Uchiha. Ce fut la première pensée qui l'assaillit à ce moment. Le gosse qui avait causé tant de ravages à son village était Uchiha. Orochimaru serra les doigts, crispé. Il ne restait plus qu'à savoir lequel de leurs enfants avait pu commettre une telle erreur. Même, il s'interrogeait sur la pérennité du village. S'il était vérolé par ce clan, nul doute qu'il devait agir. Pas question de passer pour un Hokage laxiste, il fallait agir vite. Mais comment accuser sans aucune preuve tangible ? Minato et lui étaient les deux seuls à pouvoir confirmer que l'homme possédait un Sharingan. Après était-ce assez pour affirmer que l'homme était un Uchiha ? On lui avait tant rabâché les oreilles quant aux capacités de Kakashi et son nouvel œil. Le ninja copieur. Grand bien lui fasse de se surnommer ainsi. Quoi qu'il en fût, il fallait les mettre au moins sous surveillance. Ce qui le priverait une nouvelle fois de personnel de valeur.

Dans son antre souterrain, l'homme réfléchissait profondément. Bientôt le soleil serait haut dans le ciel, et il devrait sortir pour rassurer ses citoyens et rassembler ses troupes. Dans une salle éclairée par des néons brillants, un homme reposait sur une table d'opération. Sur un lit, une perfusion de narcoleptiques accrochée à son bras, Minato Namikaze était plongé dans un profond coma. Orochimaru en était certain, laisser cet homme sous la surface était la meilleure chose à faire. Personne ne saurait jamais la vérité, car de ses mains, il allait remodeler le corps d'un autre pour le rendre identique à celui de son assistant. Avec tout le respect qu'ils avaient pour les tombes de leurs ancêtres, ses imbéciles de proches n'auraient jamais l'idée d'exhumer le corps. Quels éclairs jaunes pouvaient cacher le corps de l'éclair jaune ? A quel point se délecterait-il de la souffrance de son jeune rival ?

L'homme se saisit d'un scalpel. Un vertige le prit tout à coup et il trébucha. Les attaques de Kyuubi ne l'avaient pas laissé indemne non plus. Le coût avait été important en énergie et en sang. Il lui était impératif de se ressourcer. Et ce au plus vite. Pourtant l'opération ne pouvait attendre. Au matin, chacun demanderait où se trouvait le corps de leur héros tombé sous la griffe du démon. Comme d'habitude ce n'était pas l'Hokage que l'on acclamait pour ses actes. N'était-il pas le dernier des trois soldats restés debout ?

_ Orochimaru-Sama ! cria l'un des légistes, allez-vous faire soigner. Nous pouvons commencer l'opération sans votre aide.

_ Oui, après tout, je vous ai formé à cela.

Le scientifique sortit par une des portes de son laboratoire. Dans les galeries souterraines humides, le son de ses pas trouvait un écho inquiétant. Cela le fit sourire. Comme un savant fou, diraient certains ! Mais il n'était pas fou, oh non. C'était là l'excuse de ceux qui ne comprenaient pas son génie. Voilà ce qu'il était : un incompris. Il se sentait faible et vidé. La technique de la mue du serpent dépensait une énergie folle, d'autant plus que la moitié de son corps d'avant s'était volatilisée au contact de l'attaque du démon. Et quelques unes des plaies occasionnées durant la bataille semblaient réticentes à ses techniques de guérison classiques.

