Le vendredi soir, à vingt et une heures, tout le gymnase était déjà remplit de monde. Le basket était, avec le football, le sport le plus adulé des élèves du lycée de Forks. Le sport prenait une grande place dans la popularité de notre lycée – avec Emmett et Masen, qui étaient de très bons joueurs, difficile de perdre un seul match – et c'est pourquoi nous devions nous montrer à la hauteur. Il s'agissait de notre première véritable rencontre, et les filles tremblaient à l'idée du monde qui s'agglutinait aux gradins. Jamais je n'avais vu pareille foule pour un match comme celui-ci. La seule fois où j'avais vu autant de monde, c'était lors des matchs de fin d'année, quand tout le monde préfère voir du basket plutôt que de suivre des cours barbants...

- Ne vous en faites pas, tout va bien se passer, lançai-je en tremblant moi-même un peu.

J'avais de plus en plus de mal à respirer, et je finissais par me demander si c'était une bonne idée de me produire en spectacle devant tout ce monde alors que je risquai de tomber dans les pommes d'une minute à l'autre. Ce n'était pas du stress, non, mais ma santé se dégradait à vue d'oeil. Je me demandai si Carlisle n'avait pas vu gros en parlant de semaines, car il m'apparaissait clair qu'il s'agissait plutôt de jours. Il m'avait bien proposé de faire mes séances de kiné, qui, normalement, sont obligatoires, mais j'avais refusé, prétextant que cela mettrait la puce à l'oreille de mes amies. J'étais une vraie tête de mule, pourtant je commençai à me dire que ce n'était peut-être pas une si mauvaise idée. Je repris ma respiration, et nous entrâmes sur le terrain.

- Et un, deux, trois, quatre ! Criai-je tandis que nous commençâmes notre enchaînement.

A ma plus grande joie, il se passa merveilleusement bien. C'était la première fois me semblait-il que les filles arrivaient leurs pas avec autant de facilité, de fluidité. Je finis par un salto arrière pour atterrir dans les bras des filles, en larmes. Mais c'était des larmes de joie. Je me disais que même si c'était ma dernière représentation, c'était celle que nous avions le mieux réussi jusqu'à présent, et j'en étais fière. Je n'étais alors probablement pas si mauvaise que cela en tant que chef. Je sentis le regard d'Edward Masen vrillé sur moi. Ses pupilles étaient enflammées et il me souriait. L'équipe de basket arriva vers nous, et Masen s'approcha de moi, me prenant par la taille malgré moi. Il me fixait de ses prunelles incandescentes.

- Tu as une très jolie tenue, Swan, très sexy ! dit-il en touchant le bas que j'avais.

Juste un peu de dentelle, de froufrous. Ce qui semblait à son goût. Je poussai un soupir las. Quand allait-il enfin me laisser tranquille ? Nous prîmes nos places respectives, et encouragèrent les garçons de l'équipe. Malheureusement, Alice n'avait pas eu tort la semaine dernière. J'étais considérée comme la pom-pom girl attitrée d'Edward Masen, et logiquement, d'après les paris qui se faisaient au lycée, la pom-pom girl en chef ainsi que le capitaine de l'équipe étaient censés s'embrasser, cela portait soit disant bonheur. Beurk ! Je préférai d'autant plus que mon équipe perde plutôt que de m'approcher d'un centimètre de ce crétin. Mais comme pour m'agacer, l'équipe de Masen gagnait haut la main.

Le match prit fin, et j'allai dans les vestiaires. Pourtant, je fus rattrapée par le bras par une pression sur mon poignet. Évidemment, impossible de se défiler devant mon ennemi juré. Il me souriait, ravi d'avoir remporté la victoire. Mais le prix était bien plus élevé qu'une simple coupe pour lui. Il savait très bien ce que décrochait le capitaine de l'équipe. Oh oui, il le savait ! Et il en jouait, à mon grand désarroi. Il me rapprocha de lui, m'attirant par la taille. Alice et Rose étaient à l'autre bout de la salle, en train de rire, mais elles déchantèrent vite quand elles virent mon regard assassin. Elles partirent en souriant, tandis que Masen me regardait toujours dans les yeux, son sourire malsain accroché à ses lèvres me donnant envie de mourir sur le champ.

