Chapitre 3 : Coronis, mon plus gros remord
Chut, ne me faites pas une ovation, s'il vous plaît, même si vous en mourez d'envie, j'essaye de graver cette image à tout jamais dans ma mémoire...
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Ça y est !Voilà qui me fait chaud au cœur, je n'avais pas eu de telle vision depuis au moins... le XVIIIème siècle, je dirais et ça commençait à me manquer ! Bon, d'accord, je vous fais partager. Voilà ce qui s'est passé. Tout le monde sait que si un dieu devait obtenir le prix du mari le plus infidèle qui n'ait jamais existé, elle reviendrait à mon père, Zeus. Héra, sa femme le sait et, suspicieuse, elle a chargé un corbeau de suivre son mari et de lui faire des rapports réguliers. Elle aurait du savoir que le corbeau était un animal vil et menteur ! Si elle s'était intéressée à mes histoires de cœur, elle l'aurait su. Mais, bien évidemment, personne ne s'intéresse à mes mésaventures. Cependant pour que vous ne soyez pas abusés à votre tour, je vais quand même vous la raconter et si Arès vient à l'apprendre, dites lui bien que c'est pour vous rendre service que je vous ai compté ce récit, pas pour geindre ou m'écouter parler, même si c'est vrai que j'ai une belle voix !
C'était en Thessalie. Là, vivait une jeune fille : Coronis princesse de Béotie, fille du roi Phlégias, roi de Lapithes. Oui, oui, je sais, encore une princesse de quelque chose mais celle ci était vraiment, vraiment belle. Je crois que son arrière grand-mère était une fille d'Aphrodite, c'est dire ! Pour ceux qui se souvienne de mon histoire avec Cassandre, je vous rassure tout de suite, elle n'était pas aussi mauvaise, manipulatrice, menteuse, cruelle, égoïste et... désolé, quand je me mets à parler de Cassandre, je ne peux plus arrêter le flot d'adjectifs qui me vient à l'esprit. Je disais donc que Coronis était une belle femme aussi bien physiquement qu'intérieurement. Elle était proche et bonne pour son peuple et je n'eus aucun mal à la rencontrer. Ce fut d'ailleurs elle qui me trouva, misérable, allongé dans l'herbe, enivré de plusieurs bouteilles de bon vin que Dionysos m'avait fait parvenir. Il faut dire que j'étais désespéré, ma rupture avec Cassandre ne datait que de deux mois et même si je suis un Dieu, se faire larguer de cette façon n'a rien de très agréable. Je dirais même que c'est pire! D'accord, j'ai pu me venger et ai eu le plaisir de la voir souffrir pendant des années mais à l'époque, je n'avais pas encore assisté à sa lente descente et les moqueries et les sarcasmes de ma famille « aimante » m'écorchaient encore les oreilles. C'était d'ailleurs pour les fuir que j'étais sur Terre, certain que si je croisais encore une fois Arès et ses commentaires à deux sous, j'allais être le premier Dieu dépressif de l'histoire, ce qui n'allait définitivement pas avec mon image.
Elle s'est approché, silencieusement sur le dos d'un cheval lors d'une de ses sorties et soit dit en passant qu'elle a bien failli me piétiner. Et oui, les femmes étaient déjà dangereuses au volant à l'époque ! C'est bon, je plaisante ! Elle est descendue de sa monture et a attendu patiemment que je dégrise. Maintenant que j'y pense, je devais vraiment avoir l'air idiot à parler sans queue ni tête, je me demande ce que Dionysos met dans son vin, ou plutôt mettait - depuis qu'il y a des quottas, ce n'est plus la même chose – mais c'était vraiment puissant. Cependant, malgré mon air d'abruti fini, là ou tout autre m'aurait abandonné, elle est restée. Elle m'a parlé, me racontant certaines de ses histoires, la grandes majorités étant sûrement inventées, sorties de son imagination mais elles réussirent à se faire rire. Alors je lui est racontée mon histoire... en parti, du moins. Qui aurais-je été si je lui avais révélée dès la première rencontre qui j'étais et qu'elle image du Dieu Apollon aurait-elle eu ? Contrairement à ma chère famille, elle ne s'est pas moquée et j'ai terminé mon récit de mon plein grès, sans honte ou si peu ! Elle a compati et est repartie dans plusieurs récits. Elle aussi, en temps que princesse, attisait la convoitise de nombreux hommes avides de pouvoir mais guère amoureux. Au milieu de l'après midi, elle réussit à me faire prêter serment, une première !
