Et voilà le troisième chapitre !
Côté progression générale, le sixième chapitre de l'histoire est d'ores et déjà terminé, et le septième entamé. En d'autres termes : je devrais réussir à garder un rythme de publication régulier. ^^
Bonne lecture ! En espérant que cela vous plaise. x) Au programme pour ce chapitre : vie courante, petits problèmes et grosse révélation... Ou pas ? Je vous laisse découvrir ! =P
Edit : Suite au commentaire de Kino-Yaoiste, je tiens à préciser que Yuna et Alister (dont on parle dans ce chapitre), de même que Noda, sont purement et simplement des OCs de mon crû. ^^" Je n'y avais plus pensé sur le coup, mais non, il ne s'agit pas de la Yuna de Final Fantasy chaipluscombien, cette fic n'est pas un cross-over. =O
Chapitre 03 : Tombent les masques
S'efforçant de garder un air relativement concentré, Xion se fit violence pour ne pas laisser son regard s'évader par la fenêtre. Le cours était presque terminé, et après cela elle rentrerait ; ce n'était pas le moment de rêvasser, elle devait être attentive jusqu'au bout, quand bien même cela ne l'intéressait pas le moins du monde. Pour preuve, elle jouait sans même s'en rendre compte avec son stylo bille, qu'elle ne cessait de fermer et d'ouvrir.
Ses pensées étaient ailleurs, en réalité. Quelque part en face de chez elle, dans cette grande maison abandonnée mais habitée, en ce moment-même. Elle se demandait si Vanitas se portait mieux, se posait mille et une questions quant à l'entretien de la bâtisse, s'inquiétait de ce qu'il se passerait lorsque, une fois le soir venu, ses parents rentreraient. Durant deux jours elle s'était occupée du jeune homme, profitant à la fois du week-end et de l'absence de ses géniteurs ; mais maintenant qu'elle entamait une nouvelle semaine, elle ne pourrait plus être aussi présente pour lui. Elle n'avait qu'à espérer qu'il soit déjà guéri, en somme, ou alors elle n'aurait pas la conscience tranquille.
Au final, ce fut le son répétitif mais libérateur de la cloche qui la sauva de ses intenses réflexions et lui permit de ramasser en vitesse ses affaires, pour sortir du bâtiment non moins rapidement. Evitant toute conversation futile, elle s'empressa de quitter la cour du lycée, son cartable à la main. Une fois arrivée au bord de la route qui longeait l'école, elle ne prit même pas la peine de regarder si un véhicule s'approchait ou non, et la traversa sans se retourner. Pressée, elle s'engouffra alors dans une ruelle déserte, peu rassurante étant donné de l'obscurité qui y régnait mais bien pratique puisque raccourcissant son trajet.
C'est alors qu'elle sentit une main se poser sur son épaule ; prise de panique, elle se retourna, tout en se dégageant violemment de l'emprise de son potentiel agresseur, qu'elle foudroya d'un regard ahuri, jusqu'à ce qu'elle réalise que ce garçon, qui venait de lui faire la peur de sa vie, elle le connaissait.
- Vanitas ? S'exclama-t-elle, encore sous le choc. Mais qu'est-ce que…
Voyant qu'elle hurlait presque, il ne lui laissa pas le temps de terminer sa phrase et eut tôt fait de plaquer sa main sur sa bouche, dans un geste rapide et plutôt violent. Le premier réflexe de la jeune fille fut de tenter de se dégager, aussi elle attrapa de ses deux mains le bras du prétendu malade ; mais fort heureusement et comme il résistait, elle réalisa rapidement que son comportement n'avait pas été adéquat, et fit donc en sorte de se calmer pour qu'il puisse se retirer sans craindre qu'elle crie encore.
- Je t'ai suivie, déclara-t-il en prévision de la prochaine question de la lycéenne. Noda est malade, faut l'emmener chez le vétérinaire.
Xion croisa les bras en signe d'un agacement évident. Non seulement, et bien qu'il ait certainement de la fièvre, il la suivait jusqu'à son école – sans veste et en plein mois de novembre –, mais en plus il l'espionnait, manquait de lui faire endurer une crise cardiaque, et tout ça pour son chat. Alors oui, admit-elle en silence, elle savait qu'il adorait son animal de compagnie, mais de là à prendre de tels risques pour lui, tandis qu'il pouvait bien attendre qu'elle rentre… C'était presque insensé. Et évidemment, elle allait devoir s'occuper de tout cela. Elle soupira, exaspérée.
