Les Sœurs de Thern

3 - Sylvanas

Disclaimers : On pourrait croire que cet univers m'appartient, mais il est la propriété de l'éditeur de jeux vidéos Blizzard.

Avant propos : Cette fiction est un journal de la vie de Kylara de Thern, guerrière que j'incarne sur le serveur « La Croisade Ecarlate » Vous n'avez pas besoin de connaître World of Warcraft. Juste de lire. Tout est expliqué dans ce récit.


Adley avait été très claire dès le lendemain du réveil d'Azury. Elle ne voulait pas nous avoir dans les jambes. La raison officielle était qu'elle ne voulait pas que nous la voyons sombrer dans les ténèbres qu'elle devait explorer pour progresser dans sa voie de Démoniste. Officieusement, je la soupçonne d'être encore à la recherche de ses assassins et de ne pas vouloir de spectateurs pour le massacre.

Azury témoigna elle aussi de l'envie de réapprendre seule à vivre. Et puis les livres qu'elle devrait retrouver pour maîtriser à nouveau les flammes promettaient de longues heures perdues pour moi.

Aussi c'est sans regret, aucun que j'accédais à la demande d'Adley de nous séparer. Oh ne vous y trompez pas, nous nous aimions profondément. Mais chacune avait choisi sa voie, et il nous était impossible de continuer ensemble comme des enfants.

Nous ne perdîmes cependant pas contact comme lors de notre existence précédente. A chaque nouvelle lune, nous nous retrouvions là où nous nous étions pour la dernière fois retrouvées de notre vivant, dans ce cimetière non loin de notre terre de Thern. Nous célébrions alors les progrès des unes et des autres, discutions de nos difficultés, et des solutions que nous pourrions y apporter ensemble.

Ainsi nous nous retrouvâmes pour attaquer les moulins d'Agamand et leur crypte familiale d'où s'échappaient toutes sortes des goules. Les premiers combats contre la croisade écarlate nous virent également unir nos forces. Dire qu'il ne s'agissait que de sous-fifre. J'apprendrai plus tard qu'un premier bastion se trouvait à la limite de Tirisfal, le Monastère Ecarlate. Et que plus loin encore, leur bastion se trouvait dans les ruines encore flamboyantes de Stratholmes, dans une province à présent nommée Maleterres.


Mais revenons en aux premières armes. Une fois nos preuves faîtes à Brill, on nous envoya à Fossoyeuse, parfois appelée Undercity par les plus vieux non-morts. C'est avec une certaine émotion que je pénétrais dans les ruines de la cité de Lordaeron. Cette cité tellement vivante et majestueuse n'était plus aujourd'hui que pierres non-mortes. Pas tout à fait mortes, mais plus tout à fait vivantes.

Ne sachant trop où me diriger, je marchai tout droit vers la salle du trône. Deux petites portes s'ouvraient sur les deux cotés du siège royal. J'hésitai. Devais-je pénêtrer dans les anciens quartiers royaux ? Un large Kodo manqua de m'écraser.

« Ne reste pas au milieu du chemin petite. Il y'a pas mal de circulation ici ! » Me cria l'homme-taureau qui le chevauchait.
Je manquais de m'étouffer. Cette langue que j'avais parfois entendue et me paraissait incompréhensible était à présent claire comme de l'eau de roche.

« Petite ? » répéta-t-il.

« Je … Pardonnez moi. Je ne suis pas éveillée depuis très longtemps. Je cherche Fossoyeuse. »

« Ah ne t'inquiète pas. Tu t'y feras très vite petite. La terre mère veille sur ses combattants ! Je vais te conduire à l'un des exécuteurs qui te guidera. »
Et sans me demander mon avis, il me saisit par la taille et m'assit devant lui sur son Kodo.

Il me déposa à l'apothicarium après m'avoir fait faire le tour de la citée Non Morte et confiée à un instructeur. Je le suivis aux quartiers royaux. Au bout d'un long couloir, gardé par d'impressionnants gardes noirs, non par leur stature, mais par la puissance calme et glaciale qui vibrait autour d'eux, nous entrâmes dans la salle du trône.

Mon guide m'expliqua alors qu'ici se trouvaient les maîtres de guerres qui pourraient m'envoyer sur des champs de bataille spécifiques et continus. Il parla beaucoup pour m'expliquer chacun d'eux et les conditions pour y être affectée. Mais je n'avais d'yeux que pour l'estrade centrale. Pas pour le démon qui serait pourtant le premier à me considérer assez puissante pour me confier une mission, ni à la Banshee, esprit éthéré qui flottait derrière lui, mais bien à elle.

Droite comme plus aucun de nous, non-morts, ne pourrions nous tenir, Sylvanas Coursevent veillait sur les allés et venus de la salle. Majestueuse, elle me rappelait ces hauts-elfes dont les légendes sont chargées. Peut-être l'avait elle été dans sa précédente existence. Si ses gardes m'avaient impressionnée, je compris qu'elle était bien la plus puissante de tous. Une triste mélancolie s'échappait de son regard vide lumineux, et un sourire timide effleurait parfois ses lèvres, comme en cet instant où elle me vit la dévisager aussi effrontément et me salua.

Il ne me fallut qu'un regard pour comprendre quelle force de caractère se cachait derrière cet être gracieux qui paraissait si frêle et la fidélité qu'elle inspirait.

« Les alliés attaque ! » Hurla l'un des gardes d'élite, une de ces boules de chaires raccommodées donc les entrailles menaçaient de se répandre si les coutures cédaient.

« Ma Dame, retournez à vos appartements. » Supplia le démon en s'agenouillant devant elle. Elle ne lui répondit pas, elle le regarda puis releva la tête et son sourire se fit plus grand.

