Merci pour toutes les reviews! Je n'ai malheureusement pas le temps de répondre au cas par cas, mais sachez que c'est mon carburant et j'espère que ce chapitre va vous plaire autant que le précédent ! Je me suis beaucoup amusé à l'écrire. Je suis encore sur mon nuage de vacances alors je vous laisse profiter de Steve et Tony (tandis que dans ma tête, je revois Benedict Cumberbatch jouant Hamlet!)
Bonne Lecture mes chers lectrices !
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Le Fruit Défendu
- 3 -
Pretty Gentleman
Un environnement aussi bien équipé entraînait facilement un retour à la routine. Steve Rogers avait une hygiène de vie très stricte avec ses habitudes de l'armée, pour toujours être prêt au combat. À peine le soleil levé qu'il était en pantalon de coton gris avec un de ses éternels T-shirts blancs pour s'entraîner dans la salle prévue à cet effet. Tony Stark avait suréquipé la salle mais ce n'était pas pour déplaire au super soldat.
Le seul désavantage c'était la constante mort des sacs de sable… Captain America se retenait pour éviter trop de dépense parce qu'il se sentait suffisamment redevable envers le milliardaire mais lorsque le sac atterrissait par terre, le sable s'étalant, une ménagerie de robots venaient aspirer, ramasser les dégâts avant de disparaître tandis qu'un nouveau sac était accroché.
Steve mit fin à son entraînement plus tôt que prévu, sa serviette toujours autour de la nuque quand il fit un crochet dans la cuisine afin de récupérer un café et grignoter à manger.
-Salut Capsicle !
Il sortit de ses pensées et leva son regard sur le milliardaire, déjà vêtu d'un de ses costumes Armani qui lui conféraient tant de classe. Un beau costume gris aux rayures fines, une chemise pourpre intense retenu au col par une cravate gris perle. Tony avait évidemment une tasse de café à la main.
-Bonjour Tony.
-Tu n'as pas oublié le but de cette journée ?
-Non, confirma Steve en se servant son café et en prenant un donuts. Je vais me doucher et j'arrive.
-Bien. Tu es débordant d'énergie dès le matin, commenta-t-il en le regardant.
-Je suis juste rigoureux sur mon rythme de vie.
Tony feint de ne pas comprendre la boutade de Steve. Son regard était plutôt consacré à le déguster dans son T-shirt trempé de sueur qui collait à sa physionomie si parfaite. Cette journée allait vraiment être placée sous le signe de la torture avec une entrée en matière à faire pâlir des bodybuilders. Steve lui adressa un signe de la main et fila avec sa tasse de liquide noir tandis que l'ingénieur penchait sa tête pour le suivre le plus longtemps possible. Une fois perdu de vue, il lâcha un soupire à fendre la terre en deux et reprit une dose de courage sous forme de caféine, voire même une autre tasse entière.
Son attente fut de courte durée, Steve n'ayant pas la même conception du terme « faire attendre ». Il était plutôt dans le court alors que Tony était plutôt dans le long. Ce qui lui convenait totalement. Il embarqua le super soldat jusqu'au grand garage et choisit une de ces petites voitures de collection avant de prendre le volant en direction d'une galerie de boutiques de luxe. Sa conduite sportive lui attira évidemment un commentaire mais Tony se justifia entre sa conduite parfaitement maitrisée et la nécessité de ce bijou de donner le meilleur de lui-même. Steve n'insista pas plus, nullement effrayé. C'était juste une piqûre de rappelle du moralisateur Cap.
Une fois débarqué dans le centre commercial haut de gamme, Tony laissa temporairement les rênes à l'icône nationale qui dirigea évidemment ses pas vers la boutique Lewis. Il n'était absolument pas contre voir son postérieur moulé à la perfection dans ces jeans qui semblaient taillés sur lui. Et pour lui. Cependant, l'ingénieur fronça les sourcils en le regardant prendre une horrible chemise à gros carreaux comme c'était sans doute si bien à la mode de son temps. Steve croisa son regard désapprobateur derrière les lunettes de soleil aux verres teintés en rouge que Tony portait toujours sur le nez.
-Quoi ?
-Tu vas pas prendre cette horrible chemise Steve ?
-Et si elle me plaît ?
-Je t'en pris, soupira-t-il en roulant des yeux. Prends plutôt… ça !
Il attrapa une chemise de couleur bleu avec des fines rayures cobalts qui étaient nettement plus agréable au regard tout comme sur une silhouette telle que celle de Cap.
