Disclaimer : Rien à moi, tout à Kishimoto Masashi.
Rating : M
Dernières notes : C'est un chapitre qui m'a donné du fil à retordre, autant dans la narration que dans l'approche des personnages. J'espère seulement qu'il sera à la hauteur de vos attentes. Il faut m'excuser pour cette mise à jour tardive, malheureusement, cela ne va pas aller en s'arrangeant.
Un grand merci à Mayura-8 pour sa bêta-lecture, ainsi qu'à toutes celles et ceux qui suivent cette histoire. N'hésitez pas à me faire savoir ce que vous en avez pensé, même si c'est juste pour faire un petit coucou. Je ne mords pas et en plus j'ai été vacciné contre la rage.
Les critiques constructives sont toujours les bienvenues.
Bonne lecture
CHAPITRE 3 : Mystère des Neiges
Iruka ne s'était pas trompé, le vent commença à souffler un peu plus fort à la tombée de la nuit. Bientôt les rafales furent telles que Kakashi se mit à douter de la solidité de la cabane ; cependant, le chûnin ne semblait pas perturbé par les craquements inquiétants du bois. Il continuait à vaquer à ses occupations habituelles comme si de rien n'était. De temps en temps, il lui adressait un regard malicieux avec un petit sourire en coin comme s'il avait deviné son inquiétude.
Kakashi lui enviait cette confiance aveugle dans la petite habitation mais, comme le chûnin l'avait fait remarquer, il avait suffisamment passé d'hivers dans la région pour certainement savoir qu'elle résisterait. L'Anbu ne pouvait que faire confiance à son tour dans le jugement d'Iruka et attendre que la tempête passe.
Il reporta son attention sur l'adolescent qui était en train de ranger soigneusement les bandages lavés et désinfectés. Le blessé avait été agréablement surpris quand le jeune garçon avait décrété qu'il serait prêt à prendre des risques pour lui. Ils appartenaient peut-être au même village mais ils n'étaient pas compagnons d'arme pour autant. Iruka avait naturellement proposé ce que les membres de son équipe Anbu faisaient en mission : risquer leurs vies pour lui et avec lui.
Kakashi n'avait pas douté une minute du sérieux de l'adolescent, celui-ci était non seulement compétent et intelligent mais surtout il savait comment faire face à un Anbu après une mission difficile.
Après leur discussion, l'homme aux cheveux d'argent avait bien observé le jeune garçon durant le reste de la journée. De son œil mi-clos, il l'avait regardé amasser des bûches et du petit bois dans le logis, ainsi que remplir une petite citerne d'eau, en prévision de la tempête. Son rituel semblait bien rodé, sans doute à cause de son habitude à faire face au climat rigoureux de la région.
L'Anbu était resté silencieux pendant tout le temps qu'Iruka s'affairait, il se contentait de l'observer à défaut de pouvoir lire son livre préféré, qu'il avait laissé à Konoha. Il ne le regrettait pourtant pas, le jeune chûnin s'avérait être intéressant à observer, ce qui était tout aussi divertissant que ses livres é avait relevé chez lui mille petits détails, des manies qui captivaient son esprit inoccupé.
Après avoir fini ses tâches, Iruka s'était absenté pendant près d'une heure, le laissant avec un clone. L'Anbu avait remarqué que l'adolescent ne se séparait plus de son arc quand il s'éloignait de la cabane. Signe évident, qu'il était conscient du danger qui rôdait autour d'eux. Kakashi avait commencé à s'inquiéter de ne pas le voir revenir à l'approche des nuages menaçants mais l'adolescent était revenu juste à temps.
A présent, les éléments s'évertuaient à briser la petite habitation de fortune. Pour tromper son ennui et éviter de trop penser aux planches de bois qui craquaient, Kakashi s'était mis en tête d'aider Iruka. Malgré toute sa bonne volonté, il avait finit par s'endormir de fatigue sans même qu'il ne s'en rende compte.
Lorsqu'il se réveilla, quelques heures plus tard, Iruka était affalé sur la table basse au milieu de ses rouleaux médicaux. Il savait que l'adolescent passait son temps libre à les étudier afin de pouvoir mieux le soigner, il savait également qu'il s'entraînait très dur en vue de ressouder ses côtes cassées. Il avait eu l'information par le clone du chûnin lorsque celui-ci s'était absenté un peu plus tôt dans la journée.
Kakashi appréciait les efforts du jeune garçon, certes, c'était son devoir de l'aider mais il y avait bien longtemps que quelqu'un n'avait pas pris soin de lui de manière aussi désintéressée et pas seulement pour réparer un outil destiné à servir Konoha. Il se redressa tant bien que mal sur ses béquilles et déposa une couverture sur les épaules de l'adolescent. Il ne se sentait pas assez fort pour le porter jusqu'au futon. Une couverture était toujours mieux que rien.