Il espéra que Kushina allait bien. Il n'avait revu ni la jeune mère ni son fils depuis la bataille. Peut-être lui en voudrait-elle de leur avoir forcé la main. Si Kushina avait pu résister au Kyuubi, Minato et lui-même auraient pu de nouveau enfermer le démon à l'intérieur de son corps. Quelque chose en lui avait refusé. Quelque chose en lui ne voulait pas qu'elle passe encore par les affres d'une libération du renard. Et puis, c'était l'occasion rêvée pour éloigner le père trop encombrant. Dommage, c'était un assistant compétent. Bah, qu'à cela ne tienne, on trouvait toujours un soldat moins doué que les autres ou handicapé par le combat pour s'acquitter des tâches administratives rébarbatives. Néanmoins il regrettait que le nouveau réceptacle soit le nourrisson. Non pas par sa jeunesse, il trouvait les bébés inintéressants et bien trop fragiles pour supporter des injections. Plutôt parce que justement c'était le fils de la femme qu'il convoitait. Ne pas la faire souffrir avait été son but premier. Mais indirectement, elle revivrait son enfer à travers son enfant.

C'était également une énième vengeance mesquine contre un certain blondinet qui n'en menait pas large !

Il ouvrit la porte. Le métal des lits identiques achevaient de des humaniser l'endroit. Tous ceux qui étaient encore vivants et conscients se trouvaient ici. Les seules autres pièces où ses patients auraient pu se trouver étaient une des salles de tests, le bloc opératoire ou la morgue. De toute manière on trouvait souvent des lits vides : l'espérance de vie des habitants d'ici dépassait rarement une année. Ce fut vers le fond qu'il se dirigea. Là où se trouvaient les rares survivants de Kusa trouvés après la destruction du village de l'herbe par la suite de la dernière guerre mondiale.

Dans la pièce, il n'y avait aucun bruit. De toute façon, que ce soit lui ou un de ses hommes qui pénètre dans la pièce, le silence se faisait. Un silence craintif. La crainte d'être choisi. Il entendait les battements et les souffles irréguliers des individus rassemblés. Leurs soupirs de soulagement lorsqu'il continuait sa route ponctuaient son chemin. Il savait déjà qui il cherchait. Assise sur le lit supérieur, une petite fille aux cheveux rouges le regardait. Elle devait à peine passer la barre des trois ans. Uzumaki Karin qu'elle s'appelait. Et comme tous les membres de cette famille, elle possédait une vitalité hors du commun. Sans même se soucier des larmes qui apparaissaient dans ses yeux, il lui saisit le poignet et la descendit au sol sans ménagement. Dans une salle plus loin, il la dénuda. Passa ses doigts sur des marques de dents qui n'avaient pas fini de cicatriser. Avant de planter les siennes dans son épaule frêle et d'aspirer l'énergie régénérant. La petite tremblait et pleurait, mais il n'en avait cure. Seule comptait son propre rétablissement. Il avait dans la bouche le goût de son sang, et les sanglots étouffés de la gamine titillaient ses oreilles. Elle avait dû comprendre la dernière fois qu'il n'était pas ému par les pleurs. Soudain, le corps frêle s'affaissa et le flot se tarit. Il se dégagea. La fillette avait les yeux ouverts dans le vague et ses pupilles ne dégageaient aucune lumière. Il la déposa dans une des salles de tests. Quelqu'un viendrait la remettre sur pieds.

Une Uzumaki… Même s'il eut été difficile de justifier son apparition au village, il aurait du se rappeler son existence. Dans l'urgence il avait jeté son dévolu sur l'enfant de l'élue de son cœur. Après mûre réflexion, il aurait mieux fait d'utiliser celle-là. Il ferait attention dorénavant. Il était trop dangereux de transférer Kyuubi no Yôko sans atteindre à la vie du poupon. Mais au cas où, il préférait avoir un futur réceptacle prêt à accueillir le Bijuu. Cette enfant serait donc traitée avec plus d'égards. Les êtres qui avaient été récompensé de cette manière lui vouaient généralement un attachement profond. Il espéra que ce serait le cas pour elle aussi. Un reconditionnement mental était plus que coûteux en temps et en cobayes. Et perdre son temps lui était déplaisant.