- Et c'est à moi de le faire ? Demanda-t-elle sur un ton dédaigneux. Vous avez une idée de combien ça coûte, d'emmener un minou chez le vétérinaire ?
A ces mots, le garçon laissa transparaître une panique qu'il essayait tant bien que mal de dissimuler et prit les mains de sa camarade, pour la regarder droit dans les yeux. Son air dur la fit pâlir, puis rougir ; elle détestait être ainsi fixée, surtout par ce regard doré si percutant, qui ressortait encore mieux sur la pénombre de la nuit approchant que dans les éclats lumineux du jour.
- Xion, fit-il avec, pour une fois, un minimum de sérieux, je le ferais moi si je pouvais, je te jure. Mais… – il marqua une brève hésitation – Mais je me suis enfui de l'orphelinat, et si on me voit trop, on m'y ramènera, tu comprends ?
La jeune fille ne répondit pas immédiatement et baissa la tête, gênée. C'était donc ça, la raison pour laquelle le jeune homme vivait dans la maison délabrée qu'on disait hantée, avec pour seule compagnie son chat – peut-être un chat de gouttière qu'il avait recueilli –, se nourrissant difficilement et si peu. Il était orphelin, il n'avait pas comme elle la chance d'avoir une famille aimante et toujours présente à ses côtés. Il avait été placé dans un orphelinat, il avait attendu l'adoption des années durant. Et comme dans bien des cas, ses espoirs s'étaient soldés par un échec cuisant, déprimant. Alors il avait fui, et il s'était rendu là où l'avaient guidé ses pas hagards, pour se retrouver dans la demeure laissée à l'abandon.
Elle releva les yeux et, serrant à son tour doucement les mains de son camarade, lui sourit comme pour le rassurer.
- C'est bon, répondit-elle d'une voix douce. Je comprends. Je l'emmènerai chez le vétérinaire… Mais vous, en échange, il faut que vous retourniez vous reposer !
Sans dire quoi que ce soit, Vanitas lâcha ses mains et laissa les siennes retomber le long de son corps. Lentement, il acquiesça d'un mouvement de tête. S'ensuivirent quelques secondes de silence total, où chacun regardait l'autre par coups d'œil furtifs, se demandant s'il allait ou non réagir à ses paroles, à ses gestes. Puis enfin, Xion se décida à rompre cette ambiance oppressante.
- On devrait y aller, non ? Proposa-t-elle, la voix tremblant quelque peu. Puisque si on vous voit trop…
L'autre opina du chef et, sans même l'attendre, prit la direction de la maison abandonnée, traversant à pas rapides et sans le moindre bruit la silencieuse ruelle. La jeune fille, de son côté, le regarda s'éloigner dans la pénombre, et ne put réprimer un léger sourire. Il avait semblé inquiet, paniqué même ; pour un chat, cela pouvait paraître bizarre, alors elle en déduisit que les deux compagnons devaient être vraiment attachés l'un à l'autre. Cela se devinait du moins dans le comportement du félin ; et son maître venait de se trahir, en quelques phrases.
Au final, peut-être Noda n'était-il pas qu'un chat de gouttière adopté.
- Et vous dites que vous avez recueilli ce chat ?
A la question du vétérinaire, Xion acquiesça silencieusement. Le docteur, penché sur l'animal – Noda, qui étonnamment se tenait calme, presque trop –, effectuait quelques contrôles basiques avec une application évidente. En face de lui, la jeune fille laissait son regard voyager furtivement de la fenêtre au chat, et du chat à la fenêtre, en évitant soigneusement celui du médecin ; elle n'avait jamais été douée pour mentir, et elle ne voulait pas – vraiment pas – qu'à cause de la maladresse et du manque d'assurance qu'on lisait dans ses yeux, le félin ne puisse être soigné. Ce n'était pas qu'elle tenait tant que ça à satisfaire Vanitas, mais ce « pauvre minou », comme elle l'avait appelé d'une voix désolée en caressant tendrement son crâne, lui faisait pitié et lui donnait mal au cœur, à se traîner comme ça, toussant comme son maître avant lui, avec une agilité aussi faible qu'elle était forte à la normale.
- Eh bien, mademoiselle, déclara soudain le vétérinaire, votre chat me rappelle vraiment l'un de ceux que j'ai soignés, il y a quelques temps… – il examina encore plus attentivement Noda – Vraiment, il ressemble beaucoup à celui du baron Amera. Vous le connaissez ?
