensais qu'il était, tu sais, super adulte et tout. » Il jeta un coup d'œil à Remus. « Ça te dérange pas que je te parle ça, hein ? »
« De quoi ? »
« Que je te parle d'habiter avec un autre mec. Enfin, je suppose que si ça te dérangeait, tu aurais pété un câble la nuit dernière comme tout le monde le fait. »
« Ça ne me dérange pas. » répondit honnêtement Remus.
Il n'avait vraiment aucune raison pour que ça le dérange. L'idée d'être homosexuel n'était pas un concept qui lui était entièrement étranger. Il avait eu quelques relations avec des filles, mais ce n'était pas comme s'il n'avait jamais été intéressé par les mecs non plus, même si ce n'étaient que ceux qui se trouvaient sur les pages de magazines de cinéma et de musique. Il n'avait jamais eu l'impression que c'était mal, et ce n'était pas quelque chose dont il avait peur, surtout depuis que Cass Elliot et David Bowie avaient commencé à rendre ça cool dans les années 70. Et puisque Freddie Mercury et les hommes de cet acabit ne passaient pas beaucoup de temps à Gloucester, les amourettes étaient rares et éparses, pour autant que les mecs étaient concernés. Mais il le comprenait, et il voulait s'assurer que Sirius le sache. (1)
A présent, le bassiste le regardait avec le fantôme d'un sourire.
« T'es un chic type, Remus, tu sais ? »
Remus sentit le rouge monter sur sa nuque et il fut heureux qu'il fasse aussi noir.
« Je suis simplement honnête. » marmonna-t-il. « Ça ne me dérange pas. »
Sirius se tourna une nouvelle fois, posant ses coudes sur les froides barres de métal du balcon.
« Les gars étaient aussi okay avec ça que ce que tu peux attendre de la part de tes meilleurs potes, et j'ai continué ma vie. Je veux dire...je voulais une vie normale comme tout le monde. Tandis que James désirait seulement deux choses : Lily et un contrat avec une maison de disques. Il a réussi à avoir Lily – enfin – et puis tout d'un coup, on nous a fait cette offre... »
Il se mordit la lèvre pendant un moment, fixant le sol, comme si les souvenirs repassaient dans sa tête tandis que Remus se tenait là, silencieux et tendu, et se demandant encore combien de choses il allait apprendre qui allaient à l'encontre de tout ce qu'il avait lu sur le groupe jusqu'à présent. Quand Sirius reprit la parole, quelques secondes plus tard, sa voix était légèrement plus rauque.
« Honnêtement, je n'ai jamais vu James aussi heureux. Il était totalement excité, et je me suis juste retrouvé pris dans la spirale. » Il haussa légèrement les épaules. « Je me suis pas vraiment posé pour réfléchir à ce que je voulais, j'ai juste signé sur la ligne en pointillé. Ça se passait enfin, tu vois ? Et puis soudain... »
Il s'arrêta et regarda autour d'eux une nouvelle fois, comme s'il avait entendu une voix. Il vérifia que personne n'était derrière lui avant de retourner son attention vers Remus.
« ...tout a changé avant même que ça ne commence. Je me rappelle que c'était une semaine avant qu'on enregistre notre demo, et il était venu chez moi, l'air, très franchement, complètement timbré. Il était clairement mort bourré, le prolo. Maniaque, comme s'il avais pris un truc. Commencé à me sortir des trucs du genre "se préparer" et "faire le bon choix". Il s'avérait qu'il voulait que je choisisse entre le groupe et ce gars avec qui j'étais, à l'époque. »
Remus hésita avant de dire, doucement. « Et tu as choisi le groupe. »
« Mais je choisissais pas le groupe, tu vois ? Je choisissais James. Je veux dire, je sais qu'il ne... »
Sirius s'arrêta avec un soupir, avant de se corriger.
« Je sais qu'on n'agit pas vraiment comme ça ces derniers temps, mais on a grandi ensemble et c'est mon meilleur pote. Et puis, c'est pas comme si j'avais été amoureux de ce type, ou quoique ce soit. » Il pencha légèrement la tête de côté. « J'aurais peut-être pu l'être, un jour. Je te mets mal à l'aise ? »
« Non. » répondit Remus.
C'était seulement à moitié vrai. Il n'était pas mal à l'aise à l'idée de parler de relations avec d'autres hommes, mais il savait qu'il aurait dû être surpris par ce déversement d'émotions de la part de Sirius. Mais il avait appris assez tôt que l'homme n'avait aucune hésitation à montrer ses sentiments dès qu'il savait qu'il pouvait vous faire confiance – encore plus s'il avait bu.
