Résistance

Il y avait de la brume ce soir. On ne voyait pas à deux mètres. La petite blonde zigzaguait entre les rosiers du jardin. Elle essayait de penser à autre chose. Certes le lapin blanc en costume était sortit du chapeau mais maintenant elle devait s'en sortir au pays des merveilles. Bon, elle était la clef qui permettait l'accès à une chose : le pouvoir. Est-ce que cette chose était bonne ou mauvaise ? Tout dépend de la personne qui l'obtient. Est-ce que cette chose peut rendre mauvaise une personne : oui. Dans ce cas comment pouvait-elle faire pour ne pas tomber amoureuse ? C'était impossible. Elle allait forcément tomber amoureuse un jour ou l'autre. Elle n'était qu'une adolescente après tout. Bon, à ce rythme elle courrait droit à la catastrophe. Elle devait peut être trouver une personne qui ne connaisse rien de toute cette histoire de pomme et d'Eve ? Mais si la personne l'apprenait entre temps elle était fichue. Si seulement il y avait une personne qui se fichait bien de tout ça ! Qui la voulait elle pour elle sans attendre le jardin d'Éden ! Elle aurait juste à passer alors encore plus de temps avec lui et laisser les hormones faire le reste !

-Eve, appela-t-on derrière elle.

Sans réfléchir d'avantage elle couru, sauta par dessus quelques rosiers et couru encore. Elle s'arrêta ensuite prêt du lac en pensant être sauve.

-Je t'ai trouvé, dit une autre voix toute collée à son dos.

Elle bondit en avant et se dépêcha de se retourner. Un blond aussi beau que les frères Sakamaki lui faisait face, un pétale de rose à la main.

-Bonjour, M Neko-chan, lui lança-t-il.

Elle voulu tourner sur sa droite mais un autre homme coiffé d'un béret lui barrait la route. Elle se mit alors à reculer maladroitement vers la seule direction qui semblait être libre mais son dos heurta une personne qui râla lors du choc. Elle se retourna aussitôt et dût lever la tête pour rencontrer le regard acerbe d'un géant.

-Ne fuis pas bétail, lui ordonna ce dernier.

-Toi, tu as la même odeur que moi, dit l'homme au béret qui s'était rapproché de son dos.

Elle tenta une pirouette et s'enfuit de nouveau vers le manoir. Elle couru plus vite qu'elle n'aurait cru cela possible. C'était eux, ceux qui avaient fait exploser la voiture. Mais ils étaient quatre ! Alors où.. ?

-Eve. Je viens te chercher, lança une ombre dans le brouillard devant elle.

Elle était fichue. De toutes ses dernières forces elle se mit à hurler. Il fallait qu'ils l'entendent et qu'ils viennent, il fallait.. Trop tard. Elle ne pouvait qu'espérer qu'au moins un des frères avait entendu son cris et préviendrait les autres. Une main sur sa bouche l'empêchait de sortir un nouveau cri tandis qu'un mouchoir qu'on appliquait sur son nez lui faisait perdre connaissance.

-Eve.

Yui se releva en sursaut. En un rapide coup d'œil autour d'elle elle comprit qu'elle n'était pas dans sa chambre ni nul part chez les Sakamaki. On l'avait amené dans une immense maison qui faisait un peu penser au manoir des Sakamaki mais en un style plus lumineux et plus jeune.

-Tu t'es enfin réveillée, lança une voix à côté d'elle.

Effrayée par la situation elle n'arrivait plus à rassembler ses idées. Tout devenait confu, c'était fichu, elle n'avait plus d'armes pour leur faire face.

-Tu es un bétail assez dormeur, continua-t-il.

-Bétail ?, reprit-elle.

Ce mot avait au moins réussi à la sortir de sa torpeur et à la recentrer. Ah oui comme ça elle était du bétail ? Il ne perdait rien pour attendre celui là.

-Où suis-je ?, demanda-t-elle froidement.

-Tais toi !, cria-t-on à côté d'elle.

Le géant était apparu comme par magie, la magie des vampires.

-N'en fais pas tout une histoire maudite truie !, reprit ce dernier.

-Tu es un troll bien bruyant je trouve pour me demander de ne pas en faire toute une histoire.

-Allons, allons, vous ne pouvez pas lui en vouloir d'être comme ça après s'être fait soudainement capturer par des étrangers. Pas vrai, M Neko-chan ?

Yui n'avait pas besoin de tourner la tête pour savoir de qui il s'agissait. C'était à coup sûr ce blond, personne ne l'avait jamais appelé comme ça de toute sa vie.