Un peu surprise de la question, la jeune femme eut un mouvement de recul et se mit à réfléchir. Le baron Amera ? A première vue, elle n'avait pas la moindre idée de qui il s'agissait, mais en y pensant avec attention, il lui semblait avoir déjà entendu ce nom quelque part. Amera, répéta-t-elle mentalement. Etait-ce à la télévision ? Oui, ils en avaient parlé au journal télévisé quelques mois auparavant. Selon ses souvenirs, le baron Amera, éminent horloger et descendant d'une lignée de nobles, avait récemment fait parler de lui suite à une affaire familiale dont Xion avait oublié les détails. A vrai dire, elle ne regardait jamais réellement la télévision ; elle se contentait d'écouter, le nez plongé dans un roman ou sur un dessin, et retenait quelques bribes de discours. En l'occurrence, elle savait vaguement qui était ce baron ; mais à coup sûr elle ne le connaissait pas personnellement.
Quant à Vanitas… Elle ne pouvait en avoir la certitude, mais il lui semblait fort peu probable qu'un baron, horloger de surcroît, ait un jour rendu visite à un simple orphelin. Aussi, elle répondit par la négative.
- Bon, eh bien…, s'apprêta à annoncer le médecin. C'est une trachéobronchite infectieuse, c'est un peu comme notre asthme… Rassurez-vous, elle est prise à temps, vous la soignerez facilement avec quelques antibiotiques.
Sur ce, il alla rapidement chercher lesdits antibiotiques et présenta aussitôt les honoraires à la lycéenne, tout en lui adressant les dernières recommandations quant aux soins à apporter à Noda. Une fois que cela fut fait, elle put s'en aller et retourna immédiatement à la maison abandonnée, en compagnie du félin et armée des médicaments nécessaires à sa guérison.
Seule dans sa chambre, assise en tailleur sur son lit, Xion laissa son regard s'évader par la fenêtre. Elle ne voulait que vérifier si ses parents rentraient, tenta-t-elle vainement de se persuader lorsque ses yeux se posèrent sur la grande bâtisse sombre en face de chez elle. Il ne s'échappait des fenêtres crasseuses aucune lueur ; de même, aucun bruit ne traversait les murs, bien qu'ils ne fussent pas si épais que ça. En réalité, il ne semblait exister aucune trace de vie à l'intérieur ; mais la jeune fille savait parfaitement que ce n'était qu'une apparence. Elle, elle avait pénétré dans la maison, et elle avait vu qui s'y trouvait. Elle avait, au cours des trois derniers jours, appris à connaître ce jeune homme, antipathique au premier abord, mais dont l'amitié sans limites qu'il portait à son chat s'était vite révélée.
Soudain, et alors qu'elle entendait le bruit caractéristique d'un moteur de véhicule se rapprocher, elle distingua une ombre derrière la fenêtre – celle qui se trouvait exactement en face de sa chambre – de la bâtisse abandonnée. Intriguée, elle plissa les yeux pour mieux voir ; puis sa curiosité l'emporta et, malgré le fait qu'elle soit en pyjama et que la température extérieure ait chuté en-dessous de zéro, elle ouvrit sa fenêtre. C'est alors qu'elle le vit ; de l'autre côté de la rue, de l'autre côté du verre crasseux, Vanitas la regardait. Lorsque l'expression intéressée de la jeune fille se mua en surprise, cette dernière crut même discerner chez son camarade l'ombre d'un sourire ; mais bien vite, les voix de ses parents la ramenèrent à la réalité.
- Xion, qu'est-ce que tu fais ? Lui cria sa mère, communément appelée Yuna Duval, en sortant de la voiture. Rentre, tu vas prendre froid !
La lycéenne baissa aussitôt les yeux, et sourit pour rassurer sa génitrice, en répondant qu'elle les regardait simplement arriver. Puis elle releva la tête ; mais le jeune homme avait disparu. Aussi, elle décida de faire de même et pénétra à nouveau dans sa chambre, refermant du même coup la fenêtre.
