Chapitre 2 : Ce chemin que d'autres ont emprunté
On les conduisit dans un vaisseau en direction de la planète Ilum, vers la Cavernes aux cristaux, vers le premier grand pas les dirigeant jusqu'à cet avenir qui leur avait été réservé dès leur naissance en tant que privilégiés de la Force. Maître Yoda les y accompagnait, les englobant tous de son aura aussi protectrice que mystérieuse. À son habitude, il ne répondit que vaguement à leurs questions, les invitant plutôt à lire au fond d'eux-mêmes à faire confiance à ce qu'ils ressentaient, à ce que la Force leur indiquait.
Ilum était une planète magnifique qu'on aurait dite recouverte d'un scintillant manteau de givre en permanence. Cette particularité lui donnait un aspect aussi mythique qu'austère. En apparence, elle était stérile, rien ne pouvait y croître ou s'y développer. Mais, dans le dédale de cavernes labyrinthiques que les années et les fouilles y avaient creusées, se formaient les cristaux kybers qui conféraient leurs capacités aux sabre-lasers des Chevaliers Jedi depuis des siècles immémoriaux.
C'était ces mêmes cristaux que venaient quérir ce groupe de novices qui regroupait certains des éléments les plus prometteurs que Yoda ait vu grandir au sein de l'Académie. Ces enfants qui lancèrent des regards éblouis aux multiples grandes arches de glaces qui les surplombaient et dans lesquelles des dômes faits de métaux dorés semblaient avoir été tissés. Le vieux Maître les guida au centre d'une pièce vaste à ciel ouvert. Sur un piédestal ambré était posé un instrument constitué de nombreuses lentilles. On aurait dit une planète entourée de ses satellites, une sorte de globe ouvragé entouré de ses satellites. Contre la haute falaise qui constituait le mur principal de la pièce, une haute chute figée dans un manteau de glace épais leur faisait face.
Tout ce qui les entourait brillait sous les rayons du Soleil. Quelques stalactites laissaient s'écouler les gouttes que la chaleur de ces rayons avait occasionnées, faisant fondre quelques minuscules fragments de la couverture de glace aux allures éternelles. C'était le seul signe indiquant un changement visible dans cet univers qui figé dans les glaces comme dans le temps, dont l'âge relevait des millénaires, part entière de l'histoire des Jedi depuis l'aube de l'Ordre.
-C'est magnifique, ne put s'empêcher de laisser échapper Siri qui avançait en file indienne juste derrière Obi Wan en entrant dans la salle spacieuse dont la voute absente laissait percer un ciel d'un bleu immaculé.
Celui-ci se retourna, approuvant sa remarque d'un signe de tête. La fillette blonde lui rendit un sourire gentil. À leur côté, Naitama lançait des regards tout aussi fascinés aux infrastructures naturelles qui avaient doucement repris possession des constructions qui avaient été érigées sur cette planète en des temps immémoriaux. La nature et ses merveilles étaient le plus captivant des sujets d'étude qui lui ait été donné à apprécier.
Les paroles de Maître Yoda interrompirent ses pensées :
-Ici, vos cristaux vous trouverez. Les reconnaître, le moment venu, vous saurez. Attentifs, confiants en votre instinct, vous devez être.
Il ferma les yeux, se plongeant dans la Force, faisant appel à son pouvoir. Il fit pivoter la sculpture semblable à un globe afin que ses lentilles s'alignent avec les rayons du Soleil et ne fasse fondre la chute de glace, découvrant l'entrée haute, mais étroite d'une caverne. Des murmures impressionnés s'élevèrent dans les rangs des jeunes apprentis.
-Avant que les glaces ne se reforment, vous devrez avoir trouvé. Sinon, enfermé jusqu'au prochain cycle, vous serez. La Force soit avec vous.
Sa main griffue indiqua la bouche sombre de la grotte. Les réactions des apprenties furent diverses, mais prévisibles. Alors que Bruck, qui avait clamé haut et fort qu'il serait le premier à trouver son cristal tout au long du trajet, s'y engouffra au pas de course, les autres s'y plongèrent graduellement. Certains, en particulier Veez et Reeft, affichèrent une moue méfiante; Siri et Garen se lancèrent un regard entendu et s'élancèrent derrière Bruck; les autres observaient l'aventure qui les attendait avec un mélange d'excitation et d'appréhension, étudiant la structure qui les accueillait, tentant de prévoir ce qui les attendait dans les entrailles de cette terre gelée.