-Dis aimes tu la douleur ?, demanda celui au béret en lui prenant la main.

-Et c'est moi que tu appelles M Neko-chan petit blond sarcastique ?, pensa-t-elle en retirant sèchement sa main.

Le gentils bavard lui fit ensuite les présentations. Celui qui semblait être le chef s'appelait Ruki, le blond Kou, le masochiste Azusa et le troll Yuma. Ils étaient les quatre frères Mukami.

-C'est ici que nous vivons et que tu vas vivre à présent, annonça Kou.

-C'est toujours beau de rêver. Bon, maintenant je retourne à mon pays des merveilles si vous permettez.

En prononçant ces derniers mots elle se dirigea vers ce qui semblait être la porte d'entrée. Malheureusement elle ne put confirmer sa théorie parce qu'on l'attrapa par le menton et la fit volter face à Ruki.

-Peut importe ce que tu penses, nous n'avons besoin que du sang d'Eve pour ce plan. Car tant que tu as le sang d'Eve nous serons en mesure de trouver un Adam.

Elle soupira bruyamment pour bien leur montrer son agacement et repoussa la main qui emprisonnait le bas de son visage. Elle repartit en direction de la porte d'un pas lent et sûr. La seule force que l'on avait devant ce genre de situation était son esprit. Elle avait déjà bien failli perdre toute contenance si on ne l'avait pas insulté, vive la susceptibilité.

-C'est étonnant que tu ne sois pas effrayée plus que ça, lui envoya-t-on.

-Ce n'est pas comme si je vivais avec des vampires, répondit-elle en poussant la grosse porte.

Elle grognassa un peu en constatant qu'aucun des battants ne voulaient bouger. Elle se recula d'un pas et leva la jambe à la hauteur de sa taille. L'ancienne Yui ne serait jamais arrivée jusque là alors que la nouvelle s'apprêtait à défoncer la porte d'une maison de vampire. Cette idée la fit sourire légèrement.

Une grosse main s'abattit sur sa cheville alors que son pied allait heurter la porte.

-On ne t'a pas apprit à ne pas tout détruire chez les gens ?

Ruki la fusillait du regard. Comment osait-elle leur résister ? Il n'allait pas être facile de la mater.

-Et garder en captivité les gens tu trouve ça plus sympathique peut être ?, répondit-elle en reposant son pied au sol. Les Sakamaki ne sont pas complètement rustres, eux au moins.

Elle savait très bien qu'elle n'aurait jamais dût dire ça mais une petite voix en elle disait bien qu'elle en mourrait d'envie.

-Ne nous compare pas à eux !, s'énerva le blond.

-Alors voici ton vrai visage, pensa-t-elle.

Le présumé chef de famille enroula son bras autour de sa taille et la passa par dessus son épaule. Il la fit traverser la demeure à une vitesse impressionnante. Yui ne savait plus par quel chemin ils étaient passés. Elle se retrouva projetée au sol et releva la tête.

-Vide toi la tête ici un moment, dit-il avant de fermer la porte.

Elle se releva avec douleur. La porte avait était fermée à clef et impossible de la défoncer. Yui soupira en regardant la pièce autour d'elle. Il n'y avait pas une lumière dans ce qu'elle pensait être une chambre. La seule lumière qui permettait de ne pas être plongé complètement dans le noir provenait de la lune et passait par de grandes vitres. C'était vraiment effrayant et glauque tout ça.

Yui ne pouvait pas rester là. Certes, ils pensaient qu'il suffisait d'obtenir son sang pour devenir un Adam et étaient si horribles qu'elle ne pourrait jamais tomber amoureuse de l'un d'eux. Elle repensait à Ayato. Elle espérait vraiment qu'il ait entendu son cris, ou n'importe quel autre frère.

Un bruit de cliche dans la porte. Elle attendit un peu mais rien ne venait. On avait délibérément ouvert sa porte. Mais pour quelle raison ? Qu'avait-elle le plus envie de faire ? S'enfuir loin d'ici et ne plus jamais revenir. C'était probablement ce qu'on attendait d'elle, ainsi on pourrait l'attirer dans une autre pièce plus tranquille pour la punir de ne pas s'être montrée obéissante. Par conséquent franchir cette porte était la pire des idées. Comment pouvait-elle sortir ? Elle regarda une nouvelle fois autour d'elle puis par la fenêtre. Elle devait bien être au deuxième étage. Peut-être que si elle atterrissait sur un des petits buissons elle ne se ferait pas trop mal. Elle attrapa une chaise et fracassa une vitre. Ce n'avait pas été facile mais elle y avait mit tout son cœur. Elle sauta de la fenêtre en espérant que le grand bruit n'avait pas trop alerté les quatre frères.

