Voici le troisième chapitre !
Annie : Désolée de n'avoir pu te répondre avant mais un problème lié à l'affichage des commentaires est survenu. Je suis contente que le premier chapitre t'ait conquise bien qu'il s'agisse d'une description. Peut être sera tu là pour découvrir ce chapitre !
Manon : Merci pour tes encouragements ! Je pense que le problème au sujet des commentaires est enfin réglé, bien que ta première review ne s'affiche pas. Voici la suite, j'espère que tu aimeras !
Nouméa : Heureuse que l'histoire te plaise ! Quand je disais que j'avais changé la trame initiale, je pensais au fait que mon histoire se déroule après la guerre. J'aurais pu garder la même histoire que les 7 livres, puis faire ma petite invention juste en gardant Severus en vie. Mais tu verras que j'ai encore plein de surprises ! J'espère corriger ma redondance, et je te remercie pour tes remarques constructives. La suite, elle est tout de suite !
Chapitre 3 : Mortelle rébellion
Près de Poudlard, et pourtant si loin, ne règne en aucun cas l'agitation presque fébrile des êtres de la surface. Dans les entrailles d'un saule cogneur centenaire et pourtant encore violent, après les détours tortueux de galeries sombres et exigües, dans une cabane cachée et délabrée qui autrefois abritait une créature hurlante, se tient Lord Voldemort. Autrefois connu sous le nom de Tom Jedusor.
Mais il ne reste plus rien d'humain en cette incarnation terrible venue du plus effrayant des cauchemars. Un visage blafard emprunté à un reptile, dépourvu de nez, de sourcils ou de cheveux, mais serti de deux yeux rouges infernaux. Drapé dans une étoffe aussi noire que son âme, son corps squelettique et ses mains aux longs doigts blanchâtres peuvent susciter l'effroi en n'importe quel homme.
Mais voilà, l'homme qui se tient en face du Seigneur des Ténèbres n'est pas n'importe quel homme. Severus Rogue, directeur de Poudlard, anciennement Maitre des potions, Serpentard endurci et assassin d'Albus Dumbledore, se tient droit et n'arbore sur son visage aucune émotion, comme à son habitude.
Le temps s'écoule atrocement lentement, et chaque seconde est marquée de cette attente. Lord Voldemort, pensif, roule sa baguette, la baguette de sureau, la plus puissante au monde, entre ses doigts pareils à des araignées. Quand il prend la parole, c'est dans un sifflement inquiétant pareil au murmure d'un serpent :
«Ssseverusss, sssais tu pourquoi je t'ai rappelé, en plein cœur de la bataille, alors même que notre victoire est désormais asssurée ? »
Impassible, Rogue ne semble en aucun cas prêter importance aux propos de son Maitre. Mais il répond pourtant, d'une voix basse et mesurée. Mais en y prêtant attention, on peut distinguer dans ses yeux couleur charbon une nuance d'urgence.
« Je ne sais pas, maitre. Mais laissez moi y retourner, laissez moi vous livrer Potter. Je sais que je peux le capturer. Laissez-moi être le serviteur qui vous mènera le garçon pour que vous puissiez enfin le mettre à mort. »
« Ssseverusss, tu ne comprends pas plusss que Luciusss ce gamin. Je sssais qu'il va me venir de lui-même, sssans même que je n'ai besoin de le rechercher. Vois tu, il ne sssuportera pas de voir ssses amis tombaient un à un. Il préférera, en brave et idiot petit Gryffondor, ssse sssacrifiait pour sssauver ccceux qu'il aime. »
Tout le dégoût et le mépris du Seigneur des Ténèbres pour Harry Potter et le sentiment d'amour sont perceptibles, et pratiquement palpables dans le dernier mot.