L'Anbu esquissa un sourire, alors qu'il se rallongeait. La prochaine fois, il ferait en sorte de convaincre Iruka de partager le futon avec lui. Il s'imaginait que ce ne serait pas facile, car le jeune garçon semblait être à cheval sur le respect des règles. Effectivement, partager un même futon alors qu'il n'était ni son référent, ni un membre de sa famille équivaudrait à enfreindre le protocole. Et si, comme le soupçonnait l'homme masqué, Iruka avait suivit un entraînement spécial, il ne manquerait pas de rappeler à l'Anbu les termes du protocole en vigueur. Il restait pourtant persuadé qu'il finirait par céder, car cela faisait longtemps qu'il n'avait pas eu une bonne nuit de sommeil.
Kakashi s'en sentait presque responsable mais certainement pas coupable. La culpabilité était un fardeau qu'il ne connaissait que trop bien et Iruka lui avait cédé sa place en sachant qu'il renoncerait en même temps à son propre confort. Il avait fait ce que tout bon shinobi aurait fait pour un camarade blessé.
Malgré cette notion de devoir, Kakashi éprouvait de la gratitude pour le chûnin. Un sentiment qu'il n'avait pas connu depuis de nombreuses années.
xoxoxoxoxo
Iruka émergea lentement du sommeil. Il pouvait entendre le vent encore rugir avec violence. Il ouvrit lentement les yeux, le temps que ceux-ci s'habituent à la pénombre. L'adolescent se redressa précautionneusement, il commençait à avoir mal au dos à force de s'endormir toujours dans la même position. A sa grande surprise, une couverture glissa de ses épaules.
Comment avait-elle fait pour atterrir là ?
Il n'avait aucun souvenir de s'en être couvert.
"Tu devrais venir te coucher et te reposer. Ce futon est bien assez grand pour nous deux," dit l'Anbu sans pour autant ouvrir son œil visible.
Iruka fit de son mieux pour ne pas tressaillir.
Depuis quand était-il réveillé ?
"Je suis bien là où je suis. Il ne faut pas vous préoccuper de moi, Anbu-san."
"Hmm..., fit simplement Kakashi avant d'ajouter, dans ce cas, il ne faudra pas venir te plaindre si tu es trop fatigué pour remplir tes fonctions."
L'adolescent se raidit. Le shinobi d'élite avait raison, il ne serait jamais en mesure de le soigner correctement ou d'assurer sa sécurité, s'il n'était pas reposé avec ses réserves de chakra parfaitement reconstituées. Il se leva et ajouta quelques brassées de petits bois sur les braises rougeoyantes. Les flammes ne mirent pas longtemps à crépiter de nouveau.
"Vient te coucher," insista Kakashi.
Iruka semblait hésiter ou plutôt il débattait avec lui-même.
"Ne m'oblige pas à te donner un ordre," menaça gentiment l'Anbu en tournant la tête vers lui, son œil visible entrouvert.
Le jeune garçon resta obstinément près du foyer.
"Vous savez que le protocole l'interdit ? Nous n'appartenons pas à la même famille et je ne suis pas non plus votre référent."
Les soupçons de Kakashi venaient de se confirmer, Iruka avait bien suivi l'entraînement réservé aux familles des membres Anbu. Il avait donc vécu sous le même toit avec l'un d'eux. Pas un amant, c'était certain, il était trop jeune mais peut-être bien un parent proche.
"Je connais les termes du protocole. Je n'ai pas l'intention de raconter à mon retour à Konoha les entorses que nous avons commis. Et toi ?"
Devant le silence du chûnin, il ajouta plus doucement.
"Tu as besoin de repos autant que moi. Ne t'inquiètes pas pour le protocole, tout ce qui se passera ici, restera entre nous."
Iruka se tourna enfin vers lui.
"Bon d'accord," fit-il en soupirant de résignation.
Il se leva et rejoignit l'Anbu. Il se glissa ensuite sous les couvertures et moins d'une minute plus tard, il s'était rendormi. Sous son masque, Kakashi sourit. Cela avait été plus facile qu'il ne l'avait prévu.
xoxoxoxoxo
À l'aube, le vent soufflait toujours avec force et la neige continuait à s'amasser autour de la cabane, bloquant un peu plus à chaque heure qui s'écoulait les ouvertures de l'habitation.
Kakashi fut d'abord réveillé par l'odeur du thé. Il ouvrit doucement son œil pour constater qu'Iruka était déjà debout et qu'il avait préparé le petit déjeuner. En effet, un plateau contenant une tasse de thé vert encore fumant, un bol de riz et quelques tranches de viande séchée étaient déposés à côté du chûnin semblait avoir déjà mangé car il s'évertuait à monter ce qui ressemblait à un alambic. Kakashi ouvrit grand son œil visible de curiosité.
Que comptait-il faire avec ça ? Distiller de l'alcool ?
L'Anbu n'aurait rien contre un verre mais il doutait que l'adolescent assemblait l'engin dans ce but.
"J'espère que je n'ai pas fait trop de bruit ?" demanda celui-ci.
L'homme aux cheveux d'argent tourna la tête vers lui.
"Non, je viens de me réveiller à l'instant, répondit le blessé, qu'est-ce que tu fais?" ajouta-t-il en désignant du menton l'alambic.
"Ah, ça ... c'est pour une expérience," répondit simplement Iruka en passant son index sur sa cicatrice.