-Tu es vraiment incorrigible, M Neko-chan.

Dans les bras du blond elle ne pouvait plus s'échapper. Le seule chose qui lui passa par la tête fût d'envoyer son poing dans la tête de son ''sauveur''. Elle regretta immédiatement son geste avec un couinement de douleur.

-Tu n'es vraiment pas gentille, M Neko-chan. Moi qui venait te sauver.

-Ne fais pas l'imbécile, grogna-t-elle.

-Tu as essayé de t'enfuir, gronda une voix plus grave.

Ruki, surgit de nul part, l'avait saisit à la gorge et l'élevait bien au-dessus de lui.

-Tue moi, je t'en prie, se força-t-elle à lui sourire.

Il la relâcha immédiatement à ces mots et elle s'écrasa au sol. Elle avait comprit qu'ils avaient besoin d'elle vivante, ça n'allait pas leur faciliter les choses. Il la laissa à peine reprendre son souffle qu'il la portait de nouveau sur son épaule. Il l'emmena cette fois-ci dans une chambre plus éclairée. Sur un meuble, il y avait une vieille photo d'un père et d'une mère avec un petit garçon qui avait les même cheveux que Ruki. Tous semblaient être des aristocrates anglais. Il s'empressa de coucher le cadre lorsqu'il vit qu'elle la regardait.

-C'est ici que tu passera la nuit. Je ne veux pas t'empêcher de t'enfuir mais tu sera punie si tu te fais attraper.

-Si vous êtes paresseux au point de ne pas vous donner la peine de me surveiller 24/24, autant ne pas m'attraper comme ça vous n'aurez même pas à me punir, proposa-t-elle en se relevant vers la porte.

-Tu es vraiment indisciplinée pour du bétail, lança-t-il en faisant claquer sa main sur cette même porte.

-Peut-être parce que je ne suis pas du bétail.

-Alors comme ça tu es Eve, continua-t-il en la forçant à se retourner vers lui.

-Ce n'est pas mon nom. Alors comme ça vous êtes un harceleur pervers et kidnapeur ?

-Qui aurait pensé que cette existence que nous cherchions était une femme aussi bavarde.

-Comme si tu ne parlais jamais, se défendit-elle. Alors comme ça tu es un noble ?, essaya-t-elle.

-Ça ne te regarde pas, tais toi.

Il enfonça ses crocs dans la peau blanche de son coup. Ça faisait mal, encore plus que pour les Sakamaki. Sentir ces lèvres sur son coup était vraiment horrible. Il la plaquait contre lui comme une vulgaire poche de sang. Pour cet homme Eve n'était rien de plus qu'un objet.

-Fiche moi la paix !, s'écria-t-elle en le repoussant.

Il lui avait arrachait un petit morceau de peau et le sang coulait abondamment sur le sol autour d'elle alors qu'elle entamait une course poursuite dans la chambre.

Finalement il réussit à la plaquer contre le lit et la mordit de nouveau. La chasse l'avait tellement excité qu'il suça le sang jusqu'à ce qu'elle n'ait plus de force pour le repousser.

Le pommier était là, il n'avait pas bougé au milieu de son rouage et de sa lumière blanche. Au loin on entendait des cloches d'Église. Yui sentait qu'il ne fallait pas que cet arbre s'éveille maintenant, il ne fallait surtout pas qu'il se mette à bourgeonner.

À son réveil elle était dans la petite chambre où l'on l'avait bordée dans le lit. Une gravure juste au-dessus de sa tête dans le bois de ce dernier représentait un gros arbre ressemblant à un pommier. Cette chambre aurait été préparée spécialement pour elle ? Non, pas pour elle, pour Eve. Elle remarqua qu'elle n'était plus vêtue de ses vêtements mais d'un pyjama de femme. Ils avaient donc tout prévu pour qu'elle vienne vivre avec eux. Et qui avait donc bien put la changer ? Sûrement pas un familier. Les petits pervers ! Ils ne perdaient rien pour attendre.

Elle se leva, s'habilla et sortit avec prudence. Derrière une porte elle entendit des éclats de voix, ses geôliers semblaient se disputer pour une crevette frite. Elle hésita quelques temps puis poussée par son estomac elle entrouvrit la porte. Le troll semblait donner la précieuse crevette à Azusa et Ruki arriva ensuite les bras chargés de nouveaux plats. Il les gronda un peu pour leur dispute puis il se tourna vers elle.

-Toi aussi tu manges, lança-t-il.

