Titre : Another Chance
Auteur : Yuki Shuhime et Ombrepluie
Type : Fiction Longue, Chapitre 2
Univers : Harry Potter
Rated : M
Couple : Lucius Malfoy/Sirius Black
Résumé : Et si lorsque Sirius était passé à travers le voile, il n'était pas mort ? Et si au lieu de prendre, le voile pouvait offrir ? Offrir une autre chance.
Disclammer : Tout à JKR
Chapitre 2
La grisaille de Septembre avait succédée aux quelques beaux jours d'été qui restaient pluvieux à Londres. Les badauds s'activaient dans les rues pour rejoindre un magasin, un bâtiment administratif ou la grande gare centrale. Quelques automobiles abritaient les passants les plus riches alors que la populace affrontait la pluie et le vent à pied, parfois un vieux journal sur la tête pour protéger leurs vieux chapeaux de feutre élimés.
La gare King Cross était un ancien édifice de brique aux grandes coupoles de verre. Comme tous les jours de rentrée à Poudlard, les quais était bondés, débordant de sorciers aux accoutrements surprenants qui se déplaçaient en grand groupe. Les sorciers se mêlaient en suscitant les regards et les rires, aux autres voyageurs qui attendaient un train à vapeur avant de disparaitre nonchalamment à travers la barrière magique.
Sur le quai 9¾, partout grouillaient des parents en robe, des élèves, déjà en uniforme pour certains, en vêtements moldu ou en riche tenus d'aristocrates, et des enfants encore trop jeunes pour se rendre au château cette année, le tout encombré de tonnes de bagages et d'animaux hétéroclites et bruyants. Il était bientôt midi et le départ était imminent. La majorité des élèves étaient déjà dans le train, sauf les premières années qui restaient sur le quai, partagés entre la peur de l'inconnu et l'envie d'abréger les adieux démonstratifs des parents inquiets.
Dans le brouhaha des quasis où raisonnaient les cris de joie des étudiants, les au revoir émus, les hurlements paniqués des retardataires, le grondement de la locomotive à charbon et la vapeur qui sifflait, un petit pop retentit. La famille Black apparut sur le quai 9¾, derrière un pilier de grès.
Orion sortir le premier en prenant Regulus par la main pour lui montrer le Poudlard Express, train tant convoité par son cadet qui ne pourrait monter à son bord que dans un an. Derrière eux, Walburga attrapa Sirius dans ses bras et le serra fort contre elle. A l'abri des regardes, elle laissait un peu court à sa tendresse en profitant pour répéter une nouvelle fois les recommandations à son fils.
« Tu n'oublieras pas de bien te couvrir quand tu sortiras ! Et tu écriras toutes les semaines ? Et tu feras attention à tes fréquentations ? Et tu feras honneur à la famille Black ?
-Oui Maman, ne vous inquiétez pas, soupira Sirius en levant les yeux aux ciels, étreignant tendrement sa mère en lui tapotant le dos.
-Et tu …
-Maman, je sais, coupa Sirius. Calmez vous où les gens vont vous prendre pour une émotive. »
Le brun avait prononcé les mots magiques et immédiatement, sa mère le lâcha, se redressa pour se tenir parfaitement droite, rehaussant ses bracelets d'or blanc et la ceinture prune de sa robe. Elle réajusta les boucles grises qui s'échappaient de son chignon et se mit en marche, extrêmement crispée, jusqu'au bord du quai où Orion expliquait à Regulus émerveillé, le fonctionnement des locomotives magiques.
Walburga prit le bras d'Orion, l'obligeant à se redresser aussi et à lâcher la petite main de Regulus, déçu que son père l'abandonne déjà. Il voulait continuer sa contemplation de la machinerie du train, mais un regard sans équivoque de sa mère l'enjoignit à suivre la famille. Sirius lui, s'orientait déjà vers les portes de compartiments, poussant son chariot à bagage devant lui. Il cherchait du regard des visages connus.
Il entendit bien le rire de sa cousine Bellatrix, mais se dirigea spontanément à l'opposé du gloussement suraigu. Puisque toute conversation qu'il partageait avec Bella terminait forcément en joute verbale entrainant humiliation mutuelle et plaisanteries de mauvais gout, il s'éloigna, ne tenant pas à se faire remarquer de cette façon le jour de la rentrée. Et puis, Bella était la préfète en chef, il n'aurait surement pas beaucoup de crédit en tant que petit première année prétentieux vis-à-vis d'elle.