Kakashi fronça son sourcil visible, s´ils n'avaient rien à craindre du vent et de la neige, alors, peut-être que l'explosion de l'alambic aurait raison de leur refuge. L'Anbu se redressa et appuya son dos contre les coussins.
"Ça ne risque rien, tenta de le tranquilliser Iruka comme s'il avait pu lire dans ses pensées, j'ai déjà fait ça avant."
"C'est sensé me rassurer?" répliqua Kakashi avec une certaine ironie.
"Ce n'est pas dangereux, je vais juste m'en servir pour extraire les principes actifs de quelques fleurs."
"Dans quel but?"
"Euh... Et bien, j'ai trouvé la formule d'un remède pour reconstituer le chakra dans un de mes rouleaux," dit-il un peu gêné.
Kakashi le dévisagea pendant quelques instants. Il se souvint que l'adolescent lui avait dit qu'il s'occuperait de trouver un moyen de reconstituer son chakra plus vite. Il avait tenu parole.
"Tu as déjà préparé ce remède auparavant?"
"Techniquement, non, je n'ai fait que participer à son élaboration. Une seule fois. Il y a longtemps."
Kakashi comprit que l'adolescent avait peur d'échouer.
"Je suis sûre que tout ira pour le mieux et que tu t'en sortiras très bien," fit-il en souriant sous son masque.
Peut-être que ce remède serait une excellente alternative aux pilules de soldats qui lui faisaient défaut pour recouvrer ses forces plus rapidement. Il s'installa plus confortablement, puis saisit le plateau et commença à manger sans quitter du regard l'adolescent qui lui tournait le dos.
Celui-ci venait d'accrocher un serpentin de cuivre reliant deux ballons en verre, eux-mêmes raccordés par des serpentins à d'autres ballons en verre remplis de divers liquides colorés. Il y avait de l'eau en train de chauffer dans un minuscule ballon dont le fond était recouvert de cuivre, au dessus d'un réchaud.
Au bout de quelques minutes de la vapeur se forma sur la paroi en verre puis s'éleva, tourbillonna avant de s'engouffrer dans le premier serpentin. Des volutes blanches ressortirent à l'autre bout, quelques secondes plus tard, pour remplir le second ballon en verre qui contenait un mystérieux liquide bleu. À son contact, la vapeur prit la même teinte, s'épaissit avant de devenir complètement opaque, puis elle entra dans le second serpentin.
Kakashi observait avec attention le cheminement de la vapeur qui empruntait le réseau compliqué de l'alambic. Lorsque le dernier ballon fut envahi par la vapeur colorée, Iruka glissa quelques fleurs par l'ouverture de celui-ci avant de la refermer, puis il plaça un flacon sous le bec verseur du ballon pour recueillir le précieux liquide.
"Dans combien de temps ça sera prêt ?"
"Pour obtenir une dose suffisante, il faut compter trois jours."
L'Anbu haussa son sourcil visible.
"C'est si long que ça ?"
"Il faut que la solution chimique décompose les fleurs sans en abîmer les propriétés curatives."
Kakashi cessa de manger. Il venait soudainement de réaliser quelque chose.
"C'est pour ces fleurs que tu es parti hier ? Pour pouvoir me préparer ce remède ?"
Iruka haussa des épaules, gardant toujours le dos tourné à l'Anbu.
"Il fallait que j'en trouve avant la tempête."
"Pourquoi ne m'as-tu rien dit ?"
"Je n'étais pas sûr qu'il y en aurait encore. Je ne voulais pas vous donner de faux espoirs."
"Tu as quand même pris le risque de te faire surprendre par la tempête."
"Je vous l'ai déjà dit, je connais bien la région, je savais que j'aurais assez de temps pour revenir avant."
"C'était quand même risqué," gronda le blessé.
"C'était un risque calculé," rectifia Iruka.
"Si tu avais été dans mon équipe sous mes ordres..." Commença Kakashi.
"C'est une chance pour vous alors, que je n'en fasse pas parti," répliqua le chûnin.
L'homme aux cheveux d'argent sourit bien malgré lui. Obstiné et réfractaire à l'autorité, cela lui rappelait une autre personne qu'il avait beaucoup aimé. Le jeune garçon était, sous bien des aspects, surprenant.
"Je pense surtout que ça serait une chance pour toi d'en faire parti."
Les épaules de l'adolescent s'affaissèrent l'espace d'un instant.
"Je ne suis pas fait pour être Anbu," dit-il enfin après un moment de silence.
Il y avait de la tristesse dans sa voix. Kakashi préféra en rester là. Pour le moment.
xoxoxoxoxo
Depuis un petit moment, une question taraudait Kakashi. Elle tournait en boucle dans son esprit inoccupé tandis que son regard ne quittait plus un seul instant l'adolescent.
Qu'est-ce que faisait un chûnin de Konoha aussi loin du village ?
Sa faiblesse physique avait peut-être diminué ses réflexes, sa force et son endurance mais elle n'avait pas touché son acuité mentale. Il avait décelé immédiatement chez le jeune garçon quelque chose qu'il connaissait bien. La souffrance.
Iruka était en train de changer ses bandages quand il se décida à le questionner.