-Ici commence notre véritable avenir, ici nous deviendrons un peu plus des Jedis, murmura Naitama avant de poser les pieds à son tour dans la caverne, accueillie par l'air glacial saturé d'humidité qui provenait des passages inférieurs.
Les propos de la jeune fille installèrent une certaine nostalgie dans le cœur d'Obi Wan qui se serra un peu à l'idée de bientôt être séparé de ces apprentis avec qui il avait grandi et qui était devenus ses amis, à des degrés plus ou moins proches. Des amis desquels il s'éloignerait inévitablement, tel était le destin des Jedi, gardiens de la paix voyageant aux quatre coins de la Galaxie. Leur apprentissage vers ce but ultime prendrait bientôt un nouveau tournent, un tournent définitif. Ils n'étaient plus tout-à-fait des enfants maintenant.
Même s'il était conscient que ce genre d'attachement envers ses ceux auprès desquels il avait grandi n'était pas encouragé par l'Ordre, Obi Wan ne pouvait, en ce moment, le réfréner tellement la réalité de ses émotions était tangible. Il lança un regard triste à Naitama dans les yeux de laquelle il discerna le même doux chagrin, mais aussi la détermination qu'il lui connaissait :
-C'est notre avenir qui nous attend Obi Wan. Ici se trouve le cœur du sabre qui nous définira jusqu'à ce que la mort nous prenne. Allons-y.
Ils opinèrent de concert et s'engouffrèrent dans l'obscurité de la grotte. Une obscurité auxquels leurs yeux n'eurent pas vraiment besoin de s'accoutumer puisque les rochers des parois émettaient une délicate lumière naturelle. Beaucoup plus étiolée que celle de l'extérieur, mais suffisante pour qu'ils puissent se retrouver dans les souterrains.
Ils marchèrent ainsi de longues minutes sur le sol de pierres glacées avant qu'une certitude indéfinissable, mais puissante n'investisse chaque sens de Naitama. Elle tourna brusquement la tête en direction d'une petite ouverture dans le mur à sa gauche, faisant voltiger la longue natte de ses cheveux argentés autour d'elle. Le passage qui se trouvait là était juste assez grand pour qu'elle s'y faufile en rampant, mais elle avait la conviction que c'était dans cette direction qu'elle devait poursuivre.
-Tu as ressenti quelque chose? Comment as-tu fait? Je n'ai encore rien perçu…, lui demanda Obi Wan avec qui elle avait progressé jusque-là.
-Je… je ne sais pas. C'est venu à moi sans que je fasse quoi que ce soit. Mais je le sais, je dois continuer par là.
Elle pointa l'accès étroit semblable à une crevasse verticale dans la paroi rocheuse. Son ami lui lança un regard un peu déconfit. Il ne ressentait toujours rien, peut-être n'arriverait-il pas à mettre la main sur un cristal. Les doutes s'emparaient de son esprit. Il ne les laissa cependant pas paraître, encourageant sa camarade d'un signe de tête. Naitama le lui rendit et après un sourire plein d'encouragement, se dirigea vers ce qui semblait l'appeler avec insistance, peu importe ce que c'était, au bout de ce tunnel étriqué.
Avant de se glisser dans le tunnel, elle se retourna vers son compagnon qui tentait tant bien que mal de cacher les craintes qui l'habitaient :
-Fais-toi confiance, Ben. Tu vas le trouver, j'en suis certaine. Il y a un cristal pour toi dans cette caverne, je le sens.
Et elle disparut, ses yeux verts scintillant devant l'aventure qui s'offrait à elle, cette première fois où ils étaient laissés réellement à eux-mêmes. Elle savait qu'elle parviendrait à accomplir la quête qui incombait aux apprenties. Elle deviendrait une Jedi. Elle défendrait la paix dans la Galaxie. Tels étaient ses convictions d'enfant, telle était la destinée qu'elle s'imaginait alors.
Naitama s'apprêtait à s'enfoncer dans les profondeurs insondables de cette caverne scintillante, aussi lumineuse d'espoir que formidable, vers le cristal qui constituerait le cœur de son sabre-laser, vers son avenir, vers un destin dont elle ne pouvait encore qu'émettre des hypothèses sur la portée, une étendue qu'elle ne redouterait jamais assez.
