Chapitre 3 :
Bon, j'ai pris de l'avance alors voici déjà une nouvelle mise à jour. On apprend de drôles de choses dans ce chapitre mais il est très important !
Petit youkai (v.bas de page) , tu as donné ta vie pour lier ces deux âmes et tu as réussi. En récompense de ton grand cœur, je vais réaliser ton rêve. Tu vas renaître sous la forme d'un humain. Vas, protège et guide ceux que tu as tant aimés.
Amaterasu-sama…
hide se réveilla avec ce nom encore résonnant dans les oreilles. Depuis quand rêvait-il de la déesse du Soleil lui qui n'était porté sur aucune espèce de religion ? Il se redressa sur son futon et vit que le jour commençait à poindre d'après la clarté légère qui envahissait sa chambre. Il avait dormi comme un bébé et sentait incapable de se rendormir en dépit de l'heure matinale.
Il se leva, resserra la ceinture de son yukata et sortit à pas silencieux de sa chambre. Aucun de ses amis ne semblait réveillé et son estomac criait famine puisqu'il n'avait rien mangé la veille au soir, préférant dormir. Il se voyait pourtant mal chercher un moine et lui demander le chemin de la cuisine ! Pour passer, le temps, il décida de sortir un peu dehors pour voir à quoi ressemblait le domaine. Il se retrouva très vite dans un charmant jardin bien enclos à l'intérieur de la palissade qui entourait le sanctuaire. La pluie avait totalement cessé pour faire place à un ciel rose et prometteur d'une belle journée et l'air sentait bon l'herbe mouillée. Il n'y avait pas le moindre bruit. Pas un chant d'oiseaux, pas une rumeur de voiture, pas de bruits de conversations, rien…Alors qu'il vivait à Tokyo et passait des soirées dans des bars bruyants, il se retrouvait à adorer cette quiétude inhabituelle qui lui donnait l'impression délicieuse de se trouver dans un autre monde.
Pieds nus, il marcha dans le jardin. Il ne se souvenait pas nettement du rêve qu'il avait fait mais le peu qui lui était resté en mémoire tournait sans cesse dans sa tête : quelques mots prononcés d'une voix qui l'emplissait d'une crainte de petit enfant quand il y repensait. Jamais de sa vie il n'avait entendu pareille voix. Quant à ce qu'elle racontait, cela n'avait ni queue ni tête. Une histoire de youkai, n'importe quoi ! Un peu plus loin, près de la véranda de bois qui suivait les contours du monastère, il trouva un puits.
Ce n'était qu'un puits banal comme on n'en voit tout le temps en pierre avec une corde et un seau. Il avait l'air bien entretenu, signe qu'on s'en servait toujours malgré l'eau courante. Mais ce ne furent pas ces détails qui le figèrent devant l'objet. Il fut envahi de cette étrange impression que l'on a lorsqu'on croit revivre une seconde fois exactement la même scène. Il était absolument certain de n'avoir jamais mis les pieds dans cet endroit et pourtant, quelque chose en lui criait qu'il connaissait ce puits.
Il s'en approcha, posa ses mains sur le rebord et regarda au fond. Une émotion bouleversante le submergea brutalement au point de lui faire venir les larmes aux yeux. Bon sang, que se passait-il ? Comment un simple puits pouvait-il lui faire un effet pareil ?
- Vous êtes bien matinal ! Avez-vous mal dormi ? demanda soudain une voix aimable.
hide releva la tête et aperçut Katsumoto, debout sur la véranda. D'une voix rendue mal assurée par ce qu'il venait de ressentir, hide bredouilla :
- Non au contraire, j'ai très bien dormi. Mais comme je n'avais plus sommeil, j'ai voulu faire un petit tour. Vous…vous servez de ce puits ?
Katsumoto acquiesça :
- Nous avons l'eau courante mais pour toutes les cérémonies de purification, nous préférons une eau directement descendue du ciel.
- Ca fait longtemps que vous êtes ici ?
- Plus de cinquante ans. Ce sanctuaire est ma maison et j'y resterai jusqu'à ma mort.
hide avait envie de lui demander quel âge il avait mais il n'osa pas. Le vieillard, perché sur ses getas, descendit de la véranda et vint poser ses mains au bord du puits, à côté de lui.
- Vous semblez troublé.
hide secoua la tête, peu désireux de lui confier ce à quoi il pensait.
