Me revoilà pour un nouveau chapitre, désolée pour le retard ! J'espère qu'il vous plaira, les retrouvailles entre Clarke et Lexa au prochain !

Merci pour vos reviews, même si je n'y ai pas encore répondu, et à bientôt !


Clarke éternua dans l'air glacé du camp de la Nation de la Glace. Le jour se levait à peine, et le soleil n'avait pas encore réussit à percer pour réchauffer quelque peu l'atmosphère. La jeune leader n'en pouvait plus. Elle sentait la fatigue l'accabler, et pourtant se contentait de somnoler sur de longues périodes ; sa position inconfortable et la douleur qui émanait de sa jambe cassée l'empêchait de sombrer complètement. Voilà six jours qu'elle était attachée à ce poteau, six jours dans le froid, mangeant et buvant à peine, six jours à lutter pour rester un minimum consciente de ce qui l'entourait pour ne jamais être prise de court.

L'agitation autour d'elle lui importait peu, mais elle tendait l'oreille pour passer le temps ça et regarder la neige tomber étaient les seules occupations qui ne lui étaient pas désagréables. Elle écoutait les guerriers parler entre eux une langue gutturale qu'elle ne comprenait évidemment pas, elle entendait les chiens se battre et aboyer, les feux crépiter trop loin d'elle pour qu'elle puisse se réchauffer, les ordres fuser dans les airs, les bruits relatifs à la vie dans un campement d'un peuple en arme. Cela grouillait de vie et c'en était presque attirant, après avoir vécu seule trois mois durant ; mais, malgré la faim et le froid, elle demeurait appuyée contre son bout de bois, sans rien laisser transparaître. Beaucoup de choses lui rappelait sa vie avec les 100, et plein de souvenirs lui revenait en flots. Elle regrettait alors de les avoir quitté, rêvait éveillée de les serrer dans ses bras. A croire qu'elle était masochiste, à espérer les revoir un jour.

Craster venait la voir le matin et le soir, pour tenter de lui soutirer des informations avec ses méthodes de brute épaisse. Il repartait toujours bredouille et en colère, et les menaces tombaient, lui promettant que la prochaine fois serait la dernière et qu'elle allait finir comme Costia, envoyée en morceau à la Commandante en guise de provocation. Clarke se contentait d'encaisser sans rien dire : elle était tellement engourdie que les coups ne lui faisait presque plus d'effet. Elle restait murée dans son silence, réprimant peur et douleur, plongée dans un espèce d'état second, et s'amusait presque de le voir tourner en rond et lui cracher des insultes à la figure.

Son gardien attitré n'était autre que Thorn. Il restait assis non loin d'elle, sur un siège en peau bien au sec, avec plusieurs épaisseurs de fourrures sur le dos, pour bien narguer sa prisonnière qui elle grelottait dans ses habits fins complètement inadaptés, les fesses posées à même le sol à moitié détrempé. C'était un sadique ; s'il ne la touchait jamais, au grand soulagement de la jeune fille, il s'amusait à manger sous son nez sans rien lui donner. Viande rôtie, racines cuites à l'eau, pain artisanal, laitages, baies hivernales, tout y passait. Clarke se contentait de le maudire et d'oublier, un peu comme le reste, toutes ces odeurs qui la torturaient.

Au matin de ce sixième jour, lorsque Clarke émergea à moitié de sa nuit difficile, le dos raide et la jambe en piteux état qui s'était remise à saigner, elle remarqua une agitation particulière dans le camp. Tout le monde courrait dans tout les sens, les bras chargés de matériel, traversant le camp à toute vitesse. Elle avisa alors Thorn, toujours planté au même endroit. Il s'était changé : au lieu de son long manteau blanc cassé, il portait ce qui semblait être une armure, protégeant son thorax et ses bras, ainsi que des jambières. Son crâne pâle et couturé luisait dans la faible lueur matinale à mesure qu'il bougeait : il était en train de polir une lame incurvée, sorte de serpe, longue d'au moins un mètre cinquante.

Clarke eut à peine le temps de s'interroger que Craster déboula dans son champ de vision, accompagné d'une dizaine de guerriers attifés comme s'ils partaient se battre. Son geôlier les salua de la tête. Elle regarda d'un mauvais œil le chef s'abaisser à son niveau, et se tendit, pleine de ressentiment ; sa venue n'augurait jamais rien de bon.

-C'est le moment de parler, traînée, gronda-t-il, l'attrapant par les cheveux pour qu'elle le regarde en face.

-Je n'ai rien à vous dire, répéta-t-elle pour la énième fois.

-Tu vas être ravie, traînée : tes petits copains Grounders te cherchent.