Yui lui aurait bien claqué la porte au nez en repartant à travers le manoir si sa faim ne lui dictait exactement le contraire. Elle s'assit en silence et mangea en réfléchissant. Alors c'était Ruki qui cuisinait ici. Elle les observa un peu, chaque bouchée lui donnant plus d'énergies pour éclaircir ses idées. Ils semblaient beaucoup plus proches que ne l'étaient les Sakamaki.

-Dépêche toi de manger, nous allons bientôt partir à l'école, lui apprit le cuisinier.

Elle resta sur sa chaise à les observer du coin de l'œil. Pourrait-elle aller à l'école elle aussi ? Ça pourrait être une occasion de retrouver les six frères..

-Tu restes avec Azusa, lança le blond.

-Hmm.

Elle devait tenter quelque chose, essayait au moins de faire passer un message à Ayato. Elle se donna un discret petit coup de fourchette sous l'ongle du pouce et se leva.

-Tu n'entends rien la truie ? Tu restes ici.

-Toi le troll je te prierais de ne pas crier dans mes oreilles, lui renvoya-t-elle.

Elle s'avança vers Ruki qui la toisait du regard avec méfiance. Elle monta sa main vers le col du vampire mais il la saisit d'un mouvement sec.

-Ton col, soupira-t-elle.

Surpris il la laissa réarranger son col et sans le savoir le marquer d'une petite goutte de sang.

-Voilà, je ne vais pas te croquer, se moqua-t-elle en retournant finir son assiette.

-M Neko-chan, Azusa n'est pas de tout repos alors soit prudente, la conseilla Kou.

Et c'est ainsi qu'elle se retrouva seule avec Azusa dans l'immense manoir. Pour plus de prudence elle retourna rapidement dans sa chambre mais ne trouva aucune clé pour s'y enfermer. Elle sentait bien que le masochiste pouvait surgir à tout moment et n'était vraiment pas tranquille. Elle réfléchissait encore et encore, comment pouvait-elle éloigner un masochiste ? Une personne qui trouvait son plaisir dans sa propre douleur était une chose qu'elle ne comprenait pas du tout.

-Yui, calme toi !, s'ordonna-t-elle pour elle même.

Elle devait absolument se concentrer. Que voulait un masochiste ? Qu'allait-il attendre d'elle ? Qu'elle lui fasse mal ? C'était une chose bien étrange qu'un vampire souhaite ce genre de choses. Outre cela, que pouvait-elle lui donner qui le troublerait assez pour qu'il la laisse tranquille ?

-Eve.

Oh misère ! Il était déjà là alors qu'elle n'avait encore rien trouvé ! Elle devait gagner du temps et trouver cette fichue solution.

-Viens dans ma chambre. Eve.

-Comme c'est dommage mais je voudrais prendre un bain et m'occuper de mes cheveux qui sont en pagaille alors tu vas devoir attendre, lui répondit-elle avec un grand sourire le plus innocent du monde.

-Viens maintenant. Je voudrais te montrer quelque chose.

-Non, tu vas attendre.

Azusa qui ne comptait pas attendre la tira jusqu'à sa chambre alors qu'elle freinait du mieux qu'elle pouvait. Il fallait qu'elle gagne du temps, qu'elle gagne plus de temps. Et cette peur qui l'empêchait de réfléchir normalement !

Ils arrivèrent rapidement à une chambre bleue où la porte se ferma lourdement derrière eux. Il la lâcha et elle se colla au mur prêt de la porte, prête à s'enfuir à toutes jambes. Azusa se dressait à côté d'un présentoir qui exposait une collection de poignards.

-Regarde, mes trésors.

Azusa semblait presque heureux de lui présenter ses armes. Ça en était presque touchant de le voir fier comme un enfant.

-Eve. Est-ce que.. tu m'aime ? Vas tu... me frapper ?

-Je crois que ce n'est pas la peine, t'es déjà frappa dingue, lui répondit-elle avec un sourire ironique. Elle reculait peu à peu vers la porte tout en le voyant s'avancer vers elle. Rien ne semblait pouvoir l'arrêter. Lui qui avait l'air le plus inoffensif, elle s'était bien faite avoir ! Peut être était-ce ça la solution, il n'était pas vraiment méchant.

-Dis moi Azusa, pourquoi aimes tu la douleur ?

-Parce que tout le monde est heureux quand je saigne. C'est la plus belle preuve d'amour qui soit, la preuve que je sois en vie !

Les yeux du vampire trahissaient son excitation. Yui comprit que cette façon de pensée avait probablement dut être le seul moyen qu'avait trouvé l'inconscient de Azusa pour le sauver d'un passé douloureux.