- Que veux-tu Masen ? Demandai-je en souriant à mon tour.
- Mon prix, susurra-t-il, ses lèvres à quelques millimètres de mon oreille.
- J'ai un prix spécial pour toi, figure-toi... répondis-je de la même manière.
- Ah oui, lequel ? Demanda-t-il curieux.

Je lui souris, avant de le gifler avec force.

- Ce n'est pas digne d'une chef ! S'écria-t-il. Tu étais censé m'embrasser !
- Ah oui ? Rétorquai-je. Tu as dû faire erreur. Je te l'ai déjà dit Masen, jamais je ne serais aimable avec toi, et je ne t'embrasserai que le jour où je serais guérie de cela !
- Embrasse-moi ! S'écria-t-il en m'agrippant avec force.
- Non ! M'exclamai-je.

Cela ne l'empêcha pas d'écraser ses lèvres sur les miennes, et je me débattis, en vain. Ses lèvres se faisaient puissantes sur les miennes, et j'attendis qu'il ait fini pour le tuer. Le sourire qu'il arborait se fana bien vite lorsqu'il fut soulevé de terre. Seth se tenait en effet derrière lui, et la rage emplissait ses yeux bleus. Je l'avais rarement vu aussi en colère, mais cette fois, il semblait vraiment vouloir achever Masen. Ce dernier était dans une position vraiment grotesque, qui me fit pouffer. Il regardait mon frère, apeuré. Voilà qui était mieux. Il avait trouvé plus puissant que lui, et la ramenai moins. J'étais aux anges.

- Qui t'a donné le droit de toucher à ma petite soeur ? S'emporta Seth.
- C'est... Ta... bégaya Masen.
- Oui. Ma soeur Edward ! Je t'interdis de l'approcher de nouveau, tu m'entends ? S'énerva-t-il.

Edward ? Il me semblait ne jamais avoir évoqué son prénom lorsque j'avais parlé de lui à mon frère.

- Seth ? Pourquoi l'appelles-tu Edward ? Bredouillai-je.
- Je le connais. Nous étions dans le même internat, lâcha mon frère.
- Non... soufflai-je.
- Demande-lui de me poser par terre Swan ! Me supplia Masen.
- Oh, je crois que je n'en ai pas envie, souriais-je.
- Je ferai tout ce que tu voudras, dit-il tandis que la prise de mon frère se resserrait autour de son cou.
- Bien, alors cesse de me parler, okay ? Répliquai-je.
- D'accord ! Rétorqua-t-il énervé.

Dès que mon frère me lâcha, il partit en traînant des pieds. J'avais gagné ! Nous repartîmes à la maison, car je n'avais pas très envie d'assister à la fête donnée à l'occasion de notre énième victoire. De toute façon, il était rare que nous perdions, alors j'avais assisté à bien d'autres fêtes comme celle-ci. Et j'avais assez vu mon ennemi pour la journée. Seth me raccompagna jusqu'à la maison, et me promit d'aller chercher ma camionnette le lendemain. Je m'installai à la table de la cuisine, aux côtés de Charlie et de Sue. Ils affichaient tous deux une mine grave, ce qui m'alerta. En général, Charlie s'inquiétait pour rien, mais Sue, elle, restait plutôt réservée. Or, là, ils attendaient tous deux quelque chose de moi, et je ne savais pas quoi.

- Chérie, commença Charlie.
- Oui papa ? Demandai-je.
- Nous voulons te parler du kiné... souffla Sue.
- Oh, je vois... répondis-je sur le même ton. J'y ai réfléchis. Et je crois que vous avez raison. Je ne vais pas bien ces derniers temps, inutile de le cacher. Je crois que ca me ferait du bien de faire des séances, même si ca doit gâcher quelques heures de mon existence.