Lorsqu'il revint vers le corps de Minato Namikaze, il fut satisfait de la performance de ses médecins. Leur patient correspondait parfaitement à l'original. Ils avaient poussé la ressemblance à un point bien supérieur à ses attentes. Vêtu de la tenue de cérémonie du soldat, il fit emporter « Minato » vers les services mortuaires de la ville. On veillerait évidemment à ne laisser aucun embaumeur s'approcher du corps. Celui-ci bougea. Ah oui ! Il avait spécialement commandé quelqu'un de vivant pour recréer les mêmes cicatrices que sur l'original. Cela s'annonçait amusant.

_ Je… J'ai mal ! gémit-il. Où suis-je ?

La voix était trop grave et rocailleuse. Elle ne convenait pas. Orochimaru serra les dents. Les cris de cet homme ne le satisferaient pas. Mais autant avoir en mémoire le souvenir de torturer son rival. Quant au réel personnage… Il veillerait à le garder en vie lui aussi. Du moins, à le garder parmi eux. Pas tout à fait vivant, et pourtant jamais parvenu jusqu'à l'autre rive. Dire qu'il avait eu un enfant de sa dulcinée ! Maudit soit son visage d'ange blond. Il enfonça avec délice une lame dans le bras de sa victime. Ils devraient faire attention à ne pas trop l'abimer. De tels vêtements mortuaires étaient difficiles à trouver…

Un an s'écoula rapidement depuis les évènements avec Kyuubi. Le deuil porté par Kushina s'acheva sans qu'on s'en aperçoive vraiment. Elle était toujours aussi joyeuse qu'auparavant, mais ses amis auraient pu bavasser des heures sur cette lueur qui disparaissait parfois lorsque la jeune femme posait son regard sur son fils. Elle ne manquait de rien. Quiconque la croisait pouvait l'entendre louer la mansuétude de leur dirigeant. Elle ne tarissait pas d'éloges la générosité d'Orochimaru. Selon ses dires, il avait été très attaché à son mari et au travail qu'il avait fourni durant leurs quelques mois de collaborations. Il se sentait responsable de la mort de son mari, et remboursait cette dette d'une manière très charitable.

_ Si je n'avais tant confiance dans ce que tu me dis, on croirait qu'il te fait la cour, avouait Uchiha Mikoto qui avait un fils du même âge que le sien.

_ Qu'est ce que tu vas m'inventer encore ? riait la rousse pour seule réponse.

_ Tu as raison, notre Hokage est quelqu'un de très bien. Je ne comprends pas pourquoi mon mari se monte autant la tête avec lui, se moquait le brune.

_ Minato aussi était comme ça, toujours à dire : « Ne vas pas discuter avec lui seule dans son bureau, je n'aime pas ça. » Il me manque, tu sais… Mais j'ai décidé d'être forte, pour notre fils.

_ D'ailleurs j'ai entendu des gens parler de vous… Ils pensent que vous êtes des monstres. Ils vous reprochent l'attaque du village par Kyuubi.

_ Bah, tant que ce n'est pas ta famille qui le pense… !

L'honneur d'Uzumaki Naruto était bien la dernière des préoccupations de l'Hokage actuel. Au début, il avait prêté attention à tous ces dires sur la femme qu'il aimait. Il n'avait rien fait pour les sauver. Kushina avait le dos solide, elle saurait résister et protéger son enfant des paroles des ineptes. Tout ce qu'il se contentait de faire, était d'attendre et de rester à proximité. De jouer les amis de la famille prévenants. Cela ne l'ennuyait guère, et le distrayait de ses sombres pensées. Mais pour quelques heures passées avec Kushina, il devait aussi en passer d'autres avec les familles éplorées de la ville. Les gosses... A croire que ceux-ci étaient dotés d'un sixième sens. La moitié se mettait à pleurer et à ruer dans les berceaux lorsqu'il venait leur offrir quelque chose avec le sourire. Ce qui le mena à s'interroger sur ce point. Savait-il paraître un homme bon devant les autres ? Aurait-il eu quelqu'un qui l'aimait, il lui aurait souri, juste pour se rassurer. Malheureusement, c'était lui qui aimait. Aucune femme n'avait jamais eu pour lui un sentiment d'amour pur et désintéressé. Les seules aventures qu'il avait eues s'étaient révélées décevantes. Amatrices d'argent, conquêtes d'une nuit, voire espionnes ennemies, elle avait tous en commun ce quelque chose : elles n'étaient pas Kushina.