« Maitre, nombre de personnes sont mortes pour Potter. Et en dépit de cela, il a toujours continué à vous défier. Et désormais qu'il caresse l'espoir de vous battre, et quel vain espoir, il ne s'arrêtera pas. Il est arrogant et égoïste, il ne se mènera pas à la mort pour les autres. Et cela je puis vous l'assurer, mon maitre »
D'un sourire torve, presque pervers, Voldemort semble déjà imaginer la torture et la mise à mort de son ennemi éternel.
« Oh mais vois tu Ssseverusss, même sss'il est peut-être capable de sssupporter la mort de sssimples connaisssanccces, il voudra plusss que tout sssauver la vie de sssa meilleure amie. »
Il s'arrête un instant, alors que Severus hausse les sourcils de surprise. Puis en un geste impatient, il murmure d'un ton inquiétant plein de mépris :
« Antonin, amène la sssang de bourbe. »
Dans la pièce voisine, on entend des pas qui résonnent sur le parquet vieilli, puis des bruits de lutte et des halètements soudains. La porte s'ouvre lentement, comme retenue par des fils invisibles, et laisse apparaitre Antonin Dolohov qui jette avec force devant lui un amas de guenilles. Mais il ne s'agit pas seulement de vieilles hardes usées que pourraient donner un maitre cruel à son elfe de maison, mais d'une jeune femme.
Elle s'est étalée sur le sol, le ventre contre terre. Elle essaie avec bravoure de se relever, mais elle n'a tout simplement plus de force. Pour ceux qui l'ont connue avant « ÇA », la différence est frappante. Et douloureusement frappante. Ses bras et ses jambes, que laissent voir une chemise ample et un pantalon ocre totalement en lambeaux, sont d'une maigreur atroce. Sa peau est sale, noircie comme si elle était maculée de charbon.
Mais ce n'est pas le plus choquant sur cette peau : de longues balafres blanchâtres ou rosées et d'hématomes noirs gros comme le poing ornent le derme délicat, d'une pâleur mortelle. Elle n'a pas vu la lumière du soleil depuis près de quatre mois.
Ses ongles sont pour la plupart arrachés presque à la base, et du sang rougit ses phalanges. Son poignet est ceint d'un large bracelet de cuir brodé de perles et munis d'une sorte de montre à gousset, et cette petite coquetterie semble en désaccord total avec la misère de sa silhouette.
Mais dans un gémissement qu'elle tente coûte que coûte de réprimer, elle se soulève jusqu'à se trouver à genoux devant Voldemort, qui s'est tourné de moitié vers elle. Sa tête est toujours baissée, son visage caché par un fouillis de cheveux sales et enchevêtrés en de multiples nœuds.
Elle sent les regards des trois hommes posés sur sa nuque et en un geste de provocation, puisqu'il ne lui reste que cela, elle relève bravement la tête.
Severus, qui ne l'a pas lâché du regard depuis son entrée dans la pièce poussiéreuse, ne l'aurait pas reconnue si son maitre n'avait pas annoncé sa venue. La meilleure amie d'Harry Potter, la sang de bourbe… Il ne peut s'agir que de Granger. D'Hermione Granger.
Mais il a tout de même du mal à la reconnaitre. Ses joues sont creuses et sa peau terne, du sang séché macule son front et le coté gauche de son visage. D'ailleurs son œil droit est injecté de sang.
Mais c'est dans ses yeux que le directeur de Poudlard reconnaît enfin son ancienne élève. Dans ses yeux noisette aux reflets ambrés de whisky, la détermination et le courage semblent y avoir été distillés.
Le menton haut, elle contemple le monstre qui a fait de sa vie un enfer avec tout le dégout qu'il lui inspire. Elle n'a plus peur, plus maintenant. Il faut avoir conscience des risques pour avoir peur. Ce n'est plus son cas.