Elle ressentait un léger pincement au cœur d'avoir laissé Ben derrière elle, mais elle savait aussi que, si elle ne l'avait pas fait, il aurait tenté tout ce qui était en son pouvoir afin de lui venir en aide à elle dans sa quête plutôt que d'accomplir la sienne propre. Il avait toujours été ainsi, voyant le besoin des autres, faisant tout ce qui était en son pouvoir pour les assister ou les soutenir, s'oubliant lui-même dans le processus. Et il n'était pas de ceux qui se vantait de leurs exploits à outrance ou qui tentait d'impressionner les hautes instances de l'Ordre. Il était humble, souvent trop. Mais elle ne pouvait pas vraiment le lui reprocher, sachant elle-même que chaque jour devait être source d'apprentissage, que jamais rien ne pouvait et ne devait être pris pour acquis.
Ben était quelqu'un de foncièrement bon et Naitama ne pouvait que l'apprécier de ce fait. Il était doté d'une gentillesse rare et d'une noblesse de cœur particulière. Elle lui était attachée, avec cette amitié ingénue que leur autorisait leur jeune âge. Et, même en cet instant où elle avançait plus avant dans les profondeurs d'Ilum, alors que le tunnel débouchait sur une cavité suffisamment spacieuse pour qu'elle puisse s'y relever, cela la peinait de savoir que bientôt leurs chemins, à Obi Wan et elle, se sépareraient inévitablement. Rien qui ne pourrait se comparer à ces routes différentes empruntées alors qu'elle avait senti que ce tunnel l'appelait vers un avenir qu'elle discernait à peine. Mais là n'était pas la voie des Jedi. L'attachement, sous toutes ses formes, était proscrit s'ils voulaient conserver un esprit éclairé, libre de tout doute et de toute distraction.
Elle s'arrêta un instant sur ce chemin au bout duquel elle savait qu'une partie de sa destinée l'attendait. Faisant le vide dans son esprit et dans ses sentiments. Tentant d'aborder et de contrôler la situation au mieux de ses capacités et de ses connaissances.
Il n'y a pas d'émotion, il y a la paix.
Il n'y a pas d'ignorance, il y a la connaissance.
Il n'y a pas de passion, il y a la sérénité.
Il n'y a pas de chaos, il y a l'harmonie.
Il n'y a pas de mort, il y a la Force.
Tel était le Code des Jedi que Naitama se récitait en ces moments décisifs qui la guideraient ou non vers son cristal, vers le cœur de son sabre-laser ou vers son refus en tant que Padawan potentielle, vers la pire des punitions aux yeux d'une initiée ayant traversée un si long périple déjà, ayant subi autant d'épreuves que de privations. La pire de celle-ci étant de devoir ne jamais s'attacher à ses compagnons. À cette famille que, pour elle, orpheline sans aucun souvenir de ses premiers jours, de ceux l'ayant engendrée, ils représentaient.
Non, elle devait se résoudre au fait qu'ils n'étaient pas sa famille. Même si ses compagnons de classe avaient partagé ses journées depuis le début, depuis les tendre moments de son enfance dont elle avait souvenir, ils ne devaient pas lui importer au cours des années à venir. Seul le destin de la Galaxie et les ordres de son futur Maître allant en ce sens devraient la guider bientôt. Pour quelque autre sentiment que ce soit, son cœur ne pouvait trouver la place, son jugement jamais ne pourrait être biaisé. Elle serait Jedi, pleinement ou pas du tout. Jamais ou pour l'éternité.
En ce moment, Naitama s'en faisait le serment.
Sortant de sa méditation aussi subitement qu'elle en était entrée, la jeune fille se leva, les quelques mèches qui s'étaient échappées de sa longue natte argentée dansant autour d'elle sous les influx des vents ascendants qui inondaient la caverne. Elle recommença sa lente progression, accroupie dans ce tunnel peu spacieux qui vibrait d'un appel de plus en plus insistant, la guidant vers ce qu'elle espérait de tout son cœur être son cristal kyber, celui qui, depuis sa naissance, comme tous les apprentis destinés à devenir un jour Jedi, lui était destiné. Ce matériau précieux qui l'attendait là depuis presque dix ans.