D'autres qui réussissaient bien sur le plan physique, c'étaient les nobles de la ville. Il s'était appliqué à paraître un politique souriant, eux n'en prenaient même pas la peine. Ils avaient une sorte de prestance qui les suivait partout. Il finit par comprendre que ce n'était pas l'expression faciale (par ailleurs inexistante) qu'ils affichaient qui était la cause de tout cet enthousiasme. C'était leurs yeux. Des deux familles les plus en vue du village, on en retenait les Uchiha et les Hyuuga. Et tous deux étaient dotés de Dôjutsu. Sa nouvelle lubie résida donc dans le fait d'en étudier les causes et les effets. Il y pensait tous les jours, cherchant à savoir qui parmi les deux clans était le plus à même de lui apporter quelque chose au niveau expérimental. Et pour cela, il devait fournir un réel effort imaginatif. Non seulement les données archivées étaient vagues, délibérément incomplètes, ou dissimulées à un néophyte comme lui (Enfin quoi il était l'Hokage tout de même, ils pouvaient faire un effort !). Ainsi se trouvait-il bloqué dans ses recherches. Et puis… les gens commençaient à s'interroger. Les disparitions mystérieuses rendaient tout le monde méfiant. Enlever un membre d'une famille noble avait un côté très ardu.

Cependant, il décida de se fonder une idée de la qualité de leurs pupilles par la rareté. Et par rareté il entendait bien évidemment le génie et l'habileté. Leurs yeux étaient une arme comme une autre dont ils devaient assurer l'entretien, entrainer et aiguiser pour chaque bataille en préparation. C'est ainsi qu'il dédaigna le Byakugan au profit du Sharingan. Parce que ce dernier était tout ce qu'il désirait. Un œil capable d'analyser toutes les attaques de type Taijutsu et Ninjutsu, de prévoir leur zone d'effet et également de les copier instantanément. D'une simple vision, le corps du porteur était capable de reproduire l'attaque, si celle-ci se trouvait dans la limite de ses capacités physiques et s'il ne s'agissait pas d'un don héréditaire. De plus cette pupille était à l'origine de Genjutsu puissants et pouvait ignorer une illusion ennemie. Enfin ils étaient capables de détecter à la couleur les flux de chakra. Que valait contre ces yeux divins une vision à trois cent soixante degrés ?

Il lui fallait ces yeux. Et il savait de qui il désirait les prendre. De cet adolescent qui s'était joué d'eux et pris le contrôle du démon renard, causant de terribles dégâts à la ville. Orochimaru en était persuadé : le morveux devait se cacher parmi les siens. Il ne tenait qu'à lui de le débusquer et de lui faire la peau. Non, mieux. Il allait prendre le contrôle de son corps et de son esprit et les faire siens. Oui, c'était la solution à tous ses problèmes. Dans une nouvelle enveloppe charnelle, il pourrait faire ce que bon lui semblait. Il serait plus jeune, plus fort, presque immortel. Avec ces yeux qui copient les techniques et le temps infini qui s'offrait à lui, il pourrait accomplir son but et posséder toutes les techniques existantes.

Resterait Kushina. Non, ce n'était pas le problème, il trouverait le moyen de la garder jeune, belle et enjouée à ses côtés. Pour l'éternité.