Plus loin, il vit Rodolphus Lestrange qui fendait la foule à grand renfort de coup de coudes pour rejoindre sa dulcinée. Sirius soupira fortement : bien sûr, dès que Bella était quelque part, son toutou personnel débarquait du néant pour la suivre, ses yeux atrocement globuleux roulant dans leurs orbites tant il était émerveillé par sa beauté. Ce type l'insupportait. Il n'avait jamais apprécié les larves rampantes et ce mollusque n'avait pas la moindre dignité. Décidément, Bella avait de drôles de goûts. Et déjà quatre ans que ça durait … Rodolphus, par Salazard, Rodolphus ! Rien que son nom était douteux.
Sirius fit volte face, puisque apparemment immergé dans un troupeau de septième année et continua à avancer parallèlement au train. Arrivé à une autre porte de compartiment, il put apercevoir Hugh Nott, un quatrième année assez frêle, brun aux cheveux mi-longs plaqués en arrière par de la gomina, qu'il ne connaissait que très vaguement par l'intermédiaire de son père. Orion Black et John Nott travaillaient ensemble au ministère, et il arrivait parfois que l'homme châtain très précieux vienne diner au Square. D'ailleurs, John était près de son fils et leva une main dans leur direction, saluant cordialement son père qui le suivait avec le reste de la famille.
Avisant les fenêtres de compartiments vides à cette hauteur du train, Sirius s'arrêta et entreprit de sortir ses affaires du chariot à bagage. Il s'assurait de ne pas avoir oublié sa baguette qui trônait fièrement dans un écrin de cuir et de velours, dans une ouverture secrète de sa malle. Il n'avait donc pas oublié le plus important !
Derrière lui, il entendit une autre famille arrivée, le père interpelant de sa voix rauque son fils qui s'appelait apparemment « Britannicus ». Ce devait être les Zabini : sa mère lui avait toujours expliqué que bien qu'ils fassent partis d'une des plus pures branches de sang, ils avaient toujours eu un comportement relativement marginal par rapport aux autres familles de leur rang et une légère inclination pour les prénoms d'empereurs romains mégalomanes.
« Pa' laisse moi tranquille, Hugh m'attend avec les filles là, faut qu'j'y aille ! Protesta le dit Britannicus, un métis immense aux cheveux très courts et aux prunelles noisette. »
Sirius pouffa de rire en voyant le regard outrée que sa mère lançait aux parents Zabini. Le tutoiement et le langage rudimentaire faisaient parti, avec le sucre, le gras, les épis dans les cheveux et les nœuds de cravate mal faits, des choses que ne supportait pas Walburga Black.
Sirius et Regulus, qui s'était glissé à ses côtés; envièrent immédiatement ce Britannicus qui semblait avoir une vie bien plus agréable que la leur en matière d'éducation. Sirius sentit qu'il s'entendrait surement bien avec le métis qui rejoignait maintenant Hugh Nott et deux jeunes filles, l'une blonde, ronde et petite, l'autre brune, grande et mince qu'il identifia comme étant Aurora Maugrey et Cassandre Parkinson (non pas parce qu'il était perspicace, mais parce que Britannicus venait de hurler leurs noms en les enlaçant brusquement). La petite bande pénétra dans le compartiment et Sirius fut déçu de ne pas pouvoir les aborder : ces gens avaient l'air tellement sympathique qu'il ne se priverait pas d'aller leur parler dans le train, se promit-il.
La sirène annonçant le départ dans quinze minutes retentit et la famille Black se pressa vers le train. Sirius monta déposer ses bagages dans un compartiment vide, scella ses affaires d'un sort pour assurer son intimité en cas de voyageurs curieux et redescendit sur le quai pour dire au revoir à ses parents et à Regulus.
Il salua sa mère en embrassant sa joue tendrement et ébouriffa les cheveux en bataille de son frère qui s'accrochait à sa taille pour l'empêcher de partir dans une attitude aussi déplacé qu'incongru qui donna probablement de l'urticaire à Walburga.
