Un gémissement de douleur franchit ses lèvres quand il s'agenouilla devant le comptoir pour ramasser un bout de papier qu'un client avait laissé tomber. Fermant les yeux quelques secondes, Tegoshi se redressa lentement et jeta un regard noir à Koyama qui le regardait presque avec pitié.
La nuit précédente, Nishikido-san lui avait ôté sa virginité avec violence... Et une fois rhabillé, lui avait demandé sa carte avec détachement et dédain. Tegoshi la lui avait donné en tremblant, des traces de larmes séchées sur ses joues rougies, et il était parti à bout de force, manquant de s'écrouler dans la rue aux pieds des passants qui le regardaient les sourcils froncés. Pourtant, il n'avait pas craqué, il était resté droit et fier sur ses pieds et était rentré chez lui sans même se plaindre auprès de Shige. Il avait une fierté. Une fierté mal placée certes et il ne dirait rien qu'il puisse faire croire qu'il regrettait quoi que ce soit. Parce que non, il ne regrettait rien.
Peut être qu'il souffrait, physiquement et moralement. Peut être que son cœur resterait à jamais meurtri de cette première fois catastrophique. Peut être qu'il ne s'en remettrait jamais après tout... Mais finalement, il ne regrettait rien de ce qu'il avait vécu avec cet homme. Parce qu'il l'aimait... Toujours. Malgré tout...
Se replaçant derrière sa caisse, il ne tourna pas une seule fois son regard vers Koyama qui l'observait toujours avec attention, analysant la moindre de ses grimaces. Il s'inquiétait, évidemment, même s'il savait que Tegoshi ne pleurerait pas devant lui et qu'il lui assurerait qu'il avait vécu le plus beau moment de sa vie. Pourquoi était-il si stupide?
Le tintement de la porte d'entrée retentit et son regard se tourna immédiatement vers un jeune homme qui venait de faire son apparition. Grand, beau et incroyablement charismatique avec son costume noir taillé sur mesure, l'homme qui devait avoir une vingtaine d'année, se précipita vers son collègue, la mine sévère.
Koyama ne put s'empêcher de le détailler de la tête au pied, tandis qu'il s'avançait vers eux. Comment un homme pouvait il avoir une telle classe naturellement?
A ses côtés, Tegoshi poussa une exclamation et se permit un sourire qui se fana très rapidement quand Shige se planta devant lui, sérieux et mécontent.

- Pourquoi ne m'as tu pas donné de nouvelles? Pourquoi es-tu allez le voir?

Yuya soupira et tourna son regard vers Koyama qui clignait stupidement des yeux en regardant le certain meilleur ami de son collègue. La veille au soir, il avait cherché le numéro de cet homme sur le portable de Tegoshi pendant qu'il avait le dos tourné, et il lui avait envoyé un message pour lui faire part de la situation. Il savait d'expérience que Tegoshi ne l'aurait pas prévenu, et Koyama tenait à ce que son meilleur ami lui donne une leçon après ça. Évidemment, il ne l'avait pas reconnu quand il était entré dans le magasin puisqu'il ne l'avait jamais vu, et il était plus qu'étonné de faire face à un homme aussi magnifique. C'était bien Shige, le meilleur ami de Tegoshi?
En fermant les yeux d'énervement, Tegoshi repris la parole avec ironie.

- Shige.. Quelle bonne surprise. Oui je vais bien et toi?

- Arrête de faire le malin Yuya! Tu es incroyablement stupide ma parole!

- Ne fait pas d'esclandre sur mon lieu de travail s'il te plait.

- J'en ai rien à foutre Tegoshi! Qu'est ce qu'il t'es passé par la tête putain?

- Lâches moi veux tu...

Avec un dédain particulièrement prononcé, Tegoshi se détourna et le contourna pour se diriger vers les rayons d'un pas qu'il voulait assuré et confiant. A bout de nerfs, Shige ferma les yeux en grognant, une envie irrésistible de le secouer comme un prunier lui tenaillant les entrailles.
A quelques mètres, Koyama avait suivis l'échange avec un intérêt certain, surpris de constater à
quel point ce fameux Shige s'inquiétait autant pour son jeune ami. Avec toute l'autorité d'un frère, il avait cherché à obtenir des explications mais Tegoshi n'était apparemment pas enclin à les lui donner, ce qui avait rendu la suite quelque peu complexe.
Avec un léger toussotement, il obtint l'attention de Shige qui tourna les yeux vers lui et qui lui offrit un léger sourire reconnaissant.

- Vous êtes Koyama-san? Merci de m'avoir prévenu. Tegoshi a souvent des idées stupides mais je ne pensais pas qu'il irait si loin pour cet homme.

