CHAPITRE 3 : Neuf heures le premier septembre
Au matin du premier septembre, Teddy se leva aux aurores. Il n'était pas encore sept heures lorsqu'il sauta du lit. Il s'habilla à toute vitesse, les mains tremblantes d'excitation. Il hésita un moment entre enfiler des vêtements moldus et passer son uniforme. Incapable de contrôler son impatience, il opta pour le blazer, le pantalon noir et la chemise blanche de l'école. N'y manquaient plus que le blason et la cravate de sa future maison. Le temps de ranger dans sa malle les derniers effets qu'il n'avait pas pu emballer plus tôt, il s'amusa à essayer de deviner où le Choixpeau l'enverrait.
Lorsque sa grand-mère l'appela pour le petit déjeuner, il était prêt, sa baguette toute neuve dans sa poche, ses cheveux soigneusement coiffés et ses affaires impeccablement rangées. En le voyant arriver, Androméda Tonks ne put retenir un sourire.
« Tu n'étais pas obligé d'enfiler ton uniforme maintenant.
_ J'en avais envie. »
Il s'installa à table et mordit dans le toast à la marmelade de citrouille que lui tendait sa grand-mère.
« Je suis très fière de toi, Teddy. Et je suis sûre que là où ils sont, tes parents sont très fiers de toi aussi.
_ Tu sais dans quelle maison ils sont allés, n'est-ce pas ? »
Androméda s'installa face à lui et le regarda manger avec un certain pincement au cœur. D'ici quelques heures, il allait partir pour Poudlard, la laissant seule jusqu'aux vacances de Noël. Son absence allait très certainement se faire ressentir. Teddy était un enfant que l'on ne pouvait pas manquer. Ses éclats de rire et ses jeux, bien que solitaires, s'entendaient généralement dans toute la maison.
« Ta mère était à Poufsouffle, tu le sais très bien.
_ Elle a été préfète ? »
Androméda éclata de rire.
« Non, Nymphadora n'aurait jamais pu être préfète et Dumbledore le savait très bien d'ailleurs.
_ Pourquoi ? »
Elle hésita un instant et se dit que son petit-fils était très loin du caractère de sa mère. Par bien des aspects, il ressemblait davantage à Remus. Ceci dit, il semblait à Androméda que, adolescent, le jeune Lupin n'avait pas réellement été un modèle à suivre.
« Elle n'a jamais su se plier à un règlement. Si tu savais le nombre de hiboux que m'envoyait le professeur Chourave au sujet des punitions qu'elle lui donnait. »
Elle pointa l'index sur lui.
« Et d'ailleurs, je te mets en garde Teddy Lupin ! Il est hors de question que je reçoive des hiboux pour m'annoncer des retenues ou un comportement inadmissible. Si jamais ça arrive, je te promets que j'entrerai en salle de cours pour t'attraper par le col et te ramener séance tenante à la maison ! »
L'image de sa grand-mère entrant dans une salle de classe avec la rage d'un vert gallois s'imposa à l'esprit du garçon qui acquiesça vivement. Par acquis de conscience, il ne s'aventura cependant pas à faire de promesse.
« Et papa, il était bien à Gryffondor, non ? demanda-t-il en terminant son toast.
_ Gryffondor, oui. Et lui était préfet. »
Le regard de Teddy s'alluma.
« Je le serais peut-être aussi. Dis, tu crois que je pourrais ?
_ Tu pourrais certainement si tu te tiens bien. »
Elle se leva et commença à débarrasser le petit-déjeuner.
« Mais la sélection des préfets ne se fait qu'en cinquième année, tu as encore un peu de temps devant toi pour ça. Maintenant dépêche-toi où nous allons arriver en retard. Pour ton premier jour, ce serait tout de même dommage. »
Lorsque le petit-déjeuner ne fut enfin plus qu'un souvenir, tous deux sortirent dans le jardin qui occupait le devant de la maison. En refermant la porte derrière elle, Androméda songea avec tristesse que, bien des années plus tôt, c'était sur cette même pelouse que Hagrid et Harry s'étaient écrasés avec la vieille moto volante de Sirius Black. A cette époque, Ted était encore auprès d'elle. Merlin, il ne se passait pas un jour sans que son défunt mari ne lui manque horriblement.