-Ça, c'est plus classe à porter que cette horrible imprimé grossier.
-Quelque chose à redire sur les précédents choix ? le taquina Steve.
-Non mais si tu me le permets, bien sûr que tu me le permets, après tout c'est moi qui paie. Viens.
Il lui fit un signe impérieux de la main et passa dans les rayons pour attraper ce qu'il avait repéré qui irait parfaitement à son idole. Steve se retrouva avec une quantité double de choses à essayer mais il ne dit rien et obtempéra sagement, un sourire amusé aux coins des lèvres. En à peine une heure, le super soldat passait d'un placard avec à peine une étagère de prise à un placard à moitié rempli. Tony avait pris les choses en main en lui demandant gentiment de se taire d'un mouvement du poignet lorsqu'il avait demandé tous les articles en deux ou trois exemplaires. Le tout serait livré parce que sa voiture n'était pas configurée pour s'encombrer de tant de paquets.
-Bien passons à la suite, déclara l'ingénieur une fois hors du magasin.
-La suite ?
-Oui les costumes, pour les soirées officielles, les galas. Tu penses quand même pas que j'allais te laisser y aller en jean Lewis même si tu es terriblement sexy dedans. Ou encore aller dans un de ces magasins au rabais, grimaça-t-il.
Steve bloqua à la mention « sexy » sortant de la bouche de son ami avant de protester :
-Mais Tony tu as déjà…
Tony le fixa avec un sourcil relevé à cette contestation que visiblement il désapprouvait.
-Je t'en prie ! Je ne vais pas être ruiné pour si peu et tu ne me dois rien alors arrête avec tout ça et contente toi de me suivre.
Steve prit un air de chiot battu, gêné de se faire ainsi entretenir par celui qu'il considérait comme un ami. Mais devant l'insistance du regard sombre, il céda et lui emboîta le pas. Il quitta rapidement cette expression penaude pour avoir un de ces sourires à tomber par terre, sincère et vrai.
-Merci Tony.
-De rien, répondit-il en lui tapotant l'épaule. Tous les Avengers y sont passés.
-Vraiment ?
-Natasha en a plus abusé que les autres mais tu es le seul que j'assiste avec plaisir dans cette quête difficile.
Un éclat de rire s'échappa des lèvres de Cap et Tony lui sourit en retour. Il fallait dire que Steve était un brin contagieux à ce niveau-là mais ils étaient seuls, tous les deux, alors il pouvait bien relâcher un peu la pression. Le milliardaire le conduisit à la boutique d'Armani où on les accueillit avec une flûte de champagne chacun – que Steve déclina – et des hôtesses toutes plus mignonnes les unes que les autres. Une vendeuse se mit alors à leur service reconnaissant l'un de leurs clients les plus illustres, faisant des courbettes et les yeux doux tandis que Tony prenait les devants en indiquant que c'était Steve qui avait besoin de costume. La jeune femme demanda alors au beau blond de la suivre dans l'arrière salle afin de prendre ses mesures.
Évidemment, Tony suivit le cortège non sans être armé de sa coupe de champagne qu'il sirotait tranquillement. La jeune femme sortit toute la gamme des catalogues de tissus pendant que Steve se déshabillait dans une cabine. Il leur jeta un bref coup d'œil ayant déjà une multitude d'idées pour habiller son idole d'enfance. C'était un de ses fantasmes qui se réalisait. Si seulement Steve pouvait le prendre contre un mur en étant habillé d'un de ses sublimes costumes ou dans la cabine d'essayage… L'ingénieur se reprit vite. C'était une très mauvaise idée de laisser son esprit s'écarter sur cette voie. Il but une gorgée de champagne et se tourna en entendant le rideau s'ouvrir.
Steve était au comble de la gêne. Simplement vêtu d'un jean, il s'avança timidement jusqu'au promontoire tout en regardant tour à tour son ami et la vendeuse. La jeune femme s'avança alors vers lui avec son mètre ruban et un carnet de notes. Elle lui adressa un sourire rassurant avant de poser pleinement son regard sur la plastique de rêve de son client. Quelques longues secondes avant qu'elle ne constate qu'elle le détaillait un peu trop et murmura un désolé tout en se mettant au travail. Mais elle ne pouvait s'empêcher d'avoir un sourire aux bords des lèvres devant la gêne du beau mâle face à elle. Et derrière ses gestes professionnels, elle se mit à flirter. Ses doigts caressant ou exerçant certaines pressions sous leurs passages, appuyés de regards et de sourires. Ce qui provoqua inéluctablement des rougeurs de gêne sur les joues de Cap. Il leva les yeux au ciel avant de chercher de l'aide auprès du milliardaire. Il n'avait jamais été doué avec les femmes mais se faire draguer de cette manière était déstabilisant.
