NOTE : Aujourd'hui mercredi 25 juin, nous fêtons les Nora. C'est peut-être ce qui a fini de me convaincre de poster ici plus tôt que je ne le prévoyais toute la fin de la première partie de ma fic, première partie qui est, en somme, en plus de poser des bases importantes pour la suite, une sorte d'introduction. En effet, Nora, que vous allez découvrir, est un personnage que j'affectionne particulièrement. Je posterai la seconde partie de cette fiction un peu plus tard, histoire de laisser quelques personnes au moins découvrir ce début et peut-être… languir de pouvoir avoir la suite !

CHAPITRE 3

UN AUTRE MONDE

Je ne sus jamais ce qui se dit entre Dumbledore et mon père mise à part cette phrase que je surpris. La seule chose qui me permit de comprendre que Dumbledore était parvenu à décider mon père à me laisser aller dans cette école se produisit le surlendemain. Nous étions un mardi matin, une chaude journée d'août que j'avais commencé à occuper en sculptant de la pâte à sel dans notre minuscule jardin, sous l'œil impressionné d'Elena qui ne cessait de s'extasier. C'était un mal pour un bien à vrai dire, car je ne supportais pas qu'elle m'observe ainsi, mais son admiration m'apportait une assez convenable compensation. Laura n'était pas avec moi ce jour-là et, au fond de moi, une petite voix se demandait si la raison n'en était pas la conversation téléphonique que nous avions eue la veille. En effet, je lui avais raconté naïvement ce que j'avais appris de la bouche du professeur Dumbledore et elle s'était montrée plus que dubitative. A vrai dire, elle ne me crut même pas un instant et je me demandais, bien que j'essayasse d'ignorer cette petite voix de mon esprit, si elle ne m'avait tout bonnement pas cru folle et si elle n'avait pas décidé de ne plus me rendre visite.

J'étais justement en train de sculpter un petit chat couché en pensant à elle et à son amour de ces animaux quand mon père vint m'arracher à mon travail d'un ton calme mais sans réplique.

« Roxane, nous partons cet après-midi pour une petite excursion pour… pour acheter tes fournitures. Le professeur Dumbledore nous a dépêché un agent du… du ministère de la magie parce qu'il dit qu'il y a quelques petites précautions à prendre avec toi.

-Ah chouette, je peux venir ? s'enquit vivement Elena. »

Mon père resta longtemps muet, ce qui m'étonna ; d'ordinaire, il aimait avoir sa compagne partout avec lui. Enfin, au bout d'un moment, il soupira d'un air las et désolé et répondit :

« Non, tu ne peux pas. Je ne peux pas t'expliquer pourquoi, mais fais-moi confiance ma chérie. »

J'entendis qu'ils s'embrassaient et je me replongeai dans ma sculpture pour ne pas les gêner.

L'après-midi même, vers quatorze heures, un homme se présenta chez nous. Il s'appelait Jason Bower et nous informa que nous devions faire vite, qu'il avait bien d'autres choses à faire au ministère. Il me parut dès l'abord un homme bougon et irritable ; pourtant, j'avais tant de questions à lui poser… Il monta avec nous dans la voiture de mon père et nous guida à travers les rues de la capitale. Nous nous garâmes finalement dans une petite rue et mon père vint me prendre la main pour me guider. La rue était silencieuse, ni mon père ni Bower ne parlaient et je sentis soudain à quel point l'ambiance était lourde et tendue. Moi, j'étais perplexe et je ne comprenais pas ; une seule chose comptait : j'allais enfin découvrir l'endroit où j'allais acheter mes fournitures, des articles pour le moins étranges et que l'on ne devait pas trouver dans les magasins des gens normaux, les moldus comme les appelait le directeur de ma future école, et tout ce que j'espérais était que mon père allait me régaler de ses descriptions épicées, comme il le faisait quand il m'emmenait faire du tourisme. Notre guide nous fit entrer dans un endroit que je devinai être un pub au bruit du tintement des verres. Cela sentait le renfermé, l'alcool et la fumée, pourtant, il semblait au silence qui régnait qu'il n'y avait personne à part nous.