- C'est tout naturel. Je m'inquiète pour lui également, et je sais que vous êtes la seule personne apte à lui faire prendre conscience de sa stupidité.

- Je suis content de vous savoir prêt de lui.

Koyama lui adressa un bref sourire et reporta son attention sur le fond de la rangée dans laquelle Tegoshi était, un balai entre les mains. De loin, il pouvait le voir grimacer quand il se penchait, et il se mordit les lèvres avec inquiétude, inconscient du regard perçant que Shige posait sur lui au même instant. Malgré sa grande préférence pour la gente féminine, il lui arrivait de craquer quelque fois pour un autre homme et ce Koyama était tout à fait à son gout. Un sourire timide et joyeux, un air franc et sincère, un corps svelte et élancé... Oui, il était parfaitement à son gout. Mais... Il n'était pas la pour draguer!
Se détournant de lui, Shige se précipita vers Tegoshi pour lui hurler dessus une fois de plus, avant de s'en aller quelques minutes plus tard, voyant qu'il ne réussissait pas à le faire réaliser. Et c'était bien la première fois que Tegoshi lui tenait tête avec autant d'ardeur.

La semaine suivant, le fameux Nishikido était revenu dans le magasin, mais n'avait pas adressé un seul regard à Tegoshi. Pourtant, ce dernier avait bien essayé d'attirer son attention, mais pas une fois le fameux Nishikido ne semblait l'avoir remarqué. Dépité et le cœur brisé, Tegoshi n'avait pourtant rien laisser paraitre face à son collègue et c'est en rentrant à son appartement qu'il s'était effondré sur son lit en sanglotant désespérément.
Évidemment, les semaines suivantes s'étaient déroulées de la même façon, et Tegoshi se contentait désormais de regarder Ryo-san avec un amour certain. D'un professionnalisme à toute épreuve, il souriait comme à son habitude alors qu'il était brisé de l'intérieur. Une douleur insupportable avait pris possession de son âme entière, lui rappelant qu'il ne pourrait jamais obtenir son amour même s'il lui avait tout donné. Son amour, son âme, et son corps.
Désormais, Nishikido possédait le cœur de Tegoshi et semblait ne même pas s'en soucier outre mesure. Il avait la possibilité de le briser entre ses doigts, de le torturer avec sadisme... Il pouvait lui faire subir les pires outrages sans que Tegoshi ne se plaigne. Il était tout à lui et à jamais.

En rentrant à son appartement ce matin là, Tegoshi se laissa tomber sur son lit en soupirant. Il avait réussis à obtenir deux jours de congé de suite pour l'anniversaire de sa mère et il devait encore faire sa valise pour la rejoindre à Osaka. Il ne l'avait pas vu depuis plusieurs mois et c'était l'occasion de prendre un peu de nouvelles de sa sœur. Sa grande sœur, Leiko, avait à peine 2 ans de plus que lui, et elle vivait toujours avec sa mère dans la maison de famille à Osaka. Jamais elle n'avait voulu quitter le domicile familial, bien trop inquiète pour sa mère désormais seule. C'était une décision bien admirable mais Tegoshi s'inquiétait toujours pour son bonheur à elle... A vivre au crochet de sa mère jusqu'à la fin de sa vie, allait-elle réussir à vivre la vie dont elle avait toujours rêvée? De toute façon, et pour la énième fois, il allait en discuter avec elle, et comme d'habitude, elle éloignerait ses explications avec un geste impatient de la main. Il ne la connaissait que trop bien.
Fermant les yeux quelques secondes, il se laissa envahir par le sommeil avant de se redresser avec
précipitation. Il n'avait pas le temps de s'endormir, il devait se préparer à partir.
Au moment où il attrapa son sac de voyage dans son armoire murale, il sentit la vibration de son téléphone portable dans la poche arrière de son jean et décrocha tout en empoignant quelques pulls.

- Moshi moshi?

- Chez moi. Dans 15 minutes.

La conversation se coupa, et Tegoshi resta de longues secondes sans bouger, le téléphone toujours à l'oreille, et la bouche légèrement entrouverte.
Après de longues semaines où il s'était finalement fait à l'idée de ne plus le revoir ailleurs qu'au magasin, Nishikido-san le rappelait pour lui demander un rendez-vous. Enfin là, c'était plutôt un ordre qu'une proposition, mais bon...
Baissant lentement la main, les yeux toujours fixés droit devant lui, Tegoshi essayait de reprendre conscience avec la réalité. L'homme pour qui son cœur battait, l'homme dont il était fou amoureux lui donnait une deuxième chance et il n'avait pas le droit de la laisser passer.
Se précipitant vers la porte, il attrapa sa veste et sortit de son appartement en trombe, le sac de voyage jeté négligemment sur le sol et ne se souciant plus du tout de sa mère qui devait l'attendre avec impatience...