-Il y a une meilleure façon de démontrer des sentiments d'affection. Connais tu laquelle ?, le questionna-t-elle quelque peu attendrie.

-Une autre façon ? Meilleure ?, reprit-il.

-Oui.

Elle fit un pas vers lui et passa ses bras autour de son coup. Elle le serra un peu contre elle et passa doucement sa main dans ses cheveux.

-Là ça va aller, ça va aller, murmurait-elle en le berçant un peu.

Yui ne savait pas quelle tête faisait le vampire. Était-il surpris ? Impassible ? Elle le sentit bouger peu à peu et l'encercler de ses bras. Elle le laissa faire.

-Dans un câlin amical il n'y a rien de plus normal, se répétait-elle en silence.

Les crocs de la créature dans la gorge de sa victime arracha un couinement de douleur à cette dernière. Il avait osé..

-Tu n'avais pas besoin de me mordre, articula-t-elle avec un peu de difficulté.

Prisonnière de ses bras de fer, elle ne pouvait que s'en prendre à elle même. Elle s'était jetée dans la gueule du loup les bras grands ouverts. Ils restèrent ainsi une dizaine de secondes pendant lesquelles Azusa avala bruyamment autant de sang qu'il le put. Juste avant de perdre conscience, Yui aurait juré sentir des gouttelettes plus froides et moins visqueuses que le sang lui tomber sur l'épaule. Les vampires sauraient-ils pleurer ?

Dans son bain Yui passa une main sur la morsure d'Azusa. Elle lui faisait encore un peu mal même si une journée avait passé. Il avait osé cet enflure ! Alors qu'elle lui faisait un câlin ! Ce n'était pas un vampire pour rien, un buveur de sang avant tout.

La porte s'ouvrit brutalement la faisant sursauter. Ne l'avait-elle pas fermée à clef ?

-Hey la truie ! Viens avec moi !

Il la tira par le poignet hors de l'eau mais Yui réussit à se libérer de son emprise et replongea dans l'eau.

-Ça va pas la tête ! Troll détraqué!

-Ça va on ne va pas s'exciter à la vue de ton corps.

-J'en suis ravie mais maintenant dehors ! On ne rentre pas dans la salle de bain quand une femme y prend son bain.

-Dépêche toi, grommela-t-il en sortant.

En franchissant la porte elle jeta un coup d'œil à la serrure, elle était complètement défoncée ! Mais quelle brute celui là !

Yuma l'attendait dans le couloir. Elle le suivit jusqu'à un jardin potager à l'arrière de la cuisine.

-C'est toi qui t'occupe de ça ?, lui demanda-t-elle.

-Hmm. Viens m'aider à ramasser les tomates qui sont mûres.

-Rien que toi ? Personne ne t'aide.

-Non, il n'y a rien que moi et toi pour aujourd'hui, répondit-il agacé.

-C'est surprenant que rien ne soit détruit vu comme tu détruis les serrures de porte.

-Tu l'avais fermé à clé ?, s'étonna-t-il.

Un moment passa, perdu entre les tomates et les courgettes. On entendait que les légumes que l'on cueillait et les insectes voler.

-Yuma, pourquoi tu t'appliques à faire pousser tout ça alors que tu ne contrôles qu'à peine ta force ?

-Si on est bloqué on aura toujours de quoi manger.

-Mais t'as surtout besoin de sang, pas de légumes. Tu devrais plutôt élever des animaux.

-Tu es là.

Une tomate bien mûre vola vers le vampire qu'il rattrapa juste à temps. Il s'apprêtait à la gronder parce qu'on ne lançait pas de la nourriture comme ça mais lorsqu'il rencontra le regard de l'humaine et ne put dire un mot.

-De quel droit ? Vous avez une vie éternelle, ça ne pouvait pas vous suffire ? Pourquoi faut-il que vous veniez gâcher la mienne ?

-Là dessus je peux te comprendre, va. Après tout on était humain nous aussi avant. C'est parce que t'es Eve tout ça.

-J'ai rien demandé, grommela-t-elle. Et tu ne regrettes pas ta vie humaine?

-Pas vraiment. Avant de connaître mes frères, je vivais dans les taudis. C'est pas une période pleine de bons souvenirs. Si j'avais pas rencontré cet homme...