- Auriez-vous vu l'ido-no-gami ? demanda le vieillard d'une voix amusée.
- Hein ?!
- Ah ces jeunes de la ville ne croient plus à rien ! Les youkai existent mon fils et ce puits est porteur d'une légende qui est connue de nous tous ici.
- Quelle légende ?
- Cela a commencé peu avant la bataille de Sarinagara. Voyons un peu si vous vous souvenez de vos cours d'histoires ?
- Je…Je n'écoutais pas vraiment, avoua hide.
Katsumoto se mit et rire et poursuivit :
- Nous sommes donc vers 1600. Il y avait dans ce village une maison que l'on disait inhabitable car l'ido-no-gami qui vivait dans son puits ne cessait d'embêter tous ceux qui s'y installaient. Tu sais à quoi ça ressemble non ? Il avait presque une tête de poisson-chat, un corps presque humain avec des mains et des pieds palmés.
hide hocha la tête.
- On disait qu'il détestait les humains pour une raison mystérieuse car ce n'était pas un comportement habituel de sa race. Un jour, un couple de jeunes mariés vint s'installer dans cette maison en dépit de la mauvaise réputation qu'elle avait. Lui était soldat et s'appelait Eijiro et elle s'appelait Aika. A peine installée, Aika se rendit directement au puits. Elle le nettoya, l'aménagea de ses propres mains blanches et quand ce fut fini, elle adressa une prière d'hommage au youkai et lui demanda sa protection pour sa vie future. La créature fut très surprise car aucun humain jusque-là ne s'était montré si respectueux et soucieux de sa présence. Alors qu'il projetait sûrement de leur jouer les mêmes vilains tours qu'il avait joués aux autres, il ne fit rien et se mit à observer la vie quotidienne du couple dont l'amour était si fort qu'il finit par l'attendrir. Et tous les jours, Aika continuait de lui rendre hommage. Enfin, un jour le youkai se montra à elle et la remercia de tout ce qu'elle faisait. Et très vite, ils devinrent amis. Aika lui donna même un nom, chose rare entre un humain et un youkai. Elle l'appela…
- Hani.
Un nom humain pour une créature qu'il ne l'était pas.
Le nom s'était échappé de lui-même de la bouche de hide qui en resta paralysé. Le moine écarquilla des yeux surpris :
- Vous connaissez cette histoire alors ?
- Non ! s'écria hide au bord de l'affolement. Con…continuez s'il vous plaît. Est-ce que les gens du village savaient qu'elle était amie avec ce youkai ?
- Je pense que l'on peut l'affirmer, sinon je ne vois pas comment la légende aurait pu se répandre si elle avait gardé le secret. Elle et son mari n'ont jamais eu de problèmes dans cette maison et ce seul fait devait suffire à susciter la curiosité. Donc je pense qu'elle a dû parler du youkai et expliquer pourquoi les autres propriétaires n'avaient pas été capables de rester. Depuis ça, les gens prennent soin des puits pour éviter la colère des ido-no-gami qui les habitent.
Katsumoto le regarda un moment sans comprendre puis il se décida à poursuivre :
- Malheureusement, Eijiro fut appelé pour participer à la bataille de Sarinagara du côté des Sanada. Rongée d'angoisse, sa femme resta à la maison, passant la journée à prier pour son retour près du puits où le youkai essayait de la rassurer comme il pouvait. Malheureusement, Ujio l'aide de camp de Eijro revint porteur de la dernière lettre que ce dernier avait écrite à Aika avant de se suicider après la défaite pour ne pas avoir se soumettre aux Tokugawa.
Lorsque Aika comprit qu'il était mort, elle éclata en sanglots et, avant que le youkai ait pu faire quoi ce soit, elle sortit une dague de la ceinture de son kimono et se trancha la gorge en murmurant qu'elle allait le retrouver dans une autre vie. On dit qu'elle fêtait ce jour-là son trentième anniversaire.
hide replia ses mains pour que Katsumoto ne les voit pas trembler. Sa voix lui semblait presque lointaine et chaque phrase faisait monter en lui une douleur sourde, un chagrin absolument incompréhensible. Ses yeux brillants s'ouvrirent et se posèrent sur le sol pavé de pierres entre lesquelles poussaient des touffes d'herbe. Il lui semblait y voir une flaque de sang.
- C'est juste là qu'elle est morte…, dit-il d'une voix blanche. Qu'est devenu Hani ?