Ce n'était vraiment pas étonnant que James soit si paranoïaque tout le temps, en réalité, avec Sirius qui faisait confiance si facilement et lui, son total opposé. C'était probablement une bonne dynamique pour eux quand ils étaient à l'école, mais ce n'était pas du meilleur goût quand ils étaient face à ce que James considérait clairement comme la possibilité d'une humiliation mondiale.
Mais James n'avait pas à s'inquiéter. Il n'était pas question que Remus étale le secret de Sirius à travers les pages de Soundscape, qu'importe à quel point le journaliste en lui voulait en entendre davantage.
« A l'époque, c'était le choix évident. » dit Sirius. « Je l'ai quitté le lendemain. C'était horrible, vraiment bizarre. Il continuait de me fixer, pas comme s'il était fâché, ou vexé ou quoique ce soit, juste réellement déçu, comme si il... »
« Savait pourquoi tu le faisais ? »
Sirius hocha la tête.
« Il a toujours su, n'a jamais rien dit. Je me suis dit que James ne voulait pas qu'on soit enchaînés, mais je sais qu'en réalité il avait juste honte de moi. Pouvait pas supporter l'idée que quelqu'un sache qu'un membre de son groupe était un sale pédé. » Il eut un sourire amer et jeta le reste de son sandwich à quelques pigeons, plus bas au sol.
« C'est pour ça que vous avez laissé notre magazine faire une chronique sur vous. » fit Remus doucement, tandis que Sirius se frottait les mains sur son jean. « Parce que vous saviez que vous pourriez imposer vos conditions, mais qu'une plus grande compagnie vous aurait directement vendu. Ou aurait choisi un autre groupe, je suppose. »
« On a besoin de publicité, Remus. C'est les affaires, tu sais ? » dit Sirius, comme si Remus l'accusait de quelque chose.
« Je sais, c'est juste...pour être honnête, je ne comprends pas comment tu pouvais t'attendre à ce que je ne découvre rien au bout d'un mois. »
Et pour une fois, Sirius eut réellement l'air embarrassé. Il se frotta la nuque.
« Et bien, j'étais pas exactement supposé faire ça, tu sais. »
« Ils t'ont fait promettre que tu ne... ? »
Aucun des deux ne semblait capable de le dire à voix haute, peut-être parce qu'ils essayaient tous les deux d'éviter l'embarrassant événement de la chambre d'hôtel. Pour Remus, c'était l'idée de le dire – baiser – à quelqu'un de célèbre (même si ce quelqu'un le considérait comme un pote) qui était tout simplement un peu trop gênante. (2)
« Ouais, et j'ai essayé de m'y conformer mais parfois, je perds la tête. » dit Sirius, simplement. « Je bois et je prends tout ce que les gens me refilent et je pense "Allez vous faire foutre, c'est ce que je suis, je peux faire tout ce que je veux" et...ainsi de suite. Je suis con, en fait. »
« Mais non. »
« Oh, si. Putain, ouais, je le suis. J'peux même pas l'garder dans mon froc pendant un mois. » Il secoua la tête. « Quel bel exemple de dignité, hein ? »
« Tu as vingt-trois ans, tu es dans un groupe, personne ne va t'en tenir rigueur. Ce n'est pas juste de leur part de s'attendre à ce que tu te caches comme ça. »
« Non, ça l'est pas. Mais c'est pas juste de ma part non plus d'avoir brisé ma promesse. »
« Mais... » Remus fronça des sourcils. « ...tu as un...un copain, maintenant. Sûrement, ils ne s'attendent pas à ce que tu... »
« Un copain ? » répéta Sirius. « Je n'ai pas de copain. »
« Ce...cet homme. » lui rappela Remus, rougissant légèrement. « Leo. »
« Ouais ? »
« Tu...euh...couches avec lui. » Soudain inquiet d'avoir mal compris la situation, il ajouta rapidement : « N'est-ce pas ? »
« Quand je suis défoncé, ouais. » Sirius haussa les épaules. « Leo est un pote. Il est juste dispo. »
Puis il grimaça, réalisant l'effet que ses mots pouvaient avoir.