L'ingénieur ne remarqua pas immédiatement le comportement de la demoiselle, trop occupé à mater derrière ses verres teintés. Et à se dire ohputainjeveuxlemêmedansmonlit. Steve était bâti comme un dieu, des muscles puissants qui roulaient avec harmonie sous une peau pâle. Il était en train de redécouvrir l'anatomie humaine tant Capsicle était pourvu de muscles à des endroits dont il ignorait l'existence jusqu'alors. Cette journée était vraiment mauvaise pour sa libido. Tony porta son attention sur la vendeuse au regard désespéré de Steve qui semblait réclamer son aide pour… Mais cette petite gourde de vendeuse lui faisait du gringue ? Il était chasse gardée merde ! Même s'il devait avouer que cela devait être dur pour elle de ne pas lécher le torse offert.
Tony se fendit d'un sourire affable et s'approcha de Steve tandis que la jeune femme passait derrière lui pour mesurer ses épaules. Pour que le message soit on ne peut plus clair, il envahit l'espace personnel du super soldat en se positionnant face à lui, à quelques centimètres à peine et lui tendit sa flûte de champagne.
-Tu devrais le goûter, il est excellent. Et je conduis alors soit un peu civique et aide moi à partager mon fardeau de popularité, tu seras un amour.
Steve cligna des yeux et Tony récupéra la main dont la vendeuse n'avait plus besoin qu'elle soit tendue afin de lui abandonner sa coupe. Un petit sourire appuya sa demande et tira finalement un sourire amusé à la bannière étoilée. Du coin de l'œil, il vit la vendeuse baisser le regard de manière fautive en sautant à la conclusion qu'il y avait quelque chose entre les deux hommes. Point pour Stark.
-Et pour les couleurs ? osa demander Steve avec un regard incertain.
-Je m'occupe de tout Steve. Tu seras encore plus sublime que dans tes Lewis et tu feras davantage de ravages.
Tony lui adressa un sourire plein d'assurance. Son expression se fit un peu plus charmeuse auprès de Steve qui lui adressa un froncement de sourcil.
-Aurai-je mon mot à dire ?
-Bien sûr, mais j'ai un droit de veto sur ton droit de veto mon cher.
Un petit soupir échappa à Tony, un souffle qui pouvait être interprété comme de l'amusement mais qui était tout autre parce que ses yeux avaient glissé sur le torse de Steve et sur son corps de rêve. Il était si près et il ne pouvait pas le toucher. Un vrai gâchis… Une torture ! La jeune femme se redressa enfin pour signifier qu'elle avait fini et s'éloigna vers la table des catalogues.
Son regard de chat affamé suivit Steve qui opérait sa retraite stratégique dans la cabine afin de graver cette vision dans son esprit. Ses épaules musclées, ce dos puissant et cette chute de rein… miam miam. Le milliardaire inspira profondément en retournant vers la vendeuse. Celle-ci sortit une feuille de commande et Tony prit son temps pour étudier les différents modèles puis commença à lui dicter son choix pour la garde-robe de soirée de son porte drapeau personnel. Steve réapparut rapidement à ses côtés, visiblement soulagé d'avoir retrouver des vêtements de la tête aux pieds.
-Alors ? interrogea Cap en lui rendant le quart de la coupe de champagne.
Tony la prit sans se faire prier, histoire de bien montrer que le terrain était privé, buvant une longue gorgée. Il posa ensuite son doigt sur un modèle assez similaire à son costume brun de Capitaine des années vingt.
-Je t'ai pris ce modèle un peu rétro car c'est un style qui te va à ravir et il faut le cultiver. Un ensemble noir et un brun, gilet rouge, vert émeraude et un gris perle. À cela j'ai ajouté nœud papillon et cravate grenat, bleu Prusse et vert canard afin que tu puisses avoir du choix. Chemise blanche et écrue.
Steve hocha la tête pour approuver ses choix, le laissant continuer dans sa lancée. L'ingénieur commença alors tout une commande d'une dizaine de costumes en variant styles, couleurs, matières. Après la coupe rétro, il passa à une ligne plus moderne et osa des couleurs comme un bleu roi, du gris perle, du blanc – car il fallait être Steve Rogers pour porter le blanc avec panache. Captain America finit par poser une main sur son bras pour capter son regard.