« Bonjour Jason, lança une voix depuis le fond de la pièce, vous allez prendre quelque chose tous les trois ?

-Non, Tom, on n'a pas le temps. »

Tiens, le serveur s'appelait Tom, comme mon père. Puis, se tournant vers moi, l'agent du ministère me dit froidement :

« Ici, c'est le chaudron baveur. Pas un endroit terrible, ajouta-t-il plus bas. »

Nous traversâmes le bar et nous retrouvâmes à nouveau à l'air libre. J'ignorai où nous étions mais j'entendis Bower fouiller dans sa poche avec un sourire, puis mon père lui dire avec raideur :

« Attendez. Au cas où vous ne l'auriez pas remarqué, ma fille est aveugle. Il me semble que vous pourriez au moins lui donner quelques explications sur ce que vous faites, vous qui êtes le seul sorcier connaissant ce monde de fous. Je vous rappelle que ce que vous faites, elle aura peut-être à le faire plus tard. »

L'homme soupira profondément puis me prit une main et me fit toucher ce qu'il tenait dans la sienne : un long bâton de bois.

« Tu vois, me fit-il avec lassitude, il me suffit de taper cette pierre avec ma baguette pour faire ouvrir l'accès au chemin de traverse.

-Au quoi ?

-Au chemin de traverse, fit-il avec un nouveau soupir, c'est l'endroit où tous les sorciers font leur shopping. »

Il me fit compter les pierres du mur pour me faire repérer celle en question ; je songeai qu'il était dommage qu'il soit de si mauvaise humeur, car sa façon d'agir, elle, était irréprochable et claire. Puis, il donna son petit coup de baguette et j'entendis un bruit dans la pierre. Je supposai qu'un passage venait de s'ouvrir car mon père, me reprenant la main, me fit avancer là ou un instant auparavant, il y avait le mur. Sous mes pieds, je sentais à présent des pavés réguliers. Il n'y avait pas beaucoup plus de monde sur le chemin de traverse que dans le bar, mais au fond, cela me parut logique. Nous étions au début du mois d'août et probablement que les sorciers comme nous étaient en vacances à cette période. C'était étrange : la présence de cet homme du ministère, le choix d'une période où il y avait si peu de monde, j'avais presque l'impression que l'on voulait que personne ne puisse me voir faire mes achats de prérentrée. Mais déjà, mon père qui marchait à mes côtés, me guidant toujours, commençait à me décrire les alentours comme il en avait l'habitude et je cessai de me poser des questions pour boire ses paroles. Et bientôt, il me sembla, bien que je n'aie jamais vu de ma vie, que je voyais presque parfaitement tout ce qui m'entourait : des boutiques aux vitrines bariolées, des enseignes présentant un marchand de livres, une ménagerie, un marchand de glaces, une boutique de vêtements… J'avais envie d'aller partout, de tout découvrir… Mais notre guide, que ce temps de descriptions détaillées semblait avoir encore davantage exaspéré, avait visiblement un plan précis de ce que nous devions faire.

« C'est bon, vous avez fini ? On va passer à la banque pour changer de l'argent moldu.

-Changer ? Parce qu'il y a une monnaie pour les sorciers ? »

Bower respira profondément puis soupira, désespéré, et il ne daigna même pas répondre. Nous marchâmes longuement dans cette grande rue qui devait être immense avant de gravir quelques marches sur notre gauche et d'entrer dans une salle immense où l'écho de nos pas résonnait fortement. Mon père m'entraîna vers ce que je compris vite être un comptoir et un homme de petite taille à la voix curieuse, un peu aiguë et éraillée nous proposa ses services. Mon père sortit son portefeuille et déposa une certaine somme sur le comptoir. L'homme disparut un instant, le temps suffisant à Jason Bower pour nous expliquer :

« Les personnes qui gardent la banque Gringotts sont des gobelins. Ce sont des êtres aux doigts longs et fins, barbus et à la peau sombre. Ils sont considérés par beaucoup de sorciers comme des sous-hommes, mais je peux vous dire qu'ils sont bigrement intelligents. »