Elle marchait maintenant depuis un petit moment sans avoir eu besoin de s'accroupir dans le tunnel qui ne pouvait tout de même pas encore être qualifié de spacieux. L'appel qu'elle avait ressenti plus tôt se faisait de plus en plus insistant, de plus en plus pressant. Sans trop comprendre pourquoi, alors que tout lui semblait à la fois naturel et déroutant, elle avait une étrange impression de déjà-vu. Comme si elle avait éprouvé ce genre d'appel autrefois. Avant. Avant qu'elle ne rejoigne les rangs des initiés. Avant que son destin ne suive les enseignements de l'Ordre, les préceptes de la Force qu'il édictait.
Naitama éprouvait une nostalgie qu'il lui semblait avoir déjà connue. Pourtant, alors qu'elle n'avait pas encore fêté son dixième anniversaire, cela lui semblait totalement insensé et pourtant…
Cet appel était si vif, si familier. Elle le sentait vibrer dans la pierre, dans les rochers anciens qui formait cette caverne qu'avaient arpentés les plus illustres Jedi à travers l'histoire. Le souffle glacé des vents qui sillonnaient ces corridors séculaires rendait l'écho de son chant encore plus vivace à l'esprit de la jeune fille. Il éclatait en un cri aussi inquisiteur que poignant dans tout son être. La Force la guidait vers la source de cette clameur fascinante, à la fois envoutante et doucement inquiétante.
Elle s'arrêta un instant dans sa progression, tentant encore une fois de faire le vide dans son esprit, déterminée à accueillir son cristal kyber avec l'état d'esprit qui convenait à tout futur Jedi digne de ce nom.
Il n'y a pas de passion, il y a la sérénité.
Elle retira sa main droite du gant qui l'avait protégée du froid depuis son arrivée sur cette planète figée dans le temps et posa sa paume contre la surface glacée de la paroi rocheuse, sondant les profondeurs, l'histoire même de la grotte. Elle ressentie l'expectative des apprentis qui l'avait précédée. Leurs craintes, leurs espoirs, parfois leurs déceptions, quelques échecs, quelques désillusions, beaucoup de joies, de soulagements, mais surtout un courage retrouvé, une paix acquise au fond de ces âmes habitées par la Force, destinées à la transmettre à travers la Galaxie, à la faire respecter sous cette voûte céleste trop souvent imprenable, mais à jamais attentive et continuellement saisissante.
Les pierres aussi vieilles que ne l'était ce monde endormi lui transmirent les échos de bien des vies, mais aussi la mort. Les espoirs à jamais révolus provenant d'époques qui ne seraient plus, qui ne pouvaient plus être, pour toujours remplacées par des destinées nouvelles, les pas de nouveaux initiés. Les préceptes immuables de l'Ordre. Seuls ceux qui les comprenaient et les appliquaient sans nuance seraient promus au rang de Jedi. Naitama ne l'avait que trop bien compris. Elle était prête à faire les sacrifices nécessaires afin de devenir Gardienne de la paix dans cette Galaxie si régulièrement déchirée par des conflits délétères. Elle se sentait prête à accomplir la destinée qui lui avait été présentée. À faire fi des émotions qui souvent l'assaillaient.
Il n'y a pas d'émotion, il y a la paix.
Elle devait se défaire des attaches qu'elle-même avait conçues. Elle devait se détachée de ces sentiments qui l'empêcheraient inévitablement d'atteindre la neutralité aspirée par l'Ordre. Elle possédait les ressources et l'enseignement nécessaire pour ce faire. Depuis qu'elle était en mesure de saisir la portée des mots, on les lui en avait inculqué les principes essentiels.
Il n'y a pas d'ignorance, il y a la connaissance.
Elle avait appris à avoir confiance en la Force, en cette énergie qui l'habitait de façon particulière et qui animait chaque chose. De la plus infime bactérie au fin fond des océans de Mon Calamari au plus gigantesque des arbres de Kashyyk. Du plus sauvage des Tusken au plus mondain des Mandaloriens. À travers ces planètes qu'elle ne connaissait qu'à travers les données contenues dans les holocrons du Temples, mais que bientôt elle découvrirait de ses propres yeux. La Force l'entourait et l'animait, elle, Naitama Moonshine, orpheline qui en savait bien peu sur ses origines. Même si elle entretenait un désir ténu qu'un jour les autorités de l'Ordre lui en apprendraient davantage sur sa famille et le monde où elle avait vu le jour, elle se répétait aussi, chaque jour, que ce n'était pas
d'où elle venait qui la définissait, mais ce qu'elle accomplirait.