« Je ne vois pas de balai. Comment on va faire pour aller à Londres ? »
Androméda ne répondit pas mais elle tira sa baguette de sa poche et exécuta un geste qui sembla bien compliqué à Teddy. Dans les secondes qui suivirent, il y a eut comme une explosion puis l'air vibra et, tout à coup, apparut un gigantesque bus rouge à trois étages. Il tanguait tellement d'un côté et de l'autre qu'il donnait l'impression d'être sur le point de basculer à tout instant.
La porte s'ouvrit sur une jeune femme aux longs cheveux blonds et portant un uniforme bleu foncé. Sur sa poitrine était agrafé un badge portant le nom : Betty.
« Vous avez demandé le Magicobus ? s'écria-t-elle en effectuant une courbette avec son képi. Betty à votre service où allons-nous ? »
Son regard tomba sur Teddy et ses yeux s'agrandirent, de surprise, de joie, d'amusement, l'enfant ne sut pas le dire.
« Tu vas à Poudlard ? demanda-t-elle.
_ C'est ma première rentrée, s'écria Teddy en tirant sa malle derrière lui.
_ Nous allons à la gare de King's Cross, confirma Androméda en donnant un coup de main à son petit-fils.
_ Dans ce cas, en route pour Londres. Veuillez prendre place. »
Le temps que sa grand-mère paye les tickets, Teddy traîna sa malle jusqu'à une banquette vide. Bien qu'il fasse déjà jour, une partie des sièges avait été remplacée par des lits à baldaquins. Dans un coin, une sorcière portant un bonnet de nuit ronflait bruyamment.
Il se trouva une place correcte et s'assit. Sa grand-mère vint le rejoindre.
« On dirait que nous ne sommes pas les seuls à avoir choisi ce moyen de transport. »
Elle désigna d'un signe du menton un couple accompagnant deux enfants sensiblement du même âge que Teddy et un homme entouré d'une flopée de gamins chahutant bruyamment. Pendant ce temps, les portes se refermèrent et dans un formidable bond, le Magicobus se mit en route.
Teddy agrippa le dossier du siège devant lui et s'y tint fermement. Les cahots et bonds du bus lui donnèrent mal au cœur. Il serra les dents, ne répondant aux quelques réflexions de sa grand-mère que par de brefs hochement de tête. Betty s'approcha d'eux, se tenant aux sièges et montants de lits pour ne pas perdre l'équilibre.
« Première année, dit-elle alors avec un grand sourire. C'est une grande première.
_ Oui madame. »
Betty éclata de rire.
« Appelle-moi Betty. Madame, c'est ma mère. Est-ce que tu as une idée de la maison dans laquelle tu vas être envoyé ? »
Teddy secoua la tête.
« Ma mère était à Poufsouffle et mon père à Gryffondor. Est-ce que le Choixpeau envoie toujours les gens de la même famille dans la même maison ? Parce que sinon, comment il va faire pour décider entre Poufsouffle et Gryffondor ? »
Tout à coup, une idée effleura son esprit et il se tourna vers Androméda.
« Tu es allée à Poudlard toi aussi ? »
Betty ne put retenir un éclat de rire et l'enfant ne comprit pas pourquoi le regard de sa grand-mère s'allumait tout à coup d'une lueur de vexation.
« Evidemment, répondit-elle, je ne suis pas vieille au point de ne pas avoir connu Poudlard.
_ Dans quelle maison tu es allée ?
_ Gryffondor. »
Elle n'ajouta pas que, à l'image de son cousin Sirius, elle avait été bannie de la famille à cause de ce choix. Les Black allaient à Serpentard de génération en génération et ceux qui dérogeaient à la règle étaient simplement évincés, reniés. Lorsqu'elle avait épousé Ted, un né-moldu, elle avait marqué définitivement la rupture entre elle et le reste de sa famille. A l'époque, elle en avait beaucoup souffert. Le rejet n'est pas quelque chose d'agréable à subir et même si, comme Sirius, on tente de faire avec et de faire croire qu'on s'en fiche, la blessure est bien là, quelque part, qui palpite et ne guérit jamais. Androméda avait été fortement affectée par sa solitude. Sans Ted, elle n'aurait jamais su faire face. Elle aurait probablement fini par devenir aussi folle que sa sœur, Bellatrix, ou aussi névrosée que Narcissa.