- Personne ne le sait. Personne ne l'a jamais vu en dehors de Eijiro et d'Aika. Il est possible qu'il ait disparu on ne sait où car ceux qui ont habité la maison ensuite n'ont jamais entendu parler d'un ido-no-gami dans leur puits. Peut-être que la mort d'Aika l'a rendu très malheureux.
Beaucoup plus tard, ce monastère a été bâti mais les gens du village n'ont jamais touché à ce puits par respect pour l'histoire à laquelle il est lié.
Quelque part plus loin, le son d'un gong retentit et Katsumoto releva la tête :
- Ah mais il faut que j'y aille, la première prière du matin va commencer. Vous pourrez ensuite nous rejoindre notre maigre petit déjeuner avec vos amis s'ils sont réveillés et vous laver.
- Merci…répondit hide sans lever la tête.
Katsumoto s'éloigna et lorsqu'il fut seul, hide se laisser glissa à genoux près du puits avec la plus forte envie de pleurer qu'il eût jamais ressentie.
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Yoshiki commençait tout juste à émerger lorsque le panneau du shoji s'ouvrit sur Toshi :
- Coucou toi ! Je voulais voir si tu étais réveillé, dit celui-ci d'une voix murmurante.
- Donne-moi encore une heure et je le serais…, grogna Yoshiki en se retournant sur le ventre, bien enfoui sous sa couette.
Il avait toujours du mal à se réveiller le matin et il faisait tellement bon là-dessous ! Mais Toshi s'approcha de lui et passa sa main dans ses cheveux d'une façon si tendre que Yoshiki faillit se rendormir.
- Allez il faut que tu te lèves Yo-chan. Il fait un temps magnifique dehors et nous pourrons en profiter pour acheter de quoi manger au village car je doute que le petit déjeuner de moines ascètes nous suffise.
Yoshiki ne se rendit compte qu'à ce moment-là qu'il mourrait de faim. Poussé par la nécessité, il se redressa enfin et se frotta vigoureusement le visage :
- Ouais…j'espère que la route sera vite dégagée aussi.
Il regarda enfin Toshi un peu plus attentivement et le vit agenouillé près de lui, les cheveux en pagaille et le yukata ouvert sur son torse. Une vision qui rappela à son cerveau mal rebranché tout ce que Toshi lui faisait ressentir. Il avait envie de le serrer dans ses bras. Il l'aurait peut-être fait avant, lorsqu'il n'y avait pas la moindre ambigüité dans leurs gestes. Leurs câlins innocents lui manquaient.
Il s'était promis d'avoir une discussion franche avec lui ce jour-même et se dit qu'il devrait peut-être profiter du fait qu'ils étaient seuls. Mais comment aborder quelque chose d'aussi délicat ?
- Yo-chan, tu as l'air préoccupé.
Yoshiki le regarda dans les yeux et sentit son courage s'évanouir.
J'ai peur de ce qu'il pourrait me dire…
Depuis quand hésitait-il à discuter de quelque chose avec Toshi ? Une rage impuissante l'envahit. Foutus sentiments qui avaient tout gâchés ! Toshi était son jumeau, son meilleur ami depuis l'enfance et à cause d'eux, il arrivait à peine à soutenir son regard !
Yoshiki se leva avec colère et resserra les pans de son yukata sans remarquer que Toshi, toujours à genoux, le regardait avec appréhension.
- Yo-chan, tu es fâché contre moi ?
Yoshiki sortit de ses pensées et adressa un regard d'incompréhension à Toshi :
- Hein ?
- J'ai l'impression d'avoir mal agi depuis ton anniversaire, dit Toshi avec un petit sourire triste.
Yoshiki se mordit les lèvres et finalement, il lâcha :
- Par deux fois, tu as essayé de m'embrasser. Pourquoi ?
Le cœur affreusement battant, il fixa Toshi dans l'attente de sa réponse. Il pensait que Toshi serait embarrassé, intimidé mais rien ne l'avait préparé au sourire incroyablement doux avec lequel il répondit :
- Parce que j'en avais envie. Et c'est toujours le cas.
Yoshiki laissa échapper un autre mouvement de colère et fusilla Toshi du regard :
- Non mais je rêve ?! Tu es tombé sur la tête, c'est pas possible ?! 25 ans d'amitié et tout d'un coup, tu me dis ça comme si c'était évident ? Qu'est-ce qui te prend bon sang ? Pourquoi tu fais ça tout d'un coup ? Je ne te reconnais plus, je sais plus quoi penser de ce qui arrive et toi tu essaies de m'embrasser et tu…tu me regardes comme si c'était normal !!
