Série : Naruto
Auteur : Schismatik
Disclaimer : Naruto (les livres, les personnages…), ne m'appartient pas
Aile émoi
Je l'ai croisée à nouveau ce matin. Elle est tellement petite, tellement fragile. Je pourrais la briser rien qu'en l'effleurant. Petite poupée de porcelaine, ton regard tremble sur le monde, mais que crains-tu ?
Ton père guide tes pas comme mon père devrait guider les miens. Il est auprès de toi en permanence, à te donner à la becquée ce que je me bats à chercher. Là où je dois passer des jours entiers pour décrypter un mouvement observé dans l'ombre, il te le présente au grand jour, et te l'explique en détails.
Je t'envie.
Le conseil vient de me convoquer, c'est extrêmement rare, ils ne se souviennent de nous que pour nous donner un ordre. Cette fois n'a pas fait exception. Deux imposantes portes gravées qui s'ouvrent dans un bruit sur une immense salle.
Etoles chamarrées, tapis damassés, d'apparence sobre, mais d'apparence seulement. Ambiance feutrée et tendue à la fois, regards froids, airs supérieurs. Assemblée dichromatique dans l'âme comme sur les vêtements. Ton père en maître de cérémonie. Droit, raide et fier. Son visage dur contraste avec ton visage timide. Discrète, effacée, presque prostrée.
Simplement à te voir, j'ai compris la raison de ma présence ici. Ma vie t'était liée, elle te sera dévouée.
Je t'en veux.
Comment peux-tu pleurer ? Je t'ai surprise parfois, secouée de hoquets. Que connais-tu de la douleur ou de la tristesse ? L'ensemble du clan te respecte et t'entoure. Ils te donneraient tout, ils donneraient leur vie et la mienne pour la tienne. Tes souhaits sont des ordres, même informulés, ils sont comblés.
Je ressens chacune de tes larmes comme une insulte. De quoi te plains-tu ? Tu es libre, ton père et ta mère sont vivants à tes côtés. Veux-tu échanger nos places ?
Elle est née et petit à petit tout à changé quand on a commencé à vous comparer. Si jeune, elle est plus forte que tu ne le seras jamais. Tu les as déçus, tu m'as déçu. En dépit de la facilité de ta vie, tu n'es pas à la hauteur de nos attentes.
Regardes-toi. Nous sommes face à face dans cette arène et c'est toi qui baisse les yeux devant moi. Je devrais trembler de peur et de respect face à toi, mais c'est toi qui ploie. Quelle ironie du destin. Quand je pense que c'est pour toi que mon père est mort. Et en même temps, quelle magnifique occasion que celle qui m'est offerte.
Je vais leur montrer à tous leurs erreurs, de se croire supérieur, de me sous-estimer, d'avoir sacrifié mon père pour le tien.
Je ne comprends pas. Tu veux donc te battre ? Tu as activé ton Byukagan, comme si tu pouvais répondre au mien, mais c'est une illusion que je vais t'enlever rapidement. Quelques coups échangés et c'est terminé. J'ai bloqué tous tes canaux de chakra. Mais pourquoi t'entêtes-tu ? Ne vois-tu donc pas que tu n'arriveras jamais à me battre ?
Tes mouvements sont déjà si lents, tellement évidents. Te voilà au sol, pourquoi te relèves-tu, comment peux-tu te relever ? Et quel est ce regard ? Petite poupée de porcelaine, tu va m'obliger à te briser.
Je t'ai encore frappée et tu craches ton sang. Mais pourquoi veux-tu encore continuer ce combat ? Pourquoi me regardes-tu comme ça, est-ce de la pitié ? Je n'en veux pas !
Ils m'ont arrêté, bien évidemment, malgré ton niveau tu restes trop précieuse à leurs yeux.
Tu es tombée. Tu as perdu, et je ne dois pas avoir de considération pour les faibles. Mais cependant… mes sentiments à ton égard sont confus. J'ai gagné, mais j'ai presque l'impression d'avoir perdu. Non, ce n'est pas ça. Je ne sais pas.
Ton père est venu me voir. Ce qu'il m'a dit m'a ébranlé au plus profond de mon être. Je le crois. Je ne devrais peut-être pas, mais je le crois. Il est venu voir mon combat. C'est étrange, comme si en te combattant j'avais gagné son respect.
Sans que je le veuille, mes pensées reviennent vers toi. Je suis toujours en colère contre la Soke, mais je ne le suis plus contre ton père. Non, je ne le suis plus contre mon oncle. Et je n'ai plus de haine contre eux. Ni contre toi.
Tu as disparu des gradins aujourd'hui. Je me demande comment tu vas, et je m'en étonne.
L'attaque a marqué Konoha au cœur et nous a enlevé un homme de valeur. Malgré la peine que je vois dans les regards, j'y lis aussi de la fierté, car nous avons protégé le village comme il voulait que nous le fassions, comme il l'a fait en donnant sa vie pour nous tous ; et une part de soulagement quand l'un de nous retrouve vivant quelqu'un pour qui il s'inquiétait. C'est un sentiment naturel.
Mais quelque chose en moi a mal quand je te regarde si blanche sur ton lit d'hôpital. Personne ne sait que je suis venu, ils pourraient craindre que je ne te blesse encore. Je pense qu'ils ne comprendraient pas ma présence ici, car c'est à cause de moi que tu es dans cet état. Et c'est justement pour ça que j'ai mal.
Je t'ai observée en secret. Tu t'es relevée et tu as repris ta vie à pleines mains. Comment ais-je pu croire que tu étais faible et sans volonté ? Tu te bats en silence sans te plaindre, tu t'entraînes jusqu'à l'épuisement dans l'ombre, tu refuses sans mot de t'avouer vaincue et tu lutte pour atteindre un but que j'ignore.
Et au-delà de ça, quand nos regards se sont croisés, il n'y avait pas dans tes yeux la haine ni le ressentiment que j'y attendais. Il n'y avait pas de pitié non plus. Ni de rancœur, alors que désormais ton père m'entraîne et te néglige encore plus. J'en suis resté stupéfié.
Le temps a passé, et à te regarder sans le voile de la haine sur mon regard, à surprendre par hasard les progrès que tu as fait sans aucune aide, et dont tu ne te vantes jamais, je t'ai vue différemment et tu as gagné mon respect. J'espère un jour me battre à tes côtés pour racheter mes erreurs et te montrer toute l'estime que j'ai pour toi.
Maintenant, je serre les dents quand je te vois courber la tête ou douter de toi. Et je serre les poings quand j'entends les autres médire de toi. Les imbéciles. Ils sont aveugles comme je l'étais. Si j'osais, je t'offrirai mon aide pour leur montrer de quoi tu es capable, mais je ne sais pas plus aujourd'hui qu'hier ce que tu souhaites.
Si tu as besoin de moi, saches juste que je suis là.