-C'est suffisant… non ?
-Suffisant ? Dix costumes ?
Un froncement de sourcil répondit à Tony qui se fendit d'un large sourire.
-On a tes mesures et c'est moi qui paie, je peux en commander trois cents vingt si ça me chante.
Les yeux de la vendeuse s'écarquillèrent à ces mots, ses lèvres répétant le nombre magique. Tony se montra clément et épargna la sensibilité de la jeune femme en rectifiant :
-On se contentera d'abord d'une vingtaine. C'est un minimum. Les gens t'adorent mais s'ils te voient avec le même costume deux soirs de suite, ils vont te pisser dessus.
-Entendu, je n'argumente pas dans l'autre sens, capitula Steve avec un petit rire.
-Tu gaspillerais ta salive et je suis sûr qu'elle peut avoir une meilleure utilisation !
Encore une fois, Steve ne saisit pas l'allusion qui faisait sourire Tony. Il mit ça sur le compte de la plaisanterie. L'ingénieur s'occupa des détails de livraison et de paiement avant d'entraîner son idole dans un magasin de chaussures afin que tout soit parfaitement coordonné. Mais il avait hâte de le voir dans certains de ces costumes. Bordel, il avait fait la garde-robe de Captain America qui serait plus que sublime dedans… Encore une cause de désespoir à rajouter à la longue liste.
Ils étaient enfin sur la route du retour à la voiture lorsque Steve s'arrêta dans l'allée. D'un commun accord, ils avaient décidé de rentrer, ayant un peu marre de faire les magasins et la faim commençant à se faire ressentir. Tony haussa donc un sourcil et se tourna vers lui.
-Tu veux bien faire un dernier magasin ?
-Bien sûr, s'empressa de répondre Tony en revenant à sa hauteur.
-Mon carnet à croquis est presque fini. Si tu veux bien…
Le regard de Tony suivit le mouvement de sa main qui lui désignait un magasin d'Art. Il écarquilla les yeux de surprise avant de reporter ses prunelles voilées du verre teinté sur son idole dont il venait de découvrir une nouvelle donnée le concernant. Son père lui avait bien dit que l'uniforme de Captain America avait été dessiné par son porteur mais jamais il n'avait pensé qu'il dessinait davantage. D'un seul coup, il se sentait très intéressé par l'art.
-Allons-y, fit-il en hochant la tête. Donc, tu dessines ? Et tu peints aussi ?
Steve lui adressa un sourire ravi et dirigea leurs pas dans le magasin.
-Je dessine à mes heures perdues. Je ne suis pas un grand artiste. C'était surtout des gribouillages du temps de la campagne de propagande. Mais j'aime ça. Et non, je ne me suis jamais essayé à la peinture.
Sa curiosité était piquée et son intérêt était bel et bien réel. D'autant plus que c'était une information capitale dans son plan de conquête de Capsicle. Tony observa la large carrure s'accroupir devant une multitude de blocs de dessin qui – pour lui – étaient tous les mêmes à part en taille.
-Et tu ne voudrais pas essayer de peindre ? Ou des nouvelles techniques ? Maintenant que tu es installé au manoir tu as un endroit où stocker du matériel et du temps devant toi !
Steve releva un regard vers lui à cette invitation.
-Si tu me le proposes si gentiment, fit-il avec un peu d'humour dans la voix.
Le super soldat reporta son attention sur les carnets et en sélectionna plusieurs avant de passer aux crayons. Il prit de quoi faire des monochromes mais aussi pour mettre en couleur et encrer les contours. Steve savait ce qu'il cherchait et ce qu'il avait envie de tester même si parfois son choix s'arrêtait pour étudier deux produits avant de choisir le meilleur. Il ressemblait à un gamin lâché dans un magasin de bonbons. Et cela plaisait beaucoup à Tony qui l'observait avec attention à l'abri derrière ses lunettes de soleil. Le rayonnement de Steve était trop intense et trop tentant… Il finit par se rapprocher pour se coller contre son flanc avant de venir murmurer à son oreille :
-J'espère que tu me montreras quelques uns de tes dessins…
La chaleur de ce souffle surprit Steve qui se tendit avant de tourner son visage vers lui. C'était… étrange pour lui de voir Tony si sensuel. Enfin pas qu'il y soit étranger, il avait bien vu que Stark était capable de flirter avec tout le monde, comme avec une table ou une chaise. Sa réputation n'avait laissé aucun doute sur ces capacités mais là, c'était différent… Il se sentait l'objet du flirte et c'était déstabilisant. Le regard d'azur chercha l'erreur de son interprétation et Tony se contenta de le regarder avec innocence, un haussement de sourcil lui montrant qu'il attendait sa réponse.