« Mais cccette sssale sssang de bourbe n'est pas encore détruite, on dirait. Eh moi qui croyais que quatre mois de tortures par tous mes Mangemorts sssuffirait à clouer le bec à cccette absssurdité de la nature. Mais on n'est jamais mieux ssservi que par sssoi-même après tout. Endoloris ! »
D'un seul coup, le corps d'Hermione retombe à terre, agité de soubresauts incontrôlables. Ses mains, attachées par une lourde chaine qui entaille ses poignets, elle les serre contre sa poitrine dans un geste de réconfort. Pas un son ne sort de ses lèvres hermétiquement pressées l'une contre l'autre.
Voldemort, voulant entendre ses gémissements, fait durer la torture durant de longues minutes, amplifiant la douleur jusqu'à l'humainement insupportable. Mais elle ne lâche toujours pas un mot.
Il met alors fin au sort, les yeux baissés vers la forme misérable qui s'est repliée en position fœtale à ses pieds. Elle ferme ses yeux fermement, un liseré de larmes salines scintillant dans ses cils, alors que sa mâchoire s'entrouvre légèrement pour expirer un souffle court.
Souriant de nouveau, aucunement déstabilisé, Voldemort reprend :
« Il est vrai que les parasites sssont réellement difficcciles à éliminer… Mais tu as de la chance, sssang de bourbe. Tu as la chanccce que le grand Lord Voldemort ait besoin de toi, en vie. Sssans quoi tu ssserais déjà morte et dévorée par Fenrir Greyback. Mais tu ssseras la première à mourir quand j'aurais tué Potter. En attendant, je vais te faire voir ccce que tu es, sssale immondiccce. Antonin, donne à cette catin le châtiment moldu qu'elle mérite, elle qui a la félonie de se prétendre sorcière.
S'approchant doucement, Dolohov répond :
« C'est un honneur, maitre, de vous servir. »
Hermione se crispe à cette directive, mais déjà le seigneur des Ténèbres s'est détourné pour faire face complètement à Rogue, dédaignant les deux autres.
« Tu te sssouviens Ssseverusss, de la nuit au Manoir Malefoy où Potter et le traitre à ssson sssang Weasley ssse sssont échappés alors même qu'ils étaient entièrement dans nos griffes. J'ai puni sssévèrement les persssonnes présentes ce jour là. Mais Bella a tout de même réussi à garder cette… chose. Elle ne mérite même pas la magie qui coule dans ses veines et je… »
Malgré le danger que cela représente, pour la première fois de sa vie Severus n'écoute que d'une oreille distraite son Maitre. Ses yeux restent posés un peu au dessus de son épaule droite, et on ne peut remarquer que toute son attention est focalisée sur la jeune femme.
Elle hurle désormais en longs cris stridents, interrompus seulement par des gémissements misérables, des sanglots étouffés et des borborygmes inquiétants. Elle ne le voit pas. Lui ne la quitte pas des yeux.
Alors que Dolohov la roue de coups de poings et de coups de pieds, la fouettant et pressant son cou tour à tour. Alors que ses os craquent et que ses muscles se déchirent. Elle tente de lutter mais, trop affaiblie, ne peut que subir.
Se réjouissant des hurlements mélodieux qui résonnent à ses oreilles, Voldemort n'a pas vu l'égarement de Severus. Mais il perçoit les pas précipités qui s'avancent vers la pièce principale de la maison délabrée.
Une inspiration profonde, les yeux fermés, lui révèle qui est l'intrus : Greyback. En effet, celui-ci pénètre à toute vitesse dans la pièce quelques secondes plus tard, par la porte où sont entrés Hermione et Dolohov.
Visiblement essoufflé et paniqué, il ne prend même pas la peine de saluer son maitre ou de s'excuser. Grave erreur.
Sans besoin de se justifier, Voldemort utilise l'impardonnable de torture sur Greyback, qui se met aussitôt à hurler. Ses hurlements remplacent ceux d'Hermione puisque Dolohov a cessé ses violences quand le loup garou a fait irruption dans la pièce. Il regarde l'effrayant spectacle d'un camarade à l'agonie sous la torture de leur maitre, sa main maintenant étroitement la tête de la captive en arrière par sa chevelure.