Très jeune, alors qu'elle commençait à peine à être en mesure de raisonner, de comprendre ce qu'on lui disait, Yoda lui avait appris qu'elle était une Humaine métisse, expliquant la couleur singulière de ses cheveux qui avaient le même éclat argenté que la plus petite des Lunes de Coruscant lorsqu'elle était à son zénith. Elle n'en connaissait pas plus sur ses origines et ne pouvait qu'émettre des hypothèses diverses à ce propos, le plus clair du temps farfelues comme le lui soulignait Obi Wan.
Et, comme bien des enfants que les Jedi avaient été quérir au sein de leurs respectives afin de rejoindre leurs rangs, probablement ne portait-elle pas le même nom que celui qui lui avait été donné à la naissance par son père et sa mère, cette famille qu'on s'était évertué à ce qu'elle ne connaisse jamais. Pour son bien et celui de la République, car, en tant que défenseurs de la paix destinés à afficher une neutralité sans faille, moins les Jedi se trouvaient face à des potentiels attaches, de potentiels informations biaisées dans des choix pouvant avoir des conséquences considérables, mieux cela valait pour tout-un-chacun.
Un jour, peut-être, croiserait-elle ses parents au détour d'une aventure, mais, à ce moment, maigres étaient les chances qu'elle les reconnaitrait.
Naitama secoua la tête, sa longue chevelure cendrée ondulant autour d'elle dans l'air glacé, chassant ces rêves d'enfant qu'elle ne pouvait plus se permettre de caresser de son esprit. Elle recula, quittant le contact apaisant de la pierre froide contre sa paume, mais ne repassant pas à sa main le gant qu'elle en avait retirée, prête à y accueillir le cristal qu'elle savait tout proche.
Elle se sentait prête à embrasser sa destinée.
Levant ses yeux aux prunelles d'émeraude bordées d'or vers la source de l'appel, elle respira profondément. Elle avait l'impression que son esprit était totalement paisible pour la première fois depuis longtemps. Moins de questions sans réponses l'assaillaient. Elle avait un peu plus accepté que le futur lui réserverait son lot de mystères. Que jamais elle ne pourrait tout connaître.
Elle fit quelque pas sur le sol gelé qui se couvrait d'une couche de neige de plus en plus épaisse à mesure qu'elle progressait. Les diverses petites ouvertures dans la roche projetaient ça-et-là les lueurs de la surface de la planète, les rayons de ce Soleil brillant, mais froid qui régissait le temps sur cette astre si cher aux Jedi. La neige brillait de mille feux, aveuglant presque Naitama maintenant familière à la lumière tamisée des cavernes.
Elle avançait encore, laissant la Force la guider. Elle était confiante, maîtrisant la situation malgré le fait qu'elle pouvait à peine garder les yeux ouvert. Se laissant guider par son instinct.
Soudain, un vent puissant s'éleva tout autour d'elle. Alors qu'elle n'avait cru, au début, qu'à une bourrasque apportée par les tunnels labyrinthiques de la caverne, elle se ravisa lorsqu'elle constata que les vents redoublaient d'ardeur à mesure que le temps passait. Ce qui ne ressemblait en rien à un quelconque phénomène naturel. Les yeux larmoyants, malmenés à la fois par la lumière aveuglante et les vents de plus en plus fulgurants, Naitama sentie la confiance qu'elle avait bâtie précédemment la quitter, fondre. Elle n'avait plus la maîtrise des évènements. Elle ne contrôlait plus se qui advenait tout autour d'elle. Elle ne comprenait plus. Plus rien.
Tout avait changé si subitement. L'environnement. Le temps. Ses émotions. Elle.
Elle avait peur. Le vent se muait peu à peu en une tornade impressionnante. Même si elle faisait appel à la Force de plus en plus désespérément afin de maintenir pied, elle savait que, bientôt, elle serait emportée par les bourrasques impressionnantes. Elle ne voyait plus que de la neige partout autour d'elle.
Elle avait peur. La peur. Une émotion nocive pour les Jedi. Elle s'efforçait tant bien que mal de la surmonter, de la faire quitter son esprit que, à peine quelques secondes auparavant, elle avait vidé de toutes émotions négatives, confiante qu'elle achevait cette mission, sa première en tant qu'apprentie. Maintenant, alors que la neige tourbillonnait rageusement tout autour d'elle, la jeune initiée n'avait jamais été moins sûre de quoi que ce soit.