-Bien sûr. Quand on sera rentrés.
-Autour d'une pizza alors ?
-Parfait, sourit Steve.
Le milliardaire se détacha de son flanc avec sa désinvolture habituelle et Steve sentit un certain soulagement d'être traité comme tout le monde. Ses prunelles s'attardèrent sur lui, Tony lui donnant l'impression de… recommencer à tout moment à envahir son espace vital. Il enferma cette idée ridicule dans un coin de son esprit et lui offrit un sourire rayonnant avant de lui dire qu'il avait tout ce qu'il souhaitait. Après avoir payé, ils furent seulement chargés de ce paquet pour regagner la voiture de luxe et sauter dedans. Tony demanda immédiatement à Jarvis de lui trouver la meilleure pizzeria sur la route du retour. Un léger détour pour récupérer leur commande passée depuis la voiture et ils furent enfin tranquillement posés dans la cuisine autour d'une énorme pizza.
-Alors ces dessins ? le taquina Tony après une bonne bière de descendue et quelques parts de leur repas tardif.
-Je vais te les chercher.
L'ingénieur le regarda partir, impatient de jeter un œil aux dessins de son idole. Steve ne le fit pas attendre bien longtemps avant de revenir avec un gros carnet à croquis et de lui tendre. Il reprit sa place à ses côtés pendant que Tony ouvrait le carnet au début. Il cachait fort bien son enthousiasme mais ses prunelles étaient très attentives à ce qu'elles découvraient. C'était débord une prise de marque avec des paysages de New York, les rues, les gens. La tour Stark avait eu droit à sa page ce qui fit sourire Tony.
-C'est impressionnant…
-Les débuts sont un peu incertains.
-Mais c'est bon Steve. Tu as du talent, fit-il avec admiration.
-Merci.
Il lui jeta un coup d'œil à ce merci humble mais sincère. C'était sa marque de fabrique. Parfois c'était à ce demander comment il faisait pour ne pas prendre un peu la grosse tête, juste un tout petit peu. Tony continua son exploration pour tomber sur des portraits d'étrangers avant que les vêtements n'aient une connotation plus ancienne. Une femme aux cheveux parfaitement ondulés, un uniforme militaire et enfin son père. La vision d'Howard sous la patte de son idole lui fit l'effet d'une douche froide et il se renferma, reculant un peu le carnet de son espace vital. Son regard se durci pour devenir presque furieux et il se tendit comme si le dessin allait se mettre à lui parler de chose qu'il préférait effacer de son existence.
Steve n'avait pas cessé de l'observer et fronça les sourcils en le voyant faire. Tony semblait contrarié de voir son paternel. Cap se pencha un peu plus vers lui pour tenter de capter son regard et engagea finalement quelques mots :
-C'est Peggy Carter.
-Peggy ? reprit avec contrariété Tony avant de s'adoucir un peu. Oh la fameuse Peggy. C'était une très belle femme. Tu as bon goût. Nettement moins pour les amis, rectifia-t-il en tournant la page où il avait son père.
-C'était des compagnons de guerre.
-Hmm…
Tony tourna les autres pages, s'arrêtant uniquement lorsqu'il voyait Peggy ou un autre homme qui semblait compter pour Captain America. Il finit par demander bien qu'il s'en doutait. En tant que fanboy il connaissait énormément de données sur son idole.
-C'est Bucky ?
-Oui.
L'ingénieur continua de feuilleter le carnet bien que plus tendu, s'arrêtant avant la fin sur un portait de lui face à un portait d'Howard. Steve avait le chic pour mettre ce qu'il ne fallait pas en face de lui. Il referma un peu brutalement le carnet pour le lui tendre avec une expression fermée et colérique. Le regard d'océan le scruta avec inquiétude avant d'oser demander :
-Quelque chose t'a contrarié ? Ton père ?
-Je me passe de ce connard, répondit-il en braquant un regard furieux sur lui.
Steve se sentit très idiot face à la colère de Tony suite à l'évocation de son paternel. Ils se ressemblaient assez dans leur comportement mais visiblement, l'ingénieur avait beaucoup de rancœur pour lui. Howard avait-il mis trop de pression sur lui ? Avait-il était trop exigent ?