C'est seulement après plusieurs minutes que cela cesse. Hermione n'a jamais souhaité la douleur des autres, même lorsqu'il s'agissait de personnes mauvaises. Mais ça c'était avant. Maintenant, elle savoure les hurlements du mangemort comme si elle écoutait Les Variations Goldberg de Bach.
« Et bien, Fenrir, bonsssoir à toi aussi. Mais dis-moi, petit mangemort, pourquoi as-tu fui ton possste en plein milieu des combats ? » reprend nonchalamment le Seigneur, comme si rien ne était passé.
Encore à genoux et haletant, Greyback s'empresse de répondre, peu désireux d'encore endurer une séance de doloris :
« Mon Seigneur, nous avons eu une confrontation avec Potter. Il était protégé mais à porté de vue. Vous m'avez ordonné de parler de la situation de la prisonnière dès que possible à Potter. Et c'est ce que j'ai fait. Mais voilà, avec les événements du Manoir Malefoy, aucun de ces idiots ne veux de la sang de bourbe. Nous pourrions leur offrir cette carcasse vivante qu'ils n'en voudraient même pas, maitre. Toutefois, j'ai une bonne nouvelle maitre : le dernier des Weasley, ces traitres à leur sang, a été capturé. Il fera une monnaie d'échange bien plus précieuse que…. Cette chose !»
Les paroles du loup-garou ordonnent un grand silence dans la pièce. L'air semble s'être rafraichi de plusieurs degrés.
« Vous mentez, Harry ne ferait jamais ça. Il ne doit pas échanger sa vie contre la mienne qui est d'importance négligeable face à la sienne, mais s'il pouvait me sauver, il le ferait ! Vous… vous n'êtes qu'un sale menteur ! Ronald et Harry sont mes frères, il ne m'aurait jamais abandonné s'ils avaient pu faire autrement. Ronald fera comme moi : aucun de nous deux ne sauvera sa vie au détriment de celle d'Harry ! Vous… aïe ! » s'indigne Hermione, avant qu'un coup sec de Dolohov dans ses cheveux ne la fasse taire.
Les trois hommes autour d'elle la regardent avec un sourire indéchiffrable, et elle sent le doute s'immiscer en elle. « Non, non Hermione, tu ne dois pas douter ! Ils t'aiment, autant que toi tu les aimes, et ils ne feraient jamais ça ! » se répète comme un mantra Hermione.
Voldemort se retourne vers elle, amusé du désespoir qu'il sent venir chez Hermione. Elle a résisté à des mois de captivité pour se désagréger quand elle apprend que ses « petits amis » l'ont abandonné. Pitoyable. Pitoyable mais prévisible. l
« Comme cccela tu ignores comment nous avons pu te capturer ? Mais je vais m'empressser de te raconter, avant que tu ne trouves la mort c'est la moindre des choses… Tu n'es après tout plus d'aucune utilité à présent. Vois tu, un petit ssstratagème tout à fait habile de Bellatrix a fait croire à tes amis que tu les avais peut être trahis. Et de toi, leur amie de toujours ou de Bella, ils ont cru ma mangemort. Parccce que tu n'es rien pour eux. Parccce qu'ils n'ont pas confianccce en toi. Resssens tu enfin que tu n'es qu'une moins que rien ?
« Je ne vous crois pas… » murmure dans un sanglot Hermione.
« A ta convenanccce. Antonin, Fenrir, dehors ! J'ai d'autres plans pour Ssseverusss et la fille.
Les deux hommes sortent, dans un bruissement de capes. Seuls, la tension semble encore plus lourde entre les trois protagonistes. Tranquillement, Voldemort conjure un grand siège au centre de la pièce, sur lequel il s'assoit. Désormais, il est un peu en retrait alors que Severus n'est qu'à quelques mètres d'Hermione.