Teddy fronça les sourcils et se tourna vers Betty.
« Et vous ?
_ J'étais à Serdaigle. Mais je ne suis pas allée jusqu'à mes ASPIC. »
Elle manqua de peu de perdre l'équilibre lorsque le bus fit un crochet particulièrement serré pour passer entre deux voitures moldues.
« Un conseil, petit, n'arrête pas tes études en cours de route si toi non plus tu ne veux pas écoper d'un travail qui ne vaut pas le coup.
_ Ça n'a pas l'air si mal que ça. »
Betty fronça le nez et baissa le ton comme si elle craignait que le chauffeur ne l'entende, ce qui était très probablement le cas d'ailleurs.
« Pour un voyage de temps en temps, ce n'est pas désagréable et ça a même quelque chose d'amusant. Mais à force, c'est pénible, crois-moi. Alors travaille bien à l'école et étudie, passe tes ASPIC. Tu as une idée du travail que tu veux faire plus tard ? »
Teddy haussa les épaules. A onze ans, il ne s'était pas encore préoccupé de ce genre de choses. Il n'eut cependant pas le temps de répondre. Dans un hurlement de pneus, le Magicobus freina net et il se sentit projeté contre le dossier de la banquette face à la sienne. Il en eut le souffle coupé durant quelques dixièmes de seconde.
Betty s'éloignait déjà pour ouvrir les portes.
« Londres ! cria-t-elle pour être entendue jusqu'au troisième étage. Gare King's Cross ! Londres ! »
Androméda aida Teddy à sortir sa malle. Les quelques autres voyageurs qui emmenaient leurs enfants sur le quai de la voie 9 ¾ descendirent également et Teddy se retrouva pris dans la masse des gamins qui chahutaient et se disputaient. Deux filles se tiraient sans cesse les cheveux en poussant des glapissements de gnomes de jardin.
Une fois sur la terre ferme, Teddy se sentit soulagé d'avoir quitté le Magicobus. Finalement, il comprenait ce que voulait lui dire Betty au sujet de son travail. Bien qu'il ne fut plus soumis aux bonds et autres cahots, il avait la sensation que le sol cherchait à danser sous ses pieds.
« Nous y voilà, annonça Androméda en choisissant un chariot sur lequel elle hissa la malle de Teddy. Allons, dépêche-toi, ce serait dommage de louper le train. »
La seule idée de se retrouver sur le quai alors que tous ses camarades partaient pour Poudlard lui donna un frisson d'horreur et Teddy se mit en route. Il suivit sa grand-mère qui poussait le chariot.
Evidemment, il avait quelques connaissances du monde moldu grâce à sa tante Hermione dont les parents n'avaient aucune aptitude à la magie. Teddy avait souvent passé quelques jours dans la maison qu'elle partageait avec Ron, son mari, et il avait été amusé de tous les gadgets moldus qu'ils possédaient. Tous deux disaient souvent en riant qu'il semblait partager le même intérêt que son grand-père Arthur pour tout ce qui touchait à l'absence de magie. Mais là où ce dernier vouait un véritable culte, Teddy, lui, ne ressentait que de la curiosité. Cependant, le garage du Terrier était une véritable mine d'or avec tous ces objets dont la moitié ne fonctionnait même pas et il aimait passer des dimanches après-midi en compagnie de son grand-père à bricoler ou à faire semblant de savoir réparer quelque chose.
La gare était particulièrement animée et, surtout, était gigantesque. Des trains, sur le départ, laissaient échapper des sifflements pour prévenir les voyageurs qu'il fallait impérativement embarquer. D'autres entraient dans d'horribles ronflements de machine. Un homme en costume et cravate poussa Teddy en criant à l'une des machines de l'attendre mais lorsqu'il arriva finalement sur le quai, le train était déjà presque parti et il poussa un cri de rage, jeta sa serviette en cuir au sol.