-Ça m'étonnerait franchement, répondit-elle sur un ton de défi.

-Peu m'importe, en réalité, fit-il d'un air dédaigneux. Ce n'était qu'une poignée d'éclaireurs, et ils sont morts maintenant.

Clarke déglutit, mais resta de marbre. Il tentait juste de la destabiliser.

-En attendant, c'est ta dernière chance, reprit Craster en accentuant la pression sur la mèche de cheveux qu'il tenait entre ses doigts. Nous sommes sur le point de retourner sur notre territoire, car figure toi que ces chiards d'éclaireurs ont été plus bavards que toi ; c'est peut-être qu'ils ont plus souffert, vas savoir. Nous avons nos renseignements, nous rentrons, et hors de question de ramener un traîtresse dans ton genre sur nos Terres pour les souiller. Donc à toi de voir. Au nom de ma Reine, je te propose un choix : soit tu continue à te taire, et tu finiras pendue… _quel spectacle pour ta chère Heda quand elle débarquera ici !_ , soit tu dévoiles ce que tu sais sur elle et sur leurs camps, et nous ferons en sorte que ta mort soit plus lente, que tu puisses crever quand elle arrivera sur place.

-Je me fous de vos propositions, jamais je ne coopérerai. Jamais.

-Comme tu voudras, répondit-il en la lâchant. Thorn, amène-la.

L'homme se leva, rangea sa serpe dans son fourreau, et s'approcha du poteau de Clarke. D'une incision vive avec un fin coutelas qu'il portait à la ceinture, il trancha les liens qui la retenait prisonnière, et la relava d'un coup. La jeune fille vit trente-six chandelles lorsqu'elle tenta de se débattre. Les mains immenses du guerrier la maintinrent tranquille, retenant les siennes dans son dos. Il la poussa alors derrière Craster ; Clarke hurla dès le premier pas, incapable de marcher à cause de sa jambe.

-Magne-toi ! gronda un sous-fifre de Craster. La Reine nous attend pour demain soir aux Mont d'Octobre, nous devrions déjà être partis.

-Nous aurions du la tuer dès qu'on a mis la main dessus, répliqua un autre.

Sans leur prêter attention et sans émotions, voyant qu'ils ralentissaient l'opération, Thorn finit par soulever Clarke de terre, et ne la lâcha qu'au pied d'un grand arbre aux branches fortes, en plein milieu du Campement. La jeune fille tomba à quatre pattes, sonnée. Tout ses sens étaient en alerte, et la douleur dans sa jambe plus forte que jamais. L'homme l'attrapa par le col de sa veste et la força à se remettre debout. Elle sautilla, se pliant de souffrance, mais il la maintint fermement tandis que deux autres guerriers se pressaient autour d'elle.

Sans rien y comprendre, elle se retrouva bientôt avec une corde serrée autour du cou, debout sur ce qui semblait être un trépied, Thorn debout dans son dos qui la tenait toujours par sa veste. Craster ainsi qu'un attroupement se trouvaient devant elle. Son regard chercha un échappatoire, quelque part, n'importe quoi. Elle remarqua alors avec effroi les quatre corps mutilés des éclaireurs, qui pendaient à quelques mètres d'elle, accrochés à la même branche que la sienne. Elle du se retenir de vomir, complètement paniquée.

Craster l'avisa d'un air moqueur, puis demanda le silence, et dès qu'il fut de vigueur, il entama un aller-retour au milieu du cercle que formait l'assemblée.

-Mes compagnons, aujourd'hui est une avancée pour notre Peuple. Moi, général Craster de la Maison des Givres, je veux d'abord vous féliciter au nom d'Attaria, notre Reine. Si vous êtes ici, c'est que vous êtes l'élite de la Nation des Glaces. Soyez fiers !

Une montée d'acclamations retentit dans les airs. Clarke, frémi, cherchant un moyen de s'en sortir, réfléchissait à toute vitesse. Il fallait qu'elle s'en sorte.

- Nous venons de récupérer des informations qui nous étaient primordiales pour préparer notre conquête de ces Terres volées par le Peuple de Forêt et leurs alliés, ou anciens-alliés, peu importe ! L'ennemi n'a jamais été aussi faible qu'en ce jour, sachez-le bien et nous sommes sur le point de leur porter un coup qui leur sera insurmontable !

Il pointa Clarke du doigt.

-Intimider le Peuple du Ciel en supprimant leur leader, et détruire à nouveau la Commandante Lexa, en tuant sa nouvelle élue !

