Informations sur Keiki…
Après être sortie de la pièce, je me rends dans ma chambre.
-Keiki ? appelai-je lorsque j'entre.
Personne ne répond. Je m'installe alors sur mon matelas à la gauche de la porte, à l'opposé du matelas du garçon. Je réfléchis à ce que je peux faire étant donné que je suis apparemment seule, et finalement, je me mets à dessiner quelque chose au hasard.
Une dizaine de minutes après, la porte s'ouvre et un jeune loup gris entre. «Qu'est-ce que tu fais ?» me demande-t-il par les pensées (parce que lorsque l'on est transformé, nous ne communiquons que par la pensées, mais nous pouvons nous exprimer aussi par la pensée lorsque nous sommes humains). Il s'approche de moi, se met sur le matelas et observe ce que je dessine. Je ne me rends pas trop compte de ce que je dessine, je regarde à peine la feuille.
«Qui est le garçon qui est représenté dans ton dessin ?» m'interroge-t-il.
-Hein ?! Quel gar… oh ?
En regardant ma feuille, je m'aperçois que j'ai dessiné Ketsu, avec ses yeux que l'on peut deviner dorés, sa chevelure courte et claire ainsi que sa peau presque brune. J'ai dessiné simplement jusqu'au buste, et j'avoue, sans me surestimer, que je l'ai fait très ressemblant !
-Alors ?! Qui est-ce ? me demande Keiki de vive voix (il s'est remis en humain). C'est ton petit ami, il vit en dehors de notre groupe, c'est ça ?
-N'importe quoi ! m'exclamai-je en levant les yeux sur le garçon loup. C'est… Le gars que j'ai assommé avant d'arriver ici tout à l'heure…
-Ha ha !
-Quoi ?!
-T'es amoureuse ! Ha ha !
-Qu'est-ce que tu racontes ?! Je… Je ne suis pas amoureuse de lui ! C'est notre ennemi !
Il continue de rire. Puis, quelques minutes plus tard, il m'adresse à nouveau la parole :
-Je m'excuse de m'être moqué de toi tout à l'heure, dit-il.
-Hm ? Oui, oui…
-Tu penses à quoi ? me demande-t-il alors qu'il s'est allongé sur son lit.
-… Je dois te dire quelque chose…
-Aah ? Quoi donc ?
-Nous partons tous les deux en expédition dans trois jours, c'est Maître Yokoha qui m'en a parlé avant que je ne revienne dans la chambre.
-Mais… Je ne me suis jamais battu pour de vrai !
-J'ai trois jours pour t'enseigner le minimum vital pendant une excursion. Puis pendant le voyage, je t'apprendrai plus de choses.
-…
Le garçon est pensif.
Cela fait quatre semaines qu'il n'est pas sorti, et qui plus est en dehors de la ville.
Conrigua, la première ville où nous devrions nous arrêter pour prendre d'autres personnes est à environ une dizaine de jours de marche, peut-être un peu moins avec un véhicule.
Puis, la ville principale se trouve à un mois entier de la ville de Conrigua, c'est-à-dire, un mois et demi d'Aquineo, notre ville actuelle.
Lui, Keiki, qui n'est orphelin que depuis quelques mois, l'esprit d'une vraie famille doit lui manquer. Même si l'on se considère, ici, comme une grande famille réunie sous le même toit. Une famille comptant une cinquantaine de personne de tout âge, ce n'est pas ses parents. Peut-être serions-nous ses frères et sœurs s'il en avait eu. Ou même ses grands-parents qui l'ont certainement gâté lorsqu'il était enfant. Mais notre groupe ne remplace pas tout ça. Nous ne pouvons pas être une vraie famille pour lui qui a connu sa véritable famille. En parlant sans cesse, il essaye de se faire une place dans notre "famille".
Je n'ai pas connu mes parents, moi. Lorsque je suis née, la guerre entre les félins et les loups avait déjà commencée, et comme nous n'étions pas une famille aisée, mes parents sont morts parce qu'ils n'avaient pas pu être protégés des ennemis. Deux Léopards sont venus un jour chez moi, m'avait raconté Yokoha-sempai, qui connaissait mes parents depuis leur enfance. Deux Léopards sont venus, et, alors que je jouais à cache-cache avec mon père, l'un des deux félins a assassiné ma mère qui m'aidait à passer inaperçue, sous mes yeux. Elle est morte sous mes yeux… Mais je n'ai pas de souvenir de ses moments, je ne me souviens pas de mon enfance, cela s'est passé lors de mes trois ans. C'est ce jour-là que le Maître m'a recueillie et m'a élevée comme sa fille. Il m'a tout appris, je le considère comme mon père.
-Ta famille te manque-t-elle, Keiki ? demandai-je rêveuse.
Je sens qu'il est plus que surpris de ma question.