Mon père me regarda, interloqué.

- Quoi ? Fis-je.
- Et bien, nous nous attendions à ce que tu rechignes plus que cela... répliqua Charlie.
- Non. Vous avez raison, voilà tout.
- Tu dois vraiment aller mal pour accepter, s'inquiéta-t-il.
- Oh, je t'en prie, ne recommence pas ! Commençai-je à m'énerver. Je suis épuisée, je vais me coucher.
- Bonne nuit, soufflèrent-ils tous les trois.

Je montai dans ma chambre, et éteignis mon téléphone portable. Rose devait m'appeler ce soir, mais tant pis, j'allai trouver une excuse à lui servir, comme celle de Masen par exemple. Comment pouvaient-elles imaginer un seul instant qu'une histoire puisse être possible entre lui et moi ? Il était un séducteur, un coureur de jupon, alors que je ne sortais avec des garçons qu'en de rares occasions. Étrangement, la nuit, mes rêves furent peuplés d'images difformes, mais la seule qui m'apparait claire était un visage. Le seul visage que je n'arrivai pas à imaginer, pourtant j'arrivai à décrire chaque trait de son visage. Que m'arrivait-il ? Je m'éveillai en sursaut, le samedi matin, le corps tremblant.

Je mis de la musique, et ne pensais plus à rien. Qu'il était bon de pouvoir enfin se détendre sans que personne ne puisse m'ennuyer. Je me sentais enfin détendue. Quand je descendis, je vis une femme m'attendre en bas de l'escalier. Mon père m'expliqua qu'il s'agissait de la kinésithérapeute, et qu'elle viendrait deux fois par jour. Elle me morigéna quant au fait que je n'avais pas fait de kinésithérapie depuis déjà plusieurs jours, me grondant sur le fait que cela réduisait considérablement mon espérance de vie.

Pourtant, je me résignai à faire cette kinésithérapie, il ne fallait pas m'en demander trop non plus. J'acceptai ma maladie, j'acceptai mon sort. Si je mourais, alors c'était parce que c'était ainsi, voilà tout. Je ne voyais pas pourquoi tout le monde en faisait autant. Je n'avais plus d'espoir depuis déjà deux ans. Une transplantation est malheureusement encore très rare de nos jours, et je savais que mon groupe était aussi très recherché, c'est pourquoi j'avais abandonné la partie. J'allai faire de la kinésithérapie, mais pas quotidiennement, comme je devais le faire. Parce que c'était une obligation. Mais je m'étais tant battu que Carlisle et Charlie avaient fini par abandonner, pour me faire plaisir. En effet, j'étais vraiment décidée, mais je savais que ma vie se comptait désormais en jours, alors je voulais faire plaisir à mon père.

Car je ne voulais pas le voir souffrir, même s'il avait déjà assez mal. Il s'inquiétait sans arrêt pour moi, je le voyais vieillir à vue d'oeil, parce qu'il ne dormait pas, craignant que mon coeur s'arrête de battre d'une seconde à l'autre. Parce qu'il avait peur de partir travailler, craignant de louper ses derniers instants en ma compagnie. Je soupirai, et la kinésithérapie dura deux bonnes heures. Je ressortis épuisée, et énervée d'avoir subi deux heures de torture. Peut-être que ce n'était censé rien faire, mais cela m'écœurait bien trop. Pourquoi ne voulait-on pas laisser faire la nature ? Si j'étais prévue à mourir, alors personne ne pouvait rien y faire après tout. Seth me lança un regard d'excuse, et sortit rejoindre des amis. Mon téléphone sonna à l'instant où ma kinésithérapeute ferma la porte.

- Allô ?
- Bell's, c'est Alice ! Rose et moi sommes au coin de la rue, prépare-toi !
- A faire quoi ? Demandai-je suspicieuse.
- Pique nique au bord de la plage. Il y aura les garçons !
- Qu'entends-tu par garçons ? Fis-je méfiante.
- Euh... répondit-elle gênée.
- Okay, soupirai-je. De toute façon, Seth l'a prévenu, ricanai-je.