Plus tardivement dans la soirée, après avoir brièvement raconté à ses parents un week-end qu'elle s'était inventé – elle n'avait même pas hésité à leur mentir, après tout elle avait promis à celui qu'elle considérait maintenant comme son ami de ne pas dévoiler son secret – et mangé en leur compagnie, Xion débarrassait distraitement la table tandis que ses géniteurs regardaient la télévision. Sans lui en avoir demandé la permission, son esprit vagabondait ailleurs, plus précisément de l'autre côté de la rue. A y réfléchir, c'était la première soirée depuis qu'elle connaissait Vanitas durant laquelle il lui était impossible de trouver ne serait-ce qu'une minute à passer en compagnie du jeune homme ; ses parents étant là, elle était dans l'incapacité totale de cuisiner pour lui, de vérifier qu'il prenait ses médicaments ou de l'obliger à ne pas veiller trop tard. A cette pensée, elle sourit. Il fallait dire que, parfois, ces derniers jours, elle avait eu l'impression de se comporter comme une mère avec celui qui, pourtant, lui était totalement étranger – du moins à leur rencontre, car à présent elle avait l'impression de le connaître mieux que quiconque.
- Xion, tu viens regarder les infos avec nous ? L'appela tout à coup son père, Alister de son prénom. Il y a peut-être quelque chose d'intéressant, et on aimerait bien t'avoir un peu près de nous, après ce long week-end sans toi.
La jeune femme répondit par l'affirmative, devinant sans peine le sourire tendre que son paternel lui adressait depuis le canapé, et vint s'asseoir entre ses parents pour poser les yeux sur le poste de télévision. Cela lui procurait une sensation étrange, que de regarder l'homme qui présentait les diverses nouvelles du jour ; habituellement elle ne l'écoutait que d'une oreille, affalée sur son lit, en train de lire ou de jouer à la console. Tant et si bien que cette fois-ci, puisqu'elle se concentrait sur la vue, l'ouïe perdit de son sens ; elle n'avait pas la tête à ça, de toute façon. Lasse, elle appuya sa tête sur l'épaule de son père et ramena contre elle ses jambes.
Elle se trouvait les yeux mi-clos, près de s'endormir, quand le présentateur indiqua sur l'écran une photo dont la vue, même partielle, la tira immédiatement de sa léthargie. Le fils des barons Amera, put-elle entendre, Vanitas Amera, est porté disparu depuis jeudi soir.
Xion se redressa en un bond, sous la surprise de son père comme de sa mère, et fixa aussitôt la photo qui s'affichait en plus grand à l'écran. Il n'y avait pas de doute ; ces cheveux noirs en bataille, ces traits sévères et surtout ces yeux dorés transporteurs d'une émotion si forte ne pouvaient appartenir qu'à une personne. Cependant, ladite personne – le Vanitas qu'elle connaissait, et d'ailleurs force était d'avouer que Vanitas n'était pas un prénom commun – avait prétendu s'être échappé d'un orphelinat, et non être le fils en fugue d'un riche baron. Elle, elle avait cru à ce qu'il disait. Même après les informations données par le vétérinaire, elle s'était bornée à le croire. Mais là, elle avait la preuve indéniable que son « ami » lui avait menti, s'était joué d'elle.
Et pourtant, inconsciemment, elle cherchait toutes les manières possibles afin de lui donner raison, de ne pas s'avouer qu'il avait profité de sa naïveté. Elle ne voulait pas, non, accepter l'idée que ce Vanitas, qui lui avait inspiré tant de pitié mais aussi de sympathie et, par moments, de tendresse, ait pu lui mentir délibérément.
Peut-être, se dit-elle soudain, s'était-il comporté comme cela dans l'unique but d'attirer sa pitié et de profiter de son aide ; mais immédiatement elle effaça cette idée qu'elle jugea sordide et en trouva une autre, à ses yeux bien plus plausible. Il avait pu faire ça pour qu'elle ne le dénonce pas. Peut-être ne lui avait-il pas fait confiance, peut-être avait-il eu peur qu'elle le trahisse. Et par conséquent, elle ne pouvait s'en vouloir qu'à elle-même, pour ne pas avoir su lui inspirer suffisamment de confiance.
- Eh bien, Xion ? Fit soudain Yuna, moqueuse. Il est si mignon que ça, ce Vanitas ?
Réalisant soudain qu'elle était en train de culpabiliser, et peut-être à tort, tout en fixant la photo du jeune homme, la lycéenne fit un énorme effort pour se reprendre et répondit par la négative à sa mère, bredouillant toutefois quelque peu. Puis, sans plus tarder, elle se déclara fatiguée et alla se coucher, sachant cependant qu'elle ne trouverait pas le sommeil avant plusieurs heures.