"Tu ne m'as jamais dis ce que tu faisais ici, si loin du village."
Iruka se mordilla la lèvre inférieure en lui jetant rapidement un regard noir. En d'autres circonstances, Kakashi aurait tué pour si peu. Il l'avait déjà fait. Le chûnin semblait tiraillé entre son devoir et son envie de l'envoyer se faire voir. L'homme masqué en fut plutôt amusé.
"Je ne pense pas que les raisons de ma présence ici vous regarde, Anbu-san," répondit-il froidement en baissant les yeux.
"C'est vrai, concéda le blessé, mais je suis curieux."
"Je doute également que cela vous intéresse," insista le jeune garçon qui visiblement n'avait pas envie d'en parler.
"Si c'était le cas, je ne poserais pas la question."
Finalement, Iruka leva de nouveau les yeux vers lui.
"Sandaime m'a autorisé à prendre un congé exceptionnel. Je suis venu ici parce que cette cabane de pêcheur appartenait à mon père. Il l'avait lui-même construite."
L'homme aux cheveux d'argent déduisit deux choses de cette simple phrase. La première étant qu'Iruka devait être un proche du vieil Hokage, car ce dernier n'accordait que rarement des congés, pour ainsi dire jamais et surtout pas en des temps troublés avec la menace d'Iwa qui se faisait sentir un peu plus chaque jour.
La seconde était que la confiance aveugle d'Iruka dans la solidité de cette vieille cabane venait du fait qu'elle avait été construite par son père. Un père dont il parlait au passé.
"C'est lui qui t'a appris à soigner ?"
"Non. Ma mère était médecin ninja, c'est elle qui m'a tout appris."
Une mère qui semblait tout aussi absente que le père.
"Elle était également Anbu," ajouta-t-il plus doucement.
A son expression peinée, il comprit que l'un comme l'autre n'étaient plus de ce monde. Iruka était seul.
"Je comprends mieux certaines choses," dit Kakashi en hochant la tête.
Effectivement tout s'éclairait. Il avait déduit qu'Iruka connaissait le protocole en se basant sur ses observations mais il n'avait pas imaginé que l'adolescent détenait ses connaissances médicales de sa mère. Il comprenait mieux d'où lui venait cette douceur dans sa manière de soigner et pourquoi il lui faisait tant penser à cette personne qu'il avait tant aimé. Rin, son ancienne coéquipière.
L'homme masqué repensa ensuite à la tristesse dans sa voix quand le jeune garçon lui avait dit qu'il n'était pas fait pour être Anbu. Kakashi était bien placé pour savoir que ce n'était pas une vie facile et que ce n'était pas donné à tout le monde de pouvoir remplir cette fonction. Il fallait d'autant plus de courage pour reconnaître et avouer que vous n'étiez pas fait pour marcher sur les traces de vos parents. Surtout lorsque vous étiez un ninja.
Iruka se racla la gorge, le tirant de ses pensées.
"Si vous me le permettez, je vais vous ressouder les côtes. Vous devriez ne plus avoir de difficulté pour respirer après ça."
Changement radical de sujet. Apparement, le temps des confidences était terminé. Kakashi pourrait toujours le questionner de nouveau plus tard. De toute façon, il n'avait que ça à faire.
Il acquiesça et Iruka se mit aussitôt au travail. Il posa ses mains sur le torse bandé de l'Anbu, ferma les yeux et laissa son chakra de guérison couler le long de ses doigts. L'homme masqué resta immobile mais son œil visible ne quittait pas le chûnin.
Au bout de quelques minutes, il remarqua l'apparition de la sueur sur le front du jeune garçon et ses mains commençaient à trembler légèrement. Il tenait bon, malgré tout. Le flux de son chakra était toujours stable et constant mais cela lui demandait beaucoup d'effort de concentration pour le maintenir. Il était évident pour le shinobi d'élite, que l'adolescent n'avait pas l'habitude d'utiliser des jutsus requérant autant de maîtrise que de chakra mais il devait reconnaître qu'il s'en sortait plutôt bien.
Iruka travailla longtemps, les yeux fermés, concentré sur sa tâche malgré sa fatigue évidente. Finalement, le chakra cessa de luire de ses mains. Le jeune garçon ouvrit de nouveau les yeux et essuya du revers de sa manche les perles de sueur qui coulaient le long de ses tempes. Il adressa ensuite un petit sourire au blessé.
"Je pense avoir réussi," dit-il en enlevant les bandages qui enserraient la poitrine de Kakashi.
Iruka laissa ensuite courir ses doigts sur le flanc de l'homme aux cheveux d'argent. Celui-ci se surpris à apprécier le contact. Les effleurements sur sa peau sensibilisée par les privations sensorielles et les blessures le firent réagis aussitôt. Il n'avait pas l'habitude d'être touché de cette façon. Aussi doucement. Presque tendrement.
"Les hématomes sont en voie de guérison, expliqua le jeune garçon inconscient de ce qu'il provoquait chez l'Anbu, je verrais demain pour refermer les coupures les plus profondes, puisqu'il n'y a plus d'infection. Pour le reste, ça cicatrisera tout seul. Il faudra quand même me prévenir si vous ressentez une gêne respiratoire," ajouta-t-il encore en levant les yeux vers lui.