« Tu as aujourd'hui le pouvoir de me montrer ton renouveau, Ssseverusss. J'ai confianccce en toi, tu as tué Dumbledore et m'as montré ta loyauté sans faille. Mais à présent, je veux sssavoir sssi tu consssidères les sssangs de bourbe comme ccce qu'ils sssont : de la vermine ! Il y a vingt tu étais venu me sssupplier d'épargner une de ce genre maudit. Quel était ssson nom déjà ? »
Severus se retient difficilement de fermer ses poings alors qu'Hermione se fait observatrice de l'interaction. Elle va mourir, elle en est sûre à présent. Tout ça pour mourir. De la main de Severus Rogue.
Inconscient de tout cela, le seigneur de la mort penche sa tête reptilienne sur une épaule osseuse tout en susurrant :
« Tue-la. »
Severus sent un filet de sueur froide couler le long de son dos. Pas ça, il ne peut se voir demander de faire ça. Pas elle. Pas la fille de la prophétie… Le monde a besoin d'elle…
Et puis l'ordre est de la tuer avec un avada kedavra… S'il obéit, il condamne le monde magique. S'il refuse, c'est Voldemort qui va mettre à mort Granger.
Mais comme à tous les nés moldus, il lui lancera un sort de blessure qui va entrainer sa mort des heures plus tard. Elle souffrira mais pourra être secourue par quiconque s'aventurera ici.
Severus rouvre les yeux, inconscients de les avoir fermés. C'est bien la première fois en vingt ans qu'il perd le contrôle de son corps. Sa décision est prise et il occulte, peut être consciemment, ce qu'elle signifie pour sa propre vie.
Il pose son regard onyx sur le visage émacié de Granger, qui l'observe sous ses longs cils bruns. Il lit dans son regard l'acceptation, la compréhension et la considération.
« Attendez une minute ! De la considération ? Pour lui ! Elle ne peut pas ressentir ça pour lui… A moins que… Non, ça ne se peut ! Comment aurait elle su de toutes façons ? » réfléchit précipitamment Severus.
Il redirige son regard vers celui à qui il a dévoué sa vie, à qui il a vendu son âme. Celui qui a tué l'unique amour de sa vie, sa Lily. Dans l'attente, le regard du Seigneur s'est fait meurtrier.
« Je ne peux pas » articule t'il, et les mots sortent avec plus de facilité qu'il ne l'aurait cru.
« Tu es un être faible, Rogue. Et moi qui caresssait l'espoir que tes dévianccces passsées auraient enfin disparu. Irrécupérable… Il n'y pas de place auprès de moi pour les faibles, Rogue. Prépare-toi à mourir… »
Le Lord Noir lève sa baguette, et Severus ne fait aucun geste de défense. C'est fini. Lui va enfin rejoindre la femme qui a emporté son cœur dans la tombe et ce monde irrécupérable rempli d'imbéciles va pouvoir vivre. Sans lui. Mais ça ne le dérange pas. Il souhaite la mort à présent.
« Ssserpent sssortia » annonce la voix désincarnée de Voldemort.
Par ce sort, il appelle son familier reptilien Nagini. Le lourd serpent ondule sur le sol, promesse de mort aussi effrayante que son Maitre.
En un instant, Severus se rend compte que tout est perdu. Ils vont être tué tous les deux en quelques secondes par le serpent, et l'élue de la prophétie ne pourra jamais accomplir la destinée…
« Que croyais tu, que j'allais atténuer tes souffranccces peut être ? » lâche t'il dans un rire dépourvu de toute joie.
Il se relève du trône qui disparaît et tourne les talons. Un mouvement vif, une plaie grave apparait sur le cou de Rogue. Un deuxième geste tout aussi fulgurant, celui d'Hermione se fend à son tour d'une balafre similaire. Ils tombent tous les deux contre le mur délabré, côte à côte, leur flanc se touchant. Alors que Voldemort s'immobilise dans l'embrasure de la porte, il ordonne au serpent rassemblé sur ses anneaux, dans un fourchelang angoissant :
« Tue ».