Androméda poussa le chariot d'une main et de, de l'autre, gardait une prise sur la manche du blazer de son petit-fils. S'il y avait bien une chose qu'elle craignait, c'était de le perdre. Teddy était un enfant très curieux et il ne lui faudrait pas grand-chose pour que son attention soit captée par un panneau ou une affiche.
« Contrôle-toi, dit-elle à mi-voix, les moldus ne doivent pas te voir. »
Il fit un terrible effort pour empêcher ses cheveux de changer de couleur et ce fut avec soulagement qu'il vit un groupe d'enfants poussant des chariots semblables au sien. Ils semblaient se diriger vers un mur et Teddy ouvrit de grands yeux lorsqu'il en vit un passer littéralement au-travers des briques et disparaître.
Androméda vérifia que personne ne les regardait puis elle lui donna ses dernières recommandations.
« Marche droit devant toi, d'un pas ferme et pense très fort à la voie 9 ¾. Tiens, prends le chariot, c'est plus facile comme ça. »
Teddy prit une grande inspiration et se dit que le mieux était certainement de ne pas trop réfléchir. Il agrippa fermement la poignée de son chariot et poussa d'un coup sec. Le poids de sa malle l'emporta en avant, il gagna rapidement de la vitesse. Le mur se rapprochait à toute allure. S'il n'avait pas vu les autres enfants passer au-travers, il aurait été persuadé de le percuter. Mais il savait, il savait, il savait…
Il poussa néanmoins un cri lorsque l'avant du chariot toucha les briques. Il s'attendit à ressentir un choc mais il n'y eut rien de tel. Il continua simplement d'avancer comme si de rien n'était. Et tout à coup, il réalisa qu'il n'était plus au milieu des moldus.
Un panneau fixé dans le mur annonçait : Poudlard Express, voie 9 ¾. Toute une foule se massait sur le quai dans un tintamarre effrayant. Teddy ne fut pas bien sûr de bien saisir tout ce qu'il entendait : des chouettes ululaient, des adolescents criaient, des gens rappelaient leurs enfants à l'ordre, un chien aboya et, quelque part, une fillette appelait en pleurant un certain « Pompon ».
Androméda ne mit que quelques secondes à le rejoindre. Elle l'éloigna délicatement.
« Ne reste pas dans le passage.
_ Grand-mère, où est le train ? »
Elle leva brusquement les yeux vers les voies et constata avec stupéfaction que les rails étaient vides. Le quai était bondé, les gens guettaient l'horizon mais le Poudlard Express brillait par son absence.
« On est peut-être un peu trop en avance. »
Sept ans durant, bien des années plus tôt, Androméda avait accompagné sa fille sur le quai de la voie 9 ¾. Sept ans durant, elle avait regardé son mari l'aider à hisser sa malle à l'intérieur de l'Express et sept ans durant, elle avait observé avec un pincement au cœur sa petite Nymphadora qui agitait la main en signe d'au revoir.
Mais jamais elle n'était arrivée avant le train.
Elle jeta un œil à l'immense pendule qui surplombait le quai. Les aiguilles indiquaient huit heures et quarante-cinq minutes. Le train aurait dû être là depuis bien longtemps. Les gens se massaient de plus en plus sur la voie. Certains se penchaient pour mieux voir l'horizon. Peu à peu, la rumeur se répandait d'un bout à l'autre du quai : « où est l'Express ? »
Teddy se crispa de plus en plus sur la poignée de son chariot.
« Grand-mère, ne cessait-il de demander. Où est le train ? Pourquoi est-ce que je ne le vois pas ?
_ Il ne va plus tarder.
_ Et si il était déjà parti ? Si on l'avait manqué ?
_ Je ne crois pas. Il y a beaucoup de monde ici, personne n'est monté à bord, j'en suis sûre. »
Le bruit s'intensifiait de plus en plus jusqu'à devenir presque insupportable. Quelque part à droite de Teddy, un homme se mit à vociférer.