Kakashi ne répondit pas, captivé par le regard de l'adolescent. Jusqu'à présent, il n'avait pas remarqué à quel point il possédait de longs cils, ni même que ses iris étaient aussi sombres qu'une nuit sans lune. Il n'avait jamais prêté attention à la profondeur de ses yeux et à leur aspect de velour.
De son côté, Iruka prit le silence de l'Anbu et le regard qu'il lui adressait comme un rappel à l'ordre de sa position. Peut-être s'était-il montré trop famillier ou trop agressif ? Difficile à dire avec ce visage à moitié dissimulé par un masque.
"J'ai presque terminé," dit-il finalement en baissant les yeux.
Quoiqu'il en était, il devait s'en tenir au protocole, même si c'était difficile pour lui de se souvenir de toutes les procédures et les règles imposées par celui-ci. De plus, il ne s'était jamais occupé d'un autre Anbu que sa mère. Il y avait des choses qu'il s'était permise avec elle, qu'il ne pourrait certainement pas faire avec l'homme aux cheveux d'argent. Cela pourrait entrer en conflit avec les habitudes qu'il avait prises avec son propre référent.
Il n'y avait pas plus routinier qu'un Anbu de retour à la maison. Chacun d'entre eux possédant un rituel unique pour revenir à la vie normal. Cependant, ils n'étaient pas au village et les circonstances exceptionnelles de leur rencontre leur demandaient à tous les deux de s'adapter en conséquence.
Iruka termina rapidement son inspection des blessures assez satisfait du résultat. Il sourit, fier de lui-même, tandis qu'il achevait le dernier bandage sur la cuisse du blessé. Il ne put s'empêcher d'avoir une petite pensée pour sa mère. Si elle avait été toujours en vie, elle aussi aurait été fière de lui.
xoxoxoxoxo
Cela faisait maintenant vingt-quatre heures que la tempête sévissait. Cette nuit là, Kakashi eut du mal à trouver le sommeil et pas seulement à cause du vent rugissant ou des craquements du bois. A côté de lui, dormait paisiblement le chûnin qui s'offrait un repos bien mérité. L'adolescent changeait de temps en temps de position, tantôt sur le dos, tantôt sur le côté.
L'Anbu lui enviait cette sérénité, alors que lui ne pensait qu'à la réussite de sa mission, à ses poursuivants et... à un regard de velours qui parfois le défiait, à des lèvres qu'il imaginait posées sur sa peau, à des mains qui le caressaient avec tendresse.
Kakashi stoppa aussitôt ses pensées. Il était passé un nombre incalculable de fois par l'hôpital pour se faire soigner à ses retours de mission et jamais il n'avait fantasmé sur les infirmières ou les docteurs. Contrairement à son kôhai, Tenzô, qui ne manquait jamais de tomber amoureux de l'infirmière qui s'occupait de lui. Il n'avait jamais compris ce fameux syndrôme de la blouse blanche, il trouvait même étrange de fantasmer sur des gens qui passaient leur temps à vous torturer. Il n'était pas masochiste. Du moins, pas à ce point.
L´homme masqué se tourna lentement vers le jeune garçon qui dormait à côté de lui. Les braises rougeoyantes du foyer projetaient assez de lumière pour qu'il distingue clairement le profil du chûnin.
Depuis le temps qu'il était membre de l'Anbu il n'avait jamais eu de référent et ce n'était pas seulement parce qu'il n'avait plus de proche pour remplir ce rôle. Il aurait très bien pu en demander un à l'Hokage. Il en avait le droit et à plusieurs reprises, on l'avait incité à en choisir mais il s'était toujours refusé à le faire.
En fait, c'était principalement à cause de son besoin de solitude et du fait qu'il ne voulait plus s'attacher à personne. Il était également trop paranoïaque pour laisser quelqu'un l'approcher de trop près. La proximité physique équivalait à ses yeux à de la faiblesse et il était hors de question qu'il baisse sa garde. Au cours des années, il s'était bien trop fait d'ennemis que se soit en tant que Hakate Kakashi ou sous le masque de son alter ego Anbu, pour accorder sa confiance à une personne étrangère à ses activités. Il avait beau essayer de se convaincre du contraire, les assassinats qu'il avait commis au nom de Konoha l'avaient changé, tout autant que la perte des êtres qu'il avait chéri.
Et puis il y avait eu sa rencontre avec Iruka.
L'irruption du chûnin dans sa vie commençait tout juste à lui montrer un côté positif à avoir quelqu'un. Si au début il avait été sur la défensive, il n'avait pas eu d'autre choix que de faire confiance au jeune garçon à cause de son état de santé. A présent, il était convaincu de sa sincérité.
Iruka bougea encore avant de s'immobiliser sur le dos. Un soupir s'échappa d'entre ses lèvres. La cicatrice sur son nez se froissa légèrement. Kakashi eut envie de passer son doigt dessus pour savoir si la peau y était plus fine et plus douce.