Elle avait peur. Peur que, si insouciamment ce soit la fin. Peur de la mort. Peur de ne pouvoir se sauver de ce qui s'abattait sur elle, ce sur quoi elle ne pouvait apposer aucun nom, avancer aucune théorie.
Il n'y a pas de mort, il y a la Force.
Oui, elle devait garder confiance. La Force la guiderait à jamais, même dans les derniers moments. Et ce n'était pas le cas. C'était une épreuve, la dernière épreuve avant qu'elle ne devienne Padawan, pas la fin. Pas la mort.
Mais tout autour d'elle n'était que désordre. Elle ne contrôlait plus rien, même pas ses émotions. Elle ne pouvait s'empêcher d'avoir peur, de craindre que ces vents enragés qui se déchaînaient autour d'elle ne l'emportent et la dévorent. Naitama était coincée et ne connaissait aucune façon de se sortir de cette impasse. L'air tournait, tournait sans cesse Elle ne pouvait plus se diriger. Elle ne pouvait en sortir, coincée au centre de l'ouragan.
Dans l'ultime effort que lui octroyait encore ce qui lui restait de calme et de sérénité dans ce tourbillon rapide, en apparence incontrôlable, elle tenta de repousser ces rafales incessantes grâce à la Force. Se concentrant, elle projeta toute l'énergie qu'elle était capable de canaliser devant elle dans l'espoir de se frayer un passage dans la neige enragée.
Pendant quelques secondes, elle discerna un petit passage dans le blizzard environnant. Retrouvant un peu de calme, soulagée de pouvoir s'échapper de cette étrange épreuve qui la faisait prisonnière, Naitama se précipita dans le mince chemin qu'elle avait dégagé. Mais celui-ci se referma rapidement autour d'elle. La paralysant encore une fois. Elle ne pouvait progresser dans cette tempête dont, bien que centralisée, elle ne connaissait rien de l'ampleur, mais était en mesure de déterminer la puissance.
Elle se concentrant au mieux de ses capacités dans ce moment d'affolement, ce moment où elle ne contrôlait plus rien, et sonda les profondeurs de ce blizzard soudain. Ce phénomène étrange qui l'avait surprise et enfermée. Plus elle tentait d'étendre ses sens au loin, plus son pouls accélérait. Elle avait cessé de respirer tellement sa concentration était focalisée vers le seul et même but de s'échapper, de fuir cette tempête. Ouvrant les yeux, reprenant son souffle comme l'aurait fait un plongeur refaisant surface après une longue période immergé sous la surface de l'eau, Naitama lança un regard paniqué tout autour d'elle.
Ses vêtements s'agitaient rageusement autour d'elle, sa tunique d'apprentie malmenée par les vents alors que la cape sensée la protégée du froid de la planète volait en tous sens, produisant un claquement sinistre. Sa longue natte s'était défaite sous les impulsions violentes qui la secouaient. Ses longs cheveux argentés maintenant projetés dans toutes les directions lui donnaient un aspect encore plus désemparé.
La gorge serrée par la peur sourde qui se faisait de plus en plus présente, paralysant ses sens et sa raison pendant un instant, Naitama tentait de percer l'opacité du tourbillon de neige qui l'enserrait étroitement. L'air autour d'elle se faisait de plus en plus difficile à respirer tellement il était agité en tous sens. Lorsque les bourrasques venaient à s'abattre directement contre son visage, elle en perdait le souffle. Elle était perdue. Condamnée.
La novice pencha la tête vers l'avant avant de la secouer de droite à gauche, fermant les yeux, ses paupières étroitement closes, la mâchoire serrée. Un grognement étrange, presque un gémissement étouffé, s'échappa entre ses dents qui s'entrechoquaient maintenant que le froid avait investi ses vêtements, la frigorifiant.
-Il doit y avoir un moyen. Il faut qu'il y ait un moyen!
Elle projeta une nouvelle fois ses sens autour d'elle, ne percevant rien d'autre que le blizzard, glacé et mortel. Son souffle se coinça douloureusement dans sa poitrine. Elle était prisonnière.
La jeune apprentie s'agenouilla sur le sol gelé. Découragée. Il n'y avait plus que l'orgueil qui retenait les larmes aux coins de ses yeux. Elle avait soudain la désagréable impression que la Force elle-même l'empêchait d'atteindre le cristal qui aurait pu être le sien. Jamais elle ne serait Jedi, jamais elle ne pourrait concevoir le sabre qui, un instant, lui avait été destiné.