J'étais éberluée ; allais-je passer ma vie à faire de telles découvertes, dans ce monde si nouveau ? Sur ces entrefaites, le gobelin, puisqu'il fallait bien l'appeler ainsi, était revenu et avait fait tinter une bourse remplie de pièce en la posant devant nous. Je tendis instinctivement la main pour sentir un petit sac de velours contenant de nombreuses pièces de métal. L'homme du ministère déposa tour à tour trois pièces dans ma main, me faisant toucher leur épaisseur, leur taille et leur contour. J'appris vite que la plus grosse et la plus épaisse était un gallion ; l'intermédiaire, qui était encore assez lourde, était une mornille ; quant à la plus petite et légère, il s'agissait d'une noise. Le gobelin nous expliqua le taux de conversion entre monnaie moldue et gallions, des chiffres auxquels je ne compris pas grand-chose et nous finîmes par ressortir dans la chaleur étouffante de la rue.

Il y avait toujours aussi peu de monde tandis que nous remontions le chemin de traverse vers une nouvelle destination inconnue. Ce ne fut qu'à l'entrée d'un nouveau bâtiment que Bower me déclara abruptement :

« On va acheter tes livres. »

Des livres ? Mais comment allais-je faire pour les lire ? Un sentiment étrange que je pouvais faire confiance à mon futur directeur m'envahit, mais mon inquiétude restait présente. Nous entrâmes dans une boutique qui sentait bon le livre neuf, l'encre et le papier et, seulement quelques minutes plus tard, nous ressortîmes, mon père les bras lourdement chargé d'épais volumes. Mon père avait déclaré qu'il était inutile de m'acheter du parchemin et de l'ancre mais Bower avait insisté, disant qu'il existait de nombreux sorts pour ensorceler les plumes et que, n'ayant aucune instruction de Dumbledore à ce sujet, il préférait me traiter comme n'importe quelle élève. Je m'étais donc retrouvée à porter des plumes, un encrier et des rouleaux de parchemin, me demandant quel était ce monde d'arriérés où l'on utilisait encore ce genre d'objets.

Ce fut ensuite un enchaînement de visites dont je ne gardai qu'un mince souvenir tant notre guide nous pressait. Il y eut une boutique sans intérêt où l'on m'acheta un télescope, encore un objet dont je me demandais bien ce que je pourrais faire. Il y eut l'apothicaire, un endroit qui sentait fort un mélange affreux d'odeurs indéfinissables où l'on m'acheta un chaudron standard taille 2 (tel était le règlement), des fioles, une balance en étain et un petit assortiment d'ingrédients. Il y eut la boutique de vêtements où l'on m'acheta des robes de sorcière, mon père m'expliqua qu'elles étaient noires, après avoir pris mes mesures en long et en large ; ce fut le lieu où j'eus droit au plus de questions, de la part de la tenancière, madame Guipure. Elle ne cessa de m'interroger sur mon handicap, sur la manière dont j'allais me débrouiller à Poudlard, questions auxquelles je n'avais, à ma grande angoisse, aucune réponse, à tel point que mon père dut y mettre fin assez impoliment. Il y eut la ménagerie magique, où mon père insista pour se rendre malgré les protestations de notre guide, ce dont je lui fus reconnaissant car cet endroit m'intéressait au plus haut point. C'était un magasin où il régnait une chaleur moite et où l'on entendait des cris, des miaulements, des coassements, tandis qu'une odeur animale emplissait les narines. Je passai un certain temps à caresser de petits chatons dans un panier avant que mon père ne m'annonce que nous allions partir.

« Je vais acheter un hibou. Visiblement ils s'en servent pour s'envoyer du courrier. Au moins, je pourrai t'écrire et tu pourras me répondre. »

Mon père choisit un hibou petit duc de couleur gris cendrée que je passai mon temps à caresser tandis que nous nous rendions à notre dernière destination. J'adorais le contact de ses plumes douces sous mes doigts et, visiblement, le hibou m'apprivoisa bien vite car il cessa rapidement de bouger pour me pincer doucement le doigt en témoignage, du moins je le supposai, d'amitié. Le dernier endroit que je visitai fut le seul dont je me souvins vraiment par la suite. La première chose qui me marqua fut que cet endroit fut le seul où mon père ne m'accompagna pas. Il prétexta un besoin urgent et disparut à la vitesse de l'éclair. Nous avions déjà pénétré dans une boutique fraîche quand Bower m'expliqua que j'allais devoir choisir ma baguette.