« Mais de qui se moque-t-on ? criait-il. Où est l'Express ? Qu'est-ce que c'est que cette histoire ? »
La pendule marquait déjà huit heures et cinquante deux minutes. Le train n'était toujours pas là. Un hibou s'envola d'un chariot, un parchemin attaché à la patte. Dans les minutes qui suivirent plusieurs dizaines d'autres le suivirent.
Teddy sentit la main de sa grand-mère se poser sur son épaule et l'étreindre fortement. Elle semblait au moins aussi inquiète que lui.
« Qu'est-ce que ça veut dire ? demanda-t-il.
_ Je ne sais pas. »
Il laissa encore passer quelques instants puis, n'y tenant plus, il posa la question qui lui brûlait les lèvres depuis suffisamment longtemps.
« Je ne vais pas pouvoir aller à Poudlard, n'est-ce pas ? J'aurais le droit d'y aller l'année prochaine quand même ? »
Androméda baissa les yeux sur lui. Il y avait une telle déception dans son regard qu'elle en eut presque le cœur brisé.
« Evidemment que tu iras à Poudlard. Ce n'est qu'un contre-temps, c'est tout. L'Express ne va plus tarder maintenant. »
Après tout, les trains moldus étaient souvent en retard, eux. Androméda en avait entendu parler. Si elle se souvenait bien, c'était Hermione elle-même qui l'avait mentionné un jour, elle ne savait plus très bien quand, peut-être à Noël ou à un autre moment, au final, ça n'avait pas tellement d'importance. Mais la pendule annonçait maintenant neuf heures et une minute et l'Express n'était toujours pas arrivé. Au loin, l'horizon était désespérément désert, sans fumée ni grondement de moteur pour annoncer son arrivée.
D'autres hiboux prirent leur envol. Certaines personnes se mettaient maintenant à crier de rage. Des enfants pleuraient. Teddy lui-même sentit les larmes poindre au coin de ses yeux.
A neuf heures et huit minutes, le train était toujours absent et des gens commençaient à transplaner dans de grands craquements. Beaucoup de hiboux étaient partis mais aucun n'était revenu.
Teddy et Androméda s'étaient installés dans un coin où l'agitation qui régnait sur le quai ne les atteindraient pas trop. Les gens commençaient à se bousculer, certains paniquaient ouvertement. Quelque part, une femme se mit à hurler que Voldemort était de retour et avait détruit l'Express, provoquant une vague de panique autour d'elle. En moins de deux minutes cependant, elle disparut à son tour dans un craquement et Androméda se demanda dans quelle mesure des aurors ne venaient pas de l'emmener précipitamment pour éviter un mouvement de foule.
Mais si les aurors surveillaient les choses d'aussi près, alors pourquoi personne ne venait se donner la peine de leur expliquer ce qui se passait ou au moins ne venait les rassurer ? De l'avis d'Androméda, les choses étaient pires ainsi.
Neuf heures et quinze minutes. Il était maintenant clair que l'Express n'arriverait pas et d'ailleurs le quai se vidait de plus en plus. Des gens tiraient leurs enfants derrière eux pour les amener vers le passage où ils s'amassaient. Un garçonnet semblait bloquer l'entrée, il hurlait tellement fort qu'il couvrait presque le bruit ambiant à lui tout seul. Ses parents tentaient de le tirer vers la barrière afin de lui faire regagner la gare de King's Cross mais il s'agrippait fermement à un poteau en clamant qu'il voulait aller à Poudlard.
Teddy comprenait tout à fait sa déception bien qu'il trouvât qu'il en faisait beaucoup de trop. Lui-même se demandait ce qui allait se passer maintenant.
A neuf heures et dix-sept minutes, une série de craquements résonna sur le quai et plusieurs personnes firent leur apparition. Ce fut avec un réel soulagement que l'enfant reconnut son parrain.
« Oncle Harry ! »
Lâchant son chariot, il se précipita dans les bras de l'homme qui venait à leur rencontre. Celui-ci avait lui aussi l'air soulagé.