Ce jour là, Ryo profita de son corps à volonté, laissant plusieurs marques de dents sur sa peau délicate alors qu'il le prenait avec violence.
Tegoshi ne s'était pas plaint une seule fois. Même quand il avait empoigné ses hanches sans douceur, lui laissant de vilaines griffures... Même quand il s'était finalement détourné pour fumer une cigarette, ne se préoccupant plus de lui...
Il avait tout enduré avec courage, ne pouvant s'empêcher de s'estimer heureux. Pour la seconde fois de sa vie, il avait pu le sentir contre lui, en lui, avec lui... Pour la seconde fois de sa vie, il avait humé la douce odeur de sa peau, jusqu'à s'en enivrer totalement...
En silence, il se rhabilla, en jetant de fréquent coups d'œil vers son amant qui fumait une cigarette, totalement nu devant la fenêtre de son appartement. Il savait qu'il devait partir sans bruit, pour ne pas le déranger, et avec une discrétion dont il ne serait jamais sentit capable, il attrapa son sac et se retourna pour quitter les lieux.

- Non.

Ce simple mot l'arrêta et il se figea, attendant la suite pour savoir ce qu'il avait fait de mal. Il était à quelques mètres de la porte seulement, et Ryo, toujours à l'autre bout de l'appartement, ne se retourna même pas vers lui.

- Va prendre une douche. Je te rejoins.

Écarquillant les yeux de stupeur, il sentit les battements furieux de son cœur dans sa poitrine et il ferma les yeux en souriant, un bonheur sans limite envahissant son cœur meurtris. Bien sûr, il ne lui avait rien promis... Mais savoir qu'il pouvait rester en sa compagnie encore quelques heures était un cadeau amplement suffisant, et il posa doucement son sac à terre avant de se diriger vers la salle de bain, tel un robot dépourvu d'âmes. Mais qu'était-il devenu?
Quelques minutes plus tard, alors qu'il profitait de la chaleur de l'eau qui glissait sur son corps, Ryo le rejoignit, l'emmenant une nouvelle fois vers l'extase... Puis une nouvelle fois... Et une nouvelle fois, jusqu'à ce qu'ils s'endorment, épuisés, sur le lit.


Sa mère l'avait appelé, à plusieurs reprises, inquiète pour son fils qui devait l'avoir rejoint depuis plusieurs heures... Et, mentant effrontément, il avait prétexté une grippe, s'excusant de ne pas l'avoir prévenu plus tôt. Il n'allait tout de même pas lui dire qu'il avait atteint la jouissance par quatre fois dans les bras d'un homme glacial et arrogant et que c'est pour cette raison qu'il n'avait pas pu venir... Mauvaise idée n'est ce pas? Sa mère aurait certainement eu beaucoup de mal à le digérer...
Oubliant sa mère et tout ce qui allait avec, un sourire bienheureux s'afficha sur ses lèvres douces en repensant à la soirée qu'il avait passé ce soir là.
Nishikido-san l'avait pris sans douceur pourtant, refusant les baisers qu'il lui réclamait et ne s'attardant pas sur sa peau tendre et fragile avec ses doigts. Il n'avait pas était des plus tendres, mais Tegoshi s'estimait heureux. Le plus heureux des hommes et le plus chanceux du monde.
Il se retenait de crier sur les toits que Nishikido Ryo l'avait choisi. Certes, juste pour coucher avec lui quelques fois par mois, mais tout de même! Tout le monde ne pouvait pas en dire autant!
Depuis ce soir là, Ryo avait pris l'habitude de l'appeler une à deux fois par semaine pour se consoler entre ses bras et chaque fois, Tegoshi se laissait complètement faire, comme Nishikido le lui avait ordonné. Il ne le laissait jamais prendre les reines, il ne le laissait jamais l'embrasser et encore moins le toucher à outrance. Entre ses bras, il n'était qu'une poupée mais malgré tout, il ne perdait pas espoir. Ryo l'appelait toutes les semaines depuis plusieurs mois. Ce n'était pas le signe avant coureur d'une certaine affection pour lui?

- Tegoshi-kun? T'es d'accord?

Il se tourna vers Koyama et lui adressa un sourire, n'ayant pas la moindre idée de ce qu'il essayait de lui dire juste quelques minutes plus tôt. Il ne l'écoutait pas. Il ne l'écoutait plus depuis 15 bonnes minutes d'ailleurs, perdus dans des pensées essentiellement concentrés sur Ryo.

- Oui. C'est une bonne idée, fonces!