Elles arrivèrent à ce moment là, et je grimpai dans le 4X4 d'Emmett, qui, même s'il était grand, n'avait pas assez de place pour six personnes. Je fus donc réduite à être serrée contre Edward Masen. J'étais certaine que ce n'était pas un hasard mais ce dernier sembla avoir retenu la leçon puisqu'il ne risqua même pas un regard dans ma direction. Il paraissait même à des kilomètres de là, perdu dans le vague. Ses yeux montraient une souffrance une extrême, pareille à celle que je lui avais vue quelques soirs auparavant, lorsque je l'avais vu adossé au muret gris du lycée. Je ne cessai de le fixer, je ne pouvais m'en empêcher. Mon rêve m'avait vraiment troublée. Moi qui avait voulu qu'il ne me regarde plus, voilà que je faisais l'inverse.

- Abrutie... lançai-je à moi-même sans m'en apercevoir.
- Qu'ai-je fait Swan ? Demanda distraitement Masen.
- Oh, tu te reconnais ? Super, parce que pour une fois, je ne m'adressai pas à toi.
- D'accord, fut tout ce qu'il me répondit.

Il reprit sa contemplation de la fenêtre, comme si j'étais invisible. Bizarre, ce n'était vraiment pas son genre. Seth lui avait-il vraiment fait peur de sorte à ce qu'il ne me regarde plus ? Ce qui m'agaçait le plus, c'était que cela ne me laissait pas indifférente. Oh bon sang, Bella, arrête un peu, c'est la meilleure chose qui te soit arrivée, sois heureuse ! S'indigna une petite voix dans ma tête. Et elle avait raison. Un sourire béat s'afficha sur mon visage, et nous arrivâmes enfin sur la plage de la Push. Nous descendîmes, et je me mouvai lentement pour booster un peu mes muscles endoloris. J'étais un peu fatiguée, mais j'essayai de me montrer joviale. Même Masen ne pourrait rien y faire, et je me promis intérieurement de cesser de faire attention à lui.

- On va se baigner, tu viens Bell's ? me proposa Alice.
- Non, allez vous amuser, je préfère bronzer ! Ris-je tandis que Jasper l'attrapait par la taille pour la jeter à l'eau.

J'éclatai de rire, et m'allongeai sur le sable, le yeux levés vers les nuages. Le ciel était magnifique. Emmett en fit de même avec Rosalie, et les deux couples allèrent s'amuser dans l'eau. J'avais vraiment l'impression d'être la maman qui s'occupe de ses quatres enfants terribles. Je pouffai, les yeux rivés sur la forme qu'avait pris l'un des nuages. Elle était particulière, en forme de... coeur brisé. Etait-ce un présage ? A cet instant, je sentis mon coeur se serrer. Mauvais présage dans ce cas. Soudain, je me sentis mal. Vraiment mal. Je commençai à suffoquer, et Edward me regarda, intrigué. Je me relevai, respirant avec difficulté. Il s'approcha un peu plus de moi, inquiet cette fois.

- Isabella ? Qu'est-ce qui t'arrive ?
- Rien. Ne t'en fais pas. Ne dis rien à personne, tu m'entends ? Et donne-moi mon téléphone portable !

Il devint pâle, mais s'exécuta.

- Attends, dit-il en reprenant le portable. Ce n'est pas une blague cette fois ?
- Idiot ! Crachai-je les larmes aux yeux.

Je composai le numéro de Carlisle, respirant avec peine.

- CARLISLE VITE. JE SUIS A LA PUSH ! M'exclamai-je.

Ma vision se brouilla soudain, et je tombai sur le sol, inconsciente. Ma respiration se fit plus heurtée, et je sentis quelqu'un accourir.

...