Sirius sourit, reportant son regard sur son père qui lui tendait la main, comme il l'aurait fait pour un adulte. Probablement voulait-il ménager la fureur de sa femme en se tenant décemment en public ? Mais pour une fois, Sirius n'eut pas envie de faire l'effort de s'astreindre aux convenances et voulut serrer son père contre lui, même si on l'observait. Aussi dédaigna-t-il la paume tendue pour étreindre doucement son père. Son embrassade ne dura pas longtemps, tout juste quelques secondes, mais le sourire chaleureux qu'affichait Orion lui confirma que cela avait été aussi inattendu qu'apprécié.
« Même si ta mère te l'a dit et redit, tu n'oublieras pas de faire attention à toi, n'est-ce pas ? Demanda-t-il à voix basse.
-Je ferais très attention à moi père. Mais j'aimerais que vous fassiez de même de votre côté. Prenez soin de Maman, et de Reg'. »
Orion eut un petit rire et serra brièvement l'épaule de son fils.
« Ne crains rien, je sais m'occuper de ma famille, mon grand ! »
Le regard assassin de Walburga put l'en faire douter, mais Sirius ne regardait pas vers sa mère à ce moment là. Des cris le firent sursauter et il se tourna vers l'origine de cette agitation. Des murmures apeurés et des exclamations de surprises se répandirent dans la foule des gens amassés sur le quai 9¾.
À quelques mètres des Black, un jeune homme que Sirius évaluait être à peu près de son âge, brutalisait à l'aide de la magie un garçon qui se retrouvait suspendu dans les airs. Le pauvre retenait à grande peine ses larmes d'être ainsi humilié devant tous, ses cheveux longs et gras recouvrant son visage rougit par la honte alors qu'il essayait d'empêcher sa robe de sorcier de se retourner.
Le jeune homme brun aux cheveux volontairement en bataille affichait un sourire narquois et mauvais en faisant de petits mouvements de poignets pour faire tourner sa victime sur elle-même. Il portait déjà son uniforme de Poudlard et se pavanait en criant des insanités tout en agitant sa baguette. Sirius sentit la nausée le reprendre. L'expression de mépris du perturbateur ne lui revenait pas et lui donnait envie de vomir.
Avant que quiconque n'ait le temps de réagir face à cette situation désolante, un jeune homme blond fendit la foule avec détermination et empoigna l'instigateur de ce mauvais tour par le col. Sirius scruta la scène sans oser intervenir et sans reconnaitre le défenseur qui lui tournait le dos.
« Repose ce garçon au sol immédiatement ! Où tu vas le regretter amèrement ! »
La voix glacée et cristalline qui s'élevait de la silhouette fulminante qui ne desserrait pas les dents, rappelait des souvenirs à Sirius et il se demanda où donc il avait déjà entendu ce timbre si particulier. Lorsque le blond fit volte-face, envoyant les mèches rebelles devant son visage dans son dos, Sirius échappa un soupir de surprise. Il reconnaissait à travers la fureur et la colère qui déformait ses traits d'ordinaires fins et harmonieux, son ami d'enfance, celui qui lui avait un jour donné la chemise qu'il portait aujourd'hui avant de s'éloigner chaque jour davantage de lui : Lucius Malfoy.
Le brun aux cheveux en bataille se débattit pour s'extirper de la poigne du blond qui devait faire deux têtes de plus que lui et qui aurait pu sans peine le soulever à bout de bras pour l'envoyer à l'autre bout du quai. Mais dès que Lucius relâcha sa prise, le brun roula des épaules pour ajuster sa robe et lança un rictus suffisant en faisait faire un looping au malheureux garçon gémissant dans les airs, d'un coup de baguette magique.
Lucius grogna et Sirius pu voir ses mains trembler de rage. Il sortit sa baguette de sa manche et la brandit entre les deux yeux du perturbateur. Son sourire s'affaissa subitement, la panique gagnant ses traits alors qu'il tressautait.
« J'ai dis : repose ce garçon TOUT DE SUITE ! Ordonna Lucius sans desserrer les dents, faisant chauffer le bout de sa baguette qui brûlait le front du brun qui n'osait plus bouger à présent. »
D'un sort, il libéra sa victime qui s'écrasa au sol dans un craquement sonore. Ce fut à ce moment que Sirius se décida à agir. Indépendamment des remontrances suraigües de sa mère qui lui demandait de ne pas se donner en spectacle, il se précipita vers Lucius qui avait couru auprès du garçon en pleurs qui tenait sa cheville douloureuse, des égratignures sanguinolentes partout sur ses coudes et sur ses paumes.