Une morsure, et un flot de sang se répand alors que Severus lâche un borborygme incompréhensible. Une deuxième morsure, et Hermione ferme ses yeux de choc et de douleur, et laisse échapper un cri plaintif.
On entend distinctement un « pop » sonore, et le transplanage emporte loin d'ici les deux êtres serpents et meurtriers.
Elle est consciente, mais tout juste. Elle sent son propre sang se répandre sur sa poitrine et entend la respiration hachée de Rogue à côté d'elle.
Elle doit faire vite, elle n'a pas beaucoup de temps.
Elle ramène son bras droit vers elle laborieusement, et saisi son bracelet. Elle tâtonne un moment mais parvient à appuyer sur le bouton qui permet l'ouverture de la montre à gousset. Celle-ci s'ouvre, non pas sur une horloge, mais sur un trou noir semblable à un puit sans fond.
Elle place son autre main sur l'orifice et balbutie :
« Ac… cio bé… zo… ard. »
Les deux petites pierres noires, produites dans l'estomac d'une chèvre, s'élèvent docilement du trou pour venir se poser dans la main d'Hermione.
Celle-ci en enfourne une au fond de sa gorge, tentant tant bien que mal de l'avaler. Y parvenant, elle se tourne de moitié vers son ancien maitre des potions pour lui appliquer le même traitement.
Mais celui semble s'être déjà assoupi. Elle lui entrouvre les lèvres de ses doigts et y glisse la perle d'antipoison. Hermione lui tient fermement la partie de sa gorge intacte et maintient sa bouche close pour éviter un quelconque réflexe laryngien et donc l'expulsion du bézoard.
Il avale instinctivement et la prisonnière soupire de soulagement.
Mais seulement temporairement. L'empoisonnement est conjuré mais pas la perte de sang. Elle attire à elle un flacon d'essence de dictame, conservé comme tant d'autres choses dans son sac métamorphosé en bracelet.
Sa vision se trouble, des points noirs et blancs semblent danser juste devant ses yeux. La douleur la fait haleter, les vertiges lui donnent la nausée. Un bruit sourd et obsédant se répercute dans son crâne alors qu'une fatigue insurmontable prend possession de son être. Mais elle n'abandonnera pas ! Pas maintenant ! Pas si près de la liberté !
L'ex Gryffondor se ressaisie, ôte le bouchon de liège de la fiole et applique la moitié de l'essence sur la plaie de son cou. Elle ressent la reconstitution de ses vaisseaux sanguins, la reformation de ses chairs, la cicatrisation partielle de la blessure.
Vidée de ses forces, sa tête se repose par automatisme sur l'épaule du directeur alors qu'elle applique délicatement le reste du dictame sur sa propre meurtrissure, jumelle à la sienne.
Sa tache finie et constatant que leur entaille ne sont maintenant plus mortelles, elle ferme doucement les yeux alors que sa main, comme d'elle-même, continue à serrer obstinément le petit flacon qui les a sauvés.
Alors que l'orchestre dans sa tête atteint le summum des décibels, une main poisseuse de sang mais néanmoins douce se saisit de la sienne. Le rideau de ses paupières se relèvent de nouveau sur ses pupilles : elle voit, dans un état second, le professeur Rogue amener sa main avec la fiole tout contre sa joue où un sillon argenté, ni liquide, ni gazeux, ni solide scintille.
Recueillis et protégés dans leur prison de verre, les souvenirs du professeur tourbillonnent avec délicatesse, comme des plumes agitées par le vent.
Severus Rogue pose son regard onyx sur Hermione, sa main refermant ses doigts sur le précieux butin. D'une voix entrecoupée, mais qui n'a rien perdu de son velours, il lui murmure :
« Potter. Don…nez les à Pot…ter. Les mange… morts ne revient….dront pas ici. Je vais vous désillu…sionner puis vous parti… rez d'ici. C'est clair ?