« Je voulais pas dire ça comme ça. Je voulais juste dire que ça le dérange pas et qu'il est d'accord, alors mieux vaut ça plutôt que je couche avec un fan qui ira juste vendre l'histoire, tu vois ? Si mon orientation sexuelle doit être révélée, je veux le faire moi-même. Sauf que je ne vais pas le faire parce que je devrais quitter le groupe avant ça et James deviendrait dingue. »
Remus allait lui demander comment il pouvait être si certain que ce Leo ne dirait rien – honnêtement, il n'avait jamais vraiment paru amical – quand une voix désinvolte claironna, derrière eux : « A quel sujet notre cher James deviendrait dingue ? »
Ils se retournèrent tous les deux, alarmés, mais Fabian arborait son sourire facile et avant que l'un d'eux ne puisse mentir, il poursuivit : « Ça n'aurait pas quelque chose à voir avec le fait que t'aies dégueulé sur notre journaliste hier soir, hm ? »
Sirius se retourna vers le parking en-dessous d'eux et baissa la tête, passant les mains dans ses cheveux et prenant une lourde inspiration.
« J'ai pas fait ça, hein ? » gémit-il.
« Et si ! » caqueta Fabian en jubilant.
« Non, non. » répondit Remus précipitamment. « Euh...pas sur moi, en tout cas. »
« Bordel de merde, je me rappelle même pas de ça. Désolé Remus. Tu dois penser que je suis un pauvre con. »
« C'était bizarre. » fit Fabian d'une voix traînante, se déplaçant jusqu'à l'autre côté de Sirius. « Parce que d'habitude, t'as moins l'allure d'une fillette. C'est Pete qui supporte pas les soirées. Et quelle leçon on en tire ? » Il ébouriffa les cheveux de Sirius. « Succombe pas à l'herbe, mon vieux ! »
« Aïe, putain. » Sirius dégagea sa tête des doigts de Fabian. « Dégage, j'ai encore mal au crâne. »
« Et bah, pourquoi ça te surprend ? T'as balancé ton joli sandwich aux rats ! » Fabian fit un geste du bras. « J'avais fait ça exprès pour toi. »
« Tu l'as commandé au service d'étage. » marmonna Sirius. « Et il avait le goût d'huile sur un toast. »
« Oh, et bien, fous le camp, dans ce cas. » plaisanta Fabian, mais il fixa le bassiste avec une expression légèrement plus sérieuse. « Écoute, je suis juste venu te dire que James veut te dire un mot. »
« James veut toujours dire un mot. Je viens juste de me lever. Il peut pas me laisser tranquille une seconde ? » se plaignit Sirius.
Fabian haussa les épaules. « Il m'a juste dit de venir te chercher. »
« Il pouvait pas venir lui-même ? » demanda Sirius, mais il faisait déjà marche vers les portes.
« Il est dans sa chambre. » cria Fabian, puis, après une légère hésitation, ajouta : « Avec Leo. »
En entendant ça, Sirius releva la tête vers lui, et ses yeux rencontrèrent brièvement ceux de Remus. S'il était nerveux, il ne laissait rien transparaître. Quand il fut parti, un long silence s'étira entre eux tandis qu'ils regardaient le parking. D'une certaine façon, même sans en avoir été informé, Remus savait que James était au courant. Et ça voulait dire que Fabian aussi.
« J'ai tout foiré, hein ? » demanda finalement Remus.
« Non. » répondit Fabian d'une voix traînante et désintéressée, sortant un paquet de cigarettes de sa poche arrière. Il en alluma une, vit le regard interrogateur de Remus puis retira le bâton de nicotine de sa bouche. « Quoi, tu crois que t'es le premier à tomber sur Sirius et un autre mec ? » Il eut un reniflement de dédain. « Aucune chance. »
Remus aimait bien Fabian, mais il y avait quelque chose dans son ton, à ce moment-là, qu'il n'appréciait pas. Il n'avait pas l'air de désapprouver Sirius, on aurait juste dit qu'il se moquait de lui, comme si tout ça n'était qu'une vaste blague.
« T'entends quoi par là ? » demanda Remus.
Fabian avait allumé sa cigarette entre temps, et à présent, il était tourné avec un sourire vers Remus, à travers un nuage de fumée, comme s'il était dans la confidence, lui aussi.
« T'es un mec futé, Remus, mais t'es pas Sherlock Holmes. Notre Sirius est pas tout à fait subtil, hein ? » Il eut un léger rire énervant, et secoua la tête, puis une forte voix résonna. Celle de James – pas tout à fait un cri, mais presque. « Mon Dieu. »
Ce fut ce ton négligent qui fit mouche chez Remus et ses yeux s'étrécirent de leur propre accord.