Mais à peine Lucius lui avait-il tourné le dos, le brun releva sa baguette et la pointa dans son dos, son visage déformé par la haine affichant un rictus vengeur et conquérant. Il épongeait le sang qui perlait sur son front de sa manche et lécha sa lèvre inférieure, trahissant sa pulsion violente.
Mais plus rapide que le perturbateur et sans même penser à ce qu'il faisait, Sirius, qui se tenait à sa hauteur, tira brusquement sa propre sa baguette et lança instinctivement le seul sort de désarmement qu'il connaissait.
« Expelliarmus ! »
Le garçon brun reçut le choc en pleine poitrine et sentit sa baguette lui échapper. Le morceau de bois atterrit dans la main de Sirius alors que le corps disloqué du perturbateur fut projeté en arrière avec force et rebondit contre un pilier de grès. Sonné et égaré, la poitrine douloureuse et du sang ruisselant telles des larmes sur ses joues, il renifla et chercha machinalement sa baguette du regard.
Sirius résista à l'envie de casser en deux l'objet et ne fit que le lancer sur la voie. Le morceau de bois rebondit contre les pavés et se planta entre quelques morceaux de charbons et le rail. Alors que le brun rampait comme une larve en se tenant le flan, Sirius rejoignit Lucius qui avait aidé la victime à se mettre debout.
Le garçon aux cheveux noirs avait le visage rouge et couvert de larmes. Sirius sortit un mouchoir blanc brodé aux armoiries des Black de sa poche et le lui tendit alors que Lucius qui avait passé un bras sous ses épaules, l'aidait à marcher. Le garçon accepta le morceau de tissu avec un petit mouvement de tête en guise de remerciement.
« Est-ce que ça va ? Demanda Sirius en se glissant sous l'autre épaule, soutenant le garçon qui devait s'être foulé la cheville. »
Il s'était aussi fendu le front en tombant, et une gouttelette de sang glissa lentement le long de sa tempe, se mêlant à ses mèches noires. Il était menu et plus petit que lui, et paraissait tellement timide et réservé que Sirius eut immédiatement envie de le protéger. Arrivés au niveau d'un banc en fer forgé, Lucius et Sirius aidèrent le garçon à s'assoir précautionneusement.
« Je m'appelle Sirius Black, souffla-t-il en lui tendant la main gauche.
-Severus Snape, répondit le garçon, rendant sa poignée de main à Sirius.
-Ravi de faire ta connaissance ! »
Réalisant qu'ils étaient tout deux en première année, avec de forte chance de se retrouver à Serpentard et après s'être rendu compte que leurs mères respectives fréquentaient le même club de botanique depuis des années, ils s'engagèrent dans une conversation animée. Severus expliqua que ses parents n'avaient pas pu rester à la gare puisque son père devait travailler et qu'il avait eut le malheur de croiser sa voisine avant d'avoir pu monter dans le train.
Lucius avait profité que Sirius tenait compagnie au garçon pour aller ramasser ses affaires qui s'étaient répandues sur le sol et ramener ses bagages près du banc. Lorsqu'enfin, la petite malle et les quelques livres de potions trouvés sur le sol furent auprès de leurs propriétaires, Lucius qui avait retrouvé son calme malfoyen et son masque glacial, s'approcha des deux bruns. Il se focalisa d'abord sur Severus, jetant tout de même quelques regards furtifs à Sirius qui posait une main amicale sur le bras de l'autre.
« Sais-tu pourquoi ce résidus d'intestin de Veracrasse camerounaise s'en est pris à toi ? Demanda froidement Lucius en passant ses doigts dans les mèches blondes devant ses yeux pour les caller derrière son oreille.
-Potter ? C'est parce qu'il déteste les gens comme moi. Et que Lily est venue me dire bonjour, j'imagine, répondit-il à voix basse. »
Lucius haussa un sourcil sardonique, enjoignant sans un mot Severus à poursuivre son récit. Sirius qui n'avait pas la subtilité du blond l'interrogea franchement. Il ne savait pourquoi, mais ce nom lui paraissait familier.
« Comment ça il déteste les gens comme toi ? C'est-à-dire ?