-Je te demande ça parce que je ne me souviens pas de mes parents, Maître Yokoha m'a dit que ma mère a été tuée sous mes yeux… Mais je n'en ai pas le souvenir. J'imagine que notre groupe est différent de la famille que tu as eue…
-Oui, c'est vrai, dit-il après quelques secondes de silence. Mes parents me manquent, mais pas parce que le groupe est différent… moi il me rappelle beaucoup lorsque je vivais avec eux, avec mes parents… Il y a une harmonie entre chaque personne, c'est tellement beau et impressionnant… Je me sens toujours mal à l'aise de devoir demander quelque chose à quelqu'un, j'ai peur qu'il ne pense du mal de moi… Et puis, j'ai remarqué que quand tu es rentrée au rez-de-chaussée, les enfants sont venus te voir et ils t'ont appelée "tante Tsuda"…
-Oui, ils m'apprécient comme on aime sa tante… C'est parce que je suis la seule ados à être dans le groupe depuis mes trois ans… Treize ans que je vis avec tout le monde…
-ça fait hyper longtemps que tu es ici, en fait…
-Hm, oui…
-Je comprends maintenant mieux pourquoi tout le monde te respecte vraiment, comme si tu étais une adulte responsable…
-Non… C'est le fait que je sois l'élève de Maître Yokoha qui me donne plus de respect… Et puis, il paraît que je suis une louve pure, comme toi…
-Ah…
-Oui, un loup de sang pur a les pupilles bleues perçantes…
-Tu n'as pas les deux pupilles de la même couleur lorsque tu es louve… Ton œil droit est or et ton œil gauche est bleu…
-Comment tu sais ça, toi ? lui demandai-je. Je ne me rappelle pas m'être transformée devant toi !
-Ah non ? fait-il innocemment. Pas même lorsque tu dors ?
-Comment ça, "lorsque tu dors" ?
Il reste silencieux en m'observant toujours.
-Tu veux dire que je me métamorphose pendant mon sommeil ?! Mais… Je ne m'en étais jamais aperçue…?!
-Et… ne me prends pas pour un pervers, mais t'es encore plus mignonne quand tu dors…
-Ne fais plus de nuit blanche ! ordonnai-je. Nous avons plus d'un mois et demi de trajet. Il faut se reposer le plus possible pour pouvoir tenir plus longtemps éveillé durant l'expédition.
Je le vois sourire tout en me fixant…
-Pourquoi souris-tu ?
-Je n'aime habituellement pas recevoir des ordres, mais de toi… C'est bizarre, j'apprécie, je commence peu à peu à m'habituer…
-Prends vite l'habitude d'exécuter mes ordres, parce que le Maître a ordonné que tu sois mon nouvel élève… Contre mon gré, j'ai dû en changer, marmonnai-je…
-Je suis ton élève… ?
-Oui, le Maître l'a ordonné.
-Cool…!
Je lui jette un regard glacial. Et, comme pour l'éviter, il se retrouve derrière moi.
-Cesse de me lancer de tels regards, je vais finir par avoir peur… Senpaï, murmure-t-il à mon oreille.
-Ce n'est pas à toi de me donner des ordres, Keiki.
En me tournant pour l'observer, je remarque que ses prunelles sont celles qu'il a lorsqu'il est loup. Ses yeux brillent, de la même façon que le regard étincelant de Ketsu…
-Cesse de me regarder, dis-je en me remettant à dessiner sur une page blanche.
Je ferme les paupières et veux m'endormir, me reposer à cause de la prochaine expédition, qui est trop proche du jour que nous sommes, à mon goût.
Je ne peux pas me reposer longtemps, car Keiki me réveille une trentaine de minutes plus tard pour que je l'entraîne.
-Hé… Senpaï ?... Senpaï ? Tu m'entraînes, dis ?
-Hm… m'oui… Plus tard, je dors, là.
-Nan ! Maintenant, Senpaï ! Allez !
Je sens que l'on me prend le poignet et que l'on essaye de me lever… Je lutte –sans bouger un doigt- pour me faire lourde. Je retombe brusquement contre le matelas et un poids suit ma petite chute. L'odeur du loup me vient au nez… Une douce odeur. Puis une chaleur s'approche, elle vient plus près de mon visage. Je m'oblige à ouvrir les yeux. Keiki tient son visage tout près du mien, il me fixe intensément… et sursaute légèrement lorsque j'ouvre les yeux.
-Tu es décidée, Senpaï ?! s'impatiente-t-il.
-Qu'avais-tu en tête en te mettant au-dessus de moi ?
Il s'étonne de ma question.
-Ben… Euh, rien… Que crois-tu que je voulais faire ?
-Hmf… T'aurais pu faire n'importe quoi… Et surtout, penser n'importe quelle bêtise qu'un adolescent de ton âge a l'habitude de penser lorsqu'il est avec une fille…
Je l'observe. Me lève, prends sans qu'il ne me voit le sabre que mon Maître m'a offert à la fin de mon apprentissage intensif et me dirige vers l'entrée.
-Eh bien ? Tu viens ou pas ?!
-Hein ? Euh, oui…
Nous descendons au rez-de-chaussée et sortons jusqu'à notre coin d'entraînement : un terrain que les autres canidés de la ville nous ont laissé. Nous y allons.
La nuit passe, ainsi qu'une demi-journée, que nous occupons à des exercices d'entraînements.