Yoshiki s'interrompit, incapable d'expliquer correctement son problème. Il tourna le dos à Toshi pour lui cacher tout ce que son visage devait avoir de tourmenté et respira profondément.
Tout à coup, il sentit une main tout chaude se glisser dans la sienne et se retourna brusquement. Toshi était là et resserra sa prise sur sa main, le visage triste :
- Je suis désolé…je ne pensais pas que ça te ferait souffrir autant.
Yoshiki répondit d'une voix tremblante :
- Je ne comprends pas pourquoi toi, ça ne t'inquiète pas plus que ça. J'ai tellement peur…de te perdre. Que tout ce qui nous liait soit gâché par une stupide histoire de cœur qui pourrait mal finir. J'ai peur de me laisser aller Toshi…Je veux qu'on reste comme on l'a toujours été. Je pensais que nous étions au-dessus de l'amour.
- Non, c'est vrai que ça ne m'inquiète pas. J'aurais du mal à expliquer pourquoi. Pour moi, c'est normal, c'est logique. Tu es toujours celui que tu as toujours été pour moi Yo-chan et tu le seras toujours. Il est seulement temps pour nous d'atteindre le dernier stade. Nous n'étions pas au-dessus de l'amour. Je pense plutôt que nous avons peu à peu grimpé vers le plus grand qui puisse exister. J'ai confiance en nous deux…
Il porta la main tremblante de Yoshiki à sa bouche et y posa un baiser léger :
- Si je suis arrivé en haut avant toi, alors je vais te donner tout le temps que tu voudras pour me rejoindre. Je détruirai tes peurs une à une et je te donnerai confiance. Nous ne sommes pas comme les autres et nous ne finirons pas comme eux.
Yoshiki serra avec force la main de Toshi, partagé entre l'envie se jeter dans ses bras ou de le fuir. Céder ou résister ? Le risque ou le regret ? Le choix, à défaut d'être plus facile, le faisait cruellement souffrir.
Toshi releva les yeux et dut remarquer le profond désarroi de son ami. Caressant sa main avec son pouce, il s'approcha lentement et déposa un long baiser juste au coin de la bouche de Yoshiki qui sentit ses jambes mollir et s'agrippa par réflexe aux bras de Toshi. Mais ce dernier ne tenta rien de plus et il sourit :
- Quand tu seras prêt, je t'embrasserai vraiment Yo-chan…
C'en fut trop pour Yoshiki. Il lâcha Toshi et s'enfuit plus qu'il ne sortit de la pièce.
Il arriva dehors, la tête lourde et les pas incertains mais l'air de la montagne en lui emplissant les poumons lui fit du bien. Au bout de quelques mètres, il aperçut avec stupéfaction hide, blotti contre un vieux puits et qui pleurait la tête dans ses bras. Très inquiet- car hide n'était pas du genre à pleurer- Yoshiki courut à lui et caressa ses cheveux roses :
- hide ! Qu'est-ce qui t'arrive ?
- Yoshiki ?
hide releva son visage mouillé et s'essuya les yeux avec sa manche.
- Je me sens pas bien…Je comprends plus ce qui m'arrive. Je veux partir d'ici…
Il avait l'air tellement perdu que Yoshiki l'attira contre lui et le serra très fort. hide qui pleurait, il y avait de quoi angoisser et sa propre envie de pleurer diminua fortement. Il valait mieux qu'il s'occupe de réconforter son ami qui ferma les yeux et blottit son visage contre la poitrine du batteur. Yoshiki lui caressa les cheveux et le dos pour le réconforter et murmura plus pour lui-même que pour hide :
- Moi aussi je suis perdu…
L'imaginaire japonais est rempli de créatures étranges étroitement liées à la nature que l'on ne cesse de croiser par exemple dans les mangas. Ces créatures s'appellent les youkai. Beaucoup d'entre elles ne sont pas vraiment dangereuses pour l'Homme et ne demandent souvent que du respect de la part des humains. Pour vous donner un exemple, le renard à neuf queues de Naruto est un youkai très populaire. Si vous voulez en savoir plus, jetez un œil à ce site : /decouverte/culture-et-traditions.php