-Eh bien … Severus hésitait, sachant pertinemment de quel rang était ses sauveurs. Je ne suis pas un sang pur comme lui et je ne l'idolâtre pas. Il tolère le premier point, pas le second. Et puis il sort avec Lily Evans, ma voisine et il ne supporte pas qu'elle soit gentille avec moi. »
Lucius leva les yeux au ciel et grinça des dents. Ce genre de comportement l'irritait au plus haut point, et Sirius se souvenait bien de ce côté « défenseur des justes » que prenait parfois Lucius quand il se trouvait confronter à des individus comme le brun qui avait brutalisé Severus.
« Il ne risque pas de se faire une foule d'amis cette année, fais moi confiance. J'y veillerais ! railla Lucius d'une voix morne. »
Sirius ricana, reconnaissant bien là le sarcasme de son ami d'enfance. L'éclat de voix attira l'attention de Lucius qui fixait à présent le visage souriant du brun, plongeant ses pupilles perles dans l'océan tumultueux de ses yeux. A côté d'eux, Severus se sentait subitement de trop. Une sorte d'aura se dégageait du blond quand les traits de son visage s'adoucirent soudain, le faisant ressembler à un ange.
Lucius remit une fois encore sa mèche derrière son oreille, geste systématique qui avait toujours provoqué l'admiration de Sirius qui l'imitait souvent quand il était plus jeune. Il scruta un moment le brun, redécouvrant les courbes de ses pommettes, son front lisse et volontaire qu'il tenait de son père, l'angle marqué de sa mâchoire, ses lèvres gonflés qu'il mordait quand il était anxieux, son sourire éclatant qui faisait battre son cœur plus vite autrefois …
Lentement, il leva une main pâle et caressa la joue rougie de Sirius du bout de ses doigts glacés. Il sentit le brun frémir un peu et sourit. Un sourire pur et franc, un sourire qui voulait dire tellement.
« Sirius … murmura-t-il. »
-En chair et en os. »
Un ange passa et un raclement de gorge provenant de derrière le banc fit sursauter Sirius. La paume froide quitta la peau brulante de sa joue et le brun se sentit soudainement terriblement vide et seul. Le sourire tendre s'effaça des lèvres claires de Lucius qui retrouva son masque d'indifférence glacé.
« Père, vous vous souvenez de Sirius Black, j'imagine, annonça-t-il en le désignant d'un signe de tête.
-Bien sur que je me souviens de lui ! Je le vois quasiment toutes les semaines quand je passe au Manoir, je te rappelle. Et puis vous étiez tellement copains quand vous étiez enfants ! Comment j'aurais pu oublier ça, hun ? »
Lucius baissa les yeux honteux. Bien sur qu'ils étaient proches. Plus que proches d'ailleurs, fusionnels. Mais dès son entrée à Poudlard, il s'était consacré à ses études et passait tous ses étés enfermés au Manoir, à faire des recherches sur les plantes anciennes intervenants dans la fabrication de vieilles potions.
Lucius ne l'avait jamais dit à personne, et malgré l'insistance de son père pour savoir ce qu'il trafiquait, il ne souhaitait pas partager son secret. C'est pour ça qu'il avait perdu Sirius, et c'est pour ça qu'il était tellement heureux de le revoir aujourd'hui. Au début, il lui avait manqué beaucoup, atrocement en fait. Mais à mesure que le temps passait, il s'était concentré sur son projet et avait peu à peu éludé le reste.
Il pensait souvent au jour où Sirius rentrait à son tour à Poudlard en espérant que leur complicité d'antan n'aurait pas disparue et qu'ils se retrouveraient. Les années avaient passé et ce jour était arrivé. Lucius s'autorisa un sourire avant de saluer poliment Orion et Walburga qui venaient de les rejoindre.
Puis la sonnerie stridente émanant du train retentit, appelant les élèves à rejoindre le train, le départ étant imminent. Lucius se retourna vers Sirius et lui tendit la main. Machinalement, le brun la serra, mais ce n'était pas un échange viril de force brute. Non c'était une caresse volubile et douce qui signifiait beaucoup plus qu'il n'y paraissait.
« On se voit dans le train, murmura-t-il de sa voix délicieusement suave. »
Sirius acquiesça en hochant frénétiquement la tête, peu enclin à lâcher la main du blond. Une pression sur son épaule qu'il identifia comme la grande main de son père l'enjoignit à laisser partir Lucius. Il s'éloignait déjà, comme un souvenir envolé d'un temps perdu à présent retrouvé, suivit par son père jusqu'à la porte par laquelle Britannicus, Nott et les deux filles étaient rentrés tout à l'heure.