Ils se connaissaient à peine mais il était évident pour Kakashi que le chûnin possédait un caractère ombrageux. Ce regard de défi qu'il lui avait lancé, un peu plus tôt dans l'après-midi, ne pouvait le tromper. L'espace d'un instant, il avait cru voir la personne qui lui avait offert son Sharingan et une chance de rédemption. Obito, son ancien coéquipier.
Il y avait bien longtemps que personne ne s'était montré aussi impertinent avec lui, sûrement à cause de son statut de capitaine Anbu. C'était raffraîchissant de voir quelqu'un oser lui tenir tête et capable de lui faire ravaler ses excès d'arrogance. Il fallait aimer la provocation et ne pas avoir peur des conséquences pour avoir un tel comportement avec lui.
Iruka semblait rassembler toutes les qualités de ses anciens coéquipiers et rien que pour ça, il aimait bien l'adolescent.
Le chûnin bougea encore et se tourna vers Kakashi cette fois. Un autre soupir s'échappa d'entre ses lèvres. L'Anbu eut envie de glisser ses doigts dans la chevelure brune répandue sur l'oreiller et de poser ses lèvres masquées sur celles entrouvertes du chûnin.
Il fronça les sourcils, étonné et surpris. C'étaient des pensées qui lui étaient inhabituelles.
Depuis qu'il avait reprit connaissance, Iruka s'était posé devant lui comme une énigme à résoudre. Difficile à cerner, le jeune garçon entretenait le mystère qui entourait les raisons de sa venue dans la cabane. Comme s'il avait quelque chose à cacher. Kakashi n'aimait pas qu'on lui cache des choses, surtout dans sa situation. Il n'aimait pas se sentir vulnérable même si, il devait bien le reconnaître, Iruka faisait de son mieux pour le remettre sur pieds.
Malgré son raisonnement logique qui lui disait qu'Iruka ne ferait jamais rien pour lui nuire, son instinct de survie lui susurait que le chûnin lui dissimulait des informations importantes.
Alors que le sommeil commençait à l'envahir, L'Anbu se promit d'éclaircir les nombreuses zones d'ombres qui entouraient l'adolescent. Demain, sa curiosité serait enfin satisfaite.
xoxoxoxoxo
Kakashi avait cru que le vent et les grincements de la cabane l'empêcheraient de fermer l'œil mais il avait sous-estimé sa fatigue. Le sommeil avait finalement eu raison de lui. Un coup d'œil vers la fenêtre lui apprit que la tempête faisait toujours rage au-dehors. Il avait l'impression que cela faisait des siècles qu'elle avait commencé ou peut-être que le temps s'était tout simplement arrêté.
Bien entendu Iruka était déjà levé, car le petit déjeuner l'attendait à côté du futon mais il n'y avait aucune trace du jeune garçon. La porte menant à la salle de bain s'ouvrit à ce moment-là et l'adolescent apparut à l'embrasure.
"Comment ça va ce matin ?" Demanda-t-il en lui souriant.
Ce fut la première fois que l'Anbu le voyait en plein jour avec les cheveux détachés.
"Bien," répondit-il machinalement.
Il avait dû faire sa toilette car ses cheveux étaient encore mouillés et son kimono mal ajusté. Il suivit du regard sa progression dans la pièce en se disant qu'il avait l'air encore plus jeune comme ça. Le chûnin vint ensuite s'agenouiller à ses côtés.
"Vous voulez que je vous aide à vous redresser ?"
Kakashi acquiesça, incapable de dire quoi que se soit. Il aurait très bien pu y arriver tout seul, il avait assez de force pour faire cela maintenant mais c'était trop tard. L'adolescent était déjà penché sur lui pour l'aider à relever son buste, réarrangeant au passage les cousins derrière son dos. Le col du kimono ne cachait même plus la coupure qu'il lui avait faite. Elle s'étalait sous ses yeux de toute sa longueur, lui rappelant qu'il avait failli tuer un compagnon shinobi.
Kakashi détourna son regard de la blessure. Il n'avait pas besoin de la voir pour savoir qu'il était passé près de commettre une folie. Son œil visible dévia de la cicatrice mais s'attarda sur la vue dégagée qu'il avait du torse du chûnin. Des gouttes d'eau subsistaient sur sa peau et glissaient lentement le long de son cou. Kakashi n'aurait eu qu'à baisser son masque pour les lécher du bout de la langue.
Il fronça encore des sourcils. L'isolement lui faisait penser à des choses auxquelles il n'accordait habituellement aucune importance. Ce n'était pas bon signe quand son imagination prenait le pas sur sa raison.
"Quelque chose ne va pas, Anbu-san ?" Demanda l'adolescent ignorant tout de ses tourments.
"Non, ce n'est rien, fit Kakashi en souriant sous son masque, je crois que je m'ennuies à force de rester allonger sans rien faire."
"Ah, fit le chûnin, si ça vous dit j'ai un jeu de shôgi quelque part."
L'Anbu haussa des épaules.
"Oui, pourquoi pas," répondit-il en suivant de son œil une dernière goutte d'eau perlant lentement le long de la peau mate, avant que l'adolescent ne se détourne complètement de lui pour aller chercher le jeu de shôgi.