''Cet homme'' ? Il laissait sa phrase en suspend. Il n'attendait que ça, qu'elle lui pose une autre question pour avoir une excuse de lui sauter dessus. Le piège était grotesque et elle y serait probablement tombée avant que les Sakamaki la pousse à dévoiler ses vrais facultés mentales. Elle se tue, laissant quelques minutes passer en silence lourd. Elle faisait attention de bien se tenir à un minimum de quelques rangées de plantes de lui. Il n'oserait pas détruire lui même ses précieux plants.

-Viens.

-Non.

-J'ai dit viens alors tu viens !, s'énerva-t-il.

-Je ne suis ni votre bétail ni votre chien ! Alors allez payer des putes pour assouvir vos canines!Je suis sûre qu'au niveau de la perversité pour elles ça ne doit être qu'une chose de plus à leur liste. Pour ma part, allez vous..

Yui ne s'égosillait plus, elle ne le pouvait plus. Une main devant sa bouche, un bras passé sous sa poitrine et des crocs enfoncés dans sa gorge. Ça faisait mal ! De petites larmes coulaient de ses yeux.

-Ayato. Pourquoi ne m'as tu toujours pas retrouvé ? Que se passe-t-il en dehors de cette maison ?, supliait une voix.

-Délicieux, s'extasia le vampire.

Elle ne pouvait pas rester là à espérer que son sauveur arrive. Elle ne pouvait pas juste le laisser prendre tout ce qu'il voulait d'elle.

-Allez, donne m'en plus, râla-t-il alors qu'elle se débattait dans tous les sens.

Il n'eut pas à attendre longtemps avant que sa proie s'immobilise et perde connaissance, le laissant ainsi libre de se régaler.

Yui se réveilla dans le salon. Le soleil était en train de se coucher.

-Tu t'es enfin réveillée.

-Tu veille sur tes victimes maintenant ?, ironisa-t-elle en se relevant.

Sa tête lui tournait si fort qu'elle perdit l'équilibre et retomba sur le canapé sur lequel il l'avait installé.

-T'es sans espoir, soupira-t-il.

-Tu m'en as trop prit, gémit-elle en lutant pour rester consciente.

Elle le sentit s'asseoir à côté d'elle et se pencher au-dessus. Puis son souffle effleura son visage et on mit de force quelque chose dans sa bouche.

-Mange ça, la somma-t-il en poussant cette chose dans sa bouche. Je partage quelque chose qui m'est précieux alors déguste le.

C'était du sucre. Ce troll avait dû avoir une vie vraiment difficile pour encore considérer le sucre comme précieux de nos jours.

L'arbre était encore là, dans son rouage. Ce fichu arbre à cause duquel on lui prenait son sang, l'enfermait et l'humiliait. Elle voulu le fuir, loin encore plus loin, mais ses jambes ne firent pas trois foulées que des racines autour d'elle la ligotèrent et la ramenèrent vers le tronc. Elle se débattit de toutes ses forces mais l'arbre devint sa prison.

Elle se réveilla en haletant. On l'avait visiblement ramené dans sa chambre. Elle se releva et partit dans le manoir. Elle avançait elle ne savait trop où. Elle tomba sur une petite porte bleue qu'elle ne connaissait pas. Il y avait un faisceau lumineux en dessous et des bourdonnements de voix qui venaient de l'intérieur de la pièce. Elle resta à quelques mètres de la porte, le dos collé au mur. Elle distinguait clairement les quatre voix des vampires. C'était une réunion sur son sujet. Ruki demandait à ses frères si ils n'avaient détecté aucun signe d'éveil. Il avait lâché ''qu'il'' leur avait donné cette chance et qu'il fallait réussir ce plan de la pomme quoi qui leur en coûte pour lui.

-Je n'ai pas encore goûté à son sang, intervint Kou.

-Dépêche toi voyons !, le somma l'aîné.

-On a de la potion pour un mois encore, il peut prendre son temps, intervint Yuma.

Yui repartit à patte de chat à sa chambre, elle en avait assez entendu. Assise sur son lit elle repensait à ce qu'elle venait d'entendre. Ils la droguaient pour forcer l'éveil. Ignobles créatures ! C'était peut être l'explication de ses cauchemars étranges. Ils ne devaient pas devenir des Adam, aucun d'eux. Et puis qui était ce mystérieux ''il'' ? Tout ça semblait bien étrange, peut être que Shu pourrait lui donner plus d'information ? Si seulement elle pouvait le joindre.. Ils en faisaient de bons de gardiens ! en attendant elle devait trouver le moyen de ne plus boire leu mixture. Ils devaient probablement le cacher dans une boisson comme le thé ou autre vin qu'ils lui faisaient boire. Ça n'allait pas être facile mais elle ne devait jamais les laisser réussir.