De son côté, Sirius avisa Severus qui tremblait encore comme une feuille sur le banc, sa cheville douloureuse ayant doublé de volume arborait un hématome à mi chemin entre le violet et le jaune. Walburga s'avança vers le jeune garçon que Sirius lui présenta comme le fils de sa chère amie Eileen Prince. D'un coup de baguette, elle répara l'entorse de Severus qui ne gardait qu'une légère rougeur à la base du pied.
Il se remit précautionneusement debout et tenta de marcher. Miracle, il n'avait plus mal et pouvait marcher avec l'appuie du bras de Walburga qui l'aida à rejoindre la porte du compartiment. Plus loin, Sirius aperçut qu'Abraxas Malfoy attendait seul près d'un pilier. Il devait avoir mis Lucius dans le train et voulait probablement saluer son père.
Il avait apparemment bien deviné puisqu'Orion, après lui avoir souhaité une bonne année scolaire et s'être assuré qu'il écrirait chaque semaine, se dirigea tranquillement vers son ami. Sirius tourna brièvement la tête et quand il voulut chercher son père du regard, il ne vit plus rien. Il venait surement de passer la barrière magique …
« Sirius, dépêche toi, le train va partir, annonça Walburga qui ensorcelait les bagages de Severus pour qu'ils les suivent cahin-caha à travers la foule.
-J'arrive Maman ! J'ai juste une dernière chose à faire, promit-il, Severus, j'ai laissé mes bagages dans le compartiment dix huit. Si tu veux, va t'y installer, nous passerons le voyage ensemble. »
Le garçon acquiesça d'un sourire ravi en lui faisant un petit signe de la main. Mais Sirius resta un peu en arrière de sa mère qui aidait à présent Severus à grimper le marche pied du wagon agrippant le coude de son petit frère pour tirer Regulus à l'écart. Avec un grand sourire, il lui tendit un petit miroir de poche en forme de losange. Regulus saisit l'objet en fronçant les sourcils dans une moue dubitative attendrissante.
« Heu merci ! C'est gentil … Enfin, je pense ? »
Sirius éclata de rire devant sa mine perplexe.
« Tu peux le dire, ça m'a pris du temps avant de réussir à l'ensorceler.
-Comment ça ?
Pouffant une nouvelle fois, il lui ébouriffa les cheveux, s'attirant un regard meurtrier de son frère qui plaqua ses paumes sur ses temps pour aplatir ses épis durement domptés que Sirius venait de redresser.
« Tu as bien entendu, Reg' ! Je l'ai ensorcelé. J'ai sa réplique exacte avec moi, et si tu regardes dans le miroir en même temps que moi on pourra se voir par l'intermédiaire et même se parler. Ce n'est pas génial ça ?
-Merci Sirius ! Mais pourquoi t'es-tu donné tout ce mal ?
-Parce que tu vas me manquer … répondit-il en détournant pudiquement le regard. »
Son frère esquissât un petit sourire timide avant de serrer les hanches de son frère contre lui.
« Toi aussi tu vas me manquer. »
La dernière sirène qui annonçait le départ retentit et Sirius se détacha de son petit frère pour rejoindre la porte du wagon. Sa mère attendait, pressée de le voir enfin par la fenêtre. Il l'embrassa une nouvelle fois sur la joue et la rassura à nouveau sur toutes ses angoisses. Enfin, il grimpa d'un bon les trois marches pour entrer dans le compartiment.
Il eut juste le temps de se retourner alors que le train se mettait en branle et démarrait. Les portes magiques allaient se fermer quand il salua une dernière fois sa mère qui avait la larme à l'œil et son frère qui serrait le miroir contre son ventre. Au loin, la silhouette de son père se détachait de l'ombre d'un pilier et hocha la tête d'un regard entendu. Derrière la colonne de grès, des mèches blondes voletaient dans le courant d'air du quai …
Finalement, le train prenait de la vitesse et Sirius ne put apercevoir que des petites taches de couleurs là où se tenait sa famille auparavant. Dès qu'il dépassa complètement les rails de King Cross, il s'engagea dans l'allée pour rejoindre son compartiment. Il n'y croyait pas : enfin, il allait à Poudlard !
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La suite la semaine prochaine !