Koyama haussa un sourcil perplexe et s'arrêta dans la rue, forçant Tegoshi à s'arrêter et à se retourner vers lui.

- Alors d'après toi, je devrais prendre de la coke et coucher avec Shige.

- Oui voil... QUOI?

Koyama éclata de rire devant son air ahuri et lui donna une tape à l'arrière du crane.

- Baka! Pourquoi tu ne m'écoutes pas? Tu penses encore à ce foutu Nishikido c'est ça?

- Ne parles pas de lui comme ça! Tu veux coucher avec Shige?

Sa voix criarde résonna aux oreilles de son collègue qui se mit à rire de nouveau dans la rue. Ils avaient tout les deux quitté le travail un peu plus tôt que d'habitude et s'apprêtaient à rentrer chez eux pour se reposer quelque peu. La nuit avait été difficile et horriblement longue pour l'un comme pour l'autre et ils étaient bien content d'avoir terminé, même si Tegoshi aurait préféré se rendre chez Ryo pour le voir de nouveau... Mais seul Ryo pouvait décider de leurs dates de rendez-vous...

- Non. Je ne veux pas coucher avec Shige et encore moins prendre de la coke Tegoshi-kun. Réfléchis deux minutes!

- T'es sûr?

Son air soudainement sadique inquiéta Koyama qui fronça les sourcils.

- Sûr de quoi? De prendre de la coke?

- Non! De coucher avec mon meilleur ami... Tu me parles beaucoup de lui depuis quelques jours...

La soudaine rougeur de Koyama le fit sourire, et les mains dans les poches, il reprit sa marche. Forcé de trottiner pour le rattraper, Keiichiro n'ouvrit pourtant pas la bouche pour se défendre, se murant au contraire dans un silence révélateur que Tegoshi interpréta immédiatement.

- S'il te plait tant que ça, tu devrai l'inviter à diner. Je suis sûr qu'il accepterait.

- Il ne me plait pas, et mêles toi de tes affaires!

- Ah oui? Alors pourquoi tu rougis?

- Je ne rougis pas!

Tegoshi se mit à rire de plus belle mais s'arrêta précipitamment en sentant son portable sonner dans sa poche. Fébrile, et sûr qu'il s'agissait de Ryo, il l'attrapa mais soupira quand il vit qu'il ne s'agissait que de Shige.

- Oui Shige?

- T'as l'air heureux de m'entendre ça fait peur...

- Mais non, dis pas n'importe quoi. On parlait justement de toi avec Koyama.

Il jeta un sourire sadique à Koyama qui lui fit de grands signes pour qu'il se taise.

- Ah?

- Oui, Koyama me disait justement qu'il...

Il se recula soudainement pour éviter son collègue qui essayait de lui enlever le portable des mains, et en riant, il reprit de plus belle.

- Qu'il aimerait beaucoup faire plus ample connaissance avec toi!

En rougissant, Koyama se cacha le visage entre ses mains, et Tegoshi posa une main sur son épaule, se retenant de rire tandis que Shige reprit la parole.

- Ah oui? Dis lui que j'accepte avec plaisir.

- Je vais le lui dire... Non, mieux! Je te le passe!

Koyama essaya de se défiler mais Tegoshi lui colla le téléphone dans les mains et s'éloigna discrètement tandis que son collègue portait le téléphone à son oreille, en tremblotant légèrement. Nonchalamment, il remit les mains dans ses poches pour se réchauffer et sautilla sur place en regardant autour de lui d'un air distrait. Les gens marchaient avec rapidité tandis que le jour se levait progressivement sur la capitale et Tegoshi fronça légèrement les sourcils quand il reconnu une silhouette familière de l'autre côté de la rue. Soudainement attentif, son cœur s'accéléra à cette simple vue et il sortit les mains de sa poche pour tenter de lui faire signe. Mais avant qu'il n'ai pu esquiver un seul geste, une main agrippa son poignet pour l'en empêcher et il se tourna vers Koyama qui regardait de l'autre côté de la route, la mine sombre.

- Il n'est pas seul...

Ne comprenant pas où il voulait en venir, Tegoshi se retourna de nouveau pour apercevoir un homme à côté de Nishikido-san. Grand, extrêmement beau et l'air hautain, il respirait la confiance en lui et le charisme, et Nishikido paraissait tout petit à ses côtés. Détaillant la scène de ses yeux perçants, Tegoshi compris qu'il assistait à une violente dispute et il se débarrassa de Koyama pour traverser la rue, perdu dans la masse de gens. Une fois à quelques mètres à peine, il tendit l'oreille en se cachant derrière un abri de bus, certain qu'il ne pouvait pas être vu. Un peu de curiosité ne faisait de mal à personne ne? Sauf à cet instant précis peut être...