Moins de cinq minutes plus tard, lorsque le chûnin revint avec la boîte contenant le jeu, ses cheveux étaient à nouveau emprisonnés par une queue de cheval et son kimono parfaitement ajusté. De son côté, Kakashi avait eu le temps d'avaler son petit déjeuner. Iruka lui lança un regard réprobateur.
"Vous ne devriez pas manger aussi vite, vous allez finir par avoir des brûlures d'estomac."
"Maa... Je sais que c'est une mauvaise habitude mais j'ai une très bonne excuse : j'avais faim."
"A l'allure à laquelle vous mangez, je doute que votre estomac se rende compte qu'il se remplit. Et en plus, vous n'appréciez même pas ce que vous avalez," fit valoir le chûnin.
Kakashi haussa un sourcil, amusé par tant de sollicitude. Décidément, il n'avait pas l'habitude qu'on s'occupe de lui comme ça.
"C'est promis, la prochaine fois, je mangerai plus lentement... Maman."
Un léger rougissement envahit les joues d'Iruka, tandis qu'une petite veine frémissante fit son apparition sur sa tempe gauche. Le blessé haussa d'avantage son sourcil, c'était une réaction toute nouvelle. Le jeune garçon décida pourtant de ne pas relever la dernière remarque car il savait à coup sûr que ça dégénérerait. Au lieu de cela, il montra la boîte qu'il tenait entre les mains.
"Shôgi ?"
"Shôgi," répondit l'Anbu.
Iruka déposa le plateau du petit déjeuner de Kakashi sur la table basse, puis disposa entre lui et l'Anbu le tablier et les pièces, avant de commencer à jouer. Le début de la partie se déroula dans le silence et la concentration. Kakashi espérait que le chûnin serait moins enclin à se défiler si l'ambiance était détendu.
"Qui t'a appris à jouer ?" Demanda l'Anbu après un certain temps.
"Sandaime," répondit le jeune garçon en parachutant son fou sur le tablier et s'emparant par la même occasion d'une pièce appartenant à Kakashi.
"Le Hokage, en personne, t'a appris à jouer au Shôgi ?" S'étonna Kakashi.
Iruka redressa la tête soudainement très gêné, son doigt frottant nerveusement la cicatrice sur son nez.
"C'était le seul moyen qu'il avait trouvé pour me surveiller et me canaliser."
Devant l'incrédulité de l'homme masqué, il ajouta.
"J'étais plutôt... dissipé. Après la mort de mes parents, je faisais énormément de bêtises pour attirer l'attention, pour qu'on s'occupe de moi. Dans un sens, on peut dire que j'ai réussi. Sandaime m'a appris ce jeu, ça lui permettait de garder un œil sur moi et en même temps, de m'occuper l'esprit. Pendant que j'étais avec lui, je ne mettais pas au point ma prochaine farce. Il n'était plus obligé d'envoyer constamment une équipe d'Anbu à ma recherche dès que le Mont Hokage était repeint ou quand sa pipe disparaissait mystérieusement ou quand ses catalogues de maillots de bains..."
Iruka s'arrêta soudainement, avec la nette impression d'en avoir trop dit.
"Bref, dit-il en riant nerveusement, c'est à vous de jouer."
La tactique de Kakashi semblait marcher puisqu'il avait eu la confirmation que les parents de l'adolescent étaient morts et appris, en plus, deux ou trois petites choses concernant des farces faites à son Hokage. Il n'avait jamais entendu dire que le ninja le plus puissant et le plus respecté de son village s'était fait avoir à plusieurs reprises par un gamin. Ce n'était pas le genre de chose qui s'ébruitait facilement, surtout si ça mettait dans l'embarras le chef militaire de toute une nation.
Connaissant le vieil homme, il n'était pas impossible que sa faiblesse des jolies filles en maillots de bain se soit retournée contre lui. Il était bien connu qu'il avait été le maître du plus grand pervers de Konoha : le Sannin Jiraiya. Tel maître, tel disciple.
Kakashi n'ajouta rien de plus, il déplaça son roi sur le tablier mettant ainsi en difficulté le cavalier de son adversaire. Ils jouèrent encore un moment en silence, Iruka s'était à nouveau détendu mais restait concentré sur la partie qui se déroulait.
"Tu ne m'as pas dit pourquoi Sandaime t'avait accordé un congé exceptionnel," demanda subitement le blessé.
Iruka se figea avant de relever la tête. Il avait encore ce regard de défi. Kakashi se sentit comme électrisé. Il n'y avait pas beaucoup de monde qui pouvait se targuer d'être encore en vie après l'avoir regardé ainsi à deux reprises mais venant d'Iruka, il adorait cette sensation. Il aimait sa défiance.
"Tu ne me dis pas tout, Iruka. Il y a forcément une raison pour laquelle tu es ici, alors que Konoha est en alerte avec Iwa à nos frontières. Jamais Sandaime n'aurait laissé partir en vacance un chûnin, seul au milieu de nulle part. A moins que... tu ne sois en mission spéciale."
Le chûnin blêmit.