« Je suis content de vous trouver ici. C'est la folie, les hiboux arrivent en masse au ministère, les gens commencent à paniquer et certains transplanent devant des moldus. Bonjour Androméda, je suis désolé de ne pas avoir pu venir plus tôt.
_ Bonjour Harry. Qu'est-ce qui se passe, où est le Poudlard Express ? »
Harry Potter passa la main dans les cheveux de Teddy qui s'accrochait à lui avec des yeux emplis d'espoir.
« Nous n'en savons rien, répondit-il. De ce que j'ai entendu dire, c'est la première fois de toute l'histoire de Poudlard que l'Express n'est pas au rendez-vous. »
Il ne put aller plus loin. La voix magiquement amplifiée de l'un de ses collègues résonna sur le quai, attirant l'attention de tous ceux qui étaient encore présents.
« Mesdames, mesdemoiselles, messieurs, veuillez ne pas paniquer ! »
De l'avis d'Androméda, il était déjà trop tard.
« L'absence du Poudlard Express n'est qu'un petit contre-temps mais je vous promets que vos enfants auront l'occasion d'aller à Poudlard aujourd'hui et que dans quelques heures tout ceci ne sera qu'un mauvais souvenir.
_ C'est vrai ? demanda précipitamment Teddy à Harry. Je vais pouvoir aller à Poudlard aujourd'hui quand même ?
_ Bien sûr, le ministère est en train de mettre en place des moyens pour permettre aux gens de se rendre en toute sécurité à Pré-Au-Lard. Pour des raisons de sécurité, le transplanage a été rendu impossible, sauf pour les membres du gouvernement et les aurors. »
C'était ce qu'était justement en train d'expliquer son collègue. Les gens se massaient autour de lui.
« Le Magicobus va être bondé, Androméda. En tant qu'auror, j'ai un passe-droit pour le transplanage. Je crois qu'il est plus raisonnable que j'emmène Teddy moi-même. »
Elle acquiesça puis se pencha vers son petit-fils.
« Tu vois, tu vas pouvoir aller à l'école quand même. »
Elle l'embrassa sur le front.
« Bon voyage, Teddy Lupin, tu vas me manquer.
_ A moi aussi tu vas me manquer, grand-mère.
_ Sois bien sage à l'école, et travaille bien. On se revoit pour Noël. »
Il acquiesça tandis qu'elle l'embrassait à nouveau, sur la joue cette fois. Pendant ce temps, Harry se chargeait de la malle puis il prit la main de son filleul dans la sienne et la serra.
« Je sais que tu n'aimes pas ça, mais ça ne durera que quelques secondes.
_ Il n'y a vraiment pas d'autre… »
L'enfant n'eut pas l'occasion de terminer sa phrase. Dans un craquement qui fit vibrer l'air, il disparut. Quelques secondes durant, Androméda observa la place désormais vide devant elle puis elle soupira tristement.
Il était neuf heures et vingt-trois minutes et son petit-fils était parti pour de longs mois. Elle était seule, entièrement seule. Elle prit doucement la poignée du chariot et commença à le pousser jusqu'au passage. C'était la première fois, depuis la mort de Ted, qu'elle se retrouvait aussi seule. Jusqu'ici, elle avait toujours eu Teddy avec elle. Remus et Nymphadora n'avaient jamais eu l'occasion de fonder leur propre foyer et durant la période qui avait suivi leur mariage, ils avaient principalement vécu chez elle.
Depuis sa naissance, Teddy n'avait jamais réellement quitté sa grand-mère, sauf pour se rendre à l'école moldue. Mais aujourd'hui, Androméda prenait conscience qu'il ne rentrerait pas pour le souper, qu'il ne dévalerait plus les escaliers en hurlant avant un long moment et qu'il ne la harcèlerait plus de questions au sujet de Poudlard et de ses parents.
Teddy n'était pas parti depuis cinq minutes qu'il lui manquait déjà horriblement. Et pourtant, elle était très fière de lui et n'aurait jamais voulu, pour rien au monde, l'empêcher d'aller à Poudlard aujourd'hui.