Dans ses laboratoires, il avait commencé à trouver quelques personnes de valeur. Hormis Uzumaki Karin, il était parvenu à assembler une dizaine d'enfants qui sortaient du lot. Tout d'abord Jûgo le bipolaire qui lui avait permis de développer des techniques intéressantes comme la marque maudite. Il le gardait enfermé bien caché. Ensuite Kimimaro, dont le talent héréditaire était plus que prometteur, malheureusement une maladie le gagnait depuis peu. Le scientifique espérait qu'elle serait bénigne. Ensuite Kidomaru, avec lequel il avait atteint un niveau de perfectionnement dans les mutations des cellules humaines. Et il avait prouvé à quel point les arachnides et les êtres humains étaient proches génétiquement. Quel dommage que ses essais pour utiliser les cellules du premier Hokage se soient montré si hermétiques. Il paraissait que Tenzo, le gamin qu'il avait ramené du charnier du Pont Kannabi résistait mieux que les autres. Les derniers enfants intéressants étaient les jumeaux Sakon et Ukon dont les corps fusionnaient. Peut-être que résister ensemble leur offrait une plus grande protection ? Il ne savait pas. Orochimaru n'avait jamais rien compris à ces histoires d'amour fraternel. D'une part il n'avait pas de famille. D'autre part ce rapprochement physique et sentimental entre deux personnes était totalement éloigné de ses convictions émotionnelles.

Mais aussi intéressants qu'ils fussent, l'homme sentait qu'il s'ennuyait d'eux. Il avait trouvé quelques perles exceptionnelles. Mais aucun d'eux n'aurait jamais la vocation de devenir un jour son associé. Lui-même était convaincu du bien fondé des actions qu'il menait, comme l'étaient ceux qui suivaient ses enseignements. Mais de ceux qui restaient bien peu le faisaient de bon cœur. La plupart s'exécutaient parce qu'il les payait grassement sur les caisses de la nation. D'autres encore pour des raisons inavouables cachées au fond de leur cœur. D'aucun de ses subalternes n'émergeait de sentiment de travail bien fait, ou une passion quelconque pour la recherche et la science. Et les enfants qu'il élevait dans l'optique d'une organisation idéale de ninjas, plus fiables et plus efficaces que cette ennuyante Racine, aucun de ces enfants ne ressentaient une quelconque attirance pour la science. Si Karin était intelligente et désireuse d'apprendre, la seule vue d'un scalpel la faisait frémir. Jûgo était trop instable par nature, et Kimimaro devait souvent se trouver à ses côtés afin de prévenir ces crises de démence. Tenzo le détestait viscéralement, ses yeux effrontés le fixaient avec une envie de le tuer qui l'amusaient à force d'être pitoyable. Quant aux jumeaux et à Kidomaru, ils étaient bien assez grands pour comprendre les rouages de ce monde, et venir réclamer le pouvoir auprès de ceux qui en possédaient. Quant à Anko, la pauvre Anko, qu'il s'était fourvoyé ! Maintenant qu'il avait ses nouveaux petits amis, qu'avait-elle de si intéressant ? Elle quittait l'enfance pour devenir une femme. Elle n'avait plus besoin de reposer sur lui désormais.

Orochimaru était constamment fatigué. On le lui répétait souvent. Il pensait à trop de choses. Il pensait au bien être de sa cité. Il pensait à cet Uchiha de malheur qu'il n'avait su débusquer. Il pensait à ces enfants qu'il entrainait en secret. Il pensait à la femme qu'il aimait. Il pensait à trouver sa perle rare. Quelle plaisir cela serait. Donner à réfléchir à un autre, se laisser bercer par les bonnes idées un temps, leur donner forme comme dans un rêve, pour enfin la réaliser. Cette vie serait idéale. Et combien plus réjouissante avec un esprit similaire, qui partagerait les mêmes idéaux. Il était trop en avance pour son temps, se disait-il souvent. Les valeurs archaïsantes prônées par cette société depuis trop de temps le ralentissaient, l'étouffaient. Il fallait toujours peser ses mots, toujours contourner l'idée pour qu'on ne l'évoque pas de but en blanc, qu'elle émerveille plutôt que choque son interlocuteur.