« Jason Bower, nous fit une voix du fond du magasin, on ne choisit pas sa baguette, c'est plutôt elle qui nous choisit. »

L'homme s'appelait monsieur Ollivander et je compris bien vite à l'amour qu'il avait pour ses baguettes qu'il en était le créateur.

« Jason… Toi, c'était nerf de cœur de dragon, bois d'ébène, 28,3 centimètres. »

Quoi ? Il venait, si je comprenais bien, de réciter les composants d'une baguette qu'il avait dû vendre il y avait une vingtaine d'années de cela ? Une question me vint soudain aux lèvres :

« Vous êtes nombreux dans la communauté des sorciers ?-Oh, oui, on est un certain nombre quand même, me répondit très aimablement Ollivander en souriant, chaque année, je dois vendre à peu près… Sans compter ceux qui cassent les leurs, pour les nouveaux élèves, plus de cent par ans. Et seulement ici, où viennent à peu près tous les élèves de Poudlard comme toi. Alors justement jeune fille… Je suppose qu'il nous faut une baguette… »

S'en suivit un défilé de baguettes de bois dans ma main. Le vendeur m'expliqua qu'il suffisait de faire un petit mouvement avec ma main et que si la baguette me convenait, elle émettrait des étincelles.

« Tu les entendras très facilement si tu es attentive. CA fera comme de petits craquements au bout de ta baguette. »

Cet homme fut le seul à m'aider mais à me traiter comme une personne normale. Il ne me posa pas de questions, mais il fut toujours prévenant avec moi.

Enfin, au bout d'une dizaine d'essais, j'entendis les étincelles tant attendues.

« Ah, voilà ! Eh bien, je crois que celle-ci est tout à fait faite pour toi. C'est du bois de merisier avec un crin de licorne. 27 centimètres tout juste. »

Cinq jours plus tard, je reçus enfin un appel de Laura. Je n'avais pas osé la joindre jusque-là et je fus ravie de l'entendre.

« Allô ? Roxy ?

-Ca va ? Je m'inquiétais de ne pas avoir de tes nouvelles.

-Dis-moi, c'était une blague, cette histoire d'école de magie, hein ? »

Et soudain et pour la première fois, je remarquai que son ton était presque suppliant. Que devais-je faire ? Je pressentais de plus en plus que la vérité me ferait perdre ma seule véritable amie, mais… D'un autre côté, elle se rendrait bien compte que je ne mentais pas lorsqu'elle réaliserait que je ne me retrouvais pas avec elle au collège.

« Non Laura, si tu viens à la maison, je pourrai même te montrer ce que je suis allée acheter sur le chemin de traverse. Tu pourras me lire les livres et tout. »

Il y eut un long silence.

« Euh… Ecoute Roxy, il est possible que… Que l'on ne se voie plus pendant quelque temps, d'accord ?

-D'accord, soupirai-je, et je savais bien ce que cela signifiait.

-Alors à plus tard.

-Oui, c'est ça, à plus tard, fis-je d'un ton las. »