« Est-ce que tu te soucies du sujet sur lequel il se disputent ? »
Son ton n'avait pas à proprement parler été cassant, mais c'était suffisant pour que Fabian lui lance un regard surpris.
« Et toi ? » contra-t-il.
« Bien sûr que oui. » répondit Remus, avec une légère hésitation, soudain inquiet d'avoir vexé le batteur. « Sirius m'a raconté toute l'histoire, comment James lui a fait quitter ce mec et comment il lui a fait cacher tout ça, simplement pour garder une bonne image auprès de la presse. C'est une chose assez cruelle à infliger à quelqu'un, tu trouves pas ? »
Il avait espéré que son ton avait été plus conversationnel que caustique, mais l'air surpris de Fabian devint peu impressionné et il secoua la tête à nouveau avec un haussement de sourcils.
« Ah il t'a parlé de ça ? » Il eut un nouveau léger rire. « Je savais que vous étiez amis mais... »
Remus remua inconfortablement. « Qu'est-ce que c'est supposé vouloir dire ? »
« Rien, juste... » Il haussa les épaules. « ...pour quelqu'un qui te connaît depuis seulement quelques semaines, il la joue un peu trop exagérée, notre Sirius, tu trouves pas ? »
Sa voix était lacée d'amusement et de surprise et de quelque chose d'autre que Remus ne parvenait pas à reconnaître.
Quand Fabian ne continua pas, Remus poussa un léger soupir.
« Fabian, est-ce que tu vas finir par me dire de quoi tu causes ou tu vas juste, tu sais, continuer à parler en langage codé comme James ? »
Fabian finit sa cigarette et la balança par-dessus le balcon, faisant signe de vouloir retourner à l'intérieur.
« Remus, je t'aime bien, mec. En fait, t'es okay, pour un journaliste. Mais c'est Sirius qui t'a choisi comme nouveau meilleur ami, tu vois ? Tout ce que je vais dire c'est : sois pas si rapide à supposer que quelqu'un a toujours raison, juste parce que c'est ton pote. »
« Tu ne penses quand même pas qu'il mérite de devoir cacher qui il est simplement à cause d'un truc qu'il ne peut même pas contrôler ? »
« Non, pas du tout. » répondit Fabian avec un ton insupportablement agréable.
« Et bien quoi alors ? »
Fabian leva les mains en faux signe de reddition.
« C'est pas à moi de le dire. C'est toi le journaliste, après tout. »
Et puis, il rentra à l'intérieur. Remus le regarda partir, puis se rappuya à la balustrade avec un soupir, observant les pigeons picorer le sandwich abandonné.
(1) Cass Elliot (1941-1974) était l'une des chanteuses du groupe The Mamas & the Papas, un groupe de folk/pop-rock. Elle fut une icône pour la communauté LGBT pendant sa carrière solo et aussi dans son groupe. De part son style théâtral et ses paroles louant l'individualité et l'amour libre, son impact musical est resté célèbre. David Bowie...sérieusement, je dois donner des explications ? Le glam ? Ziggy Stardust ? Allez regarder le film Velvet Goldmine si ça ne vous dit rien. A l'origine, l'auteure avait indiqué Ralph Macchio au lieu de Freddie Mercury mais il s'agissait d'une petite erreur chronologique (Ralph Macchio n'étant devenu réellement connu qu'en 1984 alors que la fic se déroule en 1983) que j'ai rectifié après l'avoir contactée.
(2) Énième soupir de frustration de la part de Sorn sur les mots "have sex". Pourquoi on a pas un terme neutre en français, un truc qui sonne pas vulgaire/cru ou horriblement niais ou vieillot ? Je hais la langue française, parfois.
Aherm. Je sais que j'ai dit que je publierais le chapitre 3 de The Pursuit to Slow Realisation avant mais...j'ai pas résisté. En fait, ce chapitre est traduit en version brouillonne depuis un bout de temps mais...les examens, la tentative de terminer The Pursuit (ça avance, promis, promis!) et mon acharnement à essayer de terminer le chapitre 6 de Killing Loneliness (toujours pas fini d'ailleurs, je désespère) m'ont fait sans cesse reculer la date de parution. Je m'excuse si la qualité de la traduction est réellement nulle mais je n'ai juste pas la tête à la retravailler à fond : quand ça ne vient pas, ça ne vient pas. Ceci est quasiment du premier jet sans relecture.
Marianne : merci beaucoup pour la review ;) Je conseille vivement d'écouter toutes les chansons présentes dans les chapitres, elles donnent réellement une ambiance à la fic^^
Sorn