Cet instant de découragement sembla durer un temps infini pour la jeune fille. Une larme, puis une autre mouilla ses joues aussi blanches que les parois gelées de la caverne. Elle passait en revue les enseignements de Maître Yoda, se demandant ce qu'elle avait pu négliger à ce point pour que la Force lui refuse l'accès à la destiné qu'elle aurait dû emprunter.
Puis, épuisée par la panique, résignée, elle recommença à se réciter les lignes du Code des Jedi, y trouvant un peu de réconfort. Elle n'était plus prostrée, entrant doucement dans une méditation qui, sans être tout-à-fait sereine, lui redonnait un semblant de calme. Un espoir ténu.
Il n'y a pas de chaos, il y a l'harmonie.
Dans une tentative moins désespérée que les précédentes, elle projeta encore une fois ses sens autour d'elle, explorant la tempête en elle-même plutôt que de tenter d'y trouver une porte de sortie. Elle l'observait d'un point de vue scolastique. Elle pouvait presque palper les vents, laissant son esprit tournoyer avec les bourrasques qui soulevaient la neige comme la glace. Elle tourbillonnait elle-aussi, englobant doucement cette geôle effrayante de ses sens. Puis, elle sentit la Force, chacune de ses ramifications, cette énergie qui donnait vie au phénomène qui l'avait surprise dans cette caverne d'Ilum.
Puis, une impression étrange, mais fascinante s'imposa à elle. Elle sentait qu'elle avait la possibilité de contrôler cette tempête, sans même avoir besoin de s'en échapper tout-à-fait. Elle pouvait la contrôler, tirer sur les ficelles que la Force tendait tout autour afin de stopper les vents rageurs.
Elle leva la main et la referma lentement, arrêtant la course de la tempête, le temps sembla figé un instant. Naitama ouvrit les yeux et vit la neige qui s'était élevée en une haute colonne déchainée retomber mollement, apaisée, soulevant un nuage duveteux au moment où elle heurtait le sol. La jeune apprentie demeura agenouillée, habitée d'une sérénité nouvelle, un calme tel qu'elle n'en avait auparavant jamais ressenti.
Ses yeux verts bordés d'ambre se posèrent alors sur une stalactite duquel semblait vouloir se détacher ce qui, à une certaine distance ressemblait à une goutte d'eau surdimensionnée. Encore plus étrange, celle-ci paraissait habitée de sa propre lumière, un éclat chaud et réconfortant. Cette lumière l'appelait, c'était la source de l'appel qu'elle avait ressenti plus tôt, qui l'avait guidée jusque-là.
L'avait-elle enfin trouvé? Était-ce son cristal kyber?
Enfin.
Elle se releva, les jambes encore un peu chancelantes suite à l'épreuve qu'elle avait traversée, mais l'excitation et le soulagement d'avoir atteint le but ultime de ce chemin obligé par lequel devait passer chaque apprenti avait supplanté toute autres émotion auparavant ressentie. Naitama s'avança vers la stalactite pour s'apercevoir, lorsqu'elle fut suffisamment près, qu'il ne s'agissait pas d'un, mais de deux cristaux. Ils avaient cru de telle façon qu'on pouvait aisément croire qu'ils étaient la seule et même pierre.
Elle tendit une main rendue un peu tremblante par les émotions qui l'assaillaient. Joie. Euphorie. Mais aussi crainte. Crainte de ce que tout ce que ces cristaux signifiait, car elle en était maintenant certaine. C'était bien les cristaux kyber qui lui étaient destinée qui attendaient, accrochés à cette stalactite, qu'elle ne les cueille. Ils seraient une arme, mais aussi le plus grand de ses alliés. Ils seraient un symbole, le poids de ses responsabilités, mais aussi un message d'espoir pour ceux qu'elle était destinée à défendre. Ils seraient ce qui ferait d'elle une Jedi, gardienne de la Paix dans la Galaxie.
Ses doigts se refermèrent sur les pierres desquelles émanait une chaleur agréable. Elles se détachèrent aisément de la formation rocheuse qui les avaient vues croître. Naitama les garda un peu au creux de sa paume, sous ses doigts, laissant les mille émotions que le moment lui inspirait l'habiter pleinement.
Puis, elle ouvrit la main, contemplant les cristaux qui brillaient d'un éclat doré.