Je passai donc le reste des vacances d'été à observer manuellement mon nouveau matériel scolaire, tandis qu'au creux de mon estomac croissaient de concert la brûlure de l'excitation et le nœud de l'angoisse. Ce petit jeu aurait pu paraître lassant, mais il me semblait que je devais connaître la moindre particularité de chaque objet pour ne pas me sentir perdue lors de ma rentrée. Avec l'aide de mon père (je refusais systématiquement celle d'Elena), j'écrivis le nom de chaque ingrédient de potion en braille sur les bocaux ou fioles, le titre de chacun de mes livres sur les couvertures pour pouvoir les retrouver facilement, et je m'en fis lire plusieurs passages. Aussi, lorsque la fin des vacances approcha, je réalisai que j'en savais bien plus que je ne pensais sur le monde des sorciers et cette constatation me rassura. Certes, je n'avais jamais été capable de retenir par cœur le contenu des livres, mais le sujet m'avait pour une fois tant passionné que je me rendis compte que j'avais à peu près tout retenu. J'allais peut-être débarquer privée d'un sens dans ce monde inconnu, mais je ne serais pas la plus inculte. En effet, j'avais lu dans le livre d'Histoire de la Magie que les enfants sorciers nés de moldus, comme moi, étaient assez fréquents, bien que beaucoup soient aussi des enfants de sorciers, et je supposai qu'il y en aurait au moins une partie d'entre eux qui ne se serait pas renseigné sur les mystères de ce monde.

Le premier septembre, j'étais debout bien avant la sonnerie de mon réveil. J'avais été incapable de me rendormir une fois éveillée et j'étais de toute façon trop stressée pour songer à tenter de me rendormir. Pour la dixième fois, je vérifiai le contenu de ma valise : des sous-vêtements en quantité suffisante pour ne pas avoir à faire de lessives trop souvent, des vêtements chauds pour l'hiver, une bonne quantité de papier braille, un papier plus épais que du papier blanc ordinaire de sorte que les points marquent bien, ma tablette, qui me permettrait d'écrire, avec un poinçon, mes robes de sorcier, tous mes livres et mon matériel scolaire, mon chaudron, mon télescope, mes accessoires pour les potions et enfin ma baguette magique. Tout ceci était soigneusement rangé, plié, classé, ordonné. C'était une habitude que j'avais prise depuis mon plus jeune âge pour ne pas risquer de perdre quoi que ce fût. Lorsqu'enfin j'entendis mon père et Elena se lever, je m'habillai d'un pantalon noir tout simple et d'un tee-shirt blanc et bleu (je connaissais mes habits et leur couleur par cœur) et j'allai dans la cuisine pour prendre mon petit déjeuner avec les autres. Tandis que je me levais et regagnais ma chambre, une idée me traversa l'esprit et je m'arrêtai devant le téléphone.

« Allô ?

-Laura, c'est Roxane.

-Oui ? »

Elle semblait à la fois surprise et heureuse de m'entendre.

« Je voulais te rappeler, enfin te redire… Enfin parce que tu ne me crois pas, je le sais bien, mais… Tu ne me verras pas au collège après-demain. Je pars aujourd'hui même pour Poudlard.

-Oui, je sais, tu me l'as déjà dit. »

Mais son ton disait le contraire de ses paroles. Elle semblait surprise, abasourdie. Elle s'attendait certainement à ce que je m'excuse de cette lourde blague, ou à ce que je lui avoue qu'en réalité, je déménageais et que je n'avais pas osé lui en parler plus tôt.

« Je ne rentre pas avant les vacances de Noël. Alors je voulais te souhaiter bonne chance et si tu veux, je t'écrirai. On peut envoyer des lettres avec les hiboux. »

Elle soupira et me dit tristement :

« Non, ce ne sera pas nécessaire Roxy. Je pensais pourtant que tu me faisais confiance. »

Et elle raccrocha. Ce fut la dernière fois de ma vie que je lui adressai la parole.

La gare était engorgée de monde. Mon père traînait ma valise d'une main et de l'autre, il maintenait fortement mon bras de peur de me perdre dans la foule ; mon autre main à moi serrait ma canne blanche que j'essayais de mettre en valeur pour que les gens s'écartent. Aujourd'hui encore, il avait refusé qu'Elena ne m'accompagne et, pour une dernière journée en sa compagnie, je devais avouer que j'appréciais cette décision. Jason Bower nous avait remis, en remplacement de celui que mon père avait jeté, un nouveau billet de train pour le Poudlard Express. En le lisant, Elena avait éclaté de rire.

« La voie neuf trois quart ! C'est quoi ce truc ? Pourtant je la connais, la gare de King's Cross.