Pendant les deux jours qui suivirent elle prétexta ne pas avoir envie de thé et se sentir un peu fatiguée pour boire du vin. Les vampires semblaient sensibles, voire irrités à ces changements de la part de leur prisonnière.

On toqua à la porte de sa chambre mais elle ne répondit rien. Elle connaissait ce genre d'irruption, le vampire derrière la porte ne venait là que pour une seule et unique chose. Elle passa derrière son lit, ce n'était peut être pas très malin mais c'était la seule chose qu'elle pouvait vraiment faire. La porte s'ouvra enfin sur Kou. Elle aurait dut se douter que c'était lui, outre le fait qu'il était le seul à ne pas être venu la mordre, elle se rappelait de la conversation des quatre frères.

-Tu ne réponds pas ?, demanda-t-il tout sourire.

Yui le regardait, méfiante. Qu'est-ce qu'il lui voulait avec son beau gros bouquet de roses rouges à la main ? Elle était où l'arnaque ?

-Tiens, cadeau !, s'écria-t-il en lui tendant le bouquet.

Yui le regardait sans bouger pour autant. Et puis après que voudras tu Kou ? La dernière fois qu'un vampire lui avait fait un cadeau c'était Reiji avec un thé empoisonné.

-En gage de notre amitié, insista-t-il.

-C'est bien gentils mais si tu veux bien je préférerais autre chose.

-Quoi donc ?, s'étonna le blond aux crocs acérés.

-La promesse que tu ne me mordras jamais sans mon autorisation.

-Tu ferais mieux d'accepter ces roses, Eve.

-Ce n'est ni mon nom ni mon prénom.

-Tant pis, je voulais faire ça de façon plus romantique, soupira-t-il.

Il s'avança vers elle en contournant le lit. Il avançait à pas lourd et lent qui faisaient bien monter l'adrénaline dans le corps de la jeune femme. Lorsqu'il fût presque trop près d'elle et assez loin de la porte elle se lança au-dessus du lit et couru vers celle-ci. Une main s'y abattit gravement.

-Tu reçois mais tu n'offre rien, gronda-t-il en la portant jusqu'au lit. Dans ce monde ce n'est pas comme ça que ça marche.

-Je n'ai rien accepté !, se défendit-elle en gigotant dans tous les sens.

Il la plaqua sur le lit en passant au-dessus d'elle.

-Voudrais tu arrêter de me faire autant chier ?, s'énerva-t-il en enfonçant ses crocs.

Yui se débattit encore et encore. Elle lui donna plusieurs coups de genoux et essaya même de le mordre.

-Je ne te tuerai pas. Pas tant que je ne deviendrai pas Adam.

-Tu prends tes rêves pour réalité, gémit-elle en le repoussant de tout ses petits muscles.

Il la remordit et suça inlassablement son précieux sang. Yui finit par s'endormir.

-Papa ! Pousse moi s'il te plaît !, cria une petite fille blonde sur une balançoire.

-Fais attention Yui, tu pourrais te faire mal, répondit le père en approchant d'elle.

Enfin un rêve normal. Elle ne s'était donc pas trompée, leur mixture se trouvait bien dans le thé ou le vin. Elle allait devoir être plus vigilante. La seule chose dont elle pouvait être certaine était qu'il ne la mettrait pas dans un plat ou tout le monde se sert et pareil pour la cruche de table avec laquelle tout le monde buvait car ça semblait précieux. Elle devait donc faire attention au thé, au vin et à la cruche d'eau que Ruki lui apportait dans sa chambre tout les matins. Mais en même temps elle devait trouver un moyen pour pouvoir boire. Elle avait bien mit un verre à sa fenêtre caché quelque feuilles de lierres mais il ne pleuvait pas sans arrêt alors elle allait aussi discrètement que possible à la salle de bain boire au robinet. Elle devait également vider régulièrement au cours de la journée la cruche d'eau de sa chambre pour ne pas alerter l'attention de Ruki qui veillait au grain.

Une nuit pendant laquelle elle se levait pour pouvoir boire un peu elle entendit des petits cris venant de la chambre de Kou. Elle y alla sur la pointe des pieds, la plus prudente du monde. Peut-être était-ce encore un nouveau piège ?

Kou dormait dans son lit mais semblait être malmené par un cauchemar assez horrible. Il suppliait que l'on arrête et criait qu'il ne voulait pas.

-Probablement des souvenirs de son passé, pensa-t-elle.

Elle s'avança lentement vers lui, s'accroupit prêt du lit et posa avec hésitation sa main sur l'épaule du bel homme.