-Puisque qu'Aphrodite ne nous à pas encore fait la grâce de nous accorder sa bénédiction, ne lui en voulons pas mais aidons la. Cessons de nous apitoyer, oublions le passé pour ne pas être aveuglé lorsque nous serons face à celui qu'elle nous a destiné. Jurez avec moi de ne plus penser à cette femme indigne d'être citoyenne et à ces vils profiteurs mais de continuer à être nous-même pour celui et celle qui fera notre bonheur...
Je souris et promis d'un hochement de tête. Elle me souris en retour et m'entraîna dans les bois. Là, elle me proposa de vérifié si je tenais ma promesse. Ce fut un jeu que vous appelez aujourd'hui cache-cache qu'elle me proposa. Alors que je détournais les yeux, elle s'enfuit avec tant de légèreté que je peinais à entendre le bruit de ses pas dans les sous bois. Peu après, je me mis à courir pour la trouver. Je sais ce que vous pensez, avec mon pouvoir, cela ne m'aurait pris que quelques secondes pour deviner sa cachette mais c'était bien la première fois que je jouais à un tel jeu et je désirais le remporter à la loyal et de m'amuser, d'oublier Cassandre en me concentrant sur autre chose.
Je mis plusieurs minutes à la trouver. Elle s'était bien dissimulée, tapie au milieu des fourrés mais je la vis. Je m'approchai et elle s'enfuit. Je lui courus après et ne mit que peu de temps à la rattraper. Elle me souris, essoufflée mais ravie et me félicita de si bien tenir ma parole. Je réalisai alors que je n'avais pas pensé à Cassandre depuis au moins une bonne heure pour la première fois depuis que je l'avais maudite. Mieux encore, j'étais heureux, grâce à elle, Coronis, et je me sentis tomber sous son charme trop vite pour que je puisse y échapper.
Elle rentra chez elle tard mais non sans me promettre que nous nous reverrions. Et en effet, plusieurs jours plus tard, je la croisai en ville où je m'étais installé de manière fictive. Puis je la revis encore et encore jusqu'à ce que nos rencontres deviennent régulières, chaque fois plus riche, plus gaie que la fois précédente, et j'étais amoureux. Je voulus lui dire mais j'ignorais comment m'y prendre. Pour elle, je n'étais qu'un petit paysan, « un ver de terre amoureux d'une étoile » pour cité Victor Hugo. Mais je ne pouvais m'imaginer la laisser suivre sa route sans moi, au risque qu'elle ne tombe à son tour amoureuse comme elle l'espérait ou qu'un homme ne sollicite un contrat de mariage. Je la voulais.
Un soir, je l'entraînai dans un sous-bois et commençai à lui faire des avances plus... explicites quant à mes intentions. Elle refusa tout d'abord, avec gentillesse mais fermeté, comme tout femme de bonne famille. Je finis donc par lui révéler qui j'étais et finis par obtenir ce que je désirais.
Je la retrouvais le lendemain avec quelques appréhensions qui furent vite écartées. D'une, elle ne chercha pas à profiter de moi comme Cassandre et d'autre part, elle ne me tins pas rigueur de quoi que ce soit. Elle ne me reprocha rien, ni de lui avoir menti, ni de l'avoir déflorée, ce qui lui aurait porté préjudices si son futur-hypothétique-mari avait précisé dans le contrat de mariage qu'il la voulait vierge. Nous continuâmes à nous fréquenter et très vite, elle tomba enceinte. Je m'emballai.
En même temps, c'est compréhensible, mettez-vous à ma place! J'étais avec une très belle femme d'une infinie tendresse que j'aimais et donc j'avais la certitude qu'elle partageait mes sentiments et un enfant qui arrivait. Je pensai à demander sa main, certain de l'obtenir de son père pour peu que je lui apprenne qui j'étais.
Je l'attendis un matin à notre lieu de rendez-vous, là où je l'avais rencontrée pour la première fois et où je comptais faire ma demande. J'avais composé un chant et même demandé à Héra une bague de fiançailles pour l'occasion, une bague magique de la déesse qui m'assurerait de sa fidélité. Elle était en retard mais je demeurais patient jusqu'à ce qu'un corbeau blanc, oui, les corbeaux en ce temps étaient blancs ne vienne à ma rencontre. Le corbeau était mon animal consacré, j'avais parfaitement fois en lui et j'écoutai, crédule, ses paroles teintes de moquerie.