Un jour un de ses soldats rentra de mission. A l'état de ses vêtements, il devinait la gravité des blessures de son subalterne. Et pourtant il avait été soigné. Par qui ? Non par des membres de l'équipe médicale de la ville, mais par les enfants d'un orphelinat financé par la Racine de Danzô. Orochimaru observa la chair rose, comme neuve du ninja. Un espoir naquit en lui. Peut-être que…

Il s'appelait Yakushi Kabuto. Portait des lunettes rondes. Un petit génie qui se dissimulait derrières d'épaisses lentilles de verre. A cet âge là, il savait maîtriser la plupart des techniques de soin. Quelque part dans la tête du Yondaime quelque chose s'était mise en place. Un enfant, chétif. Que l'on pouvait d'ors et déjà inscrire à l'Académie de ninja. Bien évidemment avec les autres personnes qui occupaient cet orphelinat qui l'avait élevé jusque là. Oui, la lueur dans les yeux de ce garçon ne le trompait pas. Calculatrice, froide, et fidèle à ses pensées. Sous ce crâne se trouvaient les graines qu'il désirait faire fleurir.

Il décida de se servir de ses talents immédiatement. De lui apprendre la vie. A la dure.

_ J'ai une mission à te confier, Kabuto.

_ Une mission ? Mais je n'ai même pas obtenu mon diplôme…

_ Je vais t'aider à devenir un meilleur ninja. Je vais te former moi-même.

_ Mais vous avez déjà une élève, Hokage-Sama. Elle a dit aussi que si je continuais de me croire votre protégé, elle me le ferait regretter.

_ Allons, Kabuto. Toi comme moi, nous savons comment sont les femmes.

_ Je l'ignore, je n'ai que neuf ans…

_ C'est vrai, parfois je tends à l'oublier… Quoi qu'il en soit j'ai besoin que tu me rendes un service.

_ C'est un service ou une mission. L'un implique du bénévolat ou une dette à rembourser, et l'autre un paiement établi en fonction d'un contrat.

Oui, il devait le reconnaître, le petit était plus que perspicace. Il était d'un méticuleux… Il n'oubliait jamais la parole qui avait été dite en sa présence. Et il savait ne pas se faire remarquer. Il serait parfait.

_ Je veux que tu deviennes ami avec quelqu'un. J'ai vu que tu ne t'étais guère lié depuis que tu as été intégré à ta nouvelle classe.

_ Mais je m'y ennuie ! Les cours ne m'apprennent rien, et les autres élèves sont si bêtes.

_ Mais ce n'est pas quelqu'un de ta classe. Et on en dit le plus grand bien. Je suis certain que vous pourrez vous entendre.

_ Qui est-ce ?

_ Uchiha Itachi, il a deux ans de moins que toi. Tu dois devenir son ami, son intime. Une fois cela fait, j'ai besoin de toutes les informations que tu pourras trouver sur le Clan Uchiha. C'est bien compris ?

_ Hai, Yondaime Hokage-Sama.

Orochimaru avait eu toutes les meilleures raisons du monde à s'intéresser à l'héritier du clan Uchiha. A sept ans, il venait de devenir Genin, il avait donc terminé sa formation à l'Académie en moins d'un an, contre six qui semblaient la norme dans l'état actuel des choses. Ce village recelait de bien plus de talents qu'il ne l'avait envisagé. Uchiha Itachi. On disait qu'il était même parvenu à activer son Sharingan à un âge aussi jeune. Un génie. Quel dommage qu'il ne l'ait eu plus tôt entre les mains. Grâce à lui, ses progrès auraient été bien plus significatifs. De toute manière, Uchiha Fugaku se méfiait de lui pour des raisons qu'il ignorait.

Peu importait. Avec son futur bras droit près à le seconder dans le futur, et ce futur réceptacle qui venait de se révéler, Orochimaru n'avait aucun doute sur le futur à venir.

Il n'avait pas prévu les conséquences de l'enlèvement d'Hinata Hyuuga, la jeune héritière de la sôke.