La réaction prévisible d'Hermione, pour tous ceux qui la connaissent, aurait été la protestation. Elle lui aurait exposé sa certitude qu'il n'allait plus mourir, puis lui aurait fait comprendre qu'elle ne le laisserait pas derrière elle. Que l'heure de sa délivrance, comme de la sienne, était venue.
D'ailleurs, la jeune femme s'apprête à le faire, mais elle s'interrompt lorsqu'elle entend… des pas.
Des pas, à quelques mètres d'eux. Voldemort revient, ils vont finalement mourir. Comme deux moins que rien, tués dans une maison sordide et baignant dans leur sang mêlés.
Hermione jette un regard désespéré au professeur Rogue mais ce dernier, qui a dû tenter de les désillusionner, s'est évanoui quand ses dernières forces ont été réquisitionnées. Mais sa tâche est inaccomplie.
Elle ferme ses yeux, dans un réflexe puéril de se protéger du danger ainsi caché. Et lorsqu'elle sent un souffle sur sa joue, elle est certaine qu'ils vont mourir. Que lorsqu'elle ouvrira les yeux, deux yeux rouges la fixeront et un flash de lumière verte viendront les faucher.
Mais les yeux ne sont pas rouges. Ils sont verts. D'un beau vert scintillant, hérité d'une mère défunte. Hermione, stupéfaite, sent un sourire orner ses lèvres. Elle attrape son meilleur ami par le col et lui referme les doigts sur le flacon des souvenirs.
Hermione ne quitte pas des yeux le survivant et, euphorique, elle ne peut que répéter :
« Harry…. Harry…. Harry »
Mais le jeune homme à la cicatrice en forme d'éclair se relève et s'éloigne vivement de la blessée, un air grave sur le visage. Et c'est avec une voix froide si différente de son ton enjoué habituel qu'il assène :
« Ne crois pas que cela pardonne tes actes. Tu nous as trahis, tu nous as tous trahis ! Et vois où cela t'as mené ! Tu as pensé que Tu-sais-qui te laisserait la vie sauve si tu le rejoignais ? Et bien non, et il fallait être une imbécile pour penser ça ! Une imbécile et une lâche. Ce flacon contient peut être le moyen de détruire le Lord Noir, mais ce que les gens retiendront de ta personne, c'est ta trahison ! Tu ne vaux pas mieux que Rogue ! Et ce n'est que justice que vous pourrissiez tous les deux, ensemble, comme les deux lâches traitres que vous êtes !
En quelques pas rapides, le jeune homme a quitté la pièce, laissant derrière lui celle qu'il considérait autrefois comme sa meilleure amie et sa petite sœur. Mais c'était il y a bien longtemps.
Hermione, stupéfaite et abasourdie, n'a pas laissé échapper une parole. Alors c'était vrai ! Personne n'était venu la secourir, parce qu'ils la considèrent tous comme une traîtresse.
Plus fort que la douleur, plus fort que le désespoir, plus fort que l'espoir, une vague de désillusion déferle sur elle et emplit chaque parcelle de son cœur d'amertume.
Elle lance un dernier sort, un sort de désillusion, pour les cacher aux yeux du monde. Ce monde qui ne les voit tous deux que comme des traîtres.
Elle souhaite la mort à présent.
Et la tête toujours calée contre l'épaule de l'homme à ses cotés, elle tombe dans une bienheureuse inconscience qui l'emporte loin de la souffrance d'ici bas.
Leurs sangs, qui coule encore en minces filets, se mêlent et s'unissent comme leur futur. Et la dernière pensée cohérente d'Hermione, c'est que sa destinée et celle de cet homme sont bien plus entrelacées que ce à quoi quiconque s'était attendu.
Voilà, fini pour ce chapitre 3 ! C'est le plus long des trois, mais embarquée dans l'histoire, je n'ai pas prêté attention à faire un chapitre de longueur égale.
J'imagine que ça ne vous dérange pas trop ?
Dites moi vos impressions et à la prochaine fois !
A.S