-Excuse-moi, souffla-t-il avec douceur. Même si je ne comprends pas pourquoi tu lui en veux à ce point.
Tony le scruta avec cette fureur qui bouillonnait en lui. Mais il lui était très difficile de demeurer en colère contre Captain America qui n'y était pour rien. Howard Stark en revanche c'était tout autre. Un soupir excédé lui échappa.
-C'était un con fini. Charmant avec tout le monde, si intelligent, si visionnaire, bla bla bla… Mais une vraie plaie en privée ! Moins j'en entends parler, mieux je me porte.
-Tony, il devait être fier de toi.
-Non, il ne l'était pas, répondit-il avec un ton sec et froid.
Le spectre de son père était toujours là à cause de son nom. Stark. Comme si celui-ci n'appartenait qu'à Howard et que Tony n'était pas capable de s'en détacher. Quoi qu'il fasse ce n'était jamais aussi bien que son père. Il était normal qu'il soit aussi brillant, il était le fils d'Howard. Le fils d'un putain d'égocentrique qui n'avait jamais été à la maison. Qui lui avait mis la plus insupportable des pressions sur les épaules, un connard intransigeant qui n'était jamais satisfait des prouesses formidables de son fils malgré son parcours hors norme.
Puis l'accident et pouf, plus rien. Juste le temps pour tenter de panser ses plaies. Tony avait pensé pouvoir arriver à se faire son nom mais apparemment ce n'était qu'une illusion. Il n'arrivait même pas à être autre chose que le fils d'Howard même aux yeux de son idole. Son regard se perdit ailleurs que sur Steve et il se leva brutalement. Un besoin urgent d'aller s'enfermer dans son atelier pour oublier son salaud de père. Steve se tourna rapidement vers lui et posa une main sur son bras.
-Tony, il aurait dû être fière de toi, fit-il avec sincérité. Tu es quelqu'un d'incroyable.
-Ouais, aussi incroyable que mon père, j'ai compris Cap. Laisse tomber.
Il se dégagea avec humeur et fila sans un regard en arrière. Cette superbe journée s'achevait sur une note des plus désagréables. Tony monta rapidement s'enfermer dans son antre et demanda à Jarvis de ne laisser entrer personne. Il se mit à travailler mais son esprit était brouillé par la vue de ce dessin de lui et d'Howard. Steve ne le dissociait pas de son père, charmant. Entêté et de mauvais poil, il passa sa soirée à bosser pour avaler l'arrête qui lui restait en travers de la gorge. Tout comme il disparut de la circulation pour les jours suivants, continuant à bosser sur ses projets pour se vider la tête. Et puis, il n'y avait que lui pour les faire avancer !
D'autant plus que son cerveau aussi génial soit-il avait trop tendance à revenir sur Steve. Et quand il pensait à lui, il faisait le lien avec son père et leur relation pendant la guerre. À la façon dont Steve devait le voir et qui était très désagréable. Il allait devoir faire une cure de désintoxe de la bannière étoilée.
Quant à Cap, il l'avait laissé filer à défaut de pouvoir dire autre chose de plus réconfortant. Il avait bien vu que ses compliments sincères n'avaient fait que remuer le couteau dans la plaie. Le regard bleu était resté bloqué sur la porte derrière laquelle Tony avait disparu, mal à l'aise de l'avoir blessé. Quelque part cela le blessait lui aussi car il tenait à lui. Son erreur avait été de les croire semblables alors qu'ils étaient bien différents. L'ingénieur s'était montré bien plus amical avec lui qu'Howard, mais ce n'était pas la même époque. Steve ne fut pas étonné de l'absence du milliardaire dans les pièces communes et il ne chercha pas à le tirer de sa tanière. Confronter Tony tout de suite n'était pas la meilleure stratégie et il le savait.
En revanche, quelques jours plus tard, Steve glissa une feuille de papier sous sa porte en espérant qu'il ne marche pas dessus à l'aveuglette. Il se sentait idiot de s'excuser de cette manière mais il voulait aussi lui prouver qu'il était quelqu'un d'exception. L'icône de la nation avait pris son temps pour faire un dessin de Tony avec son air désinvolte, son sourire un brin charmeur aux lèvres. Il s'était même essayé à le mettre en couleur et le trouvait très réussi. Le dessin était accompagné d'un petit mot pour son destinataire : « Pour le seul et unique Tony Stark ».
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Alors, ça vous a plut ?