Des hourras et des cris de victoire bourdonnèrent dans tout le camp. Clarke, le cœur battant à une vitesse inimaginable, regarda Craster s'approcher pour mettre un coup de pied fatal dans le trépied en bois, qui constituait à cette heure la seule chose qui la rattachait à la vie. Désespérément, elle essaya de desserrer la corde qui lui entourait le cou.

C'est alors qu'une corne de brume résonna dans la forêt, reprise par une dizaine d'autres, un peu partout autour du campement. Des hurlements et cris de guerre retentirent tout proches. Clarke eut une bouffée d'espoir : elle reconnu parfaitement les signaux, les mots, la langue.

Les Grounders attaquaient.

Craster se mit à hurler des ordres, et se fut la débandade dans les rangs des Guerriers des Glaces.

Clarke profita de la panique générale, et réagit sans trop réfléchir, par instinct. Ayant les mains libres, elle se retourna maladroitement, toujours en équilibre sur un pied, et jeta son poing dans la figure de Thorn, qui lâcha sa veste sous la surprise. Elle en profita pour attraper le coutelas qu'il avait précédemment utilisé pour la détacher de son poteau. Par chance, il était accessible, pendant comme dans son souvenir à la ceinture en cuir du guerrier. Le moindre geste de travers pouvait lui coûter la vie, étant donné qu'elle était toujours pendue à sa branche : tout dépendait donc de sa capacité à rester debout sur le trépied. Alors que Thorn se relevait en vociférant, elle lui asséna un coup violent, lame en avant. Elle sentit l'arme s'enfoncer et ressortir du corps de l'homme au niveau de la jointure de son armure ; il déglutit et s'écroula, crachant un filet de sang.

Débarrassée de son geôlier, sa priorité devint de se décrocher. Déjà essoufflée, elle passa les doigts de sa main libre entre son cou et la corde. Elle était à peine arrivée à reprendre un souffle à peu près normal qu'une peur panique l'étreignit. Son cœur rata un battement quand elle sentit quelque chose frapper de plein fouet le trépied. Elle eut à peine le temps d'apercevoir la silhouette de Craster s'éloigner qu'elle chutait dans le vide, toujours pendue à sa corde. Elle se retrouva alors étouffée, avec pour seule retenue sa main, passée in extremis.

Tout ne fut plus que panique. Elle tira sur son bras, afin de gagner du temps : la forte traction qu'elle appliqua l'empêcha de finir étranglée. Néanmoins, elle devait agir vite ; dès qu'elle n'aurait plus de force, la pendaison aurait vraiment lieu et elle mourrait, suspendue au bout d'un fil comme une vulgaire marionette. Elle avait encore le couteau entre les doigts, poissé du sang de Thorn. Dans un effort gigantesque, elle se débrouilla pour scier la corde au dessus de sa tête. Les secondes devinrent des heures, des années, des siècles. Elle sentait le temps, l'air et même sa vie lui échapper. Pourtant elle continua tant bien que mal.

C'est alors que, par miracle, la corde céda, et Clarke s'écroula, à bout de force. Elle toussa, cracha et manqua de tourner de l'oeil. Elle avait beau avoir frôlé la mort, elle ne se sentait toujours pas en sécurité. Au prix d'un grand effort, elle se retourna, cherchant la nouvelle menace qu'elle ressentait. Elle n'y vit pas grand chose, à cause de sa vision constellée de points noirs, mais elle lui permit tout de même d'apercevoir Thorn se relever.

-Tu n'ira pas plus loin, petite traînée ! l'entendit-elle proférer. Je vais te saigner, JE VAIS TE SAIGNER !

Clarke eut un hoquet de terreur, complètement ahurie. Elle le vit avec horreur tirer de son fourreau la longue serpe qu'il avait polie un peu plus tôt. Elle tenta de se reculer, pourtant tout était joué d'avance. Elle ne put qu'essayer de s'écarter lorsqu'il abattit froidement l'arme dans sa direction. Elle n'eut pas mal de suite ; elle sentit juste la lame effilée effleurer sa peau, et elle s'effondra de nouveau. Les yeux grand ouverts, elle regarda alors le monstre s'apprêter à réitérer son geste. Elle sut en voyant son regard qu'il allait la tuer. Que c'était la fin. Qu'elle allait y passer.

Pourtant son mouvement s'éternisa, et elle eut l'impression que le temps s'allongeait. Au bout ce qui lui parut des heures, elle le vit de nouveau cracher du sang et tomber à la renverse, trois flèches plantées dans le dos. Son regard fut alors attiré par le groupe de silhouettes se détachant, loin derrière lui. Elle n'eut aucun mal à reconnaître celle en tête. Et malgré tout ce qu'elle venait d'endurer, elle ne put réprimer un faible sourire, avant de sombrer dans un noir complet.

A suivre...