-Bah, on trouvera bien, avait répondu sereinement mon père. »

Mais ce premier septembre, au milieu des autres voyageurs, mon père ne me paraissait plus serein pour deux sous. Il n'avait pas décroché un mot depuis notre sortie de la voiture et il marchait en silence, ignorant mes questions ; il semblait savoir où il allait, ou peut-être suivait-il simplement quelqu'un… Enfin, nous arrivâmes sur un quai, je pouvais le dire au bruit des trains sur les deux voies qui l'encadraient et mon père consentit à parler.

« Ca doit être par ici, je vois une fille en robe de sorcière. Elle aurait pu se faire un peu plus discrète celle-là. Ah… On dirait qu'il suffit d'avancer vers cette barrière et hop, les gens disparaissent. »

Il avait parlé sans une once de joie et il me poussait déjà en avant.

« Allez, on va tout droit tous les deux et on verra bien. »

Toujours tenant mon bras, mon père me fit avancer au milieu de la foule, droit devant. Soudain, je sentis une barrière contre le bout de ma canne… L'instant d'après, il n'y avait plus de barrière et l'ambiance sonore et olfactive elle aussi avait changé. Ici le quai était également bondé, mais seules des voix d'adolescents me parvenaient, ainsi qu'un bruit curieux qui me rappelait quelques westerns vus à la télévisions…

« Papa ? Il y a un train à vapeur ou quoi ?

-Oui ma puce. Il est tout rouge avec de la fumée blanche. »

A quoi m'attendais-je ? Après le parchemin, le train à vapeur ! Je comprenais à présent d'où venait cette odeur étrange que je sentais flotter dans l'air, comme une odeur de fumée. Autour de moi, j'entendais des parents dire au revoir à leurs enfants, d'autres jeunes qui se retrouvaient après les vacances et s'échangeaient des nouvelles enthousiastes. Une ambiance dans laquelle je me sentais complètement étrangère et perdue. Je serrai plus fort le bras de mon père contre le mien. A cet instant, un coup de sifflet retentit et un homme cria : « En voiture ! »

« Il faut te dépêcher, ma chérie. »

Mon père avait lâché la valise et me serrait à présent dans ses bras de toutes ses forces, comme s'il craignait de me perdre à jamais ; je sentis qu'un frisson le parcourait tandis qu'il me tenait contre lui. Il m'embrassa sur les deux joues en me souhaitant une bonne rentrée et me promit de m'écrire très vite en utilisant Météore, c'était le nom que nous avions donné à notre hibou que mon père garderait jusqu'à ce qu'il m'envoie sa première lettre. Soudain, cette étreinte et ces paroles de réconfort firent jaillir en moi un feu d'angoisse irrépressible que je tentai de ne pas laisser entrevoir à mon père ; il était déjà assez difficile de se séparer sans cela. Mais qu'allai-je faire sans mon papa chéri, sans Laura, seule, toute seule au milieu de tous ces inconnus, au milieu de ce décor inconnu dont je ne connaissais rien ? Mais déjà, mon père m'entraînait vers le Poudlard Express, me faisait grimper sur le marchepied et dans le train, me hissait ma valise et me criait un au revoir dans lequel je sentais toute sa peine et toutes ses inquiétudes. L'instant d'après, les portes se refermaient en un bruit sec qui scellait mon destin. J'étais seule, debout à l'entrée d'un wagon, ma canne blanche dans une main, ma valise trop lourde pour moi dans l'autre ; les gens passaient, me bousculaient et personne ne semblait me remarquer. On riait, on posait des questions, on cherchait une place et je me sentais tout à coup transparente, seule, inutile, incapable. Je sentis mes yeux me piquer et je savais que les larmes n'étaient pas loin, mais je ne devais pas pleurer : si je voulais montrer aux autres que j'étais aussi capable qu'eux d'entrer dans cette école, je devais me montrer forte.

Peu à peu, les couloirs se vidèrent, les bruits des voix s'estompèrent derrière les portes des compartiments et je n'entendis bientôt presque plus que le son régulier du train, ce train qui m'emportait vers je ne savais quelle vie, ce train dans lequel j'étais debout parce que je n'avais personne pour me guider, dans lequel j'étais seule, perdue.