« Gardes. Laissez les venir jusqu'à moi. Résistez, mais ne mourrez pas. Qu'ils comprennent la hauteur de leur erreur une fois arrivés ici. » Puis elle se tourna vers nous, ses compagnons, ses fidèles, les réprouvés. « Enfants, je ne pourrai pas veiller sur chacun de vous. Je vous soignerai, mais vous devrez survivre seuls. »

Je n'étais pas la seule jeune réprouvée. Il y'en avait bien d'autres. Mais il y'avait également des soldats beaucoup plus expérimentés, ainsi que des membres d'autres races.

« Harhar Dame Sylvanas, Nous vous défendrons. » Déclara un Orc massif, frappant son torse de son poing.

« Les Taurens ne seront pas en Reste. La terre mère ne sera pas en paix tant que ces intrusions perdureront. » Continua une femme taurène qui se relevait de sa position de guépard.

« Leuw sang sewa vewsé pouw la Howde ! » Cria un Troll autour duquel une boule d'éclair tournoyait.

« Pour la Horde ! » reprirent-ils en choeur. « Pour la horde ! »

Les poings se levaient à travers toute la salle. Les armes frappaient les boucliers et les plastrons. Un hymne à la guerre. Des acclamations jaillirent pour chacun des chefs des quatre races de la Horde. Tous se battaient aujourd'hui sans hésitation pour Sylvanas qui avait ce sourire discret.

Une fierté inattendue souleva ma poitrine, et malgré ma faible expérience des champs de bataille actuels, je me surpris à moi aussi lever le poing et chanter avec ceux qui étaient à présent mes compagnons d'arme. Je vis des totems posés un peu partout dans la salle. Des bénédictions étaient lancées à tout va. Je me sentis plus forte, plus agile. La fièvre du combat. Et tout à coup ils furent là…


Ils étaient nombreux. 40 ? 50 ? 100 ? plutôt 100. Humains, Nains, elfes et Gnomes. J'avais cotoyé autre fois quelques gnomes, et leur duplicité m'avait écoeurée. Les voir aujourd'hui ainsi armés, frappant en aveugle la moindre personne se trouvant à leur portée me décida une bonne fois pour toute à accepter les mets au final délicieux que certains réprouvés concoctaient de leur chaire.

Je ne me souviens plus vraiment du combat. Je sais juste que ce fut un déluge de magie, de sang et de cris. La Horde était puissante, les alliés suréquipés. L'équilibre était fragile. Le Seigneur Varimathras s'avança sur la plateforme, prêt à défendre sa dame lui aussi. Mais elle l'écarta d'une main.

Elle avança lentement, alors que devant elle nous combattions, certains tombaient, beaucoup de nos jeunes qui furent les proies privilégiées de ces tueurs assoiffés de sang. Elle parla dans une langue que les Alliés semblèrent comprendre. On me rapporta plus tard qu'elle leur avait demandé pourquoi tant de haine alors que nous n'étions pas l'ennemi. Ce à quoi un Paladin répondit d'une voix forte quelque chose qui devait ressembler à un « fléau » ou « Créature démoniaque ! » sur quoi ils se jetèrent tous sur elle. Et volèrent aux quatre coins de la pièce, projetés par l'aura de bataille de la Dame Réprouvée.

Le combat reprit. Plus agressif, plus violent. Il dura. Mais nous ne ployions plus. Sylvanas se battait avec la même sérénité qui émanait de toute sa personne. Et ne nous laissait plus que les miettes d'alliés pour nourrir de sang nos lames. Elle tint bientôt dernier vivant le chef de Raid par la gorge. Elle le tenait au-dessus du sol.

« Repents toi. Jure moi que tu consacreras ta vie à lutter contre le Fléau et non pas contre les Réprouvés, et tu auras la vie sauve. »

« Jamais ! »

Et d'une pression elle lui brisa la nuque. Elle le laissa tomber à ses pieds, et d'un coup de pied dédaigneux, le jeta à bas de l'estrade. Les boules de chaires n'attendaient que ce signal et se jetèrent sur lui pour se repaître de cette viande fraîche. J'avais moi-même faim après cette longue bataille, mais hésitai encore à me nourrir de ces cadavres. Encore quelques inhibitions dues à mon réveil encore proche.


Comme elle l'avait promis, Sylvanas descendit se mêler à la foule des combattants et soigna chacun d'entre nous. Si j'avais encore douté, cette fois j'étais bien convaincue. M'agenouillant tant bien que mal alors qu'elle ressoudait mon bras gauche, je lui prêtai allégeance. Elle sourit.

« Grandis Réprouvée. Deviens forte, car ces traîtres n'avaient rien de la puissance de notre ennemi. Grandis. Je suis fière de ton courage et de t'avoir à mes cotés. » Puis elle se releva, et après avoir vérifié que plus personne n'avait besoin de ses soins, elle retrouva sa place sur l'estrade royale. Comme si rien n'était venue la troubler aujourd'hui.

« Viens, l'Apothicarium a besoin de toi pour livrer un remède au Sépulcre. » Déclara un garde qui venait d'entrer en courant. « Tu y trouveras des gardes noirs qui prendrons ta formation en main. » Continua-t-il, me fourrant le paquet dans le sac. « Attention sur la route, les Worgs sont un peu agressifs ces derniers temps ! »

Pas le temps de se retourner. Déjà les Pins Argentés m'appelaient. Je jetais un dernier coup d'œil vers la Dame Noire. Oui, j'avais bien fait de me réveiller. La mort aurait été un beau gâchis !


Angharrad - Juin 2010

Première publication - Décembre 2006