-Ravale ta fierté tant que tu le peux et cache cette bague. Une fois de plus, l'élue de ton cœur s'est joué de toi. Son cœur ne bat pas pour toi mais pour le mortel Ischys qu'elle enlaçait tout à l'heure. Use de ton pouvoir, maître, et tu sauras que je dis la vérité.
Je ne voulus pas y croire, Coronis était si gentille avec moi ! Mais la trahison de Cassandre me revint en mémoire, plus cuisante que jamais, et je suivis le conseil du corbeau. Comme il me l'avait indiqué, je la vis, les bras autour d'un homme assez beau pour un mortel et la rage bouillonna dans mes veines, me dévorant, consumant ma raison, obscurcissant de la fumée âpre de la colère mon jugement.
Les légendes diffèrent quand à la suite de mon histoire avec Coronis, la voici :
Sans prendre le temps de réfléchir, sans lui accorder le bénéfice du doute, je saisis mon arc et mes flèches, trop honteux et blessé pour confier à ma sœur Artémis la tache de pourfendre l'infidèle à ma place. Je me dirigeai vers la résidence de son père, mon cœur hurlant à la vengeance et je la vis. Dansant dans les champs, visiblement heureuse. Ma rage redoubla, j'armai mon arc et décochai une flèche, une seule. J'étais à cinq cent mètres, mais je savais qu'elle atteindrait sa cible, n'avais-je pas remporté tous les tournois de l'olympe? Je la vis partir au ralenti, mortelle, l'entendis siffler dans le vent, fendre l'air à grande vitesse, tournoyant, filant vers sa cible désignée et ce ne fut que lorsque je compris que rien, désormais, ne pourrait la sauver que le doute me prit. Une sensation désagréable que j'essayai de chasser. On n'enlaçait pas que son amant, les hommes de sa famille aussi, un ami cher...
Elle s'immobilisa, interrompant sa danse et écarquilla les yeux en apercevant la flèche foncer vers elle, trop proche, trop rapide pour pouvoir lui échapper et je croisai son regard une dernière fois. Un regard chocolat traversé par un éclair de douleur avant qu'elle ne s'effondre dans l'herbe, transpercée.
Je restai figé quelques secondes, surpris de mon propre geste, en proie au terribles remords lorsque je compris ce que j'avais fait. J'accourus, prompt à m'excuser, à la guérir et à implorer son pardon à ses genoux mais j'étais si bon archer que la flèche avait transpercé le cœur, ne lui lançant aucune chance. C'était trop tard, même pour moi. Une pensée, un élan de pitié ou de remord, me traversa et avant qu'elle ne rende le dernier souffle, j'arrachai notre enfant, Asclépios que je confiai plus tard à Chiron, de ses entrailles et le mis dans ma cuisse où il pourrait continuer de grandir comme Dionysos l'avait fait dans la cuisse de mon père.
Honteux, je tournai les talons, ne pouvant plus regarder cette femme et mon regret devint plus douloureux encore lorsque j'entendis l'homme de ma vision, l'homme qu'elle avait enlacée, hurler à la mort le décès de sa sœur, sa sœur... Qu'avais-je fait ? Qu'elle folie meurtrière m'avait donc frappé ?
Mon espion de corbeau si dévoué se posa sur une branche près de moi.
-Il semble que je me soit trompé, dit-il simplement. Navré.
Trompé ? Une erreur qui avait coûté la vie à une innocente qui m'avais redonné la joie de vivre, que j'aimais, que j'allais épousé et tout ce qu'il m'offrait était un « navré », alors qu'il m'avait poussé à tuer la femme qui allait devenir mon épouse immortelle. C'en fut trop. Mon pouvoir jaillit sans que je ne puisse le contenir et tous les corbeaux furent dès lors des oiseaux au plumage noir pour que chacun se souvienne qu'ils étaient la cause de la mort de Coronis.
Héra, pour en revenir à elle, aurait du s'interroger sur la raison du changement soudain de la couleur de leurs plumes. Cela lui aurait évité de s'en prendre à papa, qui n'a que très moyennement apprécié de subir ses foudres devant toute l'assemblée Olympienne et qui ne pense qu'à prendre ça revanche. Mais c'est comme ça qu'ils s'aiment... n'est-ce pas ?
Et un nouveau chapitre, un ! J'espère qu'il vous aura plus. A présent, je voudrais vous poser une question qui me trotte dans la tête depuis le début de cette fic mais que Sogna m'a rappelée. Apollon a eu des histoires d'amour avec des garçons. Voulez-vous que je face un ou deux chapitres sur eux ? Pour répondre, review ! Oui ou non ? La majorité l'emporte !