-C'est finit. Tu es dans ta chambre maintenant. Ce n'est qu'un mauvais rêve. Tout va bien, tu peux être tranquille.

À force de paroles douces et de petites caresses maternelles le vampire se calma . Elle attendit deux minutes afin de s'assurer que ça n'allait pas lui reprendre puis se releva. Elle était en train de se retourner quand un bras la saisit à la taille et l'amena dans le lit. Par reflex, elle se mit en boule mais le prédateur ne râla pas. Il semblait toujours dormir profondément, tout contre elle. Elle soupira un peu puis passa sa main dans ses cheveux, elle avait l'impression d'avoir un enfant dans ses bras.

-Tu n'as plus rien à craindre maintenant Kou. Personne ne viendra te faire de mal ici.

-Reste, répondit-il en ouvrant subitement les yeux. Je ne te ferai rien. Toi non plus tu n'as pas à avoir peur.

-Comme si j'avais le choix, grognassa-t-elle .

C'était le soir. Les frères Mukami allaient bientôt partir à l'école en laissant un seul des frères pour la surveiller. Ruki entra soudainement dans la chambre. Immédiatement elle se recula vers la fenêtre. S'il s'approchait trop prêt elle pourrait toujours sauter même si elle était au troisième étage.

-Tu as dix minutes, lança-t-il sans faire plus attention à son comportement.

Il posa un uniforme scolaire sur le bureau et repartit aussitôt.

Sur le trajet elle pensait à cette opportunité : elle allait à l'école. Elle pourrait probablement y retrouver les Sakamaki. Elle pourrait alors s'enfuir avec eux !

Ruki devait sentir qu'elle réfléchissait à ce sujet car il se promit de ne pas la quitter des yeux. Lorsqu'ils la laissèrent, il lui envoya un regard prédateur auquel elle ne prêta aucune attention. Elle se hâta ensuite à travers les couloirs en regardant régulièrement derrière elle pour être sûre de ne pas être suivie.

-Je savais que l'on te reverrait, lança une personne adossée au mur.

-Reiji !,s'écria-t-elle toute heureuse en lançant quand même un regard derrière elle juste pour s'assurer qu'il n'y avait aucuns de ses geôliers dans les parages. J'ai été enlevé par les Mukami, j'ai essayé de fuir plusieurs fois mais ils sont comme vous.

-Je ne te laisserai pas nous comparer à ces faux vampires, lança une voix derrière elle.

Il s'agissait de Kanato puis vint Laito.

-Tu nous a laissé pour t'amuser avec eux. Comme tu es cruelle Bitchi-chan, lança la dernière langue de vipère.

-M'amuser ?, s'estomaqua-t-elle. Quand ils sont venu dans votre jardin pour m'enlever j'ai crié tout ce que j'ai put, j'ai glissé une goutte de sang dans le col de la chemise de l'aîné et j'avais même prévenu Subaru que je me sentais suivie. Pendant tout ce temps vous n'avez absolument rien fait alors que je suis certaine que vous pouviez largement me retrouver. Dans ce cas j'en déduis que ce n'était pas dans vos objectifs.

Elle monta ses yeux vers ceux de Reiji qui jubilait de voir la cervelle de la jeune femme en fonctionnement. Ses pupilles immortelles s'illuminaient d'excitation.

-Reiji. Tu ne fais jamais rien sans but et je suis sûre que cette situation ne te plaît pas outre mesure, dans ce cas veux tu bien me dire ce que tu attends de moi. Parce que de l'autre côté il y en a qui tentent encore et toujours de me faire boire des trucs bizarres pour forcer l'éveil d'Eve.

-Voilà qui est inattendu, ricana le sadique au chapeau.

-Apprends-en un maximum sur eux, lui répondit enfin Reiji étonné de la détermination de la blonde.

-J'ai déjà apprit quelques trucs. Je sais par exemple qu'ils veulent devenir Adam mais pas pour leur propre compte mais pour une autre personne. Je suppose que c'est cette personne qui les a transformé en vampire.

-Tu me dira ça quand tu seras de retour, conclua le chef aux lunettes. Les cours vont bientôt commencer.

-Ne me laissez pas plus de trois jours avec eux. Faire attention à tous leurs pièges est éreintant, répondit-elle avec une pointe de méchanceté dans sa voix.

Alors tout ce qu'elle avait fait n'avait servit à rien ? Ils n'avaient jamais eu l'intention de la sauver. Elle avait déjà pensé à cette éventualité mais ne voulait pas croire qu'Ayato l'avait abandonné.

Kanato la traîna vers leur sale de classe.