Voici pour changer un chapitre de double mort. Ouiiii, je sais, j'avais dit une seule mort par chapitre, mais une suggestion proposait Daenerys et une autre Jorah, j'étais quelque peu obligé...
Cette fois, la chanson est Fireflies de Owl City
Bonne lecture !
3.
Jorah Mormont
Daenerys du Typhon Targaryen
La vie est belle
You would not believe your eyes
If ten million fireflies
Lit up the world as I fell asleep
Agenouillé, sous le regard approbateur d'un septon nomade qui se tenait en retrait sur le seuil de la tente, l'homme priait en silence, le pommeau de son épée entre ses mains endurcies par la maladie.
Mais ce n'était guère aux Sept que sa foi s'adressait.
Il ne croyait plus en ces broutilles, et ce soir-là, c'étaient des visages précis qui traversaient son esprit et qu'il implorait.
Elle l'avait sauvé. Elle. Il n'y avait pas que sa beauté tant chantée par les ignorants, pas seulement sa force d'esprit. C'est tout son être qui l'avait sorti de l'écume boueuse de son existence. Tout ce qui en somme laissait entrevoir l'être frêle et faillible, loin de sa maison, sous la solide carapace de la Khaleesi qu'elle incarnait.
C'est toute cette femme qui lui avait rendu l'espoir de voir un jour un monde gouverné sans folie, sans absurdes déchirements, mais sans non plus cette candeur qui avait coûté la vie à nombre de rois.
C'est toute cette femme qu'il aimait.
Elle pleurerait, c'était possible. Elle lui en voudrait, assurément. Mais elle comprendrait. Et il n'était pas exclu que plus tard, éventuellement, elle lui pardonnerait.
"Sang de mon sang" chuchotaient ses lèvres craquelées, tandis qu'il se délectait de la douce pensée du visage de Daenerys s'approchant du sien, son regard améthyste ne caressant plus ni les embruns de l'océan ou une ville assiégée, mais lui, lui seul. "Sang de mon sang" susurraient-elles sans y penser, tant l'image délicate du sourire de la jeune femme remplissait son esprit.
"Sang de mon sang" une dernière fois avant que l'homme ne lui donne le couteau.
'Cause they'd fill the open air
And leave tear drops everywhere
You'd think me rude
But I would just stand and stare
Tous ces combats qu'elle menait depuis le début lui revenaient paresseusement, comme s'écoulant lentement le long de ses pensées égarées. Elle se souvenait de tous ces visages, ceux qui l'avaient accompagné, ceux qui avaient barré sa route. Une voix avait beau s'obstiner à marteler : Le Trône de Fer. Le Trône de Fer, l'idée ne demeurait que sous la forme de ces quatre mots, et avait perdu tout son sens. Ce n'était plus elle-même qu'elle apercevait, retournée à la maison, à sa place, quand elle les entendait. C'étaient les personnes, chacune des personnes. Les morts et les vivants, les traîtres et ses fidèles.
Viserys même n'était, parmi cette multitude, plus qu'une forme floue, qui même si elle demeurait à travers quelques souvenirs morbides qui ne la quitteraient jamais, n'avait plus de visage précis. Demeurait cependant précisément le visage de Drogo. Il accompagnait indifféremment ses succès et ses échecs, approuvait ses décisions, lui donnait toute sa force.
La main négligemment posée sur le bord du bateau, elle regardait la cote se rapprocher avec une impatience que nul n'aurait pu lire sur ses traits.
I'd like to make myself believe
Il avait échoué. Ce n'était pas la première fois qu'il faillait. Mais c'était de loin la plus cuisante. Ç'aurait été la dernière fois. Du moins l'espérait-il. Il allait s'appliquer. Il le ferait pour elle. Il visa méthodiquement. Oui, là, le coeur, parfait. Étant donné l'état dans lequel on le lui avait laissé, un coup sec n'y changera pas grand chose.
Le combat avait été rude. Quand elle entra seule dans la salle du trône, où se terrait la reine, le lieu lui prodigua une paix, une joie si douce qu'elle resta immobile. Peut-être quelques secondes de trop, car déjà son corps bascula sous un coup si soudain et violent que la douleur tarda à se manifester.
That the planet turns slowly
Ils eurent le temps de songer à un visage, un, avant que l'Etranger ne les emporte.
It's hard to say that I'd rather stay awake when I'm asleep
'Cause everything is never as it seems
Ils trouvèrent enfin la paix.