Je m'éveillai n'entendant qu'un léger « bip bip » autour de moi. Je sentis une présence, et ouvrai enfin les yeux. Alice se tenait à côté de moi, ainsi que Rosalie. Elles avaient les larmes aux yeux. Ainsi, elles savaient. Enfin. Je me rendis compte que cela n'était pas aussi pénible que ce que j'avais cru. Certes, il avait fallu que je frôle la mort pour qu'elles l'apprennent, mais je ne voulais pas les inquiéter pour rien. Je me demandais combien de temps il me restait ainsi, à les regarder souffrir pour moi. Car, oui, j'avais mal, mais surtout mal de les voir dans un tel état. Mon père était devant la porte de ma chambre, inquiet, comme toujours. Je soupirai, puis comptai jusqu'à dix, pour voir si je pouvais parler. Apparemment ça allait.

- Désolé les filles, soufflai-je dans un murmure.

Je m'étais surestimée.

- Désolé ? Désolé ! S'écria Alice. Bon sang Bella, tu comptais nous le dire quand ? Sur ton lit de mort ? Sanglota-t-elle.
- En principe, oui, murmurai-je.
- Heureusement qu'Edward était là tiens ! Sinon tu ne serais plus là à l'heure qu'il est. Sais-tu que tu as frôlé la mort ? S'énerva Rose.
- Je frôle la mort chaque jour, chérie...
- Mon oeil ! Tu ne penses même pas à tes deux meilleures amies ! On tient à toi, merde Bell's ! Tu aurais pu nous prévenir, on est vraiment tombée sur le cul quand Carlisle nous a avoué la vérité ! Cria Rosalie.
- Ouais, et d'ailleurs, je ne lui adresse plus la parole, cracha Alice. Tu me déçois beaucoup Bella. Vraiment.

Je soupirai.

- Navrée, vraiment. Mais je suis toujours là.
- Une chance, ouais !

Je souriais. L'orage était passé, c'était un bon signe. Carlisle entra et leur demanda de sortir de la chambre. Il affichait une mine grave, je sentais qu'il ne savait pas par où commencer. Il s'assit sur le fauteuil sur ma gauche, et se prit la tête dans les mains. Il était vraiment fatigué ces derniers temps, il travaillait beaucoup trop. J'essayai de m'asseoir, avec peu de succès. J'avais perdu mes forces, ce qui m'atterra. Comment avais-je pu devenir aussi faible en une journée à peine ? D'habitude, c'était progressif, je n'avais pas cru que tout irait si vite. Et apparemment, je n'étais pas la seule. Carlisle me regarda dans les yeux, les siens étonnement brillants.

- Bella, je suis navré. Je ne m'attendais pas à ce que tout se passe si rapidement. Je pensais qu'il te restait des semaines, j'aurais dû t'ordonner de rester à l'hôpital.
- Ne t'en veux pas Carlisle, répondis-je doucement. J'ai voulu rentrer chez moi. J'ai abusé. Je pensais être assez forte, mais je vois que je me trompe. Je ne tiendrai plus longtemps.

Un silence de mort s'installa.

- Combien de temps me reste-t-il à vivre ? Demandai-je d'une voix brisée.
- Deux jours, trois tout au plus... souffla-t-il.
- Oh...

Mes yeux s'arrondirent sous le choc. Tout s'était passé si vite ces derniers temps. Je n'allai pas connaître ma petite soeur. Je n'allai pas assister au mariage de Seth. Ni à celui d'Alice ou de Rosalie. Je n'allai plus rien ressentir. J'avais peur de ce qu'il se passait après la mort, car je n'y connaissais rien. J'avais toujours accepté ma mort prochaine comme un fardeau, mais là, elle était si proche... Je voyais les choses différemment. J'avais envie de vivre, même s'il était trop tard. Sans prévenir, les larmes affluèrent. Carlisle vint me serrer dans ses bras. Cela faisait si longtemps que je le connaissais, qu'il s'occupait de moi. Il avait été un second père, m'avait couvert alors que sa fille ne cessait de s'interroger. Maintenant, il serait libéré.