"Le fait que je sois ici n'a absolument rien à voir avec une mission spéciale. Je suis chez moi dans cette cabane, ce sont mes affaires si j'ai décidé d'y venir et vous êtes bien la dernière personne avec qui j'ai envie d'en parler," répliqua celui-ci sèchement.
Kakashi fronça son sourcil visible.
"Tu as ma vie entre tes mains, c'est normal que je veuille savoir."
"Vous ne comprendriez pas."
"Qu'est ce qui te fais croire ça ? Tu n'as même pas essayé de m'expliquer !"
"Pour que vous me jugiez comme les autres ?"
"Pour quelle raison je devrais te juger ?"
"Parce que..."
Sa colère et sa défiance s'étaient soudainement envolées. Il ne restait plus qu'un immense désarrois. Kakashi s'attendait à tout sauf à ça.
"Iruka ?"
Les mains de l'adolescent se crispèrent sur le tissu de son kimono, tandis que des larmes menaçaient de tomber de ses yeux de biche.
"J'étais... J'étais venu ici... Pour réfléchir."
"Réfléchir à quoi ?" Demanda prudemment l'Anbu.
"A mon avenir... Si je voulais rester un ninja."
Le blessé cligna plusieurs fois de l'œil.
"Pourquoi devrais-tu y renoncer ? Pour ce que j'en ai vu, tu es très compétent..."
"Vous ne savez rien, vous ne savez pas ce qui s'est passé," le coupa Iruka.
"Évidement, puisque tu t'obstines à ne rien vouloir me dire," s'impatienta l'homme masqué.
Plusieurs sentiments contradictoires se reflétèrent sur le visage de l'adolescent : colère, dégoût, frustration et... peur. Il était tellement facile à décripter que l'homme masqué pouvait presque entendre ses pensées.
"La vérité, Anbu-san, c'est que j'ai hésité à tuer et que ça a failli coûter la vie de mes coéquipiers et le succès de notre mission."
Kakashi conserva le silence. Que pouvait-il dire à cela ? Qu'un véritable ninja n'hésitait jamais à tuer quand c'était nécessaire, que ce soit pour assurer le succès d'une mission ou pour protéger ses compagnons. Il avait passé près de cinq ans à faire oublier la honte de son père, jusqu'à ce qu'Obito lui enseigne la plus grande leçon de toute sa vie, qu'aucune mission ne valait la vie de ceux qu'on aimait. Il l'avait appris à ses dépends, puisqu'il avait perdu, les uns après les autres, tout ceux qui avait compté pour lui.
"Pourquoi as-tu hésité ?" demanda doucement Kakashi.
La question fit sursauter l'adolescent qui essuya rapidement une petite larme. L'homme masqué eut la descence de détourner le regard à ce moment-là.
"Il... Il était plus jeune que moi," répondit Iruka.
"Et par le simple fait qu'il paraissait plus jeune que toi, tu en as déduis qu'il n'était pas dangereux ?"
"Non, répondit fermement l'adolescent, le simple fait qu'il était plus jeune que moi m'a fait prendre conscience que je n'étais pas un tueur d'enfant. Je ne suis pas fait pour tuer de sang froid."
L'œil visible de l'Anbu se plissa dangereusement.
"Si tes coéquipiers ne peuvent pas compter sur toi en cas d'attaque, ça veut dire alors que tu n'as pas ta place sur le terrain."
Devant cette vérité, Iruka ne baissa pas pourtant le regard. Une fois encore, il le provoquait ouvertement. En avait-il seulement conscience ? Kakashi en doutait car sinon il aurait agi autrement.
"Je sais ça, admit-il sans la moindre honte, mais si je ne peux plus être un ninja sur le terrain comment vais-je être utile à mon village ?"
Kakashi le dévisagea durement. Pouvait-il continuer à lui faire confiance alors qu'il lui avait révélé sa faiblesse ? Pouvait-il encore croire en ses promesses de protection ?
"Je savais que je n'aurais jamais dû vous en parler, reprit Iruka avec tristesse. Vous n'êtes pas différent des autres, vous aussi, vous me jugez."
Le blessé se rembrunit. Iruka avait raison, il avait eu la même attitude avec son père. Trop prompt à être juger et calomnier par ses propres équipiers qui lui devaient pourtant la vie, Sakumo avait mis fin à ses jours. Le légendaire Croc Blanc de Konoha était mort seul, sans que personne ne prenne la peine de lui tendre la main. Pas même son propre fils. Kakashi le regretterait toujours.
"Ne te méprends pas. En mission, tes coéquipiers doivent pouvoir compter sur toi, quoiqu'il arrive. Un seul moment d'hésitation et c'est leur vie que tu mets en péril. Si tu ne peux pas être utile au village en étant sur le terrain, il y a certainement une autre voie que tu peux emprunter et où tu pourras aider Konoha dans la mesure de tes moyens, tout en restant un ninja."
Il aurait aimé pouvoir dire cela à son père. Il aurait aimé avoir conscience, à l'époque, qu'il n'y avait aucune honte à refuser de sacrifier des vies pour rien. Peut-être que son père aurait renoncé à se tuer.