C'était une bonne chose. La journée passa rapidement, tandis que je dormais beaucoup, sentant la présence tantôt de Charlie, tantôt de Sue, Alice, Rosalie, Emmett, Seth ou encore Carlisle. Si j'avais su que cette journée à la plage serait ma dernière à vraiment pouvoir m'amuser, alors j'en aurais profiter. Je repensais à ces nuages que j'avais vu. A ce coeur brisé. Mon coeur. Le leur. Une maladie peut provoquer des dégâts, mais ils ne sont jamais irréparables. Je savais que les premiers mois, cela leur ferait de la peine, mais l'arrivée de ma petite soeur allait, je l'espérai, tout changer dans leur vie. Ce serait une renaissance, une nouvelle vie dont ils pourront profiter. Et ils le méritaient largement. Alice et Rose se soutiendraient mutuellement.

Alors, je pouvais partir tranquillement. Parce que rien n'importait plus que leur bonheur.

Je me réveillai le dimanche soir, hébétée. Charlie était à mes côtés, en train de dormir. Le soleil devait s'être couché depuis quelques heures déjà, et j'en déduisais qu'il devait être aux alentours de minuit. Je n'avais pas l'heure dans ma chambre, mais ce n'était pas grave. Qu'importait l'heure de votre mort de toute façon ? Soudain, je vis quelqu'un arriver à toute vitesse dans ma chambre. Il s'agissait d'une tornade, qui s'agitait en tout sens. Je n'arrivai pas à cerner de qui il s'agissait encore trop endormie pour vraiment délimiter une frontière entre mes rêves et ma raison. Je remarquai enfin qu'il s'agissait de Carlisle.

Il avait les joues roses, et ses yeux étaient pétillants de bonheur. Mais que lui arrivait-il ? Et pourquoi était-il aussi joyeux ? Et surtout, que faisait-il à l'hôpital à une heure pareille ? Il était vraiment fou, mais je reconnaissais bien là le père de ma meilleure amie. Il fit attention de ne pas réveiller mon père, et s'assit sur le bord de mon lit, à mon chevet. Il cherchait ses mots, pétillant de bonne humeur. Toutes les questions se mélangeaient dans mon esprit, jusqu'à ce qu'il ouvre enfin la bouche. Enfin. Et ce qu'il m'apprit me fit me dresser, les yeux exorbités.

- Bella ! Réveille-toi ! Tu as un donneur ! S'exclama-t-il.
- Quoi ? M'écriai-je et mon père s'éveilla dans un sursaut.

Il avait une barbe naissante, et ses yeux étaient rouges et gonflés. Il avait pleuré, et la fatigue n'arrangeait rien à cela.

- Un homme de groupe A est mort cette nuit. Nous avons réussi à faire en sorte que ses organes soient donnés. Tu as un donneur ! Répéta Carlisle.

Mes yeux pétillèrent. Je n'aurais jamais cru une chose pareille.

- C'est pas vrai ! Cria Charlie. Ma fille va être sauvée !

Il semblait fou de joie.

- Nous avons peu de temps, nous prévint Carlisle. Il faut savoir qu'il y a des risques, durant l'opération, mais aussi des risques de rejet si l'opération est un succès. Tu devras faire beaucoup de kinésithérapie et prendre sur toi. Est-ce que tu es prête à cela Bella ? Poursuivit-il.
- Bien sûr ! Souris-je enchantée.

Carlisle me sourit à son tour, ravi.

- Bien, alors nous allons passer en salle d'opération, car comme je viens de le dire, nous avons très peu de temps pour la transplantation.
- Je t'aime ma chérie, me susurra mon père tandis que Carlisle m'emmenait déjà.
- Moi aussi papa, murmurai-je les larmes aux yeux.

Moi qui n'y avais jamais cru, je repris enfin espoir. Mon cauchemar allait prendre fin. A jamais.


Alors qu'en pensez-vous ?

Des remarques ? Des idées sur la suite ?

J'attends votre avis avec impatience =D